lundi 21 mars 2011

Rencontre avec Gisèle Bienne au Salon du livre de Paris

Ce sont les auteurs de littérature jeunesse que j’ai le moins l’occasion de rencontrer. C’est pourquoi j’ai choisi de profiter du Salon du livre de Paris pour discuter plutôt avec l’une d’elles. Écrire pour un lectorat adolescent quand on le l’est pas m’a toujours semblé un exercice délicat. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai tant apprécié le livre de Carmen Bramly qui, elle, se trouve dans la situation inverse puisque cette jeune fille de quinze ans a écrit un premier roman qui s’adresse davantage à des adultes qu’à des jeunes de son âge, même s’il leur est tout à fait accessible.

Et si le secret c’était justement qu’il n’y a pas d’âge pour apprécier quand c’est de qualité ?
"Il s’agit de la même écriture, même si, lorsque j’écris pour les adolescents, je fais moins de commentaires et je laisse parler les situations. Je pense que les jeunes peuvent tout lire."
Voilà ce qu’en dit Gisèle Bienne qui a publié de nombreux romans pour les jeunes et pour les adultes – notamment "Paysages de l’insomnie" et "Marie-Salope"(aux éditions Climats) – sans noter de grandes différences dans son travail d’écriture. J'avais reçu son dernier livre, On n’est pas des oiseaux, envoyé par l’École des loisirs, et je lui ai avoué que je venais de suspendre la lecture, en raison de son contexte dramatique. Je voulais me détendre avec une lecture que je croyais « facile » et je me suis pris de plein fouet un sujet qui entrait directement en résonance avec ce que je vis actuellement.

Notre échange a été constructif, amical … et j’ai, depuis, repris la lecture du roman.

Gisèle Bienne reconnait que la situation est inédite mais qu’elle a voulu écrire sur un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur.
Dans le livre, la mère prend des anti-dépresseurs et finit par dépasser les doses. C’est arrivé à une dame de mon immeuble. Elle luttait contre la dépression comme elle pouvait. Elle se sentait fatiguée sans comprendre. Un jour elle ne s’est pas réveillée. C’est malheureusement aussi simple que cela. On peut vite décrocher de la réalité et sombrer sans s’en rendre compte. C’est un des axes que le livre cherche à pointer.
L’auteur cherche aussi à témoigner de la trop lourde responsabilité que l’on fait porter aux enfants quand on les prend pour confidents. Elle vient d’être sollicitée pour un reportage télévisé concernant ces parents qui croient aimer leurs enfants mais dont le comportement est destructeur.

Une situation qu’elle a vécue quand elle était enfant : ma propre mère m’a dit beaucoup de choses. Cela me rendait importante et à la fin c’était trop.

Elle estime que cela l’aurait aidée alors d’en savoir davantage sur le fonctionnement du domaine du non-dit. Cela lui aurait permis d’apprivoiser les peurs qui s’intensifient et qu’on ne peut pas dire. Beaucoup d’enfants les rencontrent. Et ne savent pas comment faire. Cela donne des situations terribles à vivre, à l'instar de ce à quoi Camille se trouve confrontée : Papa était sa maladie; moi j'étais son médicament et je ne l'ai pas guérie (p.107)

En effet, ce n’est pas parce que Françoise Dolto a dit qu’on devait parler aux enfants, tout leur expliquer qu’il faut tout leur dire. Il me semble que le message de la grande thérapeute a été mal compris. Ce qu’il ne faut effectivement pas cacher aux enfants c’est ce qui les concerne directement. Mais il ne faut pas leur déverser nos soucis d’adulte. Même et surtout s’ils provoquent les confidences.

Les enfants voudront réparer une situation qui dérape, mais ils en sont pourtant incapables. Et on voit, dans le livre, les conséquences entrainées par leurs actes. Ils sont dans la vie, dans l’amour. Leur idéal s’accommode mal de la réalité. Leurs principes de vie ne sont pas cohérents avec ce que la loi permet ou interdit.

Le roman campe deux personnalités d’enfants radicalement différentes, ayant un point de vue divergent sur les évènements sans pour autant mettre en cause la solidité de leur relation. Camille et Mathieu grandissent avec des parents qui ne s'entendent plus et qui ont toujours campé sur leurs positions comme deux chefs de guerre (p. 97).

Une fois passé le cap fatidique de la découverte de la tragédie (le décès de la mère page 49) le livre se lit sans difficulté, traversé par quelques jolies références aviaires : le mode de vie des hirondelle, l'Aigle noir de la chanteuse Barbara, et même l'enseigne du "nid de la pie", boutique de perles bien connue des habitantes de Reims où vit l'auteur.

Elle adore écrire sur le très aventureux et le grave. Plusieurs fois l'ombre de Barbara et de ses chansons traverse les lignes, en particulier page 95 avec Dis-quand reviendras-tu dont la jeune Camille analyse les paroles. L'adolescente fait preuve de maturité tout en gardant sa fraicheur d'enfant: la liberté n'existe pas, elle n'existe ni dans les familles, ni hors des familles. la liberté n'existe que dans ma tête, et dans mes rêves (p.103).

Gisèle Bienne suppose qu’avoir été une fille avec quatre frères lui a forgé le caractère. C’est un d’eux, le plus jeune, gardien de but, qui lui a inspiré le thème du football pour écrire un autre de ses livres, les Champions.

On n'est pas des oiseaux, Gisèle Bienne, collection médium de l'École des loisirs 2011
Site internet : www.giselebienne.com

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