lundi 27 juin 2011

Les danseurs de Putho furent les derniers invités de Solstice

Ils ont clôturé le festival hier, dans la cour de l'école élémentaire des Mouilleboeufs de Chatenay-Malabry (92) où le soleil était de plomb. Ils étaient la veille place Saint-Saturnin à Antony.

Double clôture en réalité puisque Putho était aussi le dernier spectacle de la saison 2010/2011 du Théâtre Firmin Gémier-La Piscine au bout de quelque 200 manifestations, ce qui représente une activité intense.

Son directeur, Marc Jeancourt, fut le premier a avoir l'idée de recycler le solde des programmes en les pliant en chapeau "chinois" plutôt assorti aux toiles du décor, pour protéger la tête des enfants, donnant lui-même l'exemple tandis qu'une bénévole était chargée de surveiller l'application du principe auprès des petits.

Par prudence, le public s'est plutôt massé sous les arbres, en fond de cour, en regrettant malgré tout de ne pas pouvoir saisir les détails de ce qui se jouait sur "scène". Les soirées Solstice auront connu tous les climats et tous les décors. Celui-ci ne souffre pas la comparaison avec la façade du château de Sceaux.

Les photos s'en ressentent. C'est peut-être mon regard de spectatrice avisée mais je suis de plus en plus sensible au fond sur lequel se découpe la scène. J'aurais adoré être script sur un long-métrage et je remarque facilement les erreurs de raccord. On peut estimer que je suis conditionnée mais j'ai trouvé qu'esthétiquement il y avait un poteau éclectique qui perturbait l'équilibre pour Ieto. Et là ce sont les stores gris parfois fermés, parfois à demi-baissés et toutes les inscriptions rappelant la kermesse de l'école qui sont dérangeantes. Si l'œil humain parvient à faire abstraction de ces éléments l'objectif de l'appareil photo ne sélectionne rien du tout. Quant aux enfants qui se dressent brutalement, s'incrustant dans le champ, ils faisaient râler mon voisin photographe professionnel.
Soyez donc indulgents pour les clichés que j'ai abondamment recadrés et revenons au spectacle. Les jeunes artistes sont d'abord apparus dans des justaucorps aux couleurs acidulées comme des bonbons. Un des leurs a émergé de dessous un immense voile blanc qui les a tous engloutis.














Ce premier tableau était féérique et inspiré des danses traditionnelles que les élèves de l’école de cirque Phare Ponleu Selpak n'ont pas oubliées pour cette 5ème création.

En cambodgien, Putho (on prononce pouto) signifie à la fois Dieu et Homme, ce qui correspond à l'esprit du spectacle où les danseurs-acrobates réalisent des prouesses sans perdre leurs caractéristiques humaines.

La scène suivante installe le fil conducteur de la suite du spectacle sur le jeu de la séduction qui se déroule sur six actes qui sont autant de tranches de vie, explorant une large palette de sentiments dans une mise en scène plutôt contemporaine, signée par Khuon Det et Phil Noble.

Les techniques circassiennes sont multiples. Il est rare de voir autant de disciplines s'enchainer : acrobatie et voltige, portés et équilibres, main à main, jonglage, contorsion, monocycle au sol et sur fil, fil mou ... pour redessiner leur version de la Carte du Tendre, ou plus précisément du Dur et du Tendre parce que le dépit, la haine et la colère sont proches du désir et de l'amour.
Chaque garçon fera preuve d'imagination pour séduire les belles qui, elles-mêmes ne manquent pas de talents et nous donner à voir des histoires de jeunes qui flirtent, qui s’aiment, qui se déchirent ou se battent, entre problèmes de violence et désirs de vivre.

Un garçon agite des billets d'un geste provocateur ....Un diaboliste réalise des prouesses.Une équipée de cyclistes jongle les yeux bandés. Du hip hop et un rock très acrobatique.
Et d'autres exploits que je n'ai pas saisis, la batterie de l'appareil photo ayant déclaré forfait. Vous ne verrez donc pas une contorsionniste tirer à l’arc avec ses pieds, pour briser le cœur de son amant !
Un œillet rouge sera offert par chacun à sa chacune sans calmer les ardeurs vindicatives des filles. Ce fut Roméo contre Juliette, ou plutôt Khuon versus Srey Leak pour nous raconter l’histoire romancée de leur quotidien au Cambodge.

La musique de Norng Chann, de Gardy Labad, de Jeff Hernandez et de Ly Vanthan ont réussi une alliance entre la tradition et la modernité, avec des instruments khmers et d'autres plus modernes.

Phare Ponleu Selpak est une organisation non gouvernementale cambodgienne basée à Battambang, au Cambodge. Elle vise à soutenir le développement communautaire à travers la délivrance de services sociaux, éducatifs, culturels et d’insertion auprès des jeunes défavorisés ayant subi des traumatismes comme le trafic d'êtres humains, la violence domestique, la pauvreté et l'abandon. Elle offre une formation professionnelle dans le secteur artistique (dessin, musique, cirque) à plus de 450 enfants et soutient une école publique et gratuite où viennent quotidiennement 1250 enfants.

Tout a commencé modestement par des ateliers de dessin organisés dès 1986 dans un camp de réfugiés situé à la frontière thaïlandaise. Ces ateliers visaient à aider les enfants à dépasser les traumatismes de la guerre et de la vie en camps. Un groupe de jeunes adultes, ayant bénéficié de ces ateliers, ont fondé en 1994 une organisation artistique à vocation socio-éducative, à laquelle ils ont donné le nom de Phare Ponleu Selpak, ce qui signifie "la lumière de l'art". Un des objectifs est aussi de favoriser la réappropriation de la culture cambodgienne par les populations qui ont subi des années de guerre.

Les artistes effectuent une tournée européenne dont Solstice n'était qu'une étape. Pour connaitre les autres dates, voir ici.

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