dimanche 31 août 2008

Marché de rentrée ...

... jetez plutôt un oeil sur le dessus de mon panier !

Je connais des sites qui ont un succès grandissant en proposant de livrer à leurs abonnés des colis de légumes. Leurs tarifs sont trois à quatre fois plus élevés que l'épicier du coin.

Pour ma part je préfère choisir sur pièces et sur place. Et je vous encourage à faire de même en allant sur le marché de votre région. Cela fait 20 ans que je pratique celui d'Antony (92), mais j'apprécie aussi tous les autres. L'essentiel est de repérer les commerçants à qui on peut faire confiance. Une question de temps. Et pour vous en faire gagner (du temps) je vais vous livrer ma sélection.

Les sceptiques pourront allumer leur télévision le samedi 6 septembre prochain, à partir de 6 heures. Je vous annonce en avant-première que William Leymergie et son Télématin remplaceront l'école le samedi matin. David Martin animera une chronique sur les marchés et c'est celui d'Antony qu'il a choisi pour commencer. Il y achètera des écrevisses. Mais suivez-moi dans les allées. Je vais vous livrer mes petits secrets.


Nicole, toujours souriante, à qui j'achète des pommes de terre de toutes variétés, des herbes aromatiques, des échalotes et des aulx (un ail-des aulx, vous aurez révisé un accord de pluriel irrégulier avant de reprendre le chemin de l'école ...), des champignons aussi. Même qu'une année, à Noël j'avais cassé la tirelire pour une truffe.

Aujourd'hui la maison GUEGAN me servira des champignons de Paris (2,90 euro le kilo) et ces girolles (11, 90, prix imbattable) qui vont embaumer une omelette et me rappeler les cueillettes de champignons en Puisaye avec mon grand-père.

Sami (que je connais depuis beaucoup moins longtemps) d'abord pour la saveur de ses fruits qu'il fait gouter sans compter. L'énumération serait longue si je voulais tout citer. Pour les fruits exotiques, limitons-nous aux mangues, et aux ananas qui, bien sûr sont arrivés en avion (donc à maturité sans avoir passé des semaines en chambre froide). Ajoutons malgré tout les bananes de la Martinique, petites mais charnues et sucrées. Ses pêches plates sont un délice, les reine claude un bonheur (des prunes vertes qui doivent leur nom à la Reine Claude de France, tout simplement). Depuis deux semaines il a déjà des mirabelles de Lorraine. Dès qu'un client ou une cliente émet le moindre doute sur les melons, la pastèque, les abricots, Sami coupe le fruit pour en tendre un morceau. Et c'est toute la file d'attente qui déguste.

Chez lui les légumes aussi ont du goût. Il m'a fait découvrir une variété de petits concombres qu'on mange avec leur peau. Les aubergines ne sont pas fades. Les poivrons exaltent les gazpatcho. Donc prévoyez un grand cabas ou faites comme moi : demandez une cagette que vous porterez ensuite à bout de bras jusqu'au porte-bagage du vélo (roulons écologiques).

Prêts ? Voici ...
un chou-fleur
une betterave, que je coupe en tranches fines et que je fris à l'huile jusqu'à obtenir de croustillantes chips carmins.

de belles asperges croquantes (l'intérêt avec les vertes c'est qu'il n'est pas utile de les éplucher) qui seront braisées avec du thym citron
des poivrons jaunes, des poivrons oranges. Je vous dirai une autre fois ce que j'en fait
un quart de pastèque juteuse, sucrée et savoureuse
des mirabelles qui atterriront sur une tarte "à la volette",
d'après une des premières recettes que j'ai mises sur le blog
des pêches blanches merveilleuses (en haut) et des nectarines blanches (en bas)
ces dattes qu'on appelle "medjoul", que j'ai vues à presque 30 euros le kilo un peu plus loin et que Sami vend à 18. Est-ce beaucoup ? Ce sont des Pala, en provenance directe d'Israël qui, en bouche, fondent comme du chocolat. Prenons-en juste 8 en guise de friandise.

L'addition sera élevée mais ce sera parce que vous aurez fait le plein pour la semaine avec un rapport qualité/prix totalement imbattable. (Vous en connaissez beaucoup d'autres qui affichent les mirabelles à 2,98 euros le kilo ?)

Passons aux fromages. D'abord un chèvre fermier au lait cru sélectionné par Erick BOISTAY

J'aurais aussi bien pu craquer pour un vrai Cœur de Neuchâtel. Ou une tranche de pâte de coing avec un fromage de brebis basque à défaut de fromage portugais. Ou encore ce simple chèvre frais avec un pain italien, trouvé un peu plus loin.


Chez ce fromager, reconnaissable avec son épouse, à leur tablier orange fluo sur un polo noir (ou l'inverse, selon les semaines) tout est de qualité. C'est un des rares à être labellisé Club Prosper Montagné. Sa devise "Bien manger est le début du bonheur".

Il m'apprend que la prochaine foire aux fromages d'Antony mettra en vedette le Cantal le week-end du 13 septembre.

En fin de marché je vais voir ce qu'Anna propose sur son étal de fleurs. Un magnifique pot d'azalée mettra de la gaité sur mon bureau.

Le marché d'Antony c'est aussi des vêtements à des prix incroyables. J'ai le souvenir d'une jupe style Chanel, bradée 3 euros. (oui ce n'est pas une faute de frappe), de chaussures au même prix.

Ce matin il y avait des crocs (prononcer crox) , ces sabots qui font fureur, vendus 40 dollars aux USA et moins de 10 fois moins chères à Antony, la marque en moins. Les initiés les connaissent sous le nom de leur surnom américain : "cayman". Qu'on me pardonne de vous livrer en bonus cette blague de bas étage, j'en conviens : quelle est la différence entre un crocodile et un alligator ? c'est caïman la même chose !



Les marchés sont aussi un théâtre pour les bonimenteurs.

A croire le dernier ce balai allait vous faire gagner des heures et vous éviter un lumbago : qui n'a jamais fait le ménage à quatre pattes ? demandait-il d'un air complice aux ménagères attentives.

Avez-vous remarqué comme la saleté est toujours facile à nettoyer dans les foires ?

Cela me rappelle le sketch de Coluche qui se moquait des lessives lavant plus blanc que blanc : blanc on connait mais plus blanc que blanc, cela doit être un trou.


Le marché d'Antony est actif les mardi, jeudi et dimanche.

vendredi 22 août 2008

Changement de décor

Cela faisait longtemps que je trouvais la bannière du blog trop haute, et peu esthétique parce que le nom du blog n'était pas inséré sur cette image, libre de droits, que j'avais récupérée sur Internet. Souvenez-vous, c'était :

La voici changée pour la rentrée et pour célébrer le cap du 100 ème billet. J'avais d'abord bricolée celle-ci à partir d'une photo d'un manège de chevaux de bois que j'avais prise aux Tuileries :


Pour finalement recommencer et opter pour :


Mais je ne suis pas certaine d'avoir fait le bon choix. Votre avis sera apprécié pour m'aider à choisir ... ou à faire évoluer une des deux versions. Merci !

jeudi 21 août 2008

Douceur estivale

Voilà ce qu'on peut faire avec quatre fois rien en quatre coups de cuillère à pot :


  • deux spéculoos, pour leur parfum au gingembre
  • un demi-pot de yaourt à l'amande
  • une cuillerée de confiture
  • une pêche plate
Il suffit de remplir la verrine en suivant l'ordre de l'énumération (casser un biscuit dans le fond et garder le second pour la décoration). La seule difficulté consiste à glisser le yaourt sans toucher le bord du haut du verre. C'est juste alors "moins présentable". Avec de l'entrainement on y arrive. Beaucoup d'autres combinaisons sont envisageables.


Cette série de Mamie Nova est à craquer.

mercredi 20 août 2008

CLICHES CHIC, PHOTOS CHOC

A défaut d'avoir des oreilles, les murs de Paris vous parlent ...


Non, ce n'est pas (ou plus) une boucherie chevaline mais Kazana, une boutique d'écharpes et de bijoux indiens, au 15 rue Vieille-du Temple,à l'angle avec la rue du roi de Sicile, dans le 4ème arrondissement










et dans le même quartier, cette fois à l'angle des rues de la Verrerie et de Moussy ce n'est pas un jardin public mais l'entrée d'un Centre de Protection Maternelle et Infantile.

Il n'y a pas que des mosaïques pour nous surprendre sur les murs.

Je gage qu'un prochain jour les tags de cette façade de la rue de Verneuil seront classés à l'inventaire des monuments historiques. Derrière leur noirceur se profile une tendresse infinie pour l'homme qui se pensait laid, Serge Gainsbourg.



Charlotte, sa fille, œuvre à l'ouverture au public de leur ancien domicile sous forme d'un musée dont la conception a été confié à Jean Nouvel, l'architecte de l'Institut du Monde Arabe, du Musée du Quai Branly et accessoirement du (très laid) collège Anne Frank d'Antony.

J'aime aussi certaines façades de boutique, comme celle-ci un peu plus loin, où je me suis approvisionnée en thés, 35 rue du Bourg-Tibourg au printemps :

Et si nous faisions un tour ... autour de Beaubourg,

pour admirer la fontaine Stravinsky ?
Je ne me lasse pas de regarder tourner les sculptures de Niki-de-Saint-Phalle
et de Jean Tinguely
Dans le genre statue il y a ces clichés qui vont vous rappeler une certaine dame


Pourtant nous sommes bien à Paris, à la pointe de l'île des Cygnes, face au pont de Grenelle.

J'aime bien aussi cette photo qui n'a pas été prise en Italie, mais devant le Cirque d'hiver, rue Amelot, près de République, en sortant du Murano dont je vous ai fait l'éloge le 15 août.














et celle-là du pôle financier du Tribunal de Grande Instance, rue des Italiens, pour sa pendule
qui me rappelle qu'il est temps que je me remette au travail si je veux tenir mon pari d'avoir fini avant la fin de l'été !








Je vous l'avais montré en gros plan le 28 juin.

Le travail progresse depuis un mois. Jugez plutôt : j'ai même commencé à jointoyer.
Mais il y a encore du caillou à tailler.

lundi 18 août 2008

SAGAN et moi une heure durant …

Ce matin-là son amie Peggy Roche lui avait reproché d’être la seule femme de Paris qui n’aime pas faire les boutiques.
Alors Françoise s’était fait violence pour sortir de chez elle et voilà comment je l’ai rencontrée, l’air égarée, entre les portants du Stock Daniel Hechter de la rue d’Alésia (Paris XIV°). J’étais au moins aussi désemparée qu’elle devant l’ampleur du choix. L’avantage, avec ce type de boutique c’est qu’on ne risque pas d’être en avance sur la mode. Les articles sont de l’avant-dernière saison. On a eu le temps de s’habituer aux nouvelles formes, aux couleurs qu'il est de bon ton de porter. Un lieu idéal pour deux femmes qui n’avaient pas le sens de la mode.

Nous avons sympathisé en sortant d’une cabine d’essayage : l’épreuve était au-dessus de nos forces respectives. Les achats furent expéditifs. Elle estima que la jupe de soie et la veste dorée étaient tout à fait ce qui me convenait pour la cérémonie à laquelle je devais me rendre. Je la rassurai sur l’association entre un pantalon beige et une blouse imprimée léopard, que je lui ai vue porter à de nombreuses reprises pour des interviews télévisées. Cela me faisait sourire.
Un achat stupide en ce qui me concerne : les vêtements ne sont pas ressortis de ma penderie.

Françoise avait acheté ces fringues comme on accomplit un exploit, juste pour prouver qu’on en a l’envergure et en sachant qu’on ne réitérera pas la performance.
Elle habitait à deux pas de la boutique mais l’effort de sortir de chez elle était manifeste. Rentrer aurait atténuer son mérite. Et elle avait la solitude en horreur. C’est souvent au milieu d’une bande d’amis que je me sens vraiment seule.

Je fus la compagne d’une heure. Nous avons parlé de tout et de rien. Les mots se bousculaient déjà entre ses mâchoires comme s’ils arrivaient trop vite du fond de ses pensées.

Je la sentais en manque. Quand elle leva la main pour héler le garçon j’ai cru un instant qu’elle allait lui demande du papier et un stylo mais c’est un Martini avec une olive verte qui fut commandé.
En souvenir de New York, de ses bars, de son agitation incessante. Vous êtes déjà allée à New York ? On y sent la mer et le goudron frais. Elle l'avait dit dans un souffle, sans attendre ma réponse. Fumer ne lui avait pas fait perdre l’odorat

Ses doigts tripotaient nerveusement les perles de son collier quatre rangs, dénonçant ses origines bourgeoises. Une jeune femme est entrée avec un bébé dans les bras, captant les regards. Le café était minuscule et elle a frôlé Françoise en se dirigeant vers le comptoir.

Les souvenirs vous sautent à la gorge. J’étais comme elle à la naissance de mon fils. Je me sentais comme un arbre avec une nouvelle branche.
Et puis ce qu’on redoute le plus finit toujours par arriver. Je vivais pour écrire, maintenant je dois écrire pour vivre.

Comme je m’étonnais de sa tristesse elle me confia ses soucis : je suis criblée de dettes mais je ne veux pas vendre la maison. Vous comprenez ? J’ai besoin de fuir, de m’échapper, de me perdre, mais j’ai autant besoin de revenir dans ce lieu où je me ressource avant de repartir.
Repartir, on ne fait que çà toute sa vie.


Je l'écoutais sans trop réaliser la portée de ses paroles. Je n'avais pas encore vu sa maison, un lieu magique, proche de la mer mais pourtant en pleine campagne. Avec des chambres en pagaille pour accueillir ses familles du hasard comme elle surnommait ses amis. Une maison qui allait devenir l’épicentre d’une sorte de phalanstère. Un manoir en fait, qu'elle avait acheté à Equemauville, un 8 août (1958), à 8 heures du matin, avec les 80 000 francs gagnés la veille au casino d'un pari sur le 8.

Etait-elle d'ascendance chinoise pour avoir comme le peuple du Soleil Levant le 8 comme chiffre fétiche ? Les mariages se sont multipliés en Chine ce 8-08-2008. Les médailles s'accumulent à Pékin pendant les Jeux, dégringolant comme des jetons d'une machine à sous. Cela aurait amusé Françoise !

De son entourage, elle n'avait qu'une exigence : J'attends de mes amis qu'ils soient heureux. Etait-elle apparentée avec Stanislas, le roi de Pologne à qui l'on prête une petite phrase assez semblable : le vrai bonheur consiste à faire des heureux ?

Elle était facétieuse. Ses gaffes étaient légendaires (il fallait l'avoir vue confondre un écrivain avec un portier et lui demander d'aller garer sa voiture parce qu'elle était en retard ou encore s'adresser à tel autre en le croyant maitre d'hôtel ... ) Ses mots d'esprit étaient tout autant célèbres qu'elle. En partant elle demanda au barman des kool molles s'il-vous-plait ... c'était le surnom qu'elle avait trouvé pour ses cigarettes mentholées.

Je ne l'ai pas retenue. Sa timidité était trop palpable pour que je puisse prolonger la conversation au-delà du raisonnable . Comme je regrette évidemment aujourd'hui. Surtout de n'avoir pas songé un instant à l'interroger sur le processus créatif.

Elle disait qu'elle avait toujours aimé écrire, comme tout le monde, ajoutait-elle. Avec elle cela semblait facile. Comme si écrire se résumait à juste trouver un ton différent, inventer ce qu'on sait déjà.

Ecrire c'est comme un rendez-vous d'amour : dangereux. Parfois, on hésite.

Je l'ai entendue dire qu'elle ne savait pas très bien pourquoi elle écrivait. Pour deux ou trois personnes qui vous croient fortes et qui ne savent pas que d'un coup, d'un mot, elles peuvent vous mettre à terre.

Le "charmant petit monstre" était pudique, n'aimant pas se laisser aller à des confidences. Donner la vie à des personnages qu'on ne connait pas c'est beaucoup plus drôle que de parler de soi. C'est aussi une façon intelligente de tromper sa solitude.

Françoise aurait sans doute esquivé mes questions par une pirouette, me confiant ce qu'elle répétait à longueur d'interviews : Ecrire un roman c’est faire un mensonge. J’aime mentir. J’ai toujours menti.
*
* *
Si j’ai bel et bien rencontré Françoise Sagan rue d’Alésia dans la boutique de vêtements que je cite dans ce billet par contre l'enchainement des dialogues est le fruit de mon imagination, activée par le film que vient de réaliser Diane Kurys et que j’ai eu la chance de découvrir lors du festival de films Paysages de cinéastes qui a été programmé au Rex de Châtenay-Malabry au mois de juin dernier.

Nous sommes le 18-08-08 . Mais le film Sagan est toujours sur les écrans dans toutes les grandes villes.
Un film clairement biographique, bouleversant et magistralement interprété par Sylvie Testud dans le rôle-titre, une actrice qui était époustouflante aussi dans Stupeur et Tremblements, d'Alain Corneau où elle campait déjà une femme écrivain, cette fois Amélie Nothomb.

vendredi 15 août 2008

BRUNCH DE REVE AU MURANO

Cela peut sembler de la provocation d'écrire sur la nourriture à peine achevée la lecture de la Cage aux lézards, et pourtant ce n'en est pas. Et puis aujourd'hui c'est ma fête. Personne ne m'a invitée au Murano mais on va faire comme si.

Deux autres éléments ont déclenché ce billet: cela faisait longtemps que le compte-rendu était en rade. Et le crocodile rouge qui me montrait les dents à l'entrée du restaurant est un gros lézard.


Bon d'accord, l'entrée ne paie pas de mine. Et le quartier n'est pas des plus attirants, enfin je trouve ... Mais une fois franchie la porte, et évité le gros lézard rouge et son copain argenté, il suffit de passer derrière les double-rideaux blancs pour connaitre un accueil chaleureux.

Rares sont les clients qui osent s'arrêter tout de suite dans le lobby pour deviser tendrement dans cette causeuse rose bonbon comme le faisaient les Précieuses du temps de Molière. Ce n'est pas un manège : les sièges ne tournent pas autour du pied unique malgré un design semblable aux chaises rotatives pop Chair qui rappelle aussi les coques PVC de Giacomo Andretti. Ou encore le fauteuil que vient de concevoir Carl Öjerstam pour IKEA en s'inspirant de la paume d’une main dans laquelle on viendrait se lover pour se relaxer.

Ici la causeuse est un modèle luxe, ( qui me fait penser à une création estampillée Kartell et Starck) autour d'un vase central, ce jour là accueillant une longue tige d'arum. Il fallait pencher un peu la tête pour se regarder dans les yeux.

On aurait envie de s'y installer pour rêver un temps mais il faudrait pouvoir assumer d'être le point de mire au milieu du hall.

Hormis cette double touche de rose c'est le blanc qui domine dans le lobby. Quelques tables de marbre (blanc veiné de noir) s'éclairent de l'intérieur. D'autres, toutes petites et rutilantes, chacune en forme de lettres d'acier brillant, composent le nom de l'hôtel M.U.R.A.N.O. Elles pourraient juste accueillir un café et nous sommes venus pour un brunch ... Mais leur disposition, devant l'immense Chesterfield blanc, toujours blanc, contribue à donner à la pièce cette atmosphère kitsch néo-seventies tout à fait unique et spécifique du Murano. Au-dessus de nos têtes, la verrière laisse découvrir une cour intérieure et les chambres de l’hôtel à la manière du Pershing Hall. (Mais si ! Vous le connaissez. C'est là que Cécilia a donné sa dernière interview, quand elle s'appelait encore Sarkozy)
La célébrité de Starck (qui n'a pas encore travaillé ici) est telle qu'on lui attribue régulièrement la paternité de la décoration de l'hôtel. C'est Raymond Morel, un designer qui n'exerce plus en France, qui est à l'origine de sa conception. Depuis, c'est la direction de l'hôtel, Jérôme Foucaud et ses collaborateurs, qui renouvelle à son goût les pièces en partenariat avec des créateurs et des artistes contemporains.
L'originalité, que dis-je, la pièce emblématique du Murano, demeure son impressionnante cheminée, véritable rampe lumineuse, qui fonctionne au gaz et qui réchauffe l'atmosphère. Ce sera un délice, tout à l'heure, d'être assise sur le canapé avec les flammes qui caresseront ma nuque. Le Murano est bien le seul endroit que je connaisse où on puisse profiter d'une cheminée sans avoir froid dans le dos, et pour cause ...

Laissons la cheminée de coté pour suivre la maîtresse de maison dans la salle à manger. C'était elle que j'avais eue au téléphone le soir où j'ai réservé : je la reconnais au cliquetis de ses talons sur le marbre. La salle est sombre et étonnante elle aussi. Disons que le décalage est différent. La couleur bordeaux renforce l'aspect théâtral : de grandes orgues lumineuses tombent du plafond en cascade.

Nous avions le choix de poursuivre et de préférer cette table sous la verrière de l'arrière-cour, inondée de lumière naturelle. Mais nous choisirons tout compte fait la discrète pénombre de la grande salle.

La lecture du menu nous absorbe un long moment.
Y aura-t-il vraiment tout cela à goûter ????
Nous sommes heureux d'avoir opté pour une table proche des buffets !

Le garçon s'enquiert de notre choix de boisson chaude. Café pour l'un, thés pour l'autre. Au pluriel s'il-vous-plait parce qu'il revient avec une théière et un assortiment de sachets tous plus tentant les uns que les autres. D'autant qu'ils sont siglés Fauchon. Thé de Chine au jasmin ? Thé à la rose ? Ceylan ? Va pour un Earl grey à la bergamote, à la bergamote de Calabre bien sûr.

Si on veut commencer salé on chipotera entre :
salade d'endive, roquefort et noix
salade de mini tomates mozarella
salade de roquette et stilton

salade grecque à la feta
salade russe au caviar avruga

tzatziti

légumes antipasti
guacamole et légumes croquants

Après on enchainera sur des plats chauds :
tajine de poulet aux fruits secs
chicken wings caramélisées
pommes rissolées au romarin
beignets de crevettes

Des beignets comme ceux-là j'en mangerais sur la tête d'un pouilleux, selon l'expression consacrée. Evidemment on sert aussi à la découpe saumon fumé et jambon cuit au foin. J'avais lu sur le menu "thon fumé en copeaux" et ne le trouvant pas sur le buffet je me suis adressée au serveur qui m'a répondu d'un énigmatique "je vais vois ce que je peux faire en cuisine ..." pour me rapporter quelques minutes plus tard une ardoise avec de superbes tranches d'une finesse et d'un parfum sublimes.

J'ignore comment certains clients se sont adressés au personnel de l'hôtel (j'ai lu de petits compte-rendus acides) mais je ne vais pas faire une seule critique sur la qualité du service. Loin de là !

Comment aimeriez-vous vos oeufs ?
Quels oeufs ? Parce qu'il y a AUSSI des oeufs ! Soit ! A la coque !

Nouveau délice que ces petites choses, bien calées sur un matelas de gros sel, avec leurs mouillettes légères tartinées de beurre Bordier.
Après cela goûtons voir si les jus de fruits sont bons. Aucun des adjectifs de la longue liste de la célèbre lettre de madame de Sévigné ne peut exprimer ce que sont les jus que nous avons dégustés au cours de notre premier brunch au Murano. Carottes, pêche de vigne, pamplemousse, poire, le verre suivant était toujours meilleur que le précédent. J'ai retenu la marque : Milliat.

Nous sommes revenus pour un autre brunch en entrainant des invités. HELAS les bouteilles estampillées Milliat n'étaient plus au rendez-vous. Nous n'avons pas su si nous avions joué de malchance.
Un petit fromage ? Comme ce camembert qui embaume la forêt de chênes ? Ou ce Sainte Maure de Touraine puisque c'est la saison des chèvres en ce moment ? Le service est toujours attentionné. Suivant une chorégraphie bien rodée, les serveurs déplacent les plats pour composer deux tables de buffet toujours alléchantes.

Une pause s'impose. Avec la lecture de la presse. Daniel Pennac rend hommage aux cancres avec un compliment bien tourné : les derniers seront les premiers. Quel mensonge tout de même ! Ne généralisons pas à partir de son cas personnel et exceptionnel ! Les bras du fauteuil de velours sont confortables et encouragent à la nonchalance. Sur la table, des pastels à l'huile apportent des touches de couleur sur la nappe blanche. Ils m'invitent à crayonner une ébauche associant vert-ocre et violet que le garçon conservera.

Changement radical dans les toilettes. Le marbre noir reflète des murs ocre, patinés d'orange et d'argent. Un parfum de cannelle contribue à réchauffer l'endroit. La lumière se faufile derrière les miroirs en vagues rouges. Je les soupçonne d'ailleurs d'affiner la silhouette. Parce qu'après ce que j'ai dégusté ce n'est pas normal de paraître si fine. Petite gâterie chez les hommes : ils ont droit à la télé ! Je ne vous dirai pas quel film. Je ne suis pas allée vérifier. Rien ne m'étonne plus. L'anti-conformisme du Murano n'est pas dérangeant. Parce qu'il est assumé avec classe.

Sans faire la fine bouche nous n'avons pas touché à la corbeille de viennoiserie, aux crêpes, aux cookies, aux fruits, aux céréales, au fromage blanc et à la compote de pommes. Pas plus qu'aux confitures et aux marmelades. Mais nous avions apprécié la sélection de pains avec les salades.

Les panna cotta et les crèmes brûlées sont arrivées vers 13 h 30, dans de minuscules verres (ces verres à vodka qui s'appellent des shots) sur un lit de glace. Nous n'allions pas nous plaindre de leur taille qui autorise une dégustation exhaustive de tous les parfums.

Est-il alors raisonnable de regarder les tartelettes au chocolat, au citron et potiron, aux figues, les éclairs, le cake au citron, le baba au rhum, les financiers, la mousse carambar .... ? Cela fait bien longtemps qu'on a dépassé le stade du raisonnable.
Quand nous y sommes retournés (un autre dimanche) les desserts étaient disposés sur la tablette haute du bar et l'éventail était encore plus époustouflant. Le décor, l'ambiance et la pénombre accentuée ne nous ont pas distraits de faire le meilleur choix et de ramener en pleine lumière notre assiette pour leasavourer.
Les murs capitonnés du bar combinent des tons résolument "vintage" orange et violet. Avec des images qui défilent sur les écrans. Le week-end, l'ambiance y est plutôt tranquille et sereine. Alors, ces couleurs presque agressives, tant à la mode dans les années 70, créent une ambiance décalée, toujours qualifiable de post-moderne, qui m'amuse presque. J'ai l'impression d'être de retour de voyage dans ma chambre de jeune fille. Mais j'imagine que le soir venu, l'atmosphère est radicalement plus hype. Avec une musique plus forte que les airs jazzy qui nous enveloppent.
Puisqu'il faut bien quitter la salle à manger nous allons profiter de la cheminée, de sa quiétude et de sa bonne chaleur. Et suivre les allers et venues d'une clientèle internationale soit disant très branchée et people sans se sentir en position de voyeur. C'est çà aussi qui est appréciable au Murano. On s'y sent bien, tranquillement bien. On oublie qu'on se trouve dans un palace. Peut-être aussi parce que la clientèle ne fait pas de chichis remarquables.

Certains jours (il vous faut consulter le programme sur leur site) le brunch se prolonge jusqu'à 17 heures avec une animation musicale (mais l'addition s'en ressent). Nous avons donc ainsi découvert Cynthia Queenton, une chanteuse d’origine franco maltaise qui allie le charme et le talent.

Tout le monde connait sa voix mais peu savent que c'est ce visage qui se cache derrière le " Dam doum doum doum " qui ponctue les jeux d'image annonçant les écrans publicitaires de France 2. Ecoutez plutôt. Je vous ai entendu dire "Ah oui !", ne niez pas. Ou alors c'est que vous n'avez pas ouvert le lien.

Mais Cynthia Queenton a un registre plus large. Elle revisite la célèbre chanson de Julio Iglesias Vous les Femmes, sous le titre Pauvre diable, qui est la piste 6 de l'album Murano Unplugged. Je pense que vous pourrez en écouter un extrait en cliquant ici et en suivant ensuite les instructions. Ou alors écoutez plutôt... le Murano est un lieu très impliqué musicalement.

Sa voix s'accorde parfaitement aux rythmes du jazz et de la bossa avec lesquels elle chante des standards qu'on écoute avec plaisir en les redécouvrant. Ses références sont Ella Fitzgerald, A.C.Jobim, Cole Porter et Michel Legrand … dont elle reprend beaucoup de succès. Elle est aussi auteur compositeur et la publicité l'a déjà sollicitée pour des marques de prestige comme Cartier, Boucheron, Bulgary.
Elle conjugue grâce, émotion et charme. Elle allie le glamour des années 50 avec sourire et raffinement tout en conservant une candeur rafraichissante. Ce dimanche là elle se produisait en duo avec un musicien. Ne la manquez pas dans les salles parisiennes qui la programment ( le Réservoir, Le Divan du monde, le Baiser salé …) ou au Murano où il est certain qu'elle sera bientôt de retour.

Enfin mention particulière aux jeunes filles du service vestiaire. J'avais perdu mon ticket et elles ont patiemment passé en revue les fourrures pour retrouver mon petit imper qu'elle m'ont rendu avec leur charmant sourire et en me souhaitant une bonne fin de journée.

Il ne pouvait en être autrement.

Le Murano
13 boulevard du Temple (métro Filles du Calvaire)
01 42 71 20 00
(les photos ne portant pas la mention A bride abattue sont reproduites avec l'autorisation du Murano)

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