lundi 7 novembre 2011

Catherine Ringer en concert à la Piscine de Chatenay-Malabry (92)

Avant-hier je rendais compte des deux premières parties du concert de Catherine Ringer, sur la scène de la Piscine, à Chatenay-Malabry et dont la prestation méritait à elle seule un billet spécial. J'écrivais qu'elle était époustouflante et c'était le moins qu'on puisse dire.

Après la voix cristalline de Owlle, Sammy Decoster avait mis le feu en Salle des Machines. Nous étions prêts à accueillir cette grande dame du rock.

Voilà qu'à peine arrivée sur scène elle a rebroussé chemin en courant pour revenir "aussi sec" en mimant des mouvements de brasse tout en disant bonsoir aux messieurs, dames, demoiselles et demoiseaux de ... la Piscine.

La coquine ne craint pas les jeux de mots et ne loupe pas une occasion de faire de la dérision. C'est qu'il lui en faut pour supporter le quotidien depuis l'envol de son compagnon.

Elle nous promet un mélange de ce "paquet de chansons de son dernier album, Ring n'Roll et d'autres des Rita", selon sa propre expression.

Elle commence avec Vive l'amour qui est le premier titre de son dernier disque. La voix est grave mais toujours prête à grimper dans les aigus à la moindre occasion. La gestuelle se fait légère. Les mains s'envolent.
J’fais que penser à mon amoureux, j’ai fait que penser à nous deux
D’ailleurs çà vient tout seul
Un moment à moi et c’est reparti un moment à moi et voilà
Je revis nos heures
Et çà çà vient tout seul
Un p‘tit oiseau passe, lance une trille joliment
Minute pleine de grâce que je ressens.
Changement de cap sonore et visuel avec Punk 103. Le bleu me coule par les yeux. Le bleu me soule, me fout les boules, n'aime personne. Il s'en fout et cogne quand il se fout en rogne. C'est du rouge qui déborde (...) Le jaune (...) Le vert ...
Puis ce fut Pardon. L'autobus était mi-plein (...) excusez-moi, pardon, pardon, pardonnez-moi (...) Y a pas d'pardon pasqu'y a pas d'faute, et y'a rien à pardonner.

Triton arrive ensuite, magnifique et onirique titre de la Femme trombonne, huitième album du duo Catherine et Fred, interprété avec une gestuelle adaptée, et dont les paroles prennent aujourd'hui un autre sens.

Je l'ai vu dans le lointain, allongé vers ces deux vagues, alangui comme un noyé, mais plein d'une vie formidable, vers lui j'ai marché, comme illuminée j'allais...

Les chansons peuvent chanter plusieurs choses, dit-elle malicieusement, en enchainant avec humour sur un titre de 1988, Tongue dance , la danse de la langue.

Le corps en constant mouvement, passant d'une chorégraphie à une autre avec naturel, l'interprète se donne sans compter, appréciant de parvenir (parfois) à entrainer le public de la fosse à la suivre pour quelques pas.

Les ambiances alternent, très différentes. La chanteuse semble avoir une énergie infaillible et danse comme jamais, l'ondulation comme la danse indienne, quand ce n'est pas un menuet. Sa palette semble infinie et sa présence physique remplit la scène.

Que fait-on avec sa douleur ? On vit et on se souvient. Elle avait commencé à composer et écrire des textes sous l'impulsion de Fred, aujourd'hui disparu (en deux mois cancer foudroyant du pancréas en 2007, ce qui prouve s'il le fallait que la mort frappe n'importe quand et que ce n'est pas une question d'âge) mais dont l'influence n'a pas cessé.
Elle aime les jeux de mots, la dérision, et ne peut retenir une bonne blague comme l'allusion à la râpe à fromages pour annoncer Menuet, adressé à la rappeuse Missy Elliot. Les accents sont baroques, bien entendu, mais inscrits aussi dans un rock qui swingue fortement.

On connait Nous nous reverons un jour ou l'autre, la célèbre chanson dont Charles Aznavour a écrit les paroles et la musique :
Nous nous reverrons un jour ou l'autre
Si vous y tenez autant que moi
Prenons rendez-vous
Un jour n'importe où

C'est le mot Rendez-vous que Catherine Ringer reprend à son compte pour le titre qu'elle a récrit sur musique électro-acoustique
On se reverra bien un jour ou l’autre
Çà vaut la peine un rendez-vous sans faute
Dans une autre vie intersidérale
A l’autre bout du monde
Le concert prend un tournant résolument mélancolique. Si Catherine est toujours rockeuse dans l'âme, et danseuse jusqu'au bout des ongles, elle est surtout amoureuse, infiniment semble-t-il, de Fred Chichin à qui elle s'est adressée intimement dans une très belle interprétation de Mahler.

Elle en a écrit les paroles sur la musique de l'adagietto de la 5e symphonie que Gustav Mahler a composée en 1901 dans l'euphorie du bonheur amoureux qu'il partageait avec Alma (et qui fut le thème musical du très célèbre « Mort à Venise » de Luchino Visconti).

La voir quasi immobile, au bord du murmure, comme dépouillée, nous propulse avec elle dans un autre monde, où cette fois la démesure est d'une autre nature. Catherine qu'on a connu érotique, devient pudique sans pour autant masquer ses sentiments. La voix alternativement chantée et parlée, prend une tonalité qui fait penser à Juliette Gréco.
C'est ton visage / Et puis tes mains / Et puis ton torse / Sur le mien
Doucement / Dans mon dos / Tu viens / Et tu me tiens / Ah Tu me calmes
Pas trop de pleurs, de larmes / Et je te sens serein / Quand je sèche les miens

Ta chère odeur a disparu/ Bien que mon âme l'ait retenue / Bien que mon âme ait ton parfum / Et tu me tiens

Si tu n'étais pas mort / Je serais avec toi / On marcherait dehors /Et puis on rentrerait
Si tu étais vivant / On serait bien ensemble / On irait de l'avant / Ah c’est beau comme on s'aimerait
Oui c'est bien toi / Au fond de moi / Encore toi / Qui me fait rire
Là ton regard est dans mes yeux / Oui c'est ta flamme / Et je suis deux !
Ce n'est pas parce que l'autre est absent qu'on ne l'aime plus. Les sentiments transcendent la volonté et la souffrance devient un carburant à la création artistique.
On est au-delà de l'émotion, dans un espace plein de l'amour qu'elle porte à son compagnon disparu. Un amour comme celui là force l’admiration. Cette femme est charismatique, généreuse, semblant heureuse de pouvoir chanter, s'appuyant parfois, mais si légèrement sur le jeune guitariste, en basculant son corps comme autrefois en direction de Fred.

Celui-là faisait terriblement penser au musicien disparu, en plus jeune, et terriblement vivant bien sur. Et pour cause puisque c'est Raoul, leur troisième enfant. Excellent guitariste.

Si un jour clôture le concert en nous portant vers un lointain rivage, quelque part du coté des sables polynésiens. Mais c'est toujours le même message fredonné avec une douceur infinie.
Si un jour, je reviens parmi vous j’aurai changé, j’espère.
Dans ce lointain, on se tient par le cou, on a bien changé.
C
e sera si doux
Si on le veut, peut-être qu’on peut ...
Catherine disait avoir perdu le gout de chanter pour rien. Elle avait gardé envers et contre tout celui de continuer à en faire son métier, sur scène.

Elle nous prouve avec cet album et cette tournée que si le malheur terrasse on reste un être vivant ... vivant et toujours plein d'amour.

La tournée se poursuit le 17 novembre à Strasbourg, le 22 à Lille, le 23 à Lyon, le 29 à Nantes, le 9 décembre à Grenoble et le 10 à Castres.

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