mercredi 30 novembre 2016

Des pépites au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil

Cette année ce sont deux jurys (un jury de journalistes et de professionnels et un second jury composé des lecteurs France Télévisions) qui ont désigné les Pépites 2016 que le Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil a annoncé ce soir.

Je vous donne d'abord le vote du jury des lecteurs France télévisions parce que je sais que c'est cette catégorie qui touche le plus les auteurs. Catégorie "Petits" c'est Le Facteur de l’espace, de Guillaume Perreault, éditions La Pastèque qui l'emporte.

Et catégorie "Grands" Sauveur & Fils tome1, de Marie-Aude Murail, publié à l’école des loisirs, un vote que je plébiscite totalement.

Marie-Aude, très heureuse, a annoncé que le tome 3 venait d'être remis à son éditeur et qu'elle portait dans son coeur le numéro 4. Le deuxième tome vient de sortir en librairie pour la plus grande satisfaction de ceux qui, comme moi, se sont attachés aux personnages.

Je vais très vite en commencer la lecture.

L'autre jury, présidé par Véronique Ovaldé, a désigné, parmi les 36 œuvres en compétition (sélectionnées par un comité composé de libraires, de bibliothécaires et de passionnés comme moi-même), tous genres confondus :

En tant que Pépite des Petits 2016 Björn, six histoires d’ours, de Delphine Perret, éditions Les Fourmis Rouges.

En tant que Pépite des Moyens 2016 Georgia : tous mes rêves chantent, de Timothée de Fombelle (texte), Benjamin Chaud (illustrations), Cécile De France (voix), Arnaud Thorette (direction artistique), Johan Farjot (direction musicale), Alain Chamfort, Émily Loizeau, Albin de la Simone et al. (musique), Gallimard Jeunesse Musique, éditions  Contraste productions.

En tant que Pépite des Grands 2016 Totem, de Nicolas Wouters, Mikaël Ross, éditions Sarbacane. 

Et en tant que Pépite d’Or 2016 Dans la forêt sombre et mystérieuse, de Winshluss, Gallimard BD.

Vous pouvez consulter le programme des rencontres avec tous les auteurs en compétition et primés  sur le site du Salon et connaitre les horaires des dédicaces.

Il a lieu du 30 novembre au 5 décembre
Espace Paris-Est Montreuil - 128, rue de Paris à Montreuil (93)
Métro Robespierre (ligne 9)

mardi 29 novembre 2016

La démarche U de nos régions

Quand on m'a parlé de la démarche "U de nos régions" j'ai souri, je peux le reconnaitre. Toutes les grandes enseignes prétendent dénicher le produit régional de qualité et on s'aperçoit si on creuse un peu que ce n'est pas vraiment une trouvaille.

A l'heure où la défense des petits producteurs s'impose je me voyais mal faire l'apologie d'un hypermarché. Quand j'ai un doute je me rends sur place et je suis rentrée de ma visite dans les rayons du Système U de Vaucresson (78) totalement conquise. Je n'en revenais pas moi-même d'être si enthousiaste. Je me sens tout à fait légitime de vous conseiller d'aller y faire vos courses pour la prochaine fête, ou pour une situation normale parce que franchement manger bon et sain devrait être l'apanage du quotidien.

D'abord il faut rappeler que l'enseigne est indépendante (comme Intermarché et Leclerc) donc libre de ses approvisionnements. Système U a enclenché la démarche "U de nos régions", pour exprimer :
. la volonté de partager avec les producteurs locaux des intérêts et des valeurs communes
. l'entretien de relations de proximité avec son terroir, ses partenaires et les goûts des clients
. la défense d'une fierté des identités régionales et la défense de l’économie locale.

Je connais bien la Normandie mais je vais me concentrer aujourd'hui sur l'Ile-de-France. Si je vous en demande les spécialités peut-être penserez vous aux champignons (de Paris), au jambon (de Paris) mais il sera sans doute difficile de citer une troisième. Il faut être fin connaisseur pour songer aux asperges d'Arpajon, au cresson de Méreville, à la menthe de Milly-la-Forêt ou au Fontainebleau.

Si on voit plus large on remarquera qu'il peut y avoir en région parisienne des hommes et des femmes passionnés par leur métier et qui ont développé un savoir-faire exceptionnel, et surtout une qualité hors du commun. Concrètement cela signifie débusquer les meilleurs producteurs installés autour du magasin, qui, si possible s'approvisionnent localement et emploient une main-d'oeuvre sur place.

lundi 28 novembre 2016

La vie est une géniale improvisation au Lucernaire

Quelqu'un m'a dit avoir recensé plus de 500 spectacles en une seule soirée rien que sur la région parisienne. Alors j'ai beau sortir beaucoup il sera toujours impossible de voir ne serait-ce que l'essentiel. Quand mon amie Isabelle m'a proposé de chroniquer  Vladimir Jankélévitch : la vie est une géniale improvisation j'ai pensé que ce serait un début de solution pour couvrir davantage de pièces de théâtre.

Sa plume se glissera régulièrement dans le blog et vous retrouverez ses billets avec le libellé "Isabelle". Voilà son avis sur ce spectacle, étant précisé que je partage son opinion car j'ai passé moi aussi un excellent moment.

Le Lucernaire nous offre le plus merveilleux des cadeaux avec cette reprise du spectacle de Bruno Abraham-Kremer et de Corine Juresco qui nous fait partager 60 ans de correspondances entre Vladimir Jankélévitch et son grand ami Louis Beauduc

Rien qu’en découvrant le titre de la pièce, je me doutais qu’un esprit positif la traverserait et je n’ai pas été déçue. Cette pièce rayonne de questionnements, de tendresse amicale et d’humour. L’une des raisons de mon enthousiasme vient probablement du lien particulier qui unit le comédien à la philosophie et à Jankélévitch. D’entrée de jeu il nous dit : « Il faut que je vous fasse une confidence: j'ai commencé la philosophie à 4 ans. Ma mère était professeur de philosophie et donnait des cours particuliers ». Lui jouait aux soldats de plomb sous son bureau et écoutait.

C’est ainsi qu’il va découvrir le grand Jankélévitch qui a accepté de superviser la thèse de sa mère sur Novalis. Lui-même ira l’écouter lors d’une conférence sur Ravel et ressort fasciné par le personnage « sa pensée virevoltait » ! Quand la mère de Bruno Abraham-Kremer apprend le sujet de la pièce montée par son fils, elle lui écrit une lettre dans laquelle elle décrit qui était  « Janké » comme l’appelaient ses élèves et en quoi il a compté pour elle : « C’était un séducteur, il possédait une grâce qui provenait de sa richesse intérieure. La mère que j’ai été pour toi est en partie forgée par Jankélévitch ».Touchantes révélations qui donnent une dimension très personnelle à ce spectacle.

Coup de tonnerre, crépitement de pluie et tout à coup on entend la voix de Jankélévitch lui-même envahir la scène. On ne verra aucune vidéo de lui mais sa parole reviendra à plusieurs reprises habiter l’espace. Le public est ultra concentré, cette résurrection de la voix du philosophe né en 1903 a quelque chose de magique.


A jardin, un bureau encombré de livres avec un appareil pour écouter de la musique (celui de Jankélévitch autant musicien que penseur), à cour un bureau plus simple (celui de Beauduc).

Bruno Abraham-Kremer nous fait entendre une partie des lettres de Janké à Beauduc rassemblées dans Une vie en toutes lettres aux éditions Liana Levi. Il regarde et se dirige vers le bureau de l’un ou de l’autre selon que la parole est à l’un ou à l’autre. Toutes les missives sont datées. Nous comprendrons plus tard la triste raison pour laquelle on ne dispose des lettres de Louis à Vladimir qu’à partir de 1944. Mais je ne vais pas tout vous révéler.

Les deux hommes étaient coturnes, c'est ainsi qu'on désigne les compagnons de chambrée à l'Ecole normale supérieure de la rue d'Ulm à Paris, où ils étaient entrés en 1922. A l'agrégation de philosophie, en 1926, Jankélévitch est reçu premier, Beauduc, second ! Ils garderont une amitié indéfectible l’un pour l’autre et ne cesseront de s'écrire jusqu'à la mort de Louis Beauduc en 1980, cinq ans avant celle de Jankélévitch.

Après l’agrégation, le service militaire. Sa description du monde militaire est un nectar d'humour : « Je ne souris plus à cause de mon faux-col et de mon képi qui répriment tout débordement de ma personnalité. Le matin, j'ai les plus grandes difficultés à entrer dans mes bottes. Je pousse. Mon frère me tient. Ma mère m’encourage. Et  je finis par pénétrer en criant : "C'est pour la France!"  »

Ces anecdotes dites par le comédien avec toute la maîtrise qu’on lui connait alternent avec des réflexions plus profondes telle cette interrogation qui le hante : « Comment vivre en se sachant mortel ? » Le vieillissement est agonie dit Louis. Et Vladimir de lui répondre : « Tu me demandes pourquoi je fais un livre sur la mort ? Le non-sens de la mort donne un sens à la vie. Ce qui ne meurt pas ne vit pas. Quand on pense à quel point la mort est familière, et combien totale est notre ignorance, et qu’il n’y a jamais eu aucune fuite, on doit avouer que le secret est bien gardé ! »
A travers ces grands questionnements, ce sont tous les évènements historiques du XXème que nous découvrons dans cet échange. Blessé lors de l'avance allemande, évacué dans un l'hôpital militaire, il apprend sa révocation de son poste de professeur à la Faculté des lettres de Lille. « Juif par ma mère, métèque par mon père (Russe), trop d’impuretés ! ». Il survit dans la clandestinité en donnant quelques cours particuliers, de tout, même d’orthographe qu’il « a assez bonne pour un métèque » et participe à la Résistance à Toulouse.

Ses lettres de guerre de 1943 à la fin de la guerre ne seront plus signées. Il veut éviter de mettre Louis en danger. « Ton amitié me redonne des raisons de vivre ». On entend plusieurs fois la voix de Jankélévitch : « Dire oui ou non ? Capitulerons nous ou résisterons nous ? »

Après la guerre, il retrouve sa chaire à Lille puis à la Sorbonne. Mais il est changé. Il est travaillé par la question du pardon. Il rejette désormais tout ce qui s’apparente à l’Allemagne, choqué que les philosophes allemands n’aient pas eu un mot de repentir pour les crimes commis. Il faudra attendre 1981 pour qu’un évènement incroyable change sa décision. Mais là encore, je vous laisse le découvrir par vous-même !

Arrivent les années 60… Jankélévitch passe beaucoup de temps à discuter avec ses étudiants pour essayer de comprendre les idées de Mai 68 : « Il n’y a plus de place que pour les troupeaux. » On sent son inquiétude concernant l’avenir de sa fille Sophie qui veut devenir elle aussi professeur de philosophie dans un monde où il se bat pour maintenir la classe de philosophie. Il assiste à l’arrivée des nouvelles technologies : « Place aux ordinateurs et au Dieu Business »

Son humour est omniprésent. Alors qu’il s’apprête à publier un « pavé » à un âge avancé, il écrit à son ami : « Un bonhomme qui promet un bouquin de 1500 pages ressemble à un octogénaire qui prend une maitresse ! »

On se délecte avec le comédien de ces lettres du philosophe. On y découvre son rapport fondamental à la musique : « La musique c’est toute ma vie », et puis sa simplicité : « Etre philosophe c'est douter sans se prendre au sérieux. » « Seul compte l’exemple que le philosophe donne par sa vie et dans ses actes. »

C'est aussi cette amitié sans borne pour Louis qui m’a émue. Lui qui passe sa vie à rédiger, à donner des cours et des conférences, dirigeant jusqu’à 120 mémoires d’étudiants en 1969, cherche à encourager son ami à publier davantage : « Prends garde aux pantoufles et à l'ornière provinciale » ;  «Viens à Paris, délaisse cet éternel Limoges où tu mijotes depuis trente ans… ». Avec une tendresse indéfectible « Je te serre les deux mains. Je suis ton vieux. »

Vladimir Jankélévitch disait dans sa première lettre à Louis avec beaucoup de malice : «  Ne l'oublie pas, nous écrivons pour la postérité, et nos futurs éditeurs réserveront sans doute pour le dernier volume de nos œuvres philosophiques (comme on l'a fait pour Descartes, Kant, etc.) la Correspondance de MM. V. Jankélévitch et L. Beauduc ». 

Se doutait-il vraiment que l'avenir lui donnerait raison ? On doit une fière chandelle à Bruno Abraham-Kremer qui, depuis près de 200 représentations, transmet la pensée vivifiante de Jankélévitch. La qualité de l’écoute est sa récompense, il la qualifie de « petit miracle ». Et il ajoute « Si vous passez par l'île de la Cité au 1 quai aux fleurs (où vivait Jankélévitch), arrêtez-vous un instant en vous-même. »

Le mot de la fin est dit par Jankélévitch « il y aura donc la vie, elle mérite qu’on la vive ! ».

Vladimir Jankélévitch, La vie est une géniale improvisation, d'après sa Correspondance
Adaptation et mise en scène de Bruno Abraham-Kremer et de Corine Juresco
Avec Bruno Abraham-Kremer
Au Théâtre du Lucernaire
53 rue Notre-Dame des champs - 75006 Paris
Métro : Notre-Dame des Champs - Vavin
Tel : 01 45 44 57 34
Depuis le 19 octobre jusqu'au 11 décembre 2016
Du mardi au samedi à 19 heures
Le dimanche à 15 heures

dimanche 27 novembre 2016

Une 5ème Cantine du Troquet à Rungis.

L'inauguration avait lieu aujourd'hui dimanche. Tous les copains de Christian Etchebest étaient là et cette nouvelle Cantine du Troquet a beau être grande (250m2, comprenant 80 couverts en salle et 40 autres en terrasse) elle semblait minuscule. Peut-être par comparaison avec les avenues désertes de l'immense marché de Rungis.

Vous connaissez sans doute la formule. Alors je ne vais pas vous parler ici des plats signature  du chef (Couteaux à la plancha, Oreilles de cochon grillées, charcuterie d’Erick Ospital). Je vous invite à lire ce que j'ai écrit à propos de l'établissement de la rue Daguerre. Et je vous promets des photos circonstanciées lorsque j'aurai passé une nuit à Rungis avec Christian. Le rendez-vous est programmé d'ici une quinzaine de jours.

Je vais plutôt m'attarder sur ce qui fait l'originalité de ce 5ème établissement, dont la décoration a été confiée à Elodie Nectoux (au centre ci-dessous, entre Christian et Stéphane Bertignac qui prend la direction ). Elle a relevé le défi de gommer le coté hangar et aseptisé du lieu pour en faire un endroit au contraire convivial, bon enfant et chaleureux. Elodie travaille depuis 7 ans dans le métier mais ce chantier est le premier qu'elle prend en responsabilité.
Pari réussi car l'aspect industriel n'est pas dénigré. Le béton n'est pas masqué. Par contre plusieurs plafonds phoniques sont suspendus pour atténuer la portée du bruit dans un espace qui compte tout de même 12 mètres de hauteur. Ça a très bien fonctionné aujourd'hui alors qu'il y avait foule. On peut légitimement penser que ce sera très fonctionnel en condition normale d'utilisation. Un grillage ramène de la verdure dans le fond du restaurant.
Tout de suite à l'entrée, un coin charcuterie autour d'une trancheuse et d'un vieux billot souligne les spécialités de la maison (sans point de vente même si ce sont de vrais produits qui sont exposés). La vitrine ouverte est propice à mettre en valeur la charcuterie gourmande et donner envie d'entrer.
C'est Elodie qui a suggéré qu'un animal soit associé à chaque cantine, composant une sorte de jeu des 7 familles. Le coq qui est l'emblème de celle-ci est nettement visible au centre au-dessus du bar. Et il a même été invité personnellement par Stéphane Bertignac !
Il y a astucieusement plusieurs hauteurs d'assise. De hauts tabourets sont alignés le long du bar en toute logique. Un mange-debout traverse la salle dans le prolongement de l'entrée du restaurant qui est encadrée par une sorte d'arche de deux rangées de bouteilles vides qui filtrent la lumière.

La générosité de la cuisine de Christian pourra se déployer sur la tablette supérieure du mange-debout en accueillant toutes les garnitures des plats. On a constaté aujourd'hui combien ce niveau pouvait être utile. Le restaurant fut quasiment pris d'assaut et le patron a même décroché la déco pour satisfaire les gourmands.
Il a alterné toute l'après-midi entre acrobatie, séances de pose souriante et service aussi parce que ce n'est pas son style de rester statique.
Le long des vitrages se déploie un espace plus confortable avec des canapés et des fauteuils en velours qui seront appréciés le temps d'une réunion-déjeuner. La rôtisserie est installée en toute logique à coté de la cuisine ouverte, face à un espace plus classique avec des tables de différentes formes.
Une profusion de bocaux atténue la perspective et canalise le regard sur une hauteur de 6 mètres 50. d'immenses photos en noir et blanc évoquent l'époque, pas si ancienne, où les halles étaient encore dans le ventre de Paris. Le Marché International de Rungis, d’une superficie de 234 hectares aux portes de Paris, est un véritable écosystème au service de l’alimentation des français, de la logistique urbaine du frais, de la valorisation de nos terroirs et de notre patrimoine gastronomique. C'est le plus grand marché de produits frais au monde et pas moins de 24 restaurants y sont implantés.

Si le grand déménagement ne date que de février 1969 c'est Charles de Gaulle qui avait pris la décision, en 1960, et pour des raisons d’hygiène et d’acheminement des marchandises, de transférer le vaste marché à 12 km au sud de Paris, à Rungis, dans le Val-de-Marne.
Mais au-dessus de la porte des toilettes c'est une des grandes passions de Christian qui ne peut se cacher davantage, celle du rugby :
A l'extérieur Gibus (c'est son nom pour les familiers) ouvraient sans relâche les huitres qu'il sort de l'eau chaque jeudi soir pour les vendre aux habitués de la Cantine de Dupleix, du vendredi au dimanche 15 heures. Sa recommandation : les servir avec un tour de moulin de poivre.
Le restaurant est à l'angle du Pavillon Bio, inauguré le 9 mai 2016 par le président de la république. Cet espace 100% consacrée au Bio et qui est la plus grande Halle Bio d’Europe concrétise l’ambition du Marché de Rungis de devenir une référence en matière de produits biologiques dont la consommation ne cesse de croître en France.
La suite ... au prochain article ...

La Cantine du Troquet
1 avenue des Savoies
94150 Rungis

samedi 26 novembre 2016

Klaxon de la Compagnie Akoreacro

Le balayeur n'en finit pas de caresser la piste. L'accordéoniste récupère ses bottines dorées.

Ça s'invective en italien. On a tous compris que c'est pour de faux ... pour le moment.

Parce que lorsque le top départ aura retenti d'un coup de sonnette (de klaxon ne chipotons pas) les six acrobates et les cinq musiciens de la compagnie Akoreacro, vont se déchainer, visuellement et musicalement.

La création est le résultat d'un travail collectif, avec un foisonnement scénique assumé. L’ensemble donne un spectacle dynamique, avec effectivement pleins de détails, mais aussi de la légèreté, de l’humour, et de la poésie.

On assiste à un joyeux capharnaüm autour d'un piano sur roulettes, d'une roue Cyr, d'un cadre aérien et de balles de ping-pong. On comprend avec eux ce que "saisir la balle au bond" veut dire. 
Les instruments de musique deviennent des personnages à part entière. Ils font partie intégrante de l’histoire, et de leur coté les acrobates prennent part à la partition musicale. Si bien que tout au long de la soirée on a le sentiment que tout est lié, sans que domine l'un ou l'autre de ces deux arts.

Le double champ d'action, musical et acrobatique se confirme tout le long de la représentation.

Les choix musicaux sont très éclectiques, avec beaucoup d’inspirations différentes qui provoquent une émotion différente : jazz, classique, musique du monde, hip hop, … La battle de beat boxing était osée. Elle fut très réussie.

Coté acrobatie, beaucoup de portés, du main-à-main, mais aussi de l’acrobatie aérienne avec du cadre.
Ils réinventent leur art en fondue déchainée et le public est ravi. C'est jubilatoire, généreux et inventif aussi. 

Ces circassiens savent tout faire et ils le font bien. Une heure 30 passent très vite en leur compagnie et on peut venir les applaudir en famille. Tous les dimanches après le spectacle, la Compagnie Akoreacro vous invite à partager un moment musical gratuit sous la tente restauration.
cC sont pour la plupart des copains de lycée qui se connaissent depuis plus de 15 ans. La compagnie existe depuis dix ans et Klaxon est rodé depuis longtemps. C'est cependant la première fois que le public parisien peut le voir. Les abonnés venus le soir de la première ont été enthousiasmés et ont facilement accepté de témoigner en donnant leurs avis, par écrit ou en face à face devant la caméra.
A ce propos le restaurant et bar qui sont sur place sont de qualité. J'y ai diné d'un feuilleté de boudin noir cuit à la perfection. La viande provient de Lozère, certifiée par le frère de la cuisinière Géraldine qui, lorsqu'elle rentre dans sa famille, en revient les jus de fruit de sa voisine cévenole. On est d'accord avec elle : vaut mieux faire travailler les copains plutôt que les multinationales.
Tout est maison, même le pain. Et bien sur le gâteau de châtaignes. On peut manger cette cuisine aussi au Monfort ou en Avignon, ou sur un tournage cinéma. Mais avouez que c'est plus facile d'aller à la Villette pour ça.

Klaxon de la Compagnie Akoreacro

Cirque, dès 5 ans
Du 23 novembre au 25 décembre
A l’Espace chapiteaux
Dans le cadre de Villette en Cirques
Du mercredi au samedi à 20h, le dimanche à 16h
Durée : 1h15
Relâche le 24 décembre
À partir de 5 ans

vendredi 25 novembre 2016

Lettre à un jeune poète de Rainer-Maria Rilke

Le spectacle a été créé au Théâtre de Poche-Montparnasse le 3 octobre 2016 et c'est avec beaucoup d'émotion que le public écoute cette Lettre à un jeune poète de Rainer-Maria Rilke, ponctuée d'intermèdes musicaux joués au violoncelle.

C'est en 1903, qu'un poète de 20 ans, Frantz Xaver Kappus, alors étudiant à l’Académie militaire de Wiener-Neustadt, décide d’envoyer à Rainer-Maria Rilke, ses premiers vers poétiques accompagnés d’une lettre dans laquelle il lui avoue douter de sa vocation. Il ne pouvait espérer plus belle écoute et plus juste accueil face à ses incertitudes.

Pendant cinq ans, de 1903 à 1908, avec une extrême délicatesse, Rilke répondra régulièrement à ce jeune homme qu’il ne rencontrera jamais. Il aborde néanmoins avec aisance tous les grands sujets de l’existence : l’amour, la mort, la solitude ... et Dieu, comme Michael Lonsdale aurait pu le faire lui-même, et c'est ce qui rend sa présence sur scène absolument bouleversante.

Rainer-Maria Rilke est né à Prague, alors en Autriche-Hongrie. Sa famille l’oriente vers la carrière des armes. En 1896, il part pour Munich, entreprendre des études de philosophie où il fait la rencontre de Lou-Andreas Salomé en mai 1897, il a alors trente-six ans. Cette même année, il change de prénom. De René Maria, il devient Rainer Maria.

En 1910, il rencontre Marie de Thurn dans son château de Duino, pour laquelle il compose son chef-d’œuvre : Elégies de Duino. A partir de 1919, il s’installe en Suisse et compose plusieurs recueils de poésie en français. Il meurt d’une leucémie en 1926 et est inhumé à Rarogne, en Valais (Suisse).

Trois ans après la mort du maître, en 1929, Frantz Xaver Kappus édite dix courriers que lui a envoyés Rilke et les accompagne d’une courte et respectueuse préface. Il décide simplement d’intituler ce recueil : Lettres à un jeune poète.

On ne présente plus Michael Lonsdale ... sa voix chuchote des mots qui touchent en plein coeur. Une oeuvre d'art est bonne quand elle est née d'une nécessité. Alors oui cette soirée fait réfléchir en nous amenant à nous décentrer de notre quotidien si envahissant.

Aimez votre solitude, cher monsieur, si tout ce qui vous est proche touche les étoiles (...)

Avez-vous perdu Dieu comme on perd un caillou ? Projetez sa venue. Soyez joyeux et plein de confiance.

Le comédien avale quelques gorgées de thé (froid sans doute) et poursuit sur le thème de l'amour. Il est bon aussi d'aimer parce que l'amour est difficile. S'il y a des abîmes, ce sont les nôtres. S'il y a des dangers nous devons les aimer. Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses en attente de transformation.

La vie a toujours raison. La vie, la mort sont deux choses grandes et magnifiques.

Michael Lonsdale regarde le public dans les yeux avec son regard de lion qui a tout vu. Ses mains virevoltent en scandant la mesure de cette musique déchirante qui sort du violoncelle avant de nous faire cadeau du meilleur conseil possible : Elance toi en plein vers la lumière !

A lire, ou relire, si ce n'est déjà fait, non seulement Rilke mais Lonsdale lui-même dont le dernier livre parle (lui aussi) d'amour.
Lettre à un jeune poète de Rainer-Maria Rilke
Mise en scène Pierre Fesquet
Avec Michael Lonsdale, Pierre Fesquet, et les violoncellistes Fabrice Bihan ou Emmanuelle Bertrand,
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse, 75006 Paris
A partir du 13 novembre 2016 lundi à 19h, dimanche à 17h30
     
A savoir : Le Théâtre de Poche propose une sélection d’ouvrages en lien avec la programmation, disponible sur place. Une place achetée en plein tarif au guichet donne droit à une place à tarif réduit pour un autre spectacle (uniquement sur présentation du billet utilisé et dans la limite des places disponibles).Et le Bar du Poche vous accueille du lundi au samedi de 18h à 23h et le dimanche de 14h à 19h. Tout y est maison ou en provenance d'excellents producteurs.

jeudi 24 novembre 2016

Au grand Rex, la féérie des eaux suivie de Vaiana, la légende du bout du monde

Du 16 novembre 2016 au 2 janvier 2017, c'est Noël au Grand Rex ! Le spectacle aquatique la Féerie des Eaux, précède Vaiana, la Légende du bout du monde, le dernier dilm d'animation sorti des studios Disney (dont la sortie officielle est le 30 novembre), dans la pure tradition de grands succès comme Pocahontas.
Destinés aux enfants ces deux propositions plairont à tous les spectateurs.

Personnellement j'ai autant apprécié l'un que l'autre. J'avais entendu parler de la Féérie des Eaux depuis plusieurs années sans avoir jamais eu l'occasion d'en voir de près le déroulement.

Il faut d'abord souligner le confort de cette salle, aux profonds fauteuils de cuir et au décor absolument "incroyable" qui en fait un palais des mille et une nuits comme l'a voulu son premier propriétaire, Jacques Haïk, né en 1893 à Tunis, riche producteur et distributeur dans le cinéma, comme je l'ai expliqué ici. C'est le plus grand cinéma d'Europe et il mérite d'avoir été inscrit à l'inventaire des monuments historiques.
Les jets d'eau sont bien réels, y compris lorsqu'ils surgissent en arc de cercle discontinus depuis les balcons. Le spectacle est réglé dans l'esprit d'un sons et lumières, avec 1200 jets d'eau à plus de 15 mètres de haut, au rythme de jeux de lumière et d'effets spéciaux avec des lasers qui passent par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Créé en 1952, il a voyagé dans le monde entier et se modernise chaque année à l'occasion de Noël.

mercredi 23 novembre 2016

Kabukicho de Dominique Sylvain chez Viviane Hamy

C'est à l'invitation de l'association Lire c'est Libre que je me suis rendue le 19 novembre à l'Olympic Entrepôt pour un débat entre deux auteurs Dominique Maisons pour On se souvient du nom des assassins un thriller publié en octobre dernier aux éditions de La Martinière, et Dominique Sylvain pour Kabukicho, un roman noir publié chez Viviane Hamy.

Si l'on croit aux concours de circonstances on trouvera cela normal. Il y a trop de concordances pour que ce soit anodin. Me voilà (encore) en contact avec quelqu'un qui connait parfaitement le pays de la courtoisie et de la politesse, régi par une haute valeur morale (on peut laisser son ordinateur sur la table du café le temps d'aller aux toilettes avec la certitude de le retrouver), où la patience et la retenue sont des vertus partagées par tout le monde dans une société extrêmement verticalisée. Car ce pays est une gigantesque usine à règles. (p. 81)

Le Japon est fascinant. Car c'est aussi un endroit où la violence peut trouver un terreau très fertile.

Dominique Sylvain s'est intéressé à ce pays bien avant d'y vivre. C'est probablement l'influence cinématographique de Bruce Lee qui l'a décida à s'initier au karaté. Elle approuve son mari quand il exprime le souhait de s'y installer pour raisons professionnelles. Elle vivra treize ans en Aise avec sa famille. L'environnement lui fournit le cadre d'un premier roman où il est question d'une fille qui ne maitrise ni la langue ni les codes culturels. C'était en 1995 et le roman est intitulé  Baka ! (« idiot » en japonais). Le couple est depuis revenu en France mais Dominique est restée écrivain et a déjà publié une quinzaine d'ouvrages, toujours des policiers ou des romans noirs. Elle habite actuellement à Paris mais reste très attachée à l’Asie où elle se rend régulièrement. 
Kabukicho est le nom d'un quartier qui existe réellement au coeur de Tokyo, sorte d'équivalence au Pigalle parisien. Après la seconde Guerre Mondiale, le maire aurait voulu bâtir sur les ruines un théâtre de kabuki mais les américains s'y sont opposés car l'heure n'était pas au renforcement de la culture japonaise. Au contraire, on a préféré permettre aux GI (ainsi désigné en référence à l’inscription "Galvanized Iron" – fer galvanisé, en anglais – figurant sur tous les objets en métal propriétés de l’US Army) de disposer d'un quartier où se distraire.

Ce sont des rues aveuglées par les néons jusque vers 5 heures du matin. Les bars et love hôtels qui occupent des étages d'immeubles ne désemplissent pas et la mairie considère aujourd'hui que cela peut constituer un handicap en terme d'image au moment des futurs jeux olympiques. En attendant de savoir s'il survivra ou sera détruit, Dominique Sylvain en a fait le théâtre de son roman.

Ses personnages principaux exercent le métier d'hôte et hôtesse, car l'emploi n'est pas réservé aux femmes. Leur rôle est de faire boire la clientèle en assurant une conversation avec empathie qui compense, en quelque sorte le faible développement de la psychanalyse. Le commerce charnel est autorisé mais jamais indispensable. La fréquentation de ces bars est composée de salarymen (les cadres ) et aussi pour partie de prostitués qui trouvent le moyen d'évacuer ainsi le stress des heures précédentes. On pourrait considérer que ce type de commerce a des vertus équivalentes au carnaval des sociétés occidentales, à ceci près que les moments de soupape sont plus réguliers.

Les femmes ont le choix entre un hôte de type prince charmant, ou glam rock, à moins qu'elles ne préfèrent passer la soirée en compagnie d'un bas boy. Il est facile de choisir sur photo, à l'instar d'un plat sur un menu. Le nombre de fans de chaque hôte est affiché. On sait d'emblée que Yudai et Kate, les deux héros de Dominique Sylvain, sont en tête du classement de leur établissement.
La construction du roman, d'ailleurs sous-titré la Cité des mensonges, s'appuie sur la recherche de la vérité par des personnes qui pratiquent l'art de la conversation émaillée de compliments et de faux semblants.
À la nuit tombée, Kabukicho, est un théâtre où l’art de séduire se paye à coup de gros billets et de coupes de champagne. Deux personnalités dominent la scène : le très élégant Yudai, dont les clientes goûtent la distinction et l’oreille attentive, et Kate Sanders, l’Anglaise fascinante, la plus recherchée des hôtesses du Club Gaïa, l’un des derniers lieux, dirigé par Sanae, la mama-san, où les fidèles apprécient plus le charme et l’exquise compagnie féminine que les plaisirs charnels. 
La jeune femme disparaît un après-midi. À Londres, son père reçoit sur son téléphone portable une photo qui la montre les yeux clos, avec pour légende "Elle dort ici." Bouleversé, mais déterminé à retrouver sa fille, Sanders prend le premier avion pour Tokyo, où Marie, colocataire et amie de Kate, l’aidera dans sa recherche. Yamada, l’imperturbable capitaine de police du quartier de Shinjuku, est quant à lui chargé de l’enquête officielle. 
La disparition d'une gaijin (Kate est une étrangère) est l'accélérateur d'un processus qui a commencé bien avant. L'inspecteur de police est un peu atypique par rapport au mode opérationnel habituel au Japon. A la suite d'une blessure à la tête et d'un coma profond, Yamada a perdu une partie de sa mémoire, ce qui a pour effet de provoquer des omissions qui s'additionnent aux mensonges des protagonistes qui auraient, pour une raison ou une autre, quelque chose à cacher.
Le débat a été mené de main de maitre par Christophe de Jerphanion, alias Joyeux Drille (car tel est son nom de bloggeur), alternant les interrogations entre les deux auteurs et faisant émerger leurs spécificités. Il a ainsi souligné les multiples hommages que Dominique Sylvain rend à Patricia Highsmith qui reconnait aimer infiniment Monsieur Ripley, un roman que l'américaine a publié en 1955.

Au cinéma il fut adapté en 1960 sous le titre Plein soleil avec Alain Delon, Maurice Ronet et Marie Laforêt, par René Clément qui ajoute une fin morale alors que dans l'original le coupable ne se laisse pas prendre. La question de l'identité est au coeur du roman de Dominique Sylvain comme elle l'est dans un autre film qu'un des personnages apprécie, la Sirène du Mississipi de François Truffaut, sorti en 1969.

L'ambiguïté sexuelle qui est suggérée dans la version américaine du Talentueux Mr. Ripley, réalisé par Anthony Minghella, en 1999 trouve aussi un certain écho dans les pages du livre.

Entre mensonges et pseudo-vérités, il peut s'avérer difficile de démêler les fils d’une manipulation démoniaque. Les morts vivent en nous. (p. 161) Les indices sont nombreux et j'ai très vite deviné l'issue sans que cela ne gâche mon plaisir de lecture. La construction psychologique est plus importante que l'énigme policière et c'est une des forces de cette écriture. Dominique Sylvain rappelle (p. 63) qu'au coeur même du tourbillon net de la catastrophe existe une zone de paix absolue, qui est l'oeil du cyclone. Toujours est-il que l'on doute que ses héros puissent atteindre cet endroit ... dans leur propre vie ou dans celle qu'ils songeraient à emprunter.

A l'instar d'Elmore Leonard dont elle est une grande admiratrice, chaque chapitre est écrit du point de vue d'un des personnages ce qui entraine le lecteur à ne pas prendre parti définitivement. Lorsque Marie parait, les pages sont ponctuées d'extraits de la Cité des Mensonges, qui est le titre du livre titanesque (p. 55) qu'elle rêve de publier pour témoigner de ce dont elle est capable.

Par ailleurs, et c'est bien entendu parce que l'auteur connait très bien la culture japonaise, on oublie que nous sommes sur le terrain de la fiction. Suivre l'intrigue nous fait réellement partir en voyage au pays du Soleil levant. On arpente Kabukicho. On tremble à l'apparition d'un yakusa appartenant à la mafia japonaise. On reste proche de l'univers manga. On se glisse dans l'eau chaude et relaxante d'un onsen.(p. 201) On découvre l'île d'Oshima et le volcan des amours perdus. On visite une des dernières  maisons traditionnelle, une minka qui subsiste encore malgré toutes les catastrophes naturelles que le pays subit. Et on se remémore une matsuri. (p. 235)

J'ignore si Dominique Sylvain sera présente au prochain Salon que Lire c'est libre organisera, sous la houlette de sa dynamique présidente, Régine Heindryckx, le samedi 28 janvier dans la mairie du 7ème arrondissement de 14 à 18 heures. N'attendez pas la réponse officielle pour découvrir son roman.

Kabukicho de Dominique Sylvain chez Viviane Hamy, collection Chemins Nocturnes, en librairie de puis le 6 octobre 2016

mardi 22 novembre 2016

Dégustation de jambon de bellota 100% ibérico Cinco Jotas au Farago

Quand on souhaite déguster un produit dans les meilleures conditions possibles je conseille d'aller dans un restaurant qui a l'habitude de l'inscrire à sa carte. C'est dans cet état d'esprit que je suis venue au Farago, 11 cour des Petites Écuries, une rue qui a des allures de voie privée un peu provinciale, ce qu'il faut lire comme un compliment.

L'assortiment de Bellota figure dans le menu soir découverte comme dans le menu hit-eat et le menu soir Farago qui est le plus sophistiqué de l'établissement.

Je vous montrerai en fin d'article comment on peut se régaler dans ce restaurant mais place d'abord au produit à l'honneur dans cet article, le jambon de Bellota. 100% ibérico Cinco Jotas découpe de main de maître par un Maestro Cortador. Car  la coupe se doit d'être parfaite : il s'agit de trancher le jambon en disposant sur l'assiette des morceaux fins et translucides qui pourront se consommer en une bouchée.
C'est peu dire que c'est bon. La couleur du jambon est une première surprise avec un camaïeu de rouges et de roses selon les zones de coupe. La tranche brille et en bouche on sent de petits cristaux, garantie d'une faible salinité et d'un séchage lent et graduel. Cela fond entre mes doigts. C'est doux, juteux et onctueux. Les arômes sont longs et intenses, a fortiori lorsque on s'approche de l'os. Les goûts sont multiples, évoquant les sous-bois et parfois une note sucrée. C'est une expérience à faire.

lundi 21 novembre 2016

Koumiko d'Anna Dubosc

Anna Dubosc est la première gagnante du Prix Hors concours, avec un livre atypique, c'est le moins qu'on puisse dire. Je plébiscite ce choix même si elle n'était pas la seule à mériter une récompense.

Il faut reconnaitre que le jury ne pourra pas être taxé de conformisme parce que la jeune femme qui semble si timide ose raconter sans aucune fioriture ce que la dégradation de l'état de santé de sa mère provoque en elle. Koumiko Muraoka est poète. Elle est née en Mandchourie et a émigré à Paris bien avant la naissance de sa fille.

On peut se rendre compte de la singularité de cette artiste dans le film de Chris Marker, "Le mystère Koumiko", tourné en 1965 alors que le Japon se trouvait dans la dynamique des Jeux Olympiques.

Le site de l'éditeur, Rue des promenades, n'édulcore pas la situation : Elle n’a pas le droit de sortir, mais on s’en fiche, on sort. Elle enfile sa doudoune. En dessous, elle porte un tee-shirt et un survêtement. Je regarde la peau de ses chevilles fripée. Elle n’a pas ses bas de contention, elle dit que ça la serre trop. J’ai beau lui expliquer que c’est fait exprès, elle est convaincue que c’est mauvais. J’insiste, j’ai peur qu’elle meure d’une embolie. « Il faut que tu mettes tes bas, c’est important, maman. » Mes mots s’enfoncent comme dans un cauchemar d’impuissance. « On verra ça plus tard. Je peux pas tout faire, j’ai trop de choses à penser ! » D’un coup, je la crois. Que je m’inquiète pour rien, que je l’emmerde pour rien. Qu’elle ne va jamais mourir, qu’elle n’a pas le temps de mourir, qu’il n’en est pas question.

Koumiko est l'occasion, pour Anna Dubosc, de parler de sa mère qui s'enfonce dans la maladie, en inventant une façon de parler de la douleur et de la plénitude de la relation qui se dégrade. Elle ose des réflexions incroyables. Cette jeune femme ultra timide (je l'ai rencontrée) parle de sa mère à la troisième personne, en la désignant par son prénom et néanmoins avec une pudeur qui ne tarit jamais.
Elle n'hésite pas à écrire que sa mère glapit : ma tête c'est pourri. Elle la décrit comme un poulet sans tête courant dans tous les sens. Et la couverture du livre illustre cette métaphore avec un cliché évoquant la pellicule du film de Chris Marker. Parfois elle fait semblant de ne pas comprendre. Elle me gonfle, nous dit-elle, s'énerve contre ses lubies (p. 92). J'ai envie de lui dire ferme ta gueule, putain, espèce de cinglée !

Quelques lignes plus loin elle surenchérit : puis merde, elle n'a qu'à s'exprimer. Je ne lis pas dans ses pensées. Je suis sure qu'elle n'a rien dit pour jubiler de nous en vouloir et nous accabler de culpabilité.

Et pourtant l'amour qu'elle lui porte suinte page après page. Je me mets en quatre, j'essaie de tout lui remettre dans la tête. j'ai peur. Si je la laisse s'enliser, nous aussi, elle nous oubliera (...) Ça me touche et ça m'agace, son attachement à des petites choses insignifiantes et sans valeur, mais qui n'ont justement pas de prix, qui sont uniques, qu'on ne peut pas remplacer. (p. 72)

Son alimentation la désespère et son rapport au désordre la sidère. Quand il lui arrive de désirer conserver un objet superflu elle se moque d'elle-même : voilà que je fais ma Koumiko. (p. 36) Si ma fille avait connaissance de cette réflexion elle se l'approprierait pour se moquer de moi qui ai (tout autant qu'elle) horreur de jeter.

Elle a comme un don à l'envers, maintenant, pour dégotter ce qu'il y a de plus mauvais. Là je la reconnais quand même, dans cet excès, cette démesure. (p. 75)

Le lecteur s'interroge sur la fonction que l'approche de la fin de sa mère a pour effet sur elle, et en quoi on touche -ou non- à l'universel. Apprenant qu'elle est atteinte d'une maladie de la moelle osseuse elle écrit : enfin il se passait quelque chose. la mort de ma mère, ça c'était sérieux. Ça me sortait de la torpeur, ça me mettait dans l'action (p. 13)

On comprend vite qu'une sorte de mouvement de balancier s'opère inéluctablement entre Koumiko, la poétesse et Anna l'écrivain : ça fait 7 ans qu'elle n'écrit plus, depuis que je suis moi-même publiée, comme s'il n'y avait pas de place pour deux dans l'écriture ou qu'il suffisait qu'une seule de nous deux écrive.

C'est tellement beau tout ce qu'elle raconte. J'ai le coeur qui bat, je veux pas en perdre une miette (p. 83) Et Anna note avec frénésie la moindre de ses réflexions ... comme j'ai pu le faire aussi quand j'accompagnais ma mère dans cette même maladie.

Je comprends donc parfaitement ce qu'elle peut éprouver en assistant, avec impuissance aux moments où sa mère partage avec elle des moments de bonheur naïf comme lorsqu'elle vit des instants de blues intense, lourds comme du plomb.

Elle est stupéfiée par sa lucidité, comme si elle lui sautait à la gorge, alors qu'elle l'avait crue morte. (p. 148) Combien de fois ai-je ressenti semblable interrogation. Combien de fois ma mère aussi me demandait si la maison existait toujours et semblait rassurée quand je lui répondais par l'affirmative.

Oui, ces personnes là, même si elles perdent la tête, la perdent à leur façon, mais curieusement toutes de la même manière. Et si l'écriture d'Anna Dubosc est singulière elle n'en est pas moins magnifique.
Anna Dubosc est née à Paris en 1974. Elle écrit avec l’intensité et la légèreté de celles qui font tourner le monde. Ses mots jaillissent au milieu de la ville, du chaos, du rire, de la mort. Ils rejoignent les autres, expriment ce qui nous lie et ce qui nous délie. Frontale, drôle, pince-sans-rire, Anna Dubosc démonte le monde pour le remettre à l’endroit.

Elle a publié des textes, des chroniques et des interviews dans les revues Purple, Purple journal, Citizen K, Libération Style, Something, Ce soir. Ses collages et dessins sont régulièrement exposés dans les galeries.

Koumiko d'Anna Dubosc, éditions Rue des Promenades, 14 euros

dimanche 20 novembre 2016

Si vous ne connaissez pas encore la plancha révolutionnaire de Mastrad ...

Connaissant Interfel, l'interprofession des fruits et des légumes frais où se déroulait l'atelier, j'ai été invitée à découvrir la dernière création de Mastrad, célèbre pour ses papillotes en silicone.

Il s'agissait du set plancha O'plancha Mastrad permet nombreuses cuissons en mode plancha ou teppanyaki pour griller et cuire la viande, légumes, poissons... aussi bien à l'extérieur... qu'en intérieur.

J'étais sceptique mais je ne demandais qu'à être convaincue parce que je suis frustrée de n'avoir pas de balcon pour y installer ne serait-ce qu'un mini-barbecue. Autant le dire tout de suite, j'ai été convaincue au-delà de mes espérances puisqu'un tirage au sort m'a même permis de rentrer chez moi avec le précieux set.

J'étais loin d'imaginer une telle issue alors que j'arrivais un peu en avance, et que le chef me proposait de tester l'appareil en situation réelle en lui donnant un (petit) coup de main.

Rien que la perspective d'attendre que le four soit suffisamment chaud me fait renoncer régulièrement à préparer une pizza. C'est un enfer l'été et de tous temps une perte de temps accompagnant un gâchis d'énergie, de mon point de vue, sauf à enfourner en même temps deux ou trois préparations.

Cette plancha est totalement déculpabilisante, et rapide en prime. On découpe des cercles de pâte à l'emporte-pièce. On pose dessus une rondelle de tomate, puis une cuillère généreuse de Philadelphia (qui coulera moins à la cuisson que de la crème fraiche), quelques lardons coupés finement et une pincée de fromage râpé. On peut aussi saupoudrer de thym ou herbes de Provence.
Le tout est disposé sur un disque de papier sulfurisé et hop sur le gaz, la plaque électrique ou l'induction. Le fonds de l'appareil est thermo-diffuseur. Sa triple épaisseur de 8 mm (acier inoxydable/aluminium) le rend compatible avec tous les modes de cuisson ... même le four traditionnel ou le barbecue. On accroche le couvercle et on suit la montée en température.

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