mardi 31 mars 2009

Concert privé Emily Loizeau

Concert privé Emily Loizeau
Vidéo envoyée par franceinter

Je vous l'avais promis jeudi dernier. Voici Emily Loizeau en concert privé sur France Inter.
Quarante minutes pour vous faire votre propre opinion, et surtout apprécier ... même si bien sûr l'ambiance est, comment dire, moins "intime" que dans la pénombre d'un théâtre.

dimanche 29 mars 2009

Sushis en petite robe noire

Sushi est presque devenu un mot magique en l'espace de quelques mois. Le plat fait fureur et vu son prix vous avez intérêt à vite savoir le préparer vous-même si vous ne voulez pas ruiner l'économie familiale.
Une chance : c'est simple pourvu d'avoir les matériaux de base, lesquels sont à prix très abordables dans la première épicerie de banlieue. Sur la photo ci-dessus il y en a pour moins de 10 euros. Et avec cela vous avez de quoi nourrir un régiment, enfin presque.

L'essentiel c'est d'avoir sous la main du riz japonais et du vinaigre de riz. Pour les proportions j'ai improvisé, et goûté à plusieurs reprises, jusqu'à un résultat suffisamment mais pas trop piquant. Les grains de ce riz sont gros et moelleux. J'ai assuré en les cuisant à la vapeur, dans un appareil dont je vous livrerai bientôt plusieurs secrets.

N'ayant pas de poisson cru j'ai opté pour du saumon fumé. C'est moins "japonais" mais moins risqué coté salmonellose, et plus écologique car je me sentirais désormais trop coupable de manger du thon rouge.

Il faut aussi des feuilles de maki. J'ai acheté un paquet de 5 pour tester. Évidemment le tapis à sushi est indispensable pour obtenir un résultat correct. Ne chipotons pas pour moins de deux euros.









Le gingembre au vinaigre
est un pur délice. C'est un bon investissement car cet aromate sera facilement utilisable dans d'autres préparations.

Pour la recette proprement dite je vous renvoie au billet que j'avais écrit il y a une vingtaine de jours, après la démonstration faite au salon de l'agriculture. Quant au résultat final cela donnait à peu près cela : je n'ai pas eu le temps de sortir l'appareil photo. Une bande d'adolescentes avait tout avalé. Plutôt bon signe, non ?

jeudi 26 mars 2009

Emily Loizeau, toujours plus haut

De retour de l'Autre Bout du Monde elle a débarqué avec son Pays Sauvage sur la scène minuscule du théâtre Firmin Gémier d'Antony (92)

Les soirs se suivent et ne se ressemblent pas. Hier j'écoutais sans grande joie Abd Al Malik dont j'attendais beaucoup. Ce soir je découvre avec bonheur cette jeune femme talentueuse dont je ne connaissais rien de rien.

© photo Jean-Baptiste Mondino


C'est in extremis (merci Nathalie !) que j'obtiens à la dernière minute le dernier strapontin à la première place. Je suis prévenue : l'artiste a une angine et le concert a failli être annulé. Les musiciens entrent sur scène un par un. La pianiste se met à chanter. Je devine que c'est elle, Emily puisque les longues focales des photographes professionnels sont braqués dans sa direction.

Je prends des notes en fonction de ce que je ressens, au petit bonheur la chance. Je me dis que cela va être coton de reconstituer l'enchainement des titres mais j'avance, guidée par une voix inhabituelle dans la forêt des songes.

Le coeur d'un géant fait résonner un tambour comme s'il générait un claquement d'ailes. Emily a une présence incroyable sur scène, capable d'amadouer la salle d'un murmure. Elle se déplace avec légèreté pieds nus sur le plancher. Mais quand elle danse sur Fais battre ton tambour elle se donne toute entière dans une chorégraphie incantoire. Les pans de sa robe tournoient. Et c'est naturellement que nous la croyons quand elle nous promet de nous hypnotiser.

Elle n'attend pas la fin du concert pour présenter ses musiciens que très souvent elle apostrophe, s'amusant à les chahuter gentiment. On est un vrai groupe dit-elle avec la satisfaction du bel ouvrage. Elle nous invite dans sa maison comme d'autres ouvriraient leur cœur. Des maisons de poupée habitent l'espace de la scène, presque trop petite pour contenir tous les instruments. Et dans ce domaine la musicienne est inventive : un piano ancien, un violoncelle dont Olivier Koundouno tire des plaintes insensées, des guitares classique ou électrique, un banjo, une batterie (reprise au pied levé par Tatiana Miadenovitch) ... mais aussi des percussions corporelles, un simplissime froissement de sac plastique, un tambourin qui a tout l'air d'un piège à rêves....

Une mélodie au piano m'inspire un chant irlandais et c'est donc sans grand étonnement que je découvre qu'elle chante aussi en anglais. Je sais depuis qu'elle est franco-britannique. Sans accent dans l'une et l'autre langue.

Elle est baroque, romantique, folklorique, onirique, nostalgique et drolatique. Les paroles de ses chansons évoquent des univers mixtes, américains et français, ancrés dans les contes de l'enfance, revisités par les standards des années 70, parfumés par des souvenirs de feux de camp sur lesquels auraient coulé beaucoup de pluies.
Le contraste avec le concert d'hier est frappant. Ici les lumières sont belles sans avalanche d'arc-en-ciel. Le son est puissant sans débauche de décibels. La voix est pure, montant crescendo toujours plus haut. La maladie n'est plus qu'un affreux souvenir. Les applaudissements sont intarissables, à la mesure de ce qu'Emily donne à son public. J'ai compté 16 titres. Une vraie performance, jusqu'au dernier, I am alive. Oui bien vivante.

Pour ceux qui ne la connaissent pas, pas encore, j'ai déniché un enregistrement d'un concert privé pour France Inter, filmé en février dernier. Près de 40 minutes, cela donne plus qu'un aperçu de son art. A déguster sans modération à la date du 31 mars, donc ici.

mercredi 25 mars 2009

Abd Al Malik en concert

C'était ce soir à Châtenay-Malabry et je dois d'emblée dire que j'ai laissé sur place l'enthousiasme que j'avais dans les poches.

Des souvenirs ont ressurgi, d'un concert en plein air de MC Solaar en juin dernier. Un rap mélodieux, des textes dynamiques, élégants et incisifs, ponctués de poésie. Avec l'album, Chapitre 7, sorti en 2007 il avait remporté la même victoire de l’Album de musique urbaine que celle d'Abd Al Malik il y a quelques jours avec Dante. Tous deux sont amateurs de littérature mais quand ce dernier multiplie ce qu'il appelle des hommages MC avant lui avait digéré ses sources pour inventer quelque chose de vraiment nouveau.
© photo Yves Desangles

Le concert d'Abd Al Malik a démarré au pas cadencé des Soldats de Plomb. L'ombre du chanteur se détachant à contre-jour m'a semblé immense. Mais je préfère les petites notes cristallines d'Au clair de la lune de MC Solaar implorant le sauvetage de l'enfant soldat.

Beaucoup de titres du dernier album, Dante, dont l'intitulé est bien entendu une allusion à l'enfer. Depuis mon fauteuil je vois les lumières des écrans des portables des "pirates" de la fosse qui filment en plan serré. Je serai surprise de constater que rien n'a été posté le lendemain sur You tube. J'ai beau être proche, connaitre par cœur tous les titres, savoir quelles références ont été empruntées à quels artistes, voilà que je ne goute pas l'échange.

Autant l'an dernier j'avais été touchée par ce fait d'hiver en plein été, quand de galère en galère Armand s'était retrouvé clochard, jusqu'à en en mourir, autant le Gilles de ce soir ne m'impressionne pas.

Est-ce que la fosse à moitié pleine (ou à moitié vide, c'est selon) installe une distance psychologique, est-ce lui qui n'est pas en forme, ou moi qui n'ai pas la tête à ... toujours est-il que je ne savoure pas le concert. Entendre Abd Al Malik raconter comment Bilal, son acolyte et conseiller, l'a appelé pour lui faire écouter un "truc de ouf par un type qui avait un flow extra", à savoir Claude Nougaro, ne me fait plus d'effet. Je l'ai trop entendu. Apprendre qu'il a intitulé sa chanson Paris mais en réponse au Mais Paris de Nougaro pour "singulariser" ne m'éblouit pas. C'est vrai que son phrasé est bien ficelé, appuyant sur les finales, faisant résonner bitume, belle, envol et rouler le rrrr du mot couleurs. Mais c'est sans grande émotion.

Inutile de souhaiter la bienvenue dans un monde de respect et de responsabilité. Personne ne croit à ce personnage de Monsieur Loyal. C'est peut-être du lourd, mais cela semble convenu. Noyer les spectateurs dans la lumière lorsqu'ils applaudissent casse l'ambiance.

Encore un conseil de Bilal : soyons rock and roll propose l'artiste qui enchaine avec le 12 septembre 2001. Désolée mais cela ne passe pas. Qui pourrait trouver du rock and roll dans cette célébration ? Puisqu'on ne peut pas refaire l'histoire je préfère l'humour de MC quand il cite les tours jumelles. Son héroïne lit Dolto, la Juliette d'Abd Al Malik lit Malraux. Un point partout.

Avec Circule petit, circule, l'émotion arrive enfin sur le plateau. Les sanglots dans la voix émeuvent le public mais elle se poursuit à peine le temps de Je veux juste rentrer chez moi. C'est déjà la rituelle présentation des musiciens avec l'ordre de faire du bruit pour les uns puis les autres. C'est comme cela qu'il appelle les applaudissements. Arrive le douzième morceau. La salle est de nouveau en pleine lumière. Le chanteur annonce la couleur : voilà le morceau baromètre, qui permet de voir si le public est vraiment là. Au moins reconnaissons qu'il n'emploie pas la langue de bois.

C'est Gibraltar, le titre de l'album éponyme, celui qui l'a propulsé en haut de l'affiche, avec lequel il a eu sa première victoire de la musique. L'aurait-il décrochée si le grand Jacques avant lui n'avait écrit Amsterdam ? Car je veux bien qu'on parle d'hommage mais ici cela frôle la décalcomanie ... Plus de la moitié de l'album s'inspire d'autres œuvres. Citons Nina Simone, Fairouz, Jean Ferrat, Serge Lama et tant d'autres ...

Il exige encore du public qu'il fasse du bruit et celui-ci, bon prince, s'exécute. Je veux vous entendre, hurle-t-il. Nous n'aurons plus que l'alchimiste, treizième et dernier titre de la soirée et ultime message bien ciblé.

Le chanteur, main sur le coeur, et enfin souriant, salue longuement avec ses musiciens. On a compris qu'il est inutile de taper du pied : il ne reviendra pas.

On m'a rapporté que plus tard dans la soirée il avait accepté contre toute attente de rencontrer les élèves d'un atelier de Slam de Palaiseau et que l'échange avait été un moment de pur bonheur. Sans doute ces privilégiés ont-ils retrouvé l'homme Abd Al Malik que j'avais découvert dans une émission de Pascale Clark, chantant a capella avec une sincérité intense. Ou celui là même qui défend ses idées avec calme et raison dans des débats qui ne sont pas gagnés d'avance. Comme quoi ce n'est sans doute pas en faisant beaucoup de bruit qu'on se fait le mieux entendre.

Abd Al Malik sera le 25 mai prochain au Grand Rex de Paris

mardi 24 mars 2009

Entre deux giboulées

Çà pourrait être au Japon. Çà n'est qu'un prunier du Japon ... mais quelle explosion !




On dit qu'il y a toujours une éclaircie, qu'après la pluie vient le beau temps.
Alors je dédis ces nouvelles fleurs de printemps (pâquerettes et anémones sylvie) à tous ceux qui ont besoin d'un peu de soleil dans l'eau froide de leur quotidien.

Une fleur, même de laurier-tin, ne changera pas le cours d'une vie. Mais son parfum peut permettre d'envisager un avenir plus rose. Allez, Respirez ! Encore !
Avec une pensée spéciale pour celle-ci, la première de la saison, découverte embusquée sous une longue feuille de pissenlit et dont j'aime toujours autant le nom anglais "forget me not". Non, nous n'oublions pas !

lundi 23 mars 2009

Tout simplement Royal

Le Royal est un bar-brasserie-salon de thé comme on aimerait en trouver plus souvent. Rien d'ostentatoire et pourtant cela tourne au miracle.

Une formule à 13 euros 80, servie avec le sourire, à 16 heures 30 en semaine, c'était inimaginable pour l'amie provinciale qui m'accompagnait mercredi dernier au Musée des arts décoratifs. Elle s'était gentiment moquée de mon optimisme : un steak à cette heure là, et dans ce quartier, mais tu rêves !

Ce fut une belle et bonne réalité. Au delà de toute espérance. Elle avait opté pour plat + dessert et moi pour entrée + plat.

Le hareng pommes à l'huile fut servi tiède, avec des oignons fondants, suffisamment copieux pour calmer la faim de deux enragées. Le pain de campagne qui l'accompagnait était croquant comme on l'aime. Les deux plats étaient généreux. Ensuite je ne pense pas que le garçon ait intentionnellement servi une portion double pour la tarte aux fruits. C'est dire combien ce ne fut pas un sacrifice de nous la partager.

Nos compliments au chef et au patron pour ce déjeuner tardif qui fait honneur à l'esprit "brasserie parisienne". L'établissement est situé à deux pas du Louvre et de la Comédie Française. Il n'a pas de site, ne fait pas de chichis. Sa carte est classique et non mensongère. Il mérite amplement son nom de Royal.

LE ROYAL, 1 place André Malraux, 75001 Paris, tel 01 42 60 66 48

dimanche 22 mars 2009

LA PUCE A L’OREILLE

Pas de doute : c’est du beau et du bon théâtre, populaire au sens noble du mot, que le public iledefrancien peut savourer sans modération.
Après l’Athénée, la troupe du Volcan bleu a campé à la Piscine de Châtenay-Malabry (92). Le metteur en scène, Paul Golub est bien connu dans la région puisqu’il a déjà présenté au théâtre Firmin Gémier d’Antony Mystère Poe en 2003, l’Illusion Comique de Corneille en 2004, un Siècle d’industrie de Marc Dugowson en 2005 puis Nuits à Bagdad de Mohamed Kacimi l’année dernière.
Avec Pierre Golub la chose est certaine : la surprise sera toujours de mise. Vous aurez l’impression d’avancer en terrain connu et pourtant rien ne se déroulera comme prévu. L’écriture de Feydeau est un régal. Ses personnages s’évertuent à maintenir les convenances, inconscients de l’imminence du fiasco. C’est que, oui, le monde est petit et ils auront beau multiplier les ruses, la vérité finira par leur exploser au visage.

Ce n’est pas parce qu’elles ont été élevées au couvent que Raymonde et Lucienne ont acquis les bonnes manières. La première, persuadée que son époux la trompe, cherche une preuve pour le confondre, probablement poussée par la vexation de penser qu’il ait pu passer à l’acte avant elle. Dieu qu’elle enrage de n’avoir pas encore réussi à faire tomber le beau Romain.

La maison est vite en feu. Ses soupçons ont surgi par mégarde (en inspectant son courrier tout de même, et c’est elle qui nous le dit). C’est çà qui lui a mis naturellement la puce à l’oreille. Expression savoureuse puisque au XIII° siècle elle signifiait éprouver du désir amoureux. On devine dès lors que tout va prendre un double sens.
Plaider le faux pour apprendre le vrai est une vieille recette. Le coup de la lettre marche toujours à condition d’avoir une belle plume. Lucienne joue l’écrivain public. Entre amies on se serre les coudes sans mauvaise conscience : les hommes se soutiennent entre eux, faut que les femmes en fassent autant. Elles n’y vont pas par quatre chemins. Sans état d’âme : y’a rien de plus menteur qu’un homme si ce n’est une femme.

Et c’est parti pour 2 heures 35 de chassés croisés, de quiproquos, de Missverständnis comme disent les allemands. Car le malentendu, c’est bien entendu une affaire de communication où le langage est la source intarissable.

Les incompréhensions et les rebondissements s’enchaînent jusqu’à plus soif, jusqu’à l’écoeurement. Etienne est le seul honnête homme dans cette débauche de sentiments, le seul aussi à ne pas chercher à confondre l’autre. Il sera confronté à sa propre réalité et paiera cash les pots cassés par tous les autres.

Feydeau révèle les dessous pas chics de toutes ces petites affaires domestiques dont il fait miel comme une abeille industrieuse. Quelle ruche ! Quel ballet ! Pas moins de 200 entrées et sorties de scène. Les portes claquent. On passe par l’une, on resurgit par l’autre. Quand une porte est bloquée c’est la fenêtre qu’on ouvre. Quel festin !

Rien n’est caché au spectateur, y compris les changements de décor sur la célèbre musique entraînante de You Can Leave Your Hat On de Joe Cocker. On pense aussi à l’atmosphère Second Empire du salon particulier de l’hôtel du Huis clos de Jean-Paul Sartre. Chacun est le démon de l’autre. Les idées fixes virent à l’obsession sous le sourire narquois d’une Mona Lisa qui reste les bras croisés. La machine infernale est lancée. Le désir est le moteur de l’action. Un fantasme peut en cacher un autre. On aura beau hurler I can’t get no satisfaction dans toutes les directions comme dans la chanson des Rolling Stones le calme n’est pas prêt de revenir.

Les personnages sont animés d’une folie qui pourrait être meurtrière. Carlos s’enflamme, le pistolet à la main, prêt à les touiller tous, à les ossire, écorchant la langue française de son accent espagnol. Le potentiel créateur des incompréhensions est immense.Comme si cela ne suffisait pas de parler français Feydeau ajoute des répliques dans des langues étrangères et multiplie les défauts de prononciation jusqu’à la caricature. Camille campe dans ce registre un personnage étonnant dont le double jeu est un régal. Avec une stature évoquant l’entraîneur sportif Philippe Lucas. N’y voyez que pure coïncidence. Comme la ressemblance de Raymonde avec Madonna. Paul Golub s’est dit inspiré par Laurel et Hardy, les frères Marx, Charlot, Buster Keaton … Chacun ses références.

Le monde ne marche que par le malentendu disait Baudelaire.

Je t’ai vu de mes yeux ! hurle l’un
Qu’est-ce ce que çà prouve ? se défend l’autre avec une apparente parfaite mauvaise foi.

Rien effectivement, cela ne prouve rien. Parce que –et vous en jugerez par vous-même en allant voir la pièce- il ne faut pas se fier aux apparences. C’est à n’y rien comprendre. Mais ne comptez pas sur moi pour vous en expliquer mieux les tenants et les aboutissants.

Georges Feydeau est le spécialiste des quiproquos, imbroglios et coups de théâtre en rafale. C’est aussi un féroce qui prône la loi du talion. Œil pour œil, dent pour dent, a-t-il écrit dans le Dindon. Il a une revanche personnelle à prendre sur l’hypocrisie bourgeoise. Et cela se sent. Avoir été l’enfant illégitime de Napoléon III ou du duc de Mornay a probablement provoqué une douleur qu’il transcende dans l’écriture théâtrale. Pour le plus grand profit du spectateur qui à trop peu souvent l’occasion de rire dans sa vie quotidienne.

Si vous l'avez loupé ici, vous pouvez vous en vouloir (je vous l'avais annoncé le 3 mars, avec en prime une petite bande-annonce ...) mais vous pourrez toujours courir après la puce. La tournée s'annonce longue.

NB : les citations empruntées à Feydeau sont en rouge.

samedi 21 mars 2009

Çà défile chez Françoise D, à Verrières-le-Buissson

Ce printemps ne me verra pas "boutiquer" à Saint-Germain-des-Prés. Je garde un souvenir très fort de la collection automne-hiver de Sonia Rykiel découverte aux Tuileries en février 2008 et qui fut un de mes premiers reportages. Mais il fait trop beau aujourd'hui pour aller s'engouffrer sous une tente.

J'avais envie de voir de vraies femmes porter des vêtements dans lesquels je pourrai me glisser plus tard. Je voulais voir de près de jolis détails, surprendre la surprise dans l'œil de vraies clientes, celles qui achètent et qui font la vraie mode, celle qui descend dans la rue. Me suivez-vous ?Le bleu sera une des couleurs de l'été. Le voici discret, pour tempérer le gris, épicer le chocolat. Les choix de Françoise D se portent comme d'habitude toujours sur des lignes très architecturées.
Une robe à pois ovalisés offre une version raffinée des tendances graphiques annoncées dans les magazines. Après avoir investi l'univers de la décoration, l'influence des designers des années 70 se fait désormais sentir sur les tissus.
De larges ceintures pèsent sur les hanches comme des bijoux, s'inscrivant dans la veine ethnique que les rédactrices de mode aiment par dessus tout. Les colliers sont lourds, bien sûr.


On retrouve le même esprit ethnique avec cette ceinture japonisante, évoquant l'obi traditionnel d'un kimono.







Le soleil chauffe les visages. De grandes lunettes protègeront les yeux. Nous avons de franches envies de plages et de voyages.
La tentation est forte de glisser une trousse de toilettes dans un de ces grands sacs colorés et d'attraper le premier vol.
Les pantalons sont larges et fluides, dévoilant la cheville, parfois le mollet, hésitant encore à muer carrément en sarrouel, autre vêtement phare annoncé pour l'été.
Les robes aussi raccourcissent. Attention, on nous promet de l'ultra-court mais je prévois qu'il y aura quelques résistances. Nous avons tant aimé faire virevolter les grandes jupes longues. Qu'importe, nous ruserons en les portant le soir. Comme celle-ci, évoquant les grands motifs entrevus l'année dernière sur les modèles de Sonia Rykiel. Pas de doute : le prêt-à-porter décline la haute-couture.Malgré un soleil insolent ce ciré gris argent sauvera n'importe quelle souris d'une averse imprévue.
J'ai vu des modèles corail dans la boutique mais ce sont plutôt des roses fuchsias qui ont été présentés. Il faut dire qu'ils étaient complémentaires des tons anis et propres à satisfaire les envies de fleurs et de grands ramages exprimés par les clientes.

L'essentiel de ce qui sera à la mode est de sortie. Ne manquent que quelques bottes pour affirmer un style western, qui se laisse deviner dans le laçage de ce dos, mais cela fait longtemps que Françoise ne fait plus de chaussures. Quelques chapeaux, genre Borsalino auraient convenus. Des vestes à larges épaules et un soupçon de beige rosé, le fameux "nude" qui a tant surpris sur les podiums.

Une spectatrice déshabille presque le modèle qui offre gentiment d'essayer pour elle le boléro qui la tente. Elle se justifie : C'est tout de même mieux de voir les vêtements sur quelqu'un que sur soi dans la glace. On a un œil plus libre.

Les cinq "modèles" ont une vie en dehors de la mode. Elles sont davantage là en amies qu'en vedettes. Au départ (cela fait bien 5 ans qu'on défile deux fois l'an dans la boutique) c'était un challenge de dépasser sa timidité naturelle. L'une d'elles me confie que c'était une façon de se changer les idées par rapport au milieu extrêmement masculin où elle évoluait dans le monde du travail. Cette expérience l'a poussée à sortir du train-train, l'a convaincue de changer de style. Le regard de l'autre lui a donné davantage confiance en elle.
Longtemps limitée aux accessoires, aux sacs, et aux chaussures, Françoise D a décidé un beau jour de sauter le pas et d'ouvrir sa boutique de prêt-à-porter en haut des marches d'un passage discret. La clientèle a suivi comme les enfants du joueur de flute d'Hamelin. Son goût est unanimement apprécié : en plein cœur de l'air du temps, réalisant le pari délicat du raffinement et de la mode, de la classe et du décalage. L'assurance d'avoir un petit plus qui signe son élégance, même sur du sportswear.

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Le juste nécessaire entre ce qu'on ne verra nulle part ailleurs mais qui sera quand même un peu "osé". C'est à se demander si ce n'est pas l'esprit de Louise de Vilmorin, figure toujours emblématique de la mode, indissociable de Verrières-le-Buisson, qui continue d'inspirer Françoise.

Quelques unes, bien sûr, regardent parfois ailleurs. Mais toutes y reviennent : je voulais un gilet gris cet hiver dans une coupe bien précise. Ne le trouvant nulle part j'ai tenté ici et il était là, à m'attendre. Je l'ai porté tout l'hiver, ne regrettant pas son prix.

La formule inaugurée cette année est moins conventionnelle qu'un classique défilé. Elle est tout à fait appropriée au désir des femmes. Entre deux présentations les mains se tendent. On touche. On discute. On échange les avis. On va décrocher sa taille sur un cintre. On attend tout de même poliment la fin pour prendre possession de la cabine et on rentre chez soi avec son petit sac rose.

Difficile après cela de minauder qu'on a rien à se mettre en ouvrant son armoire.
Françoise D , Prêt-à-porter, Accessoires de mode 11 rue de Paron - 91370 Verrières-le-Buisson tel 01 69 20 35 16
Regards, Opticien, Cécile Supiot 39-41 rue d'Estienne d'Orves - 91370 Verrières-le-Buisson tel 01 60 11 72 75
Toutes les mentions en caractères gras correspondent aux dix points forts des tendances qui feront la mode Printemps-été 2009

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