samedi 29 novembre 2008

INSOLITE à Verrières-le-Buisson

A.D.M. Laser, Namasté, Pêpin le Malin, Tisac, les éditions de la plume de Louise, Sansudsou, Stilic Force ... une douzaine de designers d'avant-garde avaient répondu "présent" à l'invitation de la boutique de cadeaux-décoration qui fêtait ses 20 ans.

Un tapis rouge faisait le trait d'union avec un chapiteau, dressé dans l'arrière-cour de l'immeuble voisin. L'affluence était énorme. Les créations toutes plus originales les unes que les autres, justifiant à merveille l'enseigne du magasin, avec des points communs frappants : humour, qualité, praticité, ce qui n'est pas toujours systématique dans le domaine. Les prix (que je n'indique pas ici parce que je ne rédige pas un catalogue ...) sont raisonnables. On est loin des tarifs des grands magasins parisiens (lire Noël avant l'heure sur le blog, le 30 octobre). On peut se faire plaisir à partir de 6 euros, peut-être même moins.

Je n'ai pas pour ambition d'être exhaustive et je vous livre quelques clichés des objets qui se sont laissés surprendre par mon objectif. Les coordonnées des créateurs sont répertoriées en fin d'article. Certains seront présents du 3 au 7 décembre au salon des métiers d'art et de création au Carrousel du Louvre. Mais c'est toute l'année qu'on peut trouver ou commander leurs créations chez Insolite. Depuis que je vous ai expliqué comment rentabiliser un billet de bus et voyager 1 heure 30 pour 1, 14 euro, il n'y a plus d'excuse à considérer la banlieue comme une terre étrangère (pour ceux qui ne le sauraient pas lire le billet du 13 novembre). Je crois même que je vais bientôt pousser encore un peu plus vers le sud, explorer la région de Palaiseau où quelques designers m'ont invitée.
Que ceux dont je ne parle pas ici n'y voient aucune mauvaise intention de ma part. Je ne pouvais pas rendre compte de tout.

Ces découpages au laser brillent à l'entrée du chapiteau. Normal : Objectal est un des plus anciens partenaires. Fabien, le concepteur, les désigne sous le terme d'insoliteries ... évidemment.

Valérie Bonjour conçoit ces boites, recherche les accessoires (perles, rubans ...) et travaille avec un parfumeur pour associer les senteurs qu'elle combine parfois en duos.
C'est joli. Cela sent bon. Cela s'accroche au porte-manteau ou se glisse dans l'armoire.

Cela peut aussi, comme cette pyramide en soie, être à la fois objet de décoration et presse-papier. Cette nouvelle création, pyramide oblige, sera à l'honneur au Carrousel du Louvre (stand Namasté)

Des doudous porte-clés ou porte-tétines conçus par Clément Benoît dont l'accent circonflexe a volé sur le pépin de son nom de marque : Pêpin le malin, basée à Rennes depuis 4 ans. Petit intermède à propos des accents circonflexes : le chapeau de la cime est tombé dans l'abîme !
Vous en verrez bien d'autres sur le site dédié : pepinlemalin.com

Le Tisac existe sous toutes les formes, du plus rustique au plus sophistiqué, dans une gamme de matières très large et à tous les prix. L'essayer c'es l'adopter. Inutile de chercher à le copier : le modèle est breveté, même à l'international depuis 2005. Agnès, la conceptrice, a de quoi être fière parce que les créations en maroquinerie sont plutôt rares. Et parce que la fabrication -française- assure du travail à une quarantaine de personnes handicapées. Chapeau !

C'est ce que pourrait dire Nicolas Trüb qui n'a fait aucune difficulté pour poser devant mon appareil, bien au contraire. Je ne lui donne pas tort parce que ses inventions sont aussi drôles que lui. J'imagine très bien quelle petite histoire je pourrais écrire pour accompagner le temps d'un repas pris avec sa cuillère Babyplane. Je promet d'aller lui rendre visite à Montrouge. Vous pouvez avoir un avant-goût sur son site.

Je pourrais aussi bien avoir envie d'écrire sur un ...

... conçu par Sansudsou, qui a un catalogue en ligne plutôt fourni.

Ma préférence va à leurs essuies-verres en micro-fibre porteurs de messages enfin lisibles par les presbytes. Les verres anti-reflet sont en réalité plutôt des verres auto-salissants ! Plus d'excuse pour les avoir translucides.

Des aimants décoratifs, des jeux de mots, des jeux avec des mots ... c'est tout l'univers de La Plume de Louise qui les met en boites depuis presque 5 ans pour Insolite, et pour sa boutique de l'Ile Saint Louis, 3 rue Jean Du bellay, 75004 Paris

Mais que fait donc Claudine, la "patronne", pendant tout ce temps ? Elle fait la navette entre le chapiteau et la boutique, accueille, conseille, distribue les sourires, emballe de jolis paquets-cadeaux. Pas le temps de souffler même l'instant d'une photo.

La famille donne un coup de mains. Les amis aussi. C'est Louiza qui a choisi les patisseries orientales allégées en sucre (à souligner) et fait elle-même un délicieux thé à la menthe, subtilement parfumé à la cannelle. Insolite jusqu'au bout !

INSOLITE, 8 rue d'Antony, 92370 verrières-le-Buisson, 01 69 81 71 03
et par ordre d'apparition des photos :
A.D.M. Laser, géré par M. Dupont-Blain, Ruelle Poltron 77181 Courtry, 01 60 20 78 14
Namasté, Valérie Bonjour, créatrice de senteurs, 3 rue de la gare de Reuilly, 75012 Paris, 06 81 27 44 20
Pêpin le malin, Clément Benoît, 39 bis boulevard de la Liberté, 35000 rennes, 02 23 46 19 57
Tisac, 2/4 rue Albert Marquet, 75020 paris, 01 40 24 14 14
Stilic Force, Nicolas Trüb, 18 rue périer, 92120 Montrouge, 01 46 56 00 86
Sansudsou, Anne, Delphine et Virginie Stringer, 54 rue de Romilly, 78600 le Mesnil-le-Roi, 01 39 62 53 56
Editions la Plume de Louise , Frank Gosselin, 26 rue Marceau, 94200 Ivry-sur-seine, 01 43 90 46 60
Les trésors sucrés, 51 avenue de Fontainebleau, 94270 Le Kremlin-Bicêtre, 01 46 71 55 77

vendredi 28 novembre 2008

Ce soir ce sera sans fromages

Je vous avais annoncé que je retournerai au Swiss Lounge passer une soirée en compagnie d'un grand chef. Je me réjouissais à l'idée d'assister en direct à la réalisation de recettes inédites dont je vous aurais fait profiter sur le blog et qui auraient été directement utilisables pour composer les menus de Noël.
Loupé !

Mon inscription en bonne et due forme selon la procédure imaginée par l'agence RPCA (il parait que c'est une des plus grandes ...) n'a pas été prise en compte. Mon arrivée annoncée par mail n'a pas davantage été agendée (enregistrée si vous préférez). Explication : l'opération a été "victime de son succès". Traduction : on a fait un énorme lancement presse, qui a été relayé partout, y compris sur les blogs (merci) sauf que comme on est d'habitude pessimiste on ne pensait pas que cela marcherait et on n'a pas pu faire face à l'affluence des inscriptions ... bref on s'est noyé dans la fondue.

L'agence promet à ses clients des "Relations Publiques à 360 degrés" (c'est ce dont leur site se glorifie), n'est-ce pas ce qui s'appelle tourner en rond ? (Il faudra que je vérifie si c'est la même agence qui organise la cérémonie des Talents du Goût. Décidément il existe dans le monde de la gastronomie des gens qui manquent d'élégance. J'en connais d'autres qui sont formidables. Il faudra faire la moyenne). Je serais à la place du client (en l'occurrence les Fromages de Suisse) je passerais aux organisateurs une "abadée" de première.

Ce n'est vraiment pas la peine que les bloggeurs (qui ont rappelons-le d'autres choses à faire que ...) se lancent à écrire des billets qui incitent des gens à se déplacer pour que ceux-là aient le sentiment d'avoir été orientés sur des fausses pistes. Un comble pour une opération suisse. J'espère que mon article n'a pas été beaucoup lu et que je n'ai pas contribué au "succès" de l'opération. Parce que sinon comment je vais continuer à être crédible ?

Mes moyens ne me permettront pas de m'octroyer les conseils d'une agence de relations publiques pour redorer mon blason. Remarquez que ... si c'est pour qu'elle fasse de moi une victime de son succès ... vaut mieux pas.

Par contre, si mon inscription par Internet n'a pas été enregistrée, ma boite mail est depuis, curieusement, saturée de propositions commerciales à aller découvrir la Suisse. Comme si j'avais maintenant envie de me risquer aussi loin ... A ceux qui penseraient que j'aquige un peu je répondrais que c'est mal me juger de croire que j'exagère.

Dimanche je serai membre du jury du Championnat de France de Cuisine Amateur. Et je suis très confiante dans les créations qui vont être soumises à notre appréciation. Ce sera sûrement moins ambitieux que celles que j'aurais du goûter ce soir. Mais plus faciles à apprécier que si j'avais gardé en mémoire des plats que j'aurais eu tendance à comparer aux assiettes des amateurs.

J'ai quinté un bon coup et maintenant je vais pouvoir pioncer tranquille. Sacrée vache !A ceux qui pourraient penser que j'en fais tout un fromage je voudrais d'avance pointer que ce qui m'a agacé dans cette déconvenue c'est que l'investissement en temps que j'avais déjà consacré (je comptais publier une savoureuse histoire rédigée à partir d'expressions typiquement suisses) s'est trouvé balayé d'un revers. Il est inadmissible qu'une agence de relations publiques ne soit pas capable de gérer les opérations qu'elle monte elle-même. Nous vivons dans une société qui ne sait pas dire non de manière circonstanciée. Il n'y a pas pire que promettre et ne pas tenir.

J'ai regretté d'avoir été dithyrambique pour une opération qui n'en avait pas besoin alors qu'il y a tant de petites entreprises qui se démènent avec brio et dont on ne parle pas. C'est pourquoi je n'ai pas accepté la proposition (fort aimable au demeurant) des Fromages de Suisse de reporter ma venue sur le brunch du lendemain. J'avais d'autres engagements qu'il n'était pas question d'annuler. Je vous invite à lire ces compte-rendus de visite qui seront publiés demain et après-demain. De belles surprises en perspective !

dimanche 23 novembre 2008

Tout augmente ... sauf

L'Augmentation est une pièce de Georges Pérec au titre prometteur, montée en coproduction avec le Centre Dramatique de Montluçon.
Mise en scène par Anne-Laure Liégeois , cela devient un évènement à ne pas louper. Le Théâtre Firmin Gémier d'Antony (92) avait misé sur cette création, propulsée comme temps fort du 18 au 30 novembre.
Plusieurs rencontres ont été programmées pour aller au devant d'un public qui ne connait pas forcément Georges Pérec.

Laurent Letellier, assistant à la mise en scène, s'est chargé des bibliothèques. Je l'ai rencontré dans la superbe médiathèque de Chatenay-Malabry. Il connait -forcément- très bien l'oeuvre de cet écrivain. Il analyse, compare, lit quelques extraits, suscite l'envie d'en apprendre davantage sur un auteur réellement génial, sorte d'Einstein littéraire, avec qui la ressemblance n'est pas que physique. Cet homme avait le cerveau en ébullition permanente.

L'augmentation est une courte pièce : une cinquantaine de pages que j'ai eu le temps de lire avant d'aller au théâtre. J'avais aussi -hier- rencontré l'équipe artistique au cours d'un débat avec le public. C'est une excellente idée de programmer le jeudi une séance à 19 heures 30 ... à condition que cela se sache. Croyant arriver en avance pour 20 heures 30 je me suis en fait pointée en retard. J'ai loupé le spectacle mais suis restée pour entendre Anne-Laure Liégeois, disons ALL pour simplifier -parce qu'il faut toujours simplifier.

Malgré tout je n'étais pas convaincue. Ayant travaillé 20 ans en entreprise j'ai vécu de près ou de loin suffisamment de situations frustrantes ou injustes pour ne pas avoir envie de les voir montées en épingle sur une scène de théâtre. Je sais trop bien qu'il est illusoire d'espérer une augmentation de salaire et qu'il faut déjà s'estimer heureux d'avoir du travail et de le conserver, même si ce n'est pas facile tous les jours.
La lecture de la pièce avait été savoureuse mais ne m'avait pas fait changer d'avis : aller entendre le texte sur scène n'était pas devenu prioritaire dans un emploi du temps très chargé.

MAIS ... dans une mise en scène d'ALL il fallait peut-être attendre pour juger ...

D'emblée je confesse que j'ai eu tort de douter. J'ai passé un moment formidable et si je pouvais j'y retournerais. Le spectacle est complet : chorégraphie, musique, découpage des dialogues ... tout a été pensé avec humour, intelligence et générosité.

Çà commence comme au cinéma. Les entrées et sorties des comédiens claquent comme des diapositives avec un rythme de générique de film. D'aucuns y ont vu une référence à Matrix. D'autres ont cru voir des gesticulations que Jacques Tati aurait pu faire dans Mon Oncle. Une lumière stroboscopique aurait provoqué le même effet.

A l'avant-scène plusieurs toiles reflètent des vues du plateau filmé sous divers angles. Puis les comédiens se figent avec un large sourire. Un silence s'épaissit sur la scène. C'est fini ? me demande mon voisin. Je sais que non et donc je supporte parfaitement ce moment de calme. Mes yeux se perdent dans la forêt lointaine qui s'étale sur le mur du fond. Ce type de photographie grandeur nature était très à la mode dans les années 70. Seule la machine à eau est anachronique et bien contemporaine de notre époque actuelle.

Nous avons tout deviné alors que les comédiens n'ont encore rien dit : la communication sera difficile. L'épaisseur du silence est à la mesure de la dignité de l'employé. Comme une métaphore du défi à relever. Le face à face avec le supérieur hiérarchique sera terrible. ALL nous avait prévenus : Un homme et une femme, comme à la création. Sauf que c'est pas le paradis.

Les dialogues s'ouvrent sur "Vous avez mûrement réfléchi". Le public se retient d'approuver.

Les tableaux s'enchaînent avec une énergie à couper le souffle. Après le silence les spectateurs sont soumis à une nouvelle contrainte : écouter le texte dans un débit inhabituel. Il s'apparente alors à une musique répétitive qui évolue sensiblement. Un peu comme le Boléro de Ravel.

Les comédiens sont épatants dans leur capacité à changer de peau pour faire vivre de multiples facettes de tous les personnages. Olivier Dutilloy semble aller jusqu'au suicide "en live", sorte de Christ crucifié sur l'autel des vanités économiques. Anne Girouard est époustouflante.

Vous la connaissez forcément : c'est elle la reine Guenièvre dans la série française Kaamelott. Elle a aussi joué dans le feuilleton Marie Besnard, l'empoisonneuse. Elle a tourné en 2007 dans le film L'Auberge rouge, et fait une apparition dans Enfin veuve en 2008.

La scène de la fête ponctuant la remise de la médaille du travail est un morceau de bravoure. Illustrée musicalement par Gimme, gimme, gimme de ABBA. Rappelez-vous. Ecoutez et savourez :



give me, give me, give me a man, after midnight

Dans ce tube des années disco le groupe aimerait que, comme les stars de cinéma atteignant le bout de l'arc-en-ciel, on puisse faire fortune en trouvant là un chaudron rempli de pièces d'or, caché par des leprechauns, des lutins typiques du folklore irlandais. Mais les paroles de la chanson se poursuivent en regrettant que le monde réel soit si différent :

fatiguée de la télé
j'ouvre la fenêtre et je fixe le noir de la nuit
mais il n'y a là rien à voir, personne en vue
il n'y a pas âme qui vive là
personne qui entende ma prière

Les comédiens sont déchainés et les spectateurs totalement bluffés. Après cela on n'entendra plus jamais le groupe ABBA de la même oreille. Les applaudissements prendront une allure d'ovation totalement méritée.

ALL regrette de n'avoir pas rencontré Georges Pérec. Nous aussi. On imagine très bien ce qu'ils auraient fait ensemble : un théâtre pétillant et décapant. Il va falloir qu'elle poursuive sans lui parce que nous, on attend le prochain comme une fête.

Nous espérons doublement la revoir prochainement sur la scène antonienne, ou sur le plateau chatenaisien. En toute légitimité puisque ALL a fait ses débuts au théâtre avec la troupe du Campagnol à Châtenay-Malabry dans le cadre de Une ville se raconte. Elle vivait alors en voisine, à Verrières-le-Buisson. Des années plus tard elle participe à des projets que Marc Jeancourt orchestre avec beaucoup d'énergie (les tournées océanes) . Forcément, les liens se sont encore renforcés quand il a pris la direction du complexe. ALL sera toujours partante pour revenir à Antony.

L'augmentation, de Georges Pérec, au Théâtre Firmin Gémier d'Antony, du 18 au 30 novembre,
jeudi 19 h 30, dimanche 17 heures

jeudi 20 novembre 2008

Fromage ou dessert ?

Après la Belgique (qui a son Centre culturel 56 rue Quincampoix) c'est la Suisse qui a pris ses quartiers d'hiver dans la rue, précisément au numéro 38 . Alors dépêchez-vous d'aller y faire un tour si vous aimez les fromages. Rebaptisé Swiss Lounge, la façade rouge éclatant qui autrefois exposait les créations du Facteur céleste, abrite un bar à fromages éphémère, puisque le 29 novembre l'équipe de fromagers suisses retournera dans ses montagnes.

C'est un peu un cadeau de Noël avant l'heure car il est inutile de sortir votre porte-monnaie : la dégustation est offerte ! Même pas la peine de dire que vous venez de ma part pour être traité comme un VIP (je rappelle la traduction : very important people). D'où le nom de Lounge qui, en anglais, désigne le salon où l'on paresse.

La décoration est surprenante, avec sa moquette de plastique verte comme la bonne herbe dont se nourrissent les vaches helvètes, ses cloisons en bois brut, la table massive, les écrans haute définition qui sont des fenêtres ouvertes sur les paysages.













Mais l'endroit est confortable au-delà de ce qu'il est imaginable d'espérer dans le quartier des halles avec des canapés blancs comme neige, ponctués de coussins humoristiques.


Le sourire de toute l'équipe fait le reste. On goute, on regoute, on vérifie ses préférences. Est-ce que le sbrinz est meilleur en lamelles (il aura plus d'arôme) ou en petits morceaux (il sera plus salé, presque granuleux comme du parmesan) ? Entre les deux mon cœur balancera toujours.

On tape l'incruste sans se sentir importun. On échange les points de vue avec les habitants de la rue venus en voisins, avec les touristes, avec d'autres parisiens. Beaucoup de connaisseurs se mêlent à une clientèle surprise. Les avis sont unanimes : on aime tout. On découvre des associations auxquelles on n'avait pas encore pensé comme tome-courgettes (marinées dans une huile de noisette) ou tilsitt-raisin (pour des idées de recettes c'est ici) et une boisson surprenante. Elle a la couleur du jus de pomme, les bulles d'une célèbre boisson gazéifiée mais un gout radicalement différent. C'est la Rivella que les suisses boivent depuis tout de même plus de 50 ans.

J'ai découvert aussi des expressions suisses à l'humour aussi ravageur que celles qu'on trouve dans la bouche des québécois. Je vais peaufiner le vocabulaire pour consacrer un billet spécial sur le sujet. Parce que cela le vaut bien. Si vous-même avez dans votre panier des tournures suisses je suis prête à les collationner avec celles que j'ai apprises.


Les 12 meilleurs fromages suisses.sont exposés comme des oeuvres d'art derrière leur vitrine. Le prix de vente n'est qu'indicatif car le bar n'ayant pas eu l'autorisation de vendre vous ne vous sentirez pas le moins du monde poussés à acheter.

Mais vous n'aimez peut-être pas du tout, mais alors pas du tout le fromage. Allez-y quand même, pour sourire des photos de Maurizio Galimberti et pour déguster ... une glace. La Movenpick à l'ananas (rappelez-vous le billet d'avant-hier vantant les mérites de ce fruit dans les régimes amincissants ...) est un délice qu'il faut apprécier dans cette confortable causeuse délicieuse comme une bulle de silence ...

Durant toute la durée de l’évènement, de 12h à 15h, de minis sandwiches seront proposés gracieusement. Puis, à partir de 17h, un expert du goût officiera autour d’un thème traité en ateliers, conférences et dégustations (Christmas tapas, fromages et vins, Sweet and Sour etc..). La programmation est chaque soir différente. c'est toujours le principe de gratuité qui prévaut mais il faut penser à réserver (sur le site que vous trouvez en lien au début de cet article). D'ailleurs j'y retourne bientôt en soirée cette fois ...
Et si vraiment vous êtes résolument dessert, changez de pays. En route pour un petit coin d'Italie à Verrières-le-Buisson. Depuis que je vous ai appris qu'avec un billet de bus (1, 14 euro) vous pouvez circuler pendant une heure 30, vous n'avez pas d'excuse. La Bottega dei Sapori n'est même pas à 10 km de la capitale ! Si vous voulez snober Verrières (la ville où vécut Louise de Vilmorin avec André Malraux, qui accueillait le soir et les week-ends de nombreuses personnalités du monde littéraire et du show-biz de l'époque ...) allez au marché du Plessis-Robinson et demandez Mimmo les mardi, vendredi et dimanche matins. C'est la même maison.

A force de circuler dans la banlieue Sud et de regarder les prix j'ai remarqué que si les fruits et légumes sont nettement moins chers sur Antony (je vous renvoie au marché de rentrée que j'ai fait le 31 août) à l'inverse les produits italiens comme les salades de poulpe, les pâtes fraiches ... sont plus abordables à Verrières. A fortiori le mercredi parce que ce matin là, Laura fait même 20% de réduction sur les plats cuisinés. Elle vend les pâtes De Cecco qui seraient les meilleures du monde, loin devant les B ...(en 6 lettres, se termine par A, si vous voyez ce que je veux dire) à un prix inférieur à celui que vous fera la Grande Epicerie du Bon Marché. Pas la peine d'aller si loin pour les trouver.

Quand la maison sort du four ses panettones on sent la bonne odeur de brioche au milieu de la rue. C'est comme çà que j'ai été attirée la première fois. J'ai vu ensuite de minuscules babas. Etant souvent en Lorraine, le baba et moi sommes de vieux amis. C'est le cuisinier de Stanislas Leczinski, roi de Pologne, qui créa la recette : une sorte de kuglehof imbibé de rhum.J'ignorais que c'était aussi une spécialité du Sud de l'Italie.Surtout la variante au limoncello dont la liqueur de citron s'accorde parfaitement avec un carpaccio d'ananas (je ne vais pas recommencer à vanter les mérites de l'ananas ...).

Puis mon regard s'est posé sur les collections de petits gâteaux romains auxquels je ne résiste pas. Un jour on trouve (comme sur la photo) le feuilleté à la fraise, la figue, l'amaretti aux cerises d'Amarena, l'amaretti aux amandes et aux pistaches, le citron, le fero di cavallo (fer à cheval) ... mais d'autres jours ce seront les amaretti au chocolat et au café ou ces petits chaussons feuilletés que sont les sfogliatina au chocolat. En Italie, l'amaretti est le cousin de de nos petits biscuits secs. Ce sont des variétés de macarons aux amandes. Mais sans rapport avec les macarons de Nancy ... évidemment. Reconnaissons tout de même la qualité des macarons italiens puisque c'est ce pays qui les a inventés.

En Italie, pas de Noël sans le traditionnel "Panettone" apparu vers 1490 à Milan, et bien vite adopté partout. Il est de tradition de l'offrir pour les fêtes de fin d'année.
Chez moi et depuis que j'ai vécu en Alsace, pas de Noël sans Bredele, Pains d'épices, Menele, Spekulatius et autres spécialités germaniques. J'attends la neige pour m'y mettre mais je vous promet de vous livrer les recettes, photos à l'appui. Si vous ne pouvez pas attendre ce blog spécialisé vous fera patienter.
Plus récemment, j'accueille l'hiver avec des Cantucci (que certains appellent aussi Cantuccini, ou encore Biscotti di Prato, du nom de leur ville d'origine, en Toscane) aussi croquants que craquants parce qu'ils ne contiennent pas un gramme de matière grasse. Des biscuits de régime donc ...

Epicerie italienne : 34 rue Estienne d'Orves - 91370 Verrières-le-Buisson - 01 69 53 02 09
Swiss Lounge: 38 rue Quincampoix - 75004 Paris- jusqu'au 29 novembre

mercredi 19 novembre 2008

EXHIBITION Sonia Rykiel au Musée des Arts Décoratifs

Demain la rétrospective de 40 années de mode sera révélée au grand public. Les tableaux ont été conçus pour illustrer chacun un aspect de l'histoire de la maison Rykiel, dans une mise en scène qui reflète autant l'évolution de la mode que celle de la société.

Aller de l'un à l'autre équivaut à feuilleter un carnet de tendances grandeur nature. Tout peut se comprendre au pied de la lettre et à contre-pied. A commencer par le titre, EXHIBITION, qui s'entend à double sens puissance deux.

Volontairement prononçable en français comme en anglais, sans signifier exactement la même chose, il affirme le développement et la puissance internationale de la maison de couture. Il annonce aussi clairement la mise en avant de la créatrice. N'oublions pas qu'elle a joué en 1994 son propre rôle au cinéma dans le film de Robert Altman, Prêt-à-Porter. Que sa forte personnalité en a fait naturellement le chouchou des médias et des pipoles. Qui ne connaît pas sa chevelure flamboyante, sa silhouette finement moulée dans une robe noire, son engagement auprès des femmes, sa passion pour le chocolat ?

Sonia Rykiel a l'habitude de se mettre en avant, de s'exhiber, comme on le dit dans notre langue, sans crainte du qu'en-dira-t-on. Et du même coup elle a libéré les femmes de bien des carcans. Tout cela se sait. Tout cela apparait, clairement, dans cette exposition qui a quelque chose de spectaculaire, comme le sous-entend le terme anglais.

Avec la voix, chaude et sensuelle, de Sonia Rykiel, des extraits des défilés, des pages de magazine sorties des archives, des campagnes publicitaires. Apparemment elle ne cache rien, allant jusqu'à exposer sur des portants des tenues portées par sa fille Nathalie (autrefois mannequin, aujourd'hui PDG de la marque) sans retenue : on peut voir cote à cote les robes qu'elle a véritablement portées pour chacun de ses deux mariages, et qui ont été dessinées par sa mère évidemment.

Pourtant il demeure, et c'est tant mieux, une Sonia secrète, dont les blessures ne regardent qu'elle (pas la peine de relire le billet trois fois je ne ferai aucune allusion sensationnaliste à l'intime) et c'est au fond avec pudeur qu'elle affiche au grand jour que ce qu'il est supportable de voir. Comme cela est fait avec magnificence !

La mère de Sonia lui tricote de superbes pulls multicolores trop larges alors qu'elle rêve d'un modèle moulant et noir, qui mettrait en valeur sa chevelure rousse. Du coup elle déteste les vêtements, qu'elle n'aime qu'usagés.

Elle travaille comme étalagiste. Son sens artistique est remarqué par un certain ... Matisse qui achète tous les foulards qu'elle a si joliment disposés. Quand elle est enceinte elle ne peut se résoudre à porter des tenues structurées comme des abat-jours. Elle mettra en avant son petit ventre dans une robe moulante qui va emballer toutes les femmes, enceintes ou pas. A force de faire retoucher tous les vêtements qu'elle prend dans la boutique Laura, propriété de son mari, Sam Rykiel, avenue du Général Leclerc, à deux pas de la porte d'Orléans, Sonia se met à penser sérieusement à se lancer. Le prototype du premier "vrai" pull fera tout de même 7 aller-retour entre l'usine d'un fournisseur de son mari et la boutique avant de correspondre enfin à son goût. Nous sommes en 1962. Le premier sera commercialisé sous le nom de Fanny (le prénom de sa mère). S'il ne se trouve pas au Musée des Arts décoratifs nous avons tout de même une profusion très représentative de la production dans une alcôve intitulée "La revanche du Poor Boy Sweater", sorte de melting-pot de toutes les tendances sur 40 ans.










En général les décolletés sont larges et ronds pour dégager le cou. "Il faut faire remarquer sa tête sans se faire remarquer" disait-elle, et elle s'emploie à aider les femmes à mettre leur corps en valeur.

Françoise Hardy porte du Rykiel en couverture de ELLE en 1963. En 1964 elle ose dessiner des robes de cocktail qui se porteront sans soutien-gorge et qui seront vendues dans la boutique Laura. Des motifs de dentelles cachent l'essentiel de face, mais la poitrine se devine de profil. Les "Bra less dress" auront un succès fou. Les américaines font arrêter leur taxi sur le chemin qui les ramène à l'aéroport d'Orly. Sonia doit repenser avec nostalgie à cette époque puisqu'elle intitule cette vitrine "Vague à l'âme". Elle fera défiler ses mannequins seins nus, bras croisés au-dessus d'une jupe paréo en 1972.

Les bases de son style sont posées. L'évolution s'opérera par petites touches. Parce que Sonia Rykiel aime trop la mode pour faire des changements radicaux. Elle a des principes et s'y tient. La rupture saisonnière est une horreur qu'elle s'efforce de rendre plus douce. "Je ne révolutionne jamais. J'évolue. Souvent imperceptiblement" prévient-elle en 1973. Cette rétrospective en est la preuve. Il est nécessaire de regarder sur les cartons descriptifs les années des modèles pour constater un écart d'âge conséquent qui ne saute pas aux yeux. Rares sont les stylistes à rester autant fidèles à leur ligne.

Elle combine tricot et soie, coutures à l'endroit et sur l'envers, place les poches très bas pour que les femmes y mettent confortablement les mains à bout de bras, emprunte au vestiaire masculin le pantalon qu'elle élargit en jupe portefeuille l'hiver 87-88, puis la salopette dont elle remonte la taille et qu'elle propose en multipliant les accessoires (comme ces bonnets, ces écharpes rehaussées de grosses fleurs ou ces colliers de laine) , combine le confort ( des matières fluides, souples, des manches qui se déroulent en fonction des besoins) et la séduction (des coupes près du corps, des décolletés profonds et ronds, des tissus transparents, des talons vertigineux), joue avec les superpositions, les découpes et les trompe l'oeil plus ou moins coquins (le plus drôle à mon sens, en 2004 avec une paire de mains gantées de rouge cramoisi sur le bas du dos d'une robe noire. Il vous faudra aller au musée pour la voir).
Cette femme "vraie" valorise le paradoxe qu'elle met en scène sous l'intitulé "Tout faux". Elle aime les mots et griffe les vêtements de messages à contre emploi, n"hésitant pas à rayer le terme "mode" sur le devant d'une robe.

Elue femme la mieux habillée du monde en 1970 elle déclare avoir "doucement rigolé" puisqu'elle portait le même manteau depuis 5 hivers consécutifs, à titre "d'effort personnel dans une société marquée par trop de gaspillage".

Les robes noires sont à l'honneur dans la vitrine 23 "Coup au coeur" qui nous montre des noirs intenses, des noirs mats, couleur ardoise, des noirs brillants en nous rappelant que les créateurs Japonais ou Belges n'ont pas été les premiers à adopter cette couleur.

Le noir, les rayures, les strass, les chapeaux melon, sont devenus des marques de fabrique. Le noir c'est parce que c'est la seule couleur portable pour une rousse flamboyante, qui puisse valoriser la femme comme un écrin supporte un bijou. Inversement, c'est une couleur magique, qui s'éclaire au contact d'une autre, de n'importe quelle autre, qu'elle déclinera en successions de rayures. Ensuite, tout se combine, les rayures peuvent être tranchées, ou ton sur ton mais en jouant avec les matières ou les épaisseurs.

Les paillettes arrivent début 70. Les clous assurent le succès du sac Domino en 2001. Le summum est atteint avec la série de la collection de prêt-à-porter de l'actuel Automne-Hiver 2008 avec ce pull de cachemire noir recouvert de strass polychrome formant le portrait de Sonia Rykiel sur le buste, avec une jupe courte coordonnée que l'on devine sur le cliché.
Son goût pour les fleurs est moins présent à l'esprit. Elles ponctuaient déjà le paréo (1972). On les trouvait dès le début comme sur le tissu de cette robe bleue (1974) ou turquoise (1978). Ces années-là le papier peint de ma chambre de jeune fille était orné d'énormes fleurs. Pas étonnant que Sonia Rykiel surnomme ces robes-là Wall Paper dress. Elles sont aussi tricotées sur des écharpes (en accessoire de la salopette blanche en 2007) ou dégringolent sur de longs sautoirs avec des perles gainées de laine coordonnée (prêt-à-porter 2005-2006). Les fleurs sont aussi en volume de mousseline sur ces robes de la collection printemps-été 2008.
Sonia Rykiel est aussi une amoureuse des livres. Elle en a écrit une quinzaine. Des piles de bouquins sont toujours posées dans ses vitrines. Ses carnets de croquis sont truffés de citations. C'est ainsi qu'elle créé, en confrontant ses propres idées avec celles des autres, hommes célèbres ou simples quidams. Dès que quelque chose retient son attention elle découpe et colle dans un cahier à spirales. Elle n'arrête jamais.


On peut lire sur cette page la citation, humoristiquement mégalomaniaque de Thomas Mann "Rassurez vos lecteurs, je ne parle que de moi". Et encore celle-ci dont je n'ai pas réussi à déchiffrer le nom de l'auteur : "Ecrire c'est structurer un délire".

Elle innove tout en demeurant elle-même. Longtemps elle a choisi des mannequins aux yeux charbonneux sous une frange épaisse, les cheveux courts, la bouche rouge, qu'on aurait cru sorties d'un tableau de Van Dongen. Ce fut la première à donner l'ordre de sourire aux top-models. De fait, ses défilés sont joyeux et se terminent dans des éclats de rire. (Je vous invite à partager celui auquel je me suis rendue en février dernier, ma seule et unique incursion dans la haute-couture, compte-rendu ici, et film ). Quel top-model n'a pas porté du Rykiel ? sans doute pas Karen Mudler que l'on voit sur ELLE en mai 96. Sur la droite on devine le titre d'un entretien avec Soeur Emmanuelle "Je craque pour le vison".

Elle fait confiance en suivant son intuition. On lui présente Dominique Isserman. Elle lui confie d'emblée plusieurs pages pour Vogue. La collaboration durera 10 ans. On pouvait apercevoir tout à l'heure la célèbre photographe se faufiler de vitrine en vitrine. Malgré la médiocrité de mes clichés (j'ai été autorisée à photographier, sans flash, cela va de soi) j'ose les mettre en ligne parce que rien mieux qu'une photo ne peut rendre compte de cette exposition.
Sonia Rykiel est une femme fascinante qui n'a cessé d'être admirée. En 1985, Andy Warhol fait son portrait en voisin (il habitait rue du Cherche-Midi; elle réside et tient boutique à Saint-Germain-des-Prés depuis ... 1968). Un carré d'un peu plus d'un mètre de côté (acrylique et encre à sérigraphie sur toile) éclate sur le mur, à coté de l'écran où sont projetées des extraits des défilés.

Le parcours se termine par "La femme Rykiel" telle qu'elle est vue par ses pairs. Nathalie avait demandé à une trentaine de grands couturiers de dessiner un modèle "à la manière de". Ils ont été présentés en surprise à la fin du dernier défilé. Certains sont des clins d'oeil à la créatrice, comme le croquis de Jean-Paul Gaultier, d'autres sont plus vrais que si Sonia elle-même les avaient conçus, comme cette robe longue noire et blanche de Mickaël Kors à la cravate en trompe l'oeil, d'autres enfin sont des hommages somptueux, telle cette robe longue imaginée par Roberto Cavalli, traine mousseline ivoire, imprimée de rayures noires et marron, sur une jupe à volants plissés superposés à des rangs de plumes multicolores.
Des souhaits d'anniversaire sont arrivés par milliers rue des Saints-Pères. Quelques bonnes feuilles sont punaisées sur le dernier mur. On peut lire les textes de Vanessa Paradis ou de Line Renaud, de Jacques Toubon ou de Lionel Jospin, de Régine Deforges, de Wiaz et de Jean-Paul Chambas, une petite carte très sympathique de la chanteuse Diams qui aime tant porter ses joggings de velours. Je ne suis pas sûre que cet accrochage soit du meilleur effet même si c'est une façon d'effeuiller la marguerite de multiples je t'aime un peu, beaucoup, passionnément ... comme une page qu'on tourne alors qu'on la voudrait conserver intemporelle.

Pour consulter toute l'actualité du Musée des Arts décoratifs, vous pouvez aller sur leur site. Je vous recommande la patience car il est en refonte complète et les erreurs de chargement sont fréquentes. La situation devrait s'améliorer dans les jours prochains. Vous avez jusqu'au 19 avril 2009 pour admirer les 220 silhouettes de l'exposition.

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