jeudi 17 mars 2011

Le Salon du Livre de Paris rouvre ses portes

Je ne suis pas encore blasée d’être invitée à l’inauguration d’un Salon aussi prestigieux. En faire le compte-rendu est un exercice imprévisible : on n’a pas tous les ans la chance de saisir une photo un peu décalée ou d’entendre une confidence amusante. Difficile de prévoir où aller pour cueillir cette perle.

L’an dernier j’avançais au petit bonheur. Maintenant que je connais beaucoup d’écrivains ma motivation a changé. Ce qui me plait c’est de les revoir et de pouvoir échanger quelques mots en dehors du contexte un peu stressant (pour eux) de la sortie de leur dernier titre.

J’aime aussi mettre un visage sur les voix des attachés de presse, surtout quand on a échangé de multiples mails. J'aurais pu mitrailler les "people" avec qui j'ai discuté ou que je reconnaissais dans les allées, une coupe de champagne d'une main, un toast de l'autre, un livre coincé sous le bras. Mais ce n'est pas mon style de jouer les paparazzi.

Ce sont les éditions de l'Épure qui m'ont donné envie de sortir l'appareil photo. Ces créations de pièces montées de Frédérique Decré avec des chutes de cartons d'imprimerie ont séduit tous les visiteurs. Des gâteaux comme cela, on en croquerait volontiers. Cet éditeur accomplit par ailleurs depuis 20 ans un superbe travail éditorial dont je parlerai bientôt avec plus de détails.

La soirée n'est pas pour autant une complète partie de plaisir. Parce qu’il y a du bruit, une foule bigarrée, que la signalétique est toujours aussi étonnante, si bien qu’on se perd et qu’on finit par renoncer à chercher le stand de X ou de Y. Levez les yeux au plafond et votre regard flottera entre les panneaux. Faisons un test : quelle est la rangée que j’ai photographiée ?

Non ce n’est pas la I comme Imprimerie, mais L comme Livre. Et vu que certaines allées sont en pointillés le plan n’est pas mentalisable sans effort. On est vite dans la position d’un véhicule que son GPS fait tourner en rond, sujet que j'aborderai bientôt sur le blog. Je vous promets du vécu.

C’est ainsi que je me suis retrouvée devant le stand Michelin. Figurez-vous que Michel Houellebecq n’avait jamais contacté la marque pour demander l'autorisation de citer son nom en long, en large et en travers de la Carte et le territoire. Loin de se plaindre, Michelin apprécie une publicité aussi intense, et dopée par le Prix Goncourt.

Juste en face, le stand de l’ECPAD, ce qui m’a permis de régler en moins de temps qu’il n’en faut pour le raconter le problème que m’a causé hier la frilosité de la Maison des arts d’Antony (92). En résumé on m’avait demandé de modifier le compte-rendu d’une exposition de photos de l’ecpad pour intégrer une mention de copyright ecpad dans chacune des photos que j’avais prises, ce que j’avais refusé de faire parce que je mentionnais l’origine des clichés et que surtout « mes photos de leurs photos ne pouvaient pas être leurs photos ». Leur responsable partage mon point de vue, a lu l'article d'origine et l'a jugé immédiatement publiable en l'état, sans aucune modification. Ce sera fait sous peu.

Sans divulguer des scoops indiscrets je peux dire que les visiteurs ne verront pas Claire Castillon qui est à l'étranger, que Martin Provost fera un saut rapide mais que ce soir il ne relèvera pas le nez de ses papiers car il est en train d'écrire un nouveau roman (comme Delphine de Vigan). Je parlerai du prochain film de Martin Provost très bientôt. Il a tourné en avril 2010 « Où va la nuit » dans l'Avesnois, une très belle région que j'ai eu l'occasion de mieux connaitre lors de mon passage à Aiguilles en fête . Le film retracera les mésaventures d'une femme recluse, régulièrement battue par son mari, et qui finit par le tuer pour échapper à son emprise... C'est Yolande Moreau, césar de la meilleure actrice en 2009 pour « Séraphine » qui interprète le rôle principal et qui m'a donné l'occasion d'écrire une de mes premières critiques. Sortie annoncée en salles le 4 mai. Rendez-vous sur A bride abattue pour une chronique dans la semaine du 6 avril.



Vanessa Caffin
, dont le 3ème roman "Rossmore Avenue" vient juste de sortir (et que je suis en train de lire) s’est déjà remise elle aussi à écrire, dans un style qui renoue avec celui de Mémoire vive. L’action se situera de nouveau en France, et même à Paris. Le sujet est (encore) en lien avec un travail sur la mémoire dans une atmosphère de suspense. Vanessa adore l’univers du polar où elle plongera sans doute un jour à son tour. Ceux qui pensent que les écrivains sont égocentrés se trompent furieusement. Chacun m'a donné ce soir des conseils de lecture. Vanessa m’incite à entrer dans la caravane de Nadine Monfils qui s’amuse de la proposition. Le héros des Vacances d’un serial killer est plutôt déjanté, me prévient-elle. Fabienne Jacob est elle aussi entrée en écriture mais je n’en saurai pas davantage sur le sujet que le double indice « ni femme ni lorraine ».

Sophie Adriansen
, coauteur avec Rodolphe Macia de Je vous emmène au bout de la ligne, passe du témoignage au roman. Nous découvrirons son premier livre personnel d'ici la fin de l'année. A sa place sera publié chez Laura Mare. Une histoire de destins croisés de deux jeunes femmes que tout oppose. J'ai apprécié la nouvelle forme de communication, imaginée par Anne Cazaubon, journaliste radio et télévision, avec ses Textopolitains (Collection : Cause toujours, Casterman, 2011). Chaque livre est un carnet de tickets à découper, à distribuer ou à abandonner derrière soi sur un fauteuil dans les transports en commun. Une phrase très courte en forme de clin d’oeil, d’aphorisme, d’invitation, de question, de sourire… comme par exemple celle-ci : Notre histoire touche à sa fin ... je descends là. Ce n'est pas parce qu'on a l'habitude d'écrire des scénarios pour la télévision qu'on se sent de faire le travail sur son propre livre.

Delphine Bertholon
ne signera pas le scénario de Twist pour France 2. Je suis impatiente de voir la version filmée de ce livre qui fut un coup de cœur. Les discussions avec les auteurs sont informelles le soir de l'inauguration. Le public apprécie par contre les quelques mots qu'il échangera au moment d'une rituelle séance de dédicace. Les organisateurs en ont programmé 3800, de quoi satisfaire les 2 millions de visiteurs attendus.

Même s'il manque toujours celui dont on vient d'apprécier le livre et avec qui on aimerait échanger. Par exemple j'aurais aimé converser avec Jean Echenoz dont les Eclairs (éditions de Minuit) m'ont touchée. Ou encore avec Bruno Tessarech qui, après le magnifique témoignage des Sentinelles, s'est plié à l'exercice de la lettre avec Vincennes pour Nil-Editions.

J'ai par contre bavardé cuisine et bonheur avec Akli Tadjer, Prix de la révélation littéraire en 2000, qui traitait de l'amour paternel avec Il était une fois, peut-être pas. On parlait aussi de la rentrée prochaine (eh oui déjà …) dans les coursives. Par exemple chez Buchet-Chastel il y aura un brusque changement de registre pour Jean-Philippe Blondel. Avec G 229, il nous embarquait joyeusement dans une salle de classe. Il poursuit sur le chemin de l’autobiographie en revenant cette fois sur un passé forcément douloureux. L’auteur a perdu sa mère et son frère dans un accident de voiture dont son père fut le seul rescapé. Jean-Pierre part brutalement à San Francisco avant de rallier Morobe. (la suite en septembre …)

Également à découvrir à la rentrée, et après le Tigre blanc, le nouveau roman d'Aravind Adiga. Il replantera ses griffes dans une petite ville indienne d’aujourd’hui avec Les ombres de Kittur. Pas besoin d'attendre au-delà du mois de mai on pourra savourer la Modiste, une comédie à l’italienne très dialoguée écrite par Andrea Vitali. Cet auteur nous brossera le portrait des habitants d’un village du bord du lac de Côme dans les années 1950, véritable clochemerle italien. Parmi eux une jeune veuve mettra ses voisins en panique avec ses projets de remariage.

La communauté de lecteurs Babelio (dont je fais modestement partie) était présente pour la première fois.

Le Salon est aussi un lieu de remise de prix. J'ai choisi de relayer un des moins médiatiques, le Prix poésie des lecteurs Lire et faire lire, décerné pour la neuvième année en 2011. Ce sont les Zanimaux Zétonnants de Constantin Kaïteris (Editions Corps Puce, 2009) qui ont reçu les plus grand nombre de suffrages de la part des 245 bénévoles de l'association qui lisent auprès d’environ 4250 enfants de 42 départements français. J'ai beaucoup d'admiration pour le travail des bénévoles de Lire faire lire dans les écoles élémentaires ou maternelles. Ces passeurs d'histoires sont un peu des substituts de grands-parents qui maintiennent de précieux liens intergénérationnels et qui, au quotidien, déclinent la citation de Marcel Proust figurant en tête du dossier de presse du Salon : la lecture est une amitié.

Le Salon du livre de Paris est aussi le moment de faire le point sur l'édition et les tendances du marché. On prédisait que l'e-book signait la mort du livre. Que nenni puisque les ventes qui progressent sur Internet sont ... des ventes de livres papier. Certes la profession de libraire est en souffrance mais ce sont les plus gros qui semblent résister le moins bien. Il faut croire que les lecteurs sont attachés à la relation de proximité quand celle-ci est de qualité. Attendons quelques jours pour dresser le bilan de ce salon nouvelle mouture : moins de jours d'ouverture mais sur des plages horaires plus étendues.

Principaux ouvrages des auteurs cités dans le billet : Vanessa Caffin pour Mémoire vive et Rossmore Avenue (lecture en cours) Claire Castillon pour les Bulles Martin Provost auteur de Bifteck Delphine de Vigan avec les Heures souterraines Delphine Bertholon pour Twist et pour l'Effet larsen Jean Echenoz et Des Eclairs Bruno Tessarech avec les Sentinelles, et Vincennes (lecture en cours) Akli Tadjer, pour Il était une fois, peut-être pas Rodolphe Macia et Sophie Adriansen avec Je vous emmène au bout de la ligne Fabienne Jacob pour Corps Michel Houellebecq pour la Carte et le territoire (lecture en cours) Anne Cazaubon avec Les Textopolitains

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