lundi 28 février 2011

Les femmes du 6ème étage de Philippe Le Guay

Encore un film sur lequel je n’avais pas spécialement prévu de me précipiter, un peu agacée par le tapage médiatique accompagnant sa sortie. Je n’avais pas envie de passer une soirée en compagnie du couple Kiberlain-Luchini. J’avais tort. Je suis ressortie la mine réjouie et je n’étais pas la seule : les applaudissements ont spontanément crépité dans la salle de cinéma (de banlieue …) où je suis allée le voir un jour de semaine.

J’ai tout apprécié. Les acteurs, connus et méconnus, sont parfaits. Les interprètes espagnoles assurent crédiblement leur rôle. Normal : elles l’ont appris phonétiquement. Rien à redire sur les décors, les costumes, les dialogues. Le scénario est bien ficelé, slalomant astucieusement entre les clichés sans jamais trébucher. La fin apporte une fraicheur sympathique. Chacun aura trouvé sa chacune, même la femme trompée qui découvrira qu’elle se fourvoyait dans un mariage qui n’était pas pour elle.

Pourquoi alors lui consacrer une chronique ? Pour confirmer que c’est un film à voir, et qui vous procurera un des trois kifs nécessaires journaliers à votre bien-être. Et pour rebondir sur un pan de mes souvenirs de jeunesse qui se sont trouvés réactivés.

Plonger dans l’espace des années 60 a rafraichi le souvenir idéalisé que j’avais gardé de la cuisine de mon enfance. Mes parents ont déménagé au cours des années 70, alors que j’étais au bord de l’adolescence (qui à cette époque ne commençait pas avant l’âge de 15 ans …) et je n’ai pas vu la pièce évoluer sous les transformations qu’elles ont toutes subi. L’endroit me semblait moderne. Rétrospectivement je le trouve fonctionnel, sans plus. Je prends conscience du manque de romantisme de la toile cirée qui débordait sur la table rectangulaire. De l’eau qui gouttait sur la pierre à évier. De l’exposition épicière sur les étagères.

Aujourd’hui l’inox étincelle dans des cuisines pimpantes comme des salles de restaurant ou équipées comme des laboratoires. En 1962, même à Paris, même dans les étages bourgeois, il n’y a aucune décoration. La blancheur est de rigueur et le seul signe de modernité se manifeste par la présence du plastique en train de détrôner la tôle galvanisée des bassines.

Je me dis que les temps ont bien changé et que la cuisine est sans doute la pièce qui a connu l’évolution la plus spectaculaire.

Ce 6ème étage a fait resurgir d’autres souvenirs moins lointains. Ceux de ma première indépendance, concomitante du premier job à temps plein. J’avais 20 ans. La société entrait dans les années 80 et, du moins en province, il était courant que les jeunes sans le sou emménagent dans ces anciennes chambres de bonne. La mienne était au 7ème et je crois que j’y étais la seule occupante. L’atmosphère y était moins joyeuse que dans le film. N’ayant aucune famille dans l’immeuble je ne pouvais pas « couper au court » en faisant une partie de la montée en ascenseur, traverser un appartement jusqu’à la cuisine, ouvrir la porte donnant sur l’escalier dit de service pour continuer à pieds sur un nombre restreint d’étages.

Je faisais l’ascension depuis le hall dans un escalier poussiéreux en tournicoti à la peinture écaillée et je vous jure que si j’avais oublié un ingrédient pour le dîner je ne redescendais pas.

Les réserves alimentaires dormaient la nuit dans un sac accroché à l’extérieur de la fenêtre, à commencer bien sûr par le lait qui ne passait jamais par la case « frigo ». Quand je vois aujourd’hui partir à la poubelle un yaourt « périmé » de la veille cela me fait toujours un drôle d’effet.La chambre était un espace minuscule, avec l’eau (froide) sur le palier. Des WC collectifs. Un vasistas qui s’ouvrait en grinçant au-dessus des toits à la couverture zinguée sur un panorama à 180°. Pas de chauffage, mais un air de paradis tout de même. La liberté embellit tout.

Les femmes sortaient avec le fichu sur la tête sans qu’alors on parle de foulard ou de soumission. La mode des chignons crêpés a été plus efficace que toutes les revendications d’indépendance. Elle eu raison de ce morceau de tissu qui est descendu autour du cou.

Le bouche à oreille a du bon quand il vous pousse ainsi vers d’aussi belles choses, comme il y a quelques années le Bonheur d’Agnès Varda.

dimanche 27 février 2011

L'amour est une île de Claudie Gallay chez Actes Sud

Claudie Gallay excelle dans l’installation d’une atmosphère propre à chacun de ses livres. Elle m’a emmenée dans un camp de gitans avec Mon amour, ma vie (2002), en territoire Hopi Dans l’or du temps (2006), à Venise dans Seule Venise (2004), au cap de la Hague, avec les Déferlantes (2008). Avec l’Amour est une île c’est en Avignon qu’elle a choisi de m’embarquer.

Il y a quelque chose qui n’a pas très bien fonctionné cette fois entre le livre et moi. A qui la faute ? Probablement à l’interférence avec mes propres souvenirs qui ont fait écran aux images projetées par l’auteur.

Hésiter n’est pas fréquent pour moi. Quand j’aime je le dis, quand je n’aime pas je me tais ou je m’explique franchement. La critique doit être constructive et honnête. L’exercice est difficile quand on connait et apprécie l’auteur d’autant que Claudie Gallay reste un de mes écrivains préférés et que l’entretien que j’ai relaté sur le blog est un des articles les plus lus depuis deux ans.

D’un coté je ne veux pas me défiler en masquant mon opinion. D’un autre je ne veux pas blesser. J’ai choisi d’attendre plusieurs mois après la sortie du livre (que j’avais reçu en avant-première l’été dernier) et de présenter mon billet sous la forme d’un pour/contre, un peu à l’image des critiques de la rubrique cinéma de Télérama quand la rédaction est divisée.

J’ai aimé :
Lire de jolies citations mais je ne suis pas certaine qu’elles étaient utiles :
Le trac vient avec le talent (Sarah Bernhardt) p. 63
Se taire est la seule attitude valable (Mime Marceau) p. 176
Le seul moyen de se délivrer d’une tentation c’est d’y céder (Oscar Wilde) p. 285

Saliver avec les descriptions de scènes de repas ou de leur préparation. Il y a beaucoup à manger et à boire au fil des pages. Par exemple (p. 160) : çà sent l’huile et le poivre. Les poivrons ont mariné dans un petit saladier bleu. Ils sont verts et rouges, servis avec des tomates que l’on dirait confites.

Suivre les déambulations des personnages qui circulent dans la grande « famille» recomposée du théâtre : Isabelle, Nathalie, Mathilde, Odile, Odon, Julie, Jeff et Marie …

Retrouver l’énergie qui se dégageait dans les premiers livres de l’auteur, en particulier l’Office des vivants (2001), son talent pour construire des personnages complexes, à vif, qui peuvent ne pas craindre la violence.

Résoudre l’énigme d’Einstein (p. 140) … qui a sans doute agacé ceux qui la connaissaient.

Et puis, comme toujours, le style de Claudie, avec ces phrases courtes qui sonnent justes et qui sont sa marque de fabrique et qui sont bien plus savoureuses que les citations de personnages célèbres :
- il y a toujours une multitude de raisons de faire ou de ne pas faire les choses (p.111)
- les hommes je les aime tellement, dit Mathilde, que je ne les aime qu’avec passion … Mais je m’ennuie vite avec eux. Ils me font perdre mon temps, me prennent mon énergie. La passion est un fruit à croissance rapide, il retombe vite et … pourrit. (p.144)
- vieillir ce n’est rien quand on se souvient (p.176)
- çà lui nécrose les chairs, les griffures c’est pour suinter (p.199)
- ce morceau de gamine (Marie) ressemble à une déchirure. Ne l’embête pas.
- souffrir ne lui donne pas tous les droits (p.215)
- les indiens Hopis disent que les photos gardent l’âme de ceux qui se laissent prendre (p.240)
- à défaut d’être fière, faire honte (p.284)

Je n’ai pas aimé :
Certaines scènes très dures et le parallèle qu’on serait tenté de faire avec le film Black Swan, car la force auto-destructrice du personnage de Marie est douloureuse à lire s’agissant d’une adolescente.

Le surnom de la Jogar donné à Mathilde qui me semble désuet à l’époque où le roman est situé. Cette façon d’appeler les comédiens n’a plus cours depuis longtemps.

Le surgissement d'évènements réels qui ne m’ont pas semblé servir l’intrigue. La grève des intermittents du spectacle par exemple est une citation anecdotique qui ne fait que dater l’époque, juillet 2003. C’est un élément exact mais Claudie Gallay le relate sans l’analyser ni prendre partie. Or l’annulation du festival a été un évènement colossal et le off, composé uniquement d’intermittents, s’est trouvé face à un dilemme et finalement contraints de jouer pour exister (31 troupes sur 600 seulement se sont arrêtées). Cette grève libère Mathilde de ses obligations professionnelles. L'annonce d'un jour de relâche aurait fait tout aussi bien.

Marie porte un pull vert qui annoncerait le malheur. C’est vrai que cette couleur est bannie au théâtre bien que ce soit aussi la couleur de la chance et de l’argent (le dollar est le billet vert). L'association du vert avec le hasard viendrait du fait qu'il était l'une des couleurs les plus instables en teinturerie, d'où son interdiction traditionnelle au théâtre. Il est possible aussi que certains comédiens aient été empoisonnés par de l’oxyde de cuivre ou du cyanure présents sur les costumes verts à l'époque médiévale. Je la crois volontiers quand elle écrit que Molière est mort sur scène en habit vert, malheureux hasard. (p.113)

Les allusions à Jacques Prévert dans les Déferlantes ne m’avaient pas dérangée. Cette fois c’est Gérard Philipe, figure mythique du festival d’Avignon, qui vient hanter plusieurs chapitres. Je suis trop jeune pour l’avoir rencontré et le visage des acteurs que j’ai connus en Avignon s’interposait parfois au détour d’une page. Il me suffisait de lire le nom de la rue de la Croix, qui est bien voisine de la rue du Mont-de-piété, de la rue des Lices ou de la place des Carmes. Et surtout l’hôtel de la Mirande qui existe bel et bien et qui est, au festival d’Avignon, l’équivalent du Carlton pendant le festival de Cannes.

Les références à Gérard Philipe m’ont gênée parce qu’elles sont ultra connues. Il suffit de taper le nom sur Google pour tomber sur l’hommage d’Aragon : les siens l’ont emporté dans le ciel des dernières vacances, à Ramatuelle, près de la mer pour qu’il soit à jamais le songe du sable et du soleil, hors des brouillards, et qu’il demeure éternellement la preuve de la jeunesse du monde. Et le passant, tant qu’il fera beau sur sa tombe dira : non, Perdican n’est pas mort, simplement il avait trop joué, il lui fallait se reposer d’un long sommeil.

Si Aragon le surnomme Perdican, du nom du héro d’Alfred de Musset (On ne badine pas avec l’amour) c’est parce que c’est le dernier rôle que l’acteur interpréta en 1959 au Théâtre national de Chaillot avant de mourir, à 37 ans, d’un cancer du foie foudroyant. Mais c’est dans le costume du Cid qu’il est enterré à Ramatuelle.

Il est exact que sa tombe fait l’objet d’incessantes visites de touristes mais le rituel du pèlerinage d’Isabelle en plein été est surprenant puisqu’il est mort en novembre.

Je n’ai jamais mis les pieds dans le théâtre du Chien-fou ni celui des Trois colombes, qui me semble-t-il n’existent pas car je connais bien le in comme le off. Ce n’est pas grave. Cela reste un roman, mais Claudie Gallay met dans son livre tant de détails authentiques, d’anecdotes et de citations que j’ai cru un moment avoir la mémoire qui flanchait.

J’ai encore mieux compris pourquoi Didier Decoin m’avait confié dans le train menant au Livre sur la place de Nancy qu’il n’avait pas réussi à se promener sur les chemins des Déferlantes alors que je tentais de lui communiquer mon enthousiasme et d’entendre quelques avis sur les probables « goncourables» 2009 (il est Secrétaire général de l'Académie Goncourt). Il est vrai qu’il habite le Cotentin et que le décor des Déferlantes lui est familier.

Je vous recommande d’ailleurs la lecture savoureuse de Vue sur la mer, où il relate avec force humour la recherche de la maison de ses rêves, rendue accessible grâce aux droits d'auteur de John l'enfer. Nous avons chacun notre vision des paysages. J’ai commencé le dernier livre de Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi, qui me transporte en Haïti après le séisme qui a secoué le pays. Si j’avais déjà voyagé là-bas j’aurais peut-être une perception moins positive.

Mais surtout je n'ai pas trouvé ce condensé d'universalité qui permet de répondre à la question de savoir ce qu’on retient d’une lecture, ce qui nous reste, une fois le livre refermé.

Je compte bien discuter de cela mi-mars avec Claudie Gallay au Salon du livre de Paris et de ses prochains projets que j'attends avec impatience.

L'entretien avec Claudie Gallay en 2009
L'énigme d'Einstein, publiée avant-hier

samedi 26 février 2011

3 kifs par jour et autres rituels recommandés par la science pour cultiver le bonheur

Maman, consultante, chroniqueuse, Florence Servan-Schreiber est bourrée de talent et pas égoïste pour deux sous puisqu’elle partage ses découvertes avec un enthousiasme qui ne faiblit jamais.

La dernière en date, et dont vous avez déjà peut-être entendu parler parce que sa bonne parole se disperse au rythme d’une onde de choc sur un lac tranquille, c’est le pourquoi du comment du bonheur.

La solution est donnée dans le titre de son ouvrage, paru il y a une dizaine de jours, 3 kifs par jour. Derrière ce mot à la mode se cache un concept qui peut devenir un principe de vie. Elle explique elle-même ce qu’elle entend par là :
Si on savait, dans sa journée, repérer 3 évènements, goûts, rencontres, images, sensations, morceaux de musique qui nous avaient fait du bien cela nous permettait de vivre plus longtemps et en meilleure santé. C’est toute la force de savoir exprimer sa gratitude, de détecter les 3 éléments qui nous portent, nous rassurent, nous confortent et surtout nous rendent heureux de vivre de qu’on vit et qui vont nous permettent de dire merci à la vie, à quelqu’un, à soi-même.
J’avais accepté de chroniquer Petits secrets sur le bonheur pour Babelio parce que le sujet m’intéressait. Je n’avais trouvé qu’une compilation de pensées désuètes qui m’avaient agacée. Je terminais ma critique en disant que si ce sujet avait été traité par la famille Servan-Schreiber c’aurait été autrement plus instructif. Vous devinez ma surprise quand j’ai découvert peu de jours après le livre de Florence.

La lecture a comblé mes attentes. Le style est vivant, à la limite du brut de décoffrage qui atteste de l’authenticité des situations vécues. C’est clair, lisible et facilement applicable. Elle va beaucoup plus loin que la méthode des 3 kifs qui est en quelque sorte le point d’orgue du changement de comportement.
On trouve dans son recueil une série de conseils dont certains sont communs avec ceux que je donnais comme exemple à la va-vite dans mon billet du 13 janvier. Logique … On apprend aussi que notre (in)aptitude au bonheur est pour moitié un héritage génétique, comme les dons, mais qu’il n’y a pas de quoi se désespérer si nous ne l’avons pas reçu. Les hasards de la vie comptent pour 10 %. Là encore, même si gagner au loto contribuera à notre bonheur, ce n’est pas l’essentiel. Restent 40% résultants de notre comportement où, pour une fois, nous sommes totalement responsables.

C’est sur cet angle qu’elle propose d’agir et ce n’est pas mince. Il me semble que je n’étais pas très loin avec ce que j’avais intitulé le principe du pas japonais. Il me manquait le sous-bassement de la psychologie positive dont elle est imprégnée pour aller au bout de la réflexion.

Je m’exerce au repérage des 3 kifs quotidiens depuis deux semaines et j’ai déjà obtenu des résultats. Le plus visible est de ressentir les moments agréables dès qu’ils se présentent. C’est comme un signal qui résonne et qui fait tilter le mot kif dans notre circuit. Il y a des jours où je dépasse le seuil de 3 que je commence à considérer comme un minimum.

Çà peut être de toutes petites choses, comme la lumière du lever de soleil maintenant que les journées ont rallongé, un sourire, un morceau de chocolat, un coup de fil et bien évidemment un commentaire sympathique sur le blog ou une belle soirée de théâtre ou de cinéma.

Les soucis n’ont pas disparu. Les angoisses non plus. Mais les choses agréables l’emportent et je crois que j’aborde chaque journée avec davantage de patience … puisque je sais que le soir j’aurai au moins vécu 3 moments mémorables. Je commence à les anticiper, et à les provoquer. C’est ce qu’on peut appeler une spirale ascendante.

Pour preuve je peux déjà vous confier les kifs du jour : l’accréditation officielle pour le Salon du Livre, y compris la soirée d’inauguration (c’est presque un double kif, voire un triple car je suis sûre d’y rencontrer l’auteur du livre), une conversation inattendue et joyeuse avec mon fils, la validation de mes premiers billets professionnels sur un blog institutionnel, une assiette de rollmops avec du concombre et une salade de pommes de terre tièdes … et la journée n’est pas finie.

Florence Servan-Schreiber, 3 Kifs par jour , Éditions Marabout / Psychologie, février 2010
3 kifs par jour, le site

vendredi 25 février 2011

L'énigme d'Einstein ... en attendant plus sur le dernier livre de Claudie Gallay

J'ai déjà fait mon mea culpa : je n'arrive pas à avoir assez de temps pour rendre compte de tout ce que j'estime mériter un billet dans une écriture qui réponde à mes exigences. Ce que c'est que de ne pas vouloir bâcler les choses ...

Parmi tout ce qui est en rade (mais n'allez tout de même pas croire qu'il y a plus de projets en plan que de réalisations abouties) se trouve la critique du dernier opus de Claudie Gallay qui me résiste depuis l'été dernier. L'amour est une île n'est pas un livre qui se lit en deux temps trois mouvements, peut-être parce que l'intrigue se situe dans le décor d'un Festival d'Avignon et que cela fait remonter à la surface mes propres souvenirs.

J'ai commencé. J'ai arrêté. J'ai repris. Je viens d'achever et j'ai envie de laisser un peu mûrir mon opinion. Le portrait que j'ai fait de Claudie Gallay est un des articles les plus lus du blog, depuis deux ans, ce qui me donne une certaine responsabilité. Je me fixe tout de même comme objectif de publier un billet avant l'ouverture officielle du Salon du Livre de Paris (17 mars) car je suis certaine que j'y verrai l'auteur ... avec d'ailleurs très grand plaisir.

D'ici là, et parce que j'ai l'humeur taquine, je vous soumets à l'épreuve de l'énigme d'Einstein qui figure page 140 de son livre.
Imaginez 5 maisons qui n'ont pas la même couleur. Dans chacun, vit une personne de nationalité différente. Chaque propriétaire a une boisson préférée, une marque de tabac et un animal de compagnie. Aucun n'a le même animal ni ne fume le même tabac ni ne boit la même boisson.

Le Britannique vit dans la maison rouge. Le Suisse a un chien. Le Danois du thé. La maison verte est située à gauche de la blanche. Le propriétaire de la maison verte boit du café.

La personne qui fume des Pall Mall a un oiseau. Le propriétaire de la maison jaune fume des Dunhill. Celui qui vit dans la maison du centre boit du lait. Le Norvégien vit dans la première maison. La personne qui fume des Blends vit à côté de celle qui a un chat. La personne qui a un cheval vit à côté de celle qui fume des Dunhill. Celui qui fume des Blue Master boit de la bière. L'Allemand fume des Prince. Le Norvégien vit à côté de la maison bleue. Celui qui fume des Blends à un voisin qui boit de l'eau.

Il faut trouver à qui appartient le poisson.

C'est là que j'ai suspendu ma lecture pour me lancer dans un tableau à double entrée sur une feuille de papier. J'ai griffonné les hypothèses et ai assez vite trouvé une réponse ... que j'ai plus tard confrontée à celle que Claudie Gallay révèle à la toute fin du livre, dans une scène où elle apporte un point d'orgue au drame qui vient de se tramer.

Vous en savez assez pour vous livrer à l'exercice. Vos commentaires sont les bienvenus mais je vous préviens que je ne publierai que ceux qui ne donneront pas la solution, pour ne priver personne du plaisir de chercher. Et je peux vous dire aussi avec un peu d'avance sur un autre post que la résolution a été un de mes trois kifs quotidiens puisque j'applique les principes de Florence Servan-Schreiber. Je vous en reparlerai très vite.

jeudi 24 février 2011

Parmentier du Barry

J'ignore si l'atmosphère du Salon de l'agriculture est propice au délire comme semble le suggérer un commentaire récent mais c'est manifeste que mon inventivité à été stimulée par tout ce que j'y ai vu. Sans copier personne j'ai de nouvelles idées. Comme ce soir en modifiant quelques paramètres d'un grand classique, la brandade que je viens de préparer sans morue, façon Parmentier, mais sans pomme de terre.

Le nom de la recette est un premier indice : en cuisine, du Barry est quasiment synonyme de chou-fleur. Jeanne Bécu, dite de Cantigny, mais aussi Mademoiselle de Vaubernier, puis comtesse Du Barry par mariage , fut la dernière favorite du roi Louis XV. C'est vers la moitié du XVIII° siècle, sous le règne de Louis XV, que le chou-fleur apparut sur les tables, surtout en soupe et en salade. On dit que la comtesse a contribué à le faire connaitre. C'est plausible puisque la dame était issue par sa mère d'une famille de haute domesticité attachée à la cour de Lorraine à Lunéville. Mais il faut surtout convenir que c'était la mode à l'époque de donner le nom d'une femme du monde à une préparation culinaire. Ajoutons pour l'anecdote qu'elle était devenu à 17 ans vendeuse dans une luxueuse boutique de mode parisienne de la rue Saint-Honoré, ... pas très loin donc de la boutique gastronomique dont la marque a pris son nom.

Mais le plus curieux, et je ne m'en rends compte qu'à l'instant puisque j'ignorais sa généalogie, c'est que le nom de Vaubernier est aussi celui de la fromagerie qui fabrique les produits Bons Mayennais, et qu'il était donc logique qu'une association soit un jour imaginée.

La recette est très simple : j'ai fait colorer une tranche de pavé de saumon dans un fait-tout avec un trait d'huile d'olive et une échalote. J'ai mélangé à des bouquets de choux-fleur préalablement cuits à l'eau bouillante (j'avais conservé l'eau de cuisson pour la recycler en bouillon en ajoutant d'autres légumes, mais cela fera l'objet d'une expérience que je relaterai un autre jour), assaisonnés de sel, poivre, persil haché et poudre Galanga, un épice alternatif au gingembre qui me vient de Saravane.

Évidemment le résultat tient davantage de la purée mais c'est cela qui est bon parce que les goûts sont ainsi liés. J'ai rempli un bol qui va au micro-onde, puis j'ai posé deux belles tranches de Lingot Bons Mayennais et recouvert de chapelure. On ajoute un peu de matière grasse à sa convenance pour assurer le dorage.

A force d'être agacée par l'abondance des miettes quand je tranche les pains que je fais avec ma machine, j'ai eu l'idée de les récolter et de les conserver. C'est mon petit secret pour avoir en permanence à disposition une chapelure de saveur originale, et toujours différente.

Deux minutes plus tard, en position grill au micro-onde, je ressors un plat économique et promptement réalisé. Bien entendu, le four traditionnel est davantage préconisé pour un plat familial devant rassasier une horde d'enfants.

Le Lingot apporte de la douceur et de l'onctuosité à l'association légume-poisson. C'est une surprise heureuse par rapport au fromage qui fait des fils ... Cette recette se passe de farine et de sauce blanche tout en assurant un résultat proche d'un gratin. Voilà un bon moyen de faire manger aux enfants autre chose que des pommes de terre.

mercredi 23 février 2011

L'inattendu mis en scène par Brontis Jodorowsky aux Déchargeurs

Doublement inattendu parce que je n'aurais pas songé à aller voir le spectacle si on ne me l'avait pas recommandé et parce que c'était le soir de la dernière représentation. Autant dire que je n'ai pas tergiversé.
Le jeu de la comédienne est magnifique et il y a fort à parier que l'Inattendu sera programmé par de nombreux théâtres la saison prochaine.
Un sol recouvert de morceaux de carton, un matelas de fortune sur une palette peinte en bois, une table, une bassine, quelques bouteilles de verre coloré qui portent une note de fantaisie dans cet univers carcéral noyé dans une lumière blafarde. Sur la chaise, une veste d’un costume d’homme attend … qui ? Un coup résonne.

On ne l’a pas vue traverser le public. Elle s’est avancée pieds nus, robe longue comme une aube de communiante, yeux cernés, aimantés par la veste qu’elle prend délicatement pour la bercer en esquissant une danse. Elle la repose et dépose une peine intense.

Le texte est magnifiquement porté par Eleonor Agritt qui le joue à sa juste mesure. Elle intériorise la douleur de la disparition et la met à distance avec les moyens du bord, en parlant d’elle à la troisième personne, et puis aussi en s’anesthésiant avec l’alcool.

Liane n’y croit pas à la disparition de toi. (…) L’amour se prend des beignes. J’ai l’air d’un tigre en plus petit. Je pleure même pas. Je n’ai plus le cœur aussi propre et costaud qu’avant.

L’histoire nous est donnée par bribes. On comprend petit à petit comment les choses ont pu se passer. L’homme a disparu, ou plutôt n’est pas rentré, s’étant peut-être malencontreusement noyé, sauf que celui qu’on traitait de sale nègre a plutôt sûrement été pourchassé par des militants du Ku Klux Klan qui tirent des coups de feu toutes les nuits.

Liane revit la phase de déni. La première année qui a suivi la « disparition » elle repassait son linge tous les jours. Elle l’a cherché partout dans les bayous, jusqu’à ce que l’absence soit devenue si fatigante qu’elle a commencé à pencher. Elle ne manque pas d’humour pour nous faire partage sa détresse : même la tour de Pise on la restaure.

La comédienne ne regarde jamais le public. Elle monologue à voix haute, cherchant la vérité. Je ne suis pas folle ! Mon coyote t’es pas Arsène Lupin ! Son délire convoque les souvenirs. Elle le cherche. Elle avale un boomerang, n’arrêtant pas de sourire.
3 ans- 1 mois- 13 jours. Rien n’a bougé. Elle ne repasse plus ses fringues qu’une fois par mois. Elle attend qu’il revienne en embuscade … ou pas, concède-t-elle. L’avenir, à présent est devenu le malheur des autres. Afghanistan, Albanie, Somalie, Rwanda, Irak … elle ouvre les yeux. Le monde, elle le voit qui brûle.

Elle s’accroupit, continue à dévider le fil puis capitule : quand je parlerai de toi je dirai je me souviens, un jour, j’ai aimé, j’aime encore mais c’est plus la peine. Je dirai que tu es mort un soir que je m’y attendais pas.

Ses gestes évoquent ceux que l’on fait sur une tombe. La vie c’est ce qui nous arrive quand on fait autre chose … peut-être.

Le soir de ma venue l’osmose entre le texte et l’interprète était parfaite. Chaque mot sonnait juste. Aucun geste n’était de trop.

Il faut se souvenir de son nom, Eleonor Agritt, et c'était surprenant de constater combien elle pouvait naturellement être jeune et joyeuse aux saluts.

Il faut aussi se souvenir du nom de l'auteur, Fabrice Melquiot, qui a écrit un texte poétique sur un sujet grave sans s'interdire quelques formulations humoristiques.

Le théâtre des Déchargeurs est situé au numéro 3 de la rue du même nom, dans le 1er arrondissement. Sa programmation est extrêmement variée. Tel 01 42 36 00 02

mardi 22 février 2011

Conférence au sommet entre la poire et le fromage

Une salade de mâche assaisonnée d'une huile de noisette, de gingembre et d'un vinaigre de muscat.

Des tagliatelles de poire conférence.

Des quenelles de rouelle du Tarn, un fromage de chèvre au lait cru à pâte lactique, toujours crémeux et fondant, à la saveur noisette, légèrement acide.

Une effeuillée de thym.

Y'a plus qu'à se laisser emporter par ces associations.

La Rouelle du Tarn est cendrée au charbon de boiset qui se couvre de moisissures grises au fur et à mesure que se développe une levure pendant l’affinage appelée Geotrichum.

lundi 21 février 2011

La Petite chambre et la Dernière leçon

La Petite chambre, c'est le titre du premier film de Stéphanie Chuat et de Véronique Reymond qui sont amies d'enfance depuis l'âge de dix ans, et unies par l'expérience du théâtre avant de glisser vers le cinéma, en réponse à un appel à projet lancé par la télévision suisse romande.

Elles ont grandi en Suisse et ont brutalement pris conscience du vieillissement de la population. Elles se sont attelées à ce sujet délicat qu'elles traitent avec sensibilité, parfois même avec légèreté et sans aucune mièvrerie. Vous pouvez aller voir leur film sans vos mouchoirs et je vous garantie que vous ressortirez de la salle sans avoir perdu le moral.

Parce que le scénario tricote une double aventure apparemment antinomique : l'acceptation de ses limites et le dépassement de soi. Edmond refuse d'entrer en maison de retraite, mais s'oppose aussi aux soins d'une infirmière à domicile. Il est dans une révolte comparable à celle d'un ado : faites-moi pas croire que la vie est belle !

Son infirmière a ses fantômes. La jeune femme vient de reprendre son travail après un long congé de maladie consécutif à la perte de son bébé mort-né. Sa sensibilité l'amène à prendre des risques, quitte à se situer hors-la-loi par rapport à son éthique professionnelle, et à entendre la sentence de sa supérieure hiérarchique : vous êtes inadéquate ! car en Suisse, les infirmières n'ont pas le droit de faire de la présence, rôle dévolu aux bénévoles de la Croix Rouge.

Ces deux rebelles vont se rencontrer, s'accepter et s'entraider pour domestiquer leurs démons intérieurs. C'est une histoire d'amour, d'amitié, de filiation et de transmission. On peut trouver une résonance avec le Grand chemin, le film réalisé en 1987 par Jean-Louis Hubert avec Anémone et Richard Bohringer.

Le film doit beaucoup aux acteurs. On imagine facilement ce qu'un Philippe Noiret ou un Jean-Claude Brialy auraient fait du rôle d'Edmond. Ils sont partis alors que le scénario était à l'écriture. Michel Bouquet a été contacté sans grand espoir parce que le comédien avait la réputation de ne pas vouloir faire de cinéma. Il a pourtant vite accepté un entretien au cours duquel il incarnait déjà le personnage. Florence Loiret Caille était la belle-fille de Michel Auteuil dans Je l'aimais de Zabou Breitman (2009), la réceptionniste de Parlez-moi de la pluie réalisé par Agnès Jaoui en 2008. Elle se révèle complètement dans la Petite chambre où elle a enfin un rôle de premier plan.
J'ai vu le film il y a quelques jours, au Rex de Chatenay-Malabry qui avait invité Stéphanie Chuat et son distributeur. Quelques éclairages ont été donnés aux spectateurs qui avaient beaucoup de questions pour la réalisatrice. Notamment sur la fin du film qui pour elle coïncide avec le moment où Edmond a accompli sa mission à propos de la jeune femme.

Le public a l'œil exercé. Il voit le panneau Exit et se demande s'il y a un indice caché avec le nom de l'association qui en Suisse traite de la fin de vie, en toute légalité dans ce pays. Il ne faut pas oublier qu'il s'agit d'une fiction.

Les décors sont par contre très réalistes. La maison de retraite est une véritable institution. Il n'y a eu besoin de faire aucune correction de décor ( sauf de retirer les écrans de télévision). Les résidents sont de vrais pensionnaires, pas des comédiens et cela se sent.

Les deux réalisatrices ont travaillé de concert, en partageant les mêmes points de vue. Par contre Stéphanie Chuat reconnait qu'au montage elles ont eu des interrogations et des discussions, par exemple sur la longueur d'un plan comme celui du repas dont la durée, au final, est parfaitement juste. Marie-Hélène Dozo, la monteuse réputée des Frères Dardenne, est intervenue plusieurs jours pour apporter son expertise à cette étape cruciale qu'est le montage.
La sortie nationale du film se fait sur près de 150 villes et on commence à en entendre beaucoup parler. Ce n'est que justice.

Le parallèle est évident avec la Dernière leçon, le livre de Noëlle Chatelet, mis en scène par Gérald Chatelain et que j'ai vu au début du mois au Théâtre des Sources de Fontenay-aux-roses (92). J'avais eu l'occasion de m'entretenir avec le metteur en scène et le spectacle a correspondu à ce qu'il avait annoncé. Catherine Rétoré est lumineuse dans le rôle de cette femme qui décide en toute lucidité de se donner la mort avant que la vie ne soit tout bonnement plus vivable, même si comme le dit le personnage le danger du trop tard oblige peut-être à partir trop tôt.

On peut encore voir ce spectacle sur la Scène Watteau de Nogent-sur-Marne le 2 avril 2011
01 48 72 94 94
Pour suivre l'actualité du Rex consulter le site du cinéma. Des débats et des rencontres y sont régulièrement programmés.

dimanche 20 février 2011

Aiguillettes à la Leczinska sauce lavalloise

Je suis revenue du Salon de l'Agriculture avec des bonbons à la bergamote (un incontournable du stand lorrain) et un camembert Bons Mayennais.

J'ai déjà imaginé des recettes avec des fromages. Malgré la difficulté je me suis fixé le double défi de rapprocher la Lorraine et les Pays de Loire, lesquels mériteraient d'ailleurs qu'on cherche un nom pour leurs habitants maintenant qu'on a réglé la question de l'appellation des terrifortains.

Ne pouvant utiliser le mot "mayennais" pour chaque nouvelle recette avec un fromage de leur gamme j'ai invoqué aujourd'hui la ville de Laval qui se situe aussi dans le département de la Mayenne. Quant à Leczinska c'est le nom de jeune fille de l'épouse de Louis XV, fille de Stanislas, roi de Pologne, personnage hautement célèbre en Lorraine, grand gourmand s'il en fut.

Autrefois les unions princières renforçaient les alliances diplomatiques. Aujourd'hui elles consolident les liens interrégionaux.

Voici comment j'ai procédé : j'ai poché deux filets de poulet dans une eau bouillante épicée de badiane, de vanille et de cannelle. Parallèlement j'ai mis à cuire du quinoa.

Ensuite j'ai posé 10 bergamotes (ces délicieux petits bonbons nancéens) dans une poêle chaude et attendu qu'ils aient fondu pour y caraméliser les aiguillettes tranchées en fuseaux. La viande a ensuite été mise de coté.

J'ai ajouté alors dans la poêle un quart de camembert assez jeune avec une cuillerée à soupe de mascarpone, salé et poivré à mon goût.

J'ai adoré tremper les bouchées de poulet dans cette sauce onctueuse.

samedi 19 février 2011

Visite dans les régions au Salon de l'Agriculture

Je n’y étais pas allée l’an dernier. Le billet que j’ai rédigé sur le clippage il y a deux ans est à ma grande surprise chaque mois toujours un des plus consultés. Je suis donc revenue au Salon de l'Agriculture en choisissant de me concentrer cette fois sur les régions sous un angle gastronomique.

Et si je ne suis pas allée caresser Candy j'ai suivi la piste des vosgiennes sur le stand Lorrain. La Meuse l'honorait et je peux écouter son meuglement suave en retournant à loisir une boite ... à meuh spécialement éditée pour l'occasion.

Un camping-car attendait les visiteurs, symbolisant le premier mode d'hébergement en Meuse. Le département fait de l'accueil des camping-cars un enjeu touristique.
J’ai gouté les sirops parfumés de Clotilde, une créatrice inventive dont je me suis empressée de publier un portrait sur Lorraine de coeur.
Clotilde fait aussi des vinaigres que j'envisage d'intégrer dans de nouvelles préparations. Elle est installée à Domrémy la canne (55240).

Le département des Vosges avait lui aussi son programme. Le jour de mon passage François Canaple, professeur à la Maison Familiale rurale de Saulxures sur Moselotte (88) créait un paysage vosgien en légumes où la célèbre vache avait bien entendu la place de choix.

Une association avec la Wallonie met l'accent sur le tourisme interfrontalier avec la Lorraine.

J’ai découvert la Rubinette, une ancienne variété de pommes originaire de Suisse et réhabilitée mise à l'honneur par la Touraine. C'est, comme la Reine des reinettes, une variété de petite taille, mais d'expression aromatique et gustative assez fabuleuse. Cette pomme bicolore (rouge strié sur jaune) demeure ferme et se consomme surtout crue. Sa conservation lui permet d'atteindre, si elle n'est pas cueillie trop tard, la fin du mois de décembre, voire au-delà puisque nous sommes déjà en février.

Plusieurs autres régions la produisent. La pomme reste le fruit le plus consommé en France. Chaque variété se caractérise par son croquant et par son équilibre sucre-acidulé. Certaines variétés n'ont que du sucre, comme les Golden. Les autres sont des acidulées sucrées. Pour avoir du fruité il faut choisir une base acidulée qui développe la saveur. La Rubinette se positionne très bien sur cet axe, de même que la Patte de loup dont j'ai déjà parlé sur le blog.
J’ai revu ensuite avec plaisir la ferme de Mille-pattes qui prépare un excellent confit de lait de brebis. En cliquant sur la petite brebis vous découvrirez plusieurs recettes faite avec une la variété "gingembre-clou de girofle". J'ai ramené cette fois un confit à la poire Williams, à charge pour moi d'imaginer de nouvelles associations.

Je me suis régalée de kiwis des Landes et de bœuf de Chalosse, élevé en Saône et loire.

J’ai assisté à plusieurs démonstrations culinaires, de diverses spécialités bourguignonnes (un risotto de boulgour aux fruits de mer et son coulis de langoustines, suivi d’un pain d’épices façon pain perdu) ou lyonnaises. J'ai appris qu'il fallait laisser gonfler les quenelles dans l'eau chaude au moins dix minutes.
Le public est largement invité à gouter tous les produits imaginables. Quand il s'agit de vin, c'est toujours avec modération, comme avec un Montagny (Chardonnay), assez proche d’un Meursault en moins onéreux.

Les informations arrivent dans le désordre et de toutes parts. J’ai appris que les ventes de machine à pain et de farine avaient chuté de 70%. Pourtant je continue toujours avec autant de bonheur à faire mon pain et à innover en la matière.

Un des plus beaux stands est probablement celui de la région Nord-Pas de Calais. De belles cartes postales étaient disponibles et l'incitation était forte à rédiger quelques mots pour ses amis et sa famille. c'est le Conseil général qui promet de s'acquitter des frais d'envoi. L'idée est sympathique pour communiquer positivement sur une région encore mal connue. savez-vous par exemple que Boulogne-sur-mer est le premier port de pêche français ?
Un marin-pêcheur passionné expliquait commentait un étal magnifique, tant de poissons que de crustacés.
Mes pérégrinations m’ont menée une cathédrale de Reims ... en carton. J'ai rencontré des personnages étranges, comme ces jeunes, drôlement vêtus, ayant pour mission de faire la promotion de la ville de Sedan.

Ce fut l’occasion de découvrir l’absinthe.

Une boisson dont mes grands-parents m’avaient parlé, me léguant des cuillères spéciales dont je n’ai pas trouvé d’autre fonction que décorative. La distillerie Émile Pernot, avec un t, présente la plus large variété, à des degrés entre 45 et 65°. Je suis surprise par le nombre de plantes aromatiques entrant dans sa fabrication.

Je croyais naïvement que l'absinthe était distillée toute seule. Quand cette boisson a été interdite on a retiré l’absinthe de la composition en gardant toutes les autres plantes, en particulier le fenouil, la mélisse et la coriandre qui toutes trois avaient un arôme anisé très prononcé.
Voilà comment sont nés les Ricard et autres Pernod (ce dernier venant lui aussi de Pontarlier). Et gouter une absinthe n'est donc pas très différent d'un pastis. Aujourd’hui on recommence à distiller la boisson qui est redevenue chic, par exemple pour flamber les gambas.

J'ai aussi fait halte à la fromagerie Vaubernier, garante de la marque Bons Mayennais. La société fut à l'origine d'un beau défi, celui de créer des recettes à partir de leurs fromages. Camembert, Brie, Coulommiers et Lingot ne sont pas aussi faciles à cuisiner que les fromages de chèvre ou les bleus.
Vous retrouverez ces recettes récapitulées dans la catégorie fromages avec d'autres articles concernant ce même sujet, et bientôt sur le site de la société (en création).

J'ai aussi navigué entre les stands consacrés à l'Outre-Mer mais ce serait un sujet de reportage à lui seul ...

vendredi 18 février 2011

The Rodeo fait escale au Pédiluve avant un nouvel album

Cela fait peut-être deux ans que le Pédiluve affiche une programmation musicale d’avant-garde, dont il se murmure qu’elle serait bien équivalente au Petit Journal. Ce n’est pas faute de connaitre les lieux puisque j’étais à l’inauguration. J’ai toujours eu autre chose à faire le jeudi soir.
Jusqu’à ce que m’arrive un message facebook (merci Nath) avec un clip de The Rodeo et le rappel que le groupe jouait hier soir. Suffisait de regarder un petit film pour être convaincue qu’il fallait que je me bouge. Si j’osais je dirai que je ne comprends pas que vous n’en ayez pas fait autant, ... ce que c’est que d’avoir la mémoire courte.

The Rodeo est davantage connu aux USA qu’en France et pourtant la chanteuse Dorothée est bien de chez nous. Le batteur, Jean, l’est tout autant. Et cela fait plus de 11 ans qu’ils se produisent ensemble. Ils sont arrivés à Chatenay-Malabry (92) en fin de tournée et cet avant-dernier concert d’une longue série leur a malgré tout apporté des surprises.

Démarrage avec People Know (2007) qui installe le style du duo. La voix rauque de Dorothée tranche avec son look BCBG et encore davantage avec les quelques mots qu’elle prononce avec douceur entre deux titres.

On enchaine avec On the Radio (2009) qui rime joliment avec rodeo. Le titre l’a fait connaitre en Amérique. Jean chante en sourdine. La chanteuse est comme apprivoisée. Le public est sagement conquis. Rien à voir avec les hordes qui écoutent debout dans les autres salles du circuit. On est comme cela à Chatenay. C’est pas de la froideur, mais du respect. Toutes les émotions sont au fond du cœur. Jamais indifférents, mais d’accord pour être qualifiés de « studieux », surtout moi qui prend des notes sur mes genoux.
Voici Amulet, en avant-première du prochain album qui sortira dans un mois.

Puis une reprise étonnante d’une chanson ultra connue dont elle ne nous donne pas le titre, mais qu’on devine illico presto. C’est If I had a hammer, le fameux Si j’avais un marteau créé par Pete Sieger et Lee Hays, écrite dans un esprit contestataire pendant la guerre du Vietnam avant d’être édulcorée par Claude François, écrasé par la vague yéyé.

L’articulation est parfaite. Les intonations colorent le sens des paroles et on saisit enfin tout le potentiel du texte original en terme d’amour, de liberté et de soif de justice pour tous les hommes.
Jean quitte la scène et Dorothée interprétera seule deux ballades extraites du dernier album (2009), My Ode to You puis Modern Life. La guitare se fait légère et la voix caressante, avec de jolies stridulations sur le second morceau, annonçant un tempérament de blueswoman.

Jean revient pour Hand shadows. L’accompagnement est inventif avec un plateau de clés (…du paradis, déniché par Jean à Sao Paulo, et qui donne de jolies notes cristallines). Le public applaudit avec force sans pour autant se lever de son siège. La chanteuse, déroutée a plutôt l’habitude de se produire devant des gens debout. Une idée en enchaine une autre. Elle réalise qu’elle a oublié d’amener des CD. Je suis un peu tête en l’air, concède-t-elle.

Little Soldier, est annoncé pour les cow-boys qui sommeillent (qui dorment à poings fermés) en nous. Le batteur a déjà l’habillage avec sa chemise à carreaux (j'ai suffisamment visionné de video pour affirmer qu'il en a une série) et je peux vous dire qu’il se lâche sur ce morceau !
Ses accompagnements sont très inventifs et il est bien plus qu’un batteur dans le groupe. Voici HRW, ce qui en langage codé signifie High Resolution World, un titre que je ne résiste pas à vous faire écouter.

The Rodeo - High Resolution World
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La voilà qui nous annonce Je vais vous quitter. Quelle blague, c’est juste la traduction de I’m gonna leave you. La jolie dame n’est pas prête de partir. Ils sont heureux d’être là, disent-ils, dans ce lieu original. Pour nous c’est un privilège d’être si proches. Les plus éloignés sont à 5 mètres. Un vrai cadeau.

Voici Uncle Sam, une ritournelle qui résonne comme une comptine avant d’être un refrain sifflé. Puis Odyssey est annoncé comme le dernier morceau (même pas vrai ! preuve à l'appui). On retrouve le rythme country et la voix rauque qui nous dope pour jouer le jeu des rappels. Nous avons gagné le ticket pour Cha cha cha.

C’est fini, déjà … mais la conversation reprend vite près du bar. Dorothée Hannequin est manifestement heureuse d’être sortie du trou noir et de voir en lumière les visages des spectateurs. L’artiste a trituré son prénom pour composer le nom du groupe, en hommage aux pionniers du rock comme du folk, du blues et de la country. Elle compose des mélodies simples qu’on croirait familières.

The Rodeo n’existe que depuis trois ans mais la complicité avec Jean Thevenin remonte au temps où ils appartenaient tous les deux au groupe de rock Hopper, en référence au peintre. Il a vécu 9 ans avant de « spliter » comme on dit. Ces deux là se connaissent bien. 11 ans qu’ils bossent ensemble et on leur souhaite longue route. Encore un concert le vendredi 4 mars à la ferme du Buisson de Marne-la-Vallée et puis ce sera la réclusion en studio pour travailler le prochain album.

Le Pédiluve se trouve dans l'enceinte du Théâtre La Piscine récemment reconstruit 254 avenue de la Division Leclerc, à Chatenay-Malabry (92). Les jeudis soirs à 20 heures les musiques se déclinent sur tous les tons : classique, soul, chanson, jazz ... à 8 € la place. Le Bar ouvre ses portes à 19h00 pour une restauration légère ( un plat chaud, un dessert et une boisson pour 5 € ). Lieu intime, convivial, trait d'union avec le passé nautique de l'équipement, il est devenu désormais une salle de concert de 80 places qui compte en région parisienne. Renseignements et réservations au 01 41 87 20 84 ou sur le site de la structure.

Ceux qui voudraient revivre l'aventure inaugurale du lieu peuvent cliquer sur la mosaïque du Pédiluve en haut de l'article.

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