samedi 6 mars 2010

Les fausses confidences de Marivaux au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers

billet mis à jour le 20 mars
J'aurais pu titrer les Vraies confidences de Didier Bezace puisque j'ai eu la chance d'entendre le metteur en scène à propos de l'objectif qu'il poursuivait en montant la pièce.

Car on a forcément une (belle) idée derrière la tête en apportant un tel classique, avec de tels acteurs, dans un lieu un peu éloigné de la cité parisienne. La réponse est simple : parce que ce théâtre le mérite, parce que Aubervilliers le mérite et parce que le public le mérite. D'ailleurs des personnes qui n'étaient jamais venues au théâtre ont été invités en avant-première au cours de deux représentations spéciales pour les associations de la ville.

La troupe est encore troublée par la standing ovation qu'elle a reçue ces soirs-là. Une émotion rare. Et l'équipe de ce Théâtre de la Commune aimerait bien garder la médiatrice qui fait le lien avec ces publics dont le cœur n'est facile à gagner que si on s'en donne vraiment la peine. Il suffirait que les pouvoirs publics (qui investissent tout de même des sommes très importantes dans la création) n'oublient pas que la mission des établissements publics doit rester d'être accessible au plus large ... public. Et que ceci ne se fait pas "en soufflant dessus".

Une belle surprise

Je n'étais pas venue à Aubervilliers depuis quelques années mais le théâtre de la Commune est un lieu qu'on n'oublie pas. Alfredo Arias avait fait chemiser la salle de bois blond lui conférant une intimité propice à la découverte. On y est bien, proche de la scène puisque les dimensions sont réduites, ce qui est un atout pour gagner des spectateurs qui n'ont pas l'habitude du théâtre.

Je connaissais la salle. Je l'ai vue plus grande, plus belle, magnifiée par un vrai décor de théâtre. Je croyais connaitre Marivaux. Je l'ai vu sous un autre angle, plus social, plus politique, et résolument romantique. Je croyais connaitre Pierre Arditi. Je l'ai vu subtil, précis, contenu. Je connaissais Anouk Grinberg dans ses rôles tragiques au cinéma. Je l'ai appréciée pour son incandescente interprétation. Je pourrais poursuivre les déclinaisons mais concluons tout de go : la pièce est formidable, servie par des acteurs tous excellents, dans une mise en scène intelligente, avec des décors remarquablement pensés et des costumes sublimes. Aurais-je oublié quelque chose ou quelqu'un ?

Le petit chien peut-être ... qui est remarquablement à sa place. D'une part parce que l'apparition de l'animal de compagnie, chat ou chien, date du XVIII° siècle et que sa présence fait immédiatement davantage exister la famille. Il faut revoir les peintures de Watteau pour en être convaincu.

La conquête du droit au bonheur

La salle est encore éclairée. Dorante (Robert Plagnol) descend l'escalier, frôlant le public, pour rejoindre Dubois (Pierre Arditi), impatient de lui confier son plan "infaillible, absolument infaillible". L'homme s'est mis en tête de faire le bonheur de sa maitresse, Araminte (Anouk Grinberg) : faire aimer cette femme, qui est une comtesse, veuve, jeune mais plus jeunette, à un ancien maitre à lui, Dorante, parce qu’il considère que ces deux là sont faits pour s’aimer. L'ennui est que la société de l'époque ne tolère pas qu’un jeune homme pauvre épouse une femme plus riche et d’une condition sociale plus élevée. L'objectif de Dubois, tout valet qu'il est, sera de briser le tabou. Il va révéler Araminte à elle-même et la sortir de l'état d’indolence sentimentale et même intellectuelle que cette société a fait d’elle et voudrait continuer à lui imposer à travers un mariage forcé convenu par sa mère (Mme Argante, Isabelle Sadoyan).
Dubois intriguera, tirera les ficelles, mentira ... pour la bonne cause puisque tout finira bien. On le devine épiant les conversations derrière une vitre. On surprend des rires au loin, et parfois des chants d'oiseaux accompagnent les entrées d'Araminte. Une musique baroque ponctue chaque changement d'acte. Les décors sont manipulés à vue, signifiant clairement au spectateur qu'il est au théâtre.

Entrées, vraies et fausses sorties se font à un rythme soutenu. Arlequin (Alexandre Aubry) apporte de la malice et Monsieur Rémi (Christian Bouillette) de la drôlerie.

Certains esprits vont critiquer la distribution. Ils ont tord. Pour toutes les raisons exprimées plus haut. Et surtout pour leur talent à jouer les émotions avec tant de justesse et de retenue. Ils forment à eux tous une belle équipe et le plaisir qu'ils ont à être ensemble sur scène est une évidence. Si on les voit plus ou moins au cinéma ils ont avant tout l'expérience du théâtre et leur présence y est toute légitime. Didier Bezace avait déjà dirigé Pierre Arditi il y a 10 ans dans l'École des femmes au festival d'Avignon.
Aux douze coups de minuit Dubois aura réussi son pari : Dorante et Araminte seront enfin dans les bras l'un de l'autre. Le Comte (Jean-Yves Chatelais) -bon prince- aura renoncé à épouser la belle. Seule Marton (Marie Vialle) fait les frais de l'affaire mais sa disgrâce n'est que de courte durée.

Le fond de la scène apparait. La comédie est terminée mais derrière elle se sont profilés les changements que la société contient en germe et qui font un des intérêts de la pièce.

Une programmation déjà prévue sur France 2

Que ceux qui ne pourront pas aller la voir à Aubervilliers (le théâtre affiche complet) soient rassurés : elle sera captée en direct par France télévisions et on la verra un soir prochain, ( je ne révèlerai pas la date aujourd'hui parce que j'ai promis de ne rien dire) mais soyez vigilants car ce sera avant la fin du mois de mars ! La date est annoncée ici.

Les Fausses confidences, de Marivaux mise en scène Didier Bezace
jusqu'au 2 avril au théâtre de la commune d'Aubervilliers 01 48 33 16 16
puis en tournée du 9 au 15 avril 2010 (relâche le 12 avril), sur la Scène nationale du Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines,
du 20 au 24 avril 2010, à La Coursive, Scène nationale de La Rochelle
du 29 avril au 13 mai 2010 (relâches les 3 et 10 mai), au Théâtre des Célestins de Lyon
du 18 au 28 mai 2010 (relâches les 23 et 24 mai ) à la Maison de la Culture de Grenoble
du 2 au 5 juin 2010, au Théâtre National de La Criée de Marseille

photos © Brigitte Enguérand - affiche illustration Marc Daniau.

2 commentaires:

valérie a dit…

Voir Didier Bezace sur scène, j'en rêve. J'adore sa voix! Par contre, à la télé, ça me tente moins.

marie-claire a dit…

Didier Bezace est le metteur en scène. Cette fois-ci il n'est pas acteur. Mais la pièce sera magnifique à la télévision .. un tout petit peu avant la fin du mois.
Je vais bientôt pouvoir donner la date.

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