mardi 27 septembre 2011

Salade Chateaubriand fruits et légumes et dessert des Cyclades

Je vais bientôt rendre compte d'un spectacle qui aura lieu à la maison de Chateaubriand, intitulé Amour et vieillesse. Il consistera en un montage de textes totalement méconnus dans lesquels le poète a livré toute l'ivresse de ses passions (renseignements et réservations au 01 55 52 13 00)

Cela m'a d'abord inspiré une entrée dans des tonalités de rouge, pour la passion, et de noir, pour la vieillesse, avec une touche de blanc, pour la candeur parce qu'il n'y a pas d'amour sans allégresse.

Pour composer une Salade Chateaubriand :

Une tomate cœur de lion coupée en tranches en suivant les côtes,
Une poignée d’olives noires,
Une nectarine blanche tranchée,
Des carrés de gorgonzola,
Un peu de zeste de citron vert râpé
Quelques feuilles de menthe fraiche coupées aux ciseaux (garder quelques sommités pour décorer)
Une vinaigrette pulpe de figues-sel-poivre-vinaigre de vin-huile d’olive
Voici une composition qui surprendra les papilles comme la passion surprend les êtres.

Quand on est amoureux on a besoin de recettes qui se réalisent sans délai. On ne va pas rester des heures dans sa cuisine, ce qui n'empêche pas de chercher à innover en matière de dessert, comme celui-ci qui confine au sublime.

Dessert des Cyclades : yaourt à la grecque – miel- citron vert
Et encore mieux avec en prime fève tonka-cannelle

Bon appétit !

Amour et vieillesse sera joué dans la maison même où Chateaubriand vivait, dans cette Vallée-aux-Loups si romantique, les mardi 18 et jeudi 20 octobre à 20 heures 45, au 87, rue Chateaubriand, 92290 Châtenay-Malabry, Téléphone : 01 55 52 13 00

lundi 26 septembre 2011

La vaisselle japonaise vue par Florence Gaillard pour Sucre glace

Sucre Glace est en train de devenir sur le Net une référence en matière de vaisselle japonaise. Cet intitulé masque une jeune femme qui partage avec son mari une passion pour ce pays où ils ont eu tous les deux l’opportunité professionnelle d’aller vivre 4 années riches d’expériences.

Florence Gaillard travaillait alors dans le domaine du luxe, pour une entreprise française, quand il lui fut proposé de s’installer au Japon. Ses amis, croyant bien faire, lui avaient offert chacun leur tour Stupeur et tremblements, le célèbre roman d’Amélie Nothomb en pensant la préparer au dépaysement. La jeune femme en a un joli stock.

Son mari, quant à lui collectionne les bouteilles de saké.
Florence ne s’est pas heurtée à la rigidité du système japonais comme Amélie en son temps mais elle a tout de même été amenée à réviser quelques idées reçues.

La première concernait la soit-disante facilité avec laquelle les japonais parlent anglais. Il a donc fallu que Florence se mette concrètement au japonais. Parce que la dizaine d’heures de cours dispensés par la ville de Paris ne suffisait pas pour lui permettre de soutenir longtemps la conversation. Elle a du franchement s’y mettre. Belle surprise, une fois surmontée la difficulté inhérente à l’éloignement linguistique, cette langue ne lui parut pas très difficile, comparativement au chinois dont certaines tonalités nous sont imprononçables.

Elle a découvert que Tokyo n’était pas une ville à l’échelle de la capitale parisienne. C’est la métropole la plus peuplée au monde avec 35 millions d’habitants (ce qui donne une ampleur particulièrement dramatique à la catastrophe nucléaire de Fukushima, ne l’oublions pas). Elle s’étend sur 2170 km en 23 quartiers. Impossible donc de prétendre pouvoir la découvrir dans son entièreté, même en y demeurant quatre ans. Le commerce y est organisé de manière concentrée. Certes à une autre échelle que Paris où par exemple les éditeurs continuent d’occuper le quartier latin, les horlogers le square du Temple et les ébénistes le faubourg Saint-Antoine.

On va à Akihabara pour ses achats électroniques. C’est à Jimbocho qu’on cherche de vieux bouquins, et Kappabashi est l’équivalent du faubourg Montmartre pour le matériel de restauration. Située entre Ueno et Asakusa, on accède à la Kappabashi dori par le métro, station Tawaramachi.
Durant son séjour Florence a souvent conduit ses hôtes dans cette rue très pittoresque pour y acheter tout le nécessaire à la confection des sushis ou à la préparation de la cérémonie du thé. Et, bien sur les fameux couteaux japonais. C’est cependant la vaisselle traditionnelle proposée dans des centaines de boutiques qui la surprenait le plus. Parce qu’elle est extrêmement variée dans ses formes et ses couleurs, pour permettre une harmonie parfaite entre le contenu et le contenant.

On ne servira jamais au Japon un riz blanc dans un bol blanc. L’esthétique est codifiée pour provoquer l’émotion. Pas question de thésauriser un service de 24 assiettes plates et 12 creuses qu’on sortira du placard les jours de fête. On préfère pouvoir accorder un type de plat ou de bol à chacune de ses réalisations culinaires.

Pour moi qui viens de réorganiser totalement le rangement de ma vaisselle en empilant à portée de main un exemplaire de chaque sorte d’assiette (pour faciliter le choix et aller plus vite quand je veux photographier une recette destinée au blog) je me trouve en phase avec cette philosophie.

Quand le retour en France s’est annoncé avec en prime un beau projet puisque la famille allait s’agrandir Florence a souhaité conserver un lien avec le Japon. Elle a créé Sucre Glace en janvier de cette année pour faire partager sa fascination pour la vaisselle et en visant l’objectif de devenir une référence dans le domaine à moyen terme. Bien entendu l’accident catastrophe du 11 mars a été un choc terrible et la jeune femme s’inquiète régulièrement de ses amis restés là-bas.

Sa clientèle française n’a rien à craindre : la région où elle se fournit est éloignée du lieu de la catastrophe et Florence y est retournée fin mai pour revoir ses fournisseurs et passer de nouvelles commandes. Elle travaille avec une douzaine de petits artisans qu’elle connait personnellement depuis longtemps. Les fours sont implantés depuis plusieurs siècles et on a su garder le meilleur de la tradition pour accompagner les évolutions technologiques, sans employer chrome, cadmium ni plomb.

Ce sont la plupart du temps de toutes petites entreprises familiales qui travaillent la céramique depuis plusieurs générations. Les modes de productions sont semi-artisanaux : les pièces sont moulées mais les glaçures et les finitions sont bien souvent artisanales. Rien ne lui fait plus plaisir que la visite de ces ateliers qu'elle photographie sous tus les angles. Chaque jour des étages de vaisselle sont mis à sécher devant les maisons de bois, et Florence a toujours l'oeil aux aguets, prête pour de nouvelles découvertes.
Les bols sont très utilisés au Japon et c’est donc naturellement que Florence en propose de diverses tailles et couleurs. Idéalement le récipient doit tenir dans la main pour permettre d’amener la nourriture à la bouche. Il serait indécent de se courber vers les aliments. Pas de doute que nous avons des leçons d’élégance à prendre.
On connait surtout les sushis, les tempuras (beignets de légumes) et les yakitoris (brochettes). Mais ce sont les donburis dont Florence a la nostalgie. Ceux-là même que l’on servait dans la cantine où elle prenait son déjeuner. Le donburi est un repas complet servi dans un bol avec du riz au fond, une préparation de viande ou de poisson et pour finir des légumes ou des algues, baignant parfois dans un bouillon ou du thé. Une manière commode de consommer sa ration quotidienne de céréales et de protéines.

La collection de Sucre glace comporte aussi des assiettes très élégantes et des mugs délicats. Ce que j'apprécie le plus, outre la régularité de leur forme c'est la brillance des émaux qui se teinte différemment en fonction des aliments comme on peut en juger sur les photos.

Inutile d’être féru de cuisine japonaise pour manger dans de tels objets. On peut y présenter toutes sortes de recettes comme je l’ai fait récemment (suivre les liens en fin d’articles). Quant aux boites à bento dont j’avais parlé il y a un an déjà (qui sont de plus en plus à la mode mais que Florence ne commercialise pas) on peut les recycler à l’heure des entrées ou de l’apéritif.

Quelques recettes présentées dans la vaisselle Sucre glace :
Méli mélo de petit épeautre le samedi 9 juillet
Panchetade internationale le mardi 16 aout
Couscous de chou-fleur à la mode de Ferran Adrià Acosta le vendredi 2 septembre

Points de ventes de Sucre Glace à Paris
* L’Autre Thé, comptoirs et salon de thé : 40 rue Mouffetard 75005 et 17 rue Lacharrière 75011 Paris. (tél 09 50 96 04 42 et 01 78 56 21 56)
* Néo.T., comptoir de thé : 89 rue des Martyrs, 75018 Paris (tél 01 53 41 69 76)
Et sur Internet : serviceclient@sucreglace.fr et 09 70 40 88 99 du lundi au vendredi de 9h00 à 18h00

dimanche 25 septembre 2011

La pâtisserie des rêves fête ses deux ans à Saint-Cloud

Ils étaient 450 personnes l’an dernier, à investir le Parc de Saint-Cloud, uniquement des privilégiés, pour célébrer le premier anniversaire d’une pâtisserie qui porte le joli nom de Pâtisserie des Rêves.

Son fondateur, Thierry Teissier, aurait pu fêter l’évènement avec une cohorte de journalistes ou avec ces personnes à l’ego démesuré qui se montrent là où il faut. Il a préféré inviter ceux qu’il avait envie de remercier pour leur soutien et leur fidélité, à savoir les clients des boutiques, mais pas que … Le cap des deux ans était passé cette année avec une assistance digne du livre des records.

Nous étions presque un millier en fin d'après-midi et si j’emploie la première personne du pluriel c’est parce que cette fois j’en étais. Le projet avait du être ajusté à la hausse. Le Parc de Saint Cloud ne pouvait pas accueillir plus de 500 personnes, d’autant que la date choisie télescopait des manifestations programmées dans le cadre des Journées du Patrimoine. Il a fallu repousser le gouter d’une semaine, et voir les choses en grand, en réquisitionnant la pelouse de l’hippodrome de Saint-Cloud.
Trois conditions pour participer :
1. S’inscrire dans une des boutiques ou sur Facebook, (d’où le « pas que »)
2. Jouer le jeu du dress code en s’habillant de blanc ou de rose
3. Faire preuve de gourmandise

Çà n’était pas bien difficile. L’inscription s’est faite d’un clic après avoir repéré que des copines blogueuses figuraient déjà dans la liste des invités ayant répondu oui. Coté gourmandise je n’ai pas besoin de me forcer. Enfin j’avais une tenue rose tyrhien, parfaitement importable en d’autres circonstances, et je me suis fait un plaisir de ressortir le chapeau de paille orné de fleurs d’églantine ramené cet été de mon escapade dans le Lot (Caussade est la capitale du chapeau, j’ai prévu un billet sur le sujet).

L’idée du gouter est en soi pragmatique.

Si les parisiens ne sont pas partis en vacances à la même date, ni pour les mêmes destinations, une chose est certaine, ils ont envie de retrouver leurs amis. Et pourtant l’énergie fait défaut à chacun de programmer un dîner chez soi depuis que les valises ont été défaites. Force est de constater à la mi-septembre qu’on est tous rincé par les listes de fournitures qui n’en finissent pas d’être prioritaires et qu’aucune date n’a encore été convenue pour revoir les potes.

La Pâtisserie des Rêves intervient dans ce contexte en se proposant de faciliter la vie à tous. Son message est simple : donnez rendez-vous à vos amis, dites nous combien vous serez. Ne vous embarrassez de rien. On se charge du goûter et vous n’aurez qu’à vous asseoir dans l’herbe, déguster et causer entre vous.
Ils sont venus à deux, quatre … et même soixante pour le plus gros rassemblement. Des clients de la première heure comme de la dernière minute. Avec mari, femme, enfants et chiens enrubannés parfois. Une chose est sure, les nouveaux deviendront puissance invitante. Le mouvement, qui aura lieu chaque année, va être exponentiel.

C’était un vrai gouter, avec des portions grandeur nature, largement susceptibles d’apaiser tous les appétits, même d’un ogre. La pelouse était suffisamment vaste pour que les groupes bénéficient d’une relative intimité tout en pouvant échanger avec les autres. Il y avait un coté " Dimanche après-midi à l'Ile de la Grande Jatte" qui aurait inspiré Georges Seurat …Un soleil de fin d’été inondait l’espace ponctué de taches roses et blanches. L’atmosphère était des plus romantiques. Quelle chance que ce soient les couleurs de la marque. Je n’ose imaginer le tableau en orange et bleu.
Les entrées étaient filtrées, de manière à assurer un accueil personnalisé et à s’assurer qu’aucune réservation ne soit « refusée ». C’est que tout en ayant prévu large (parce qu’il n’est pas dans la culture facebook de songer à se désinscrire à la dernière minute), les pâtissiers, Philippe Conticini et Angelo Musa, craignaient de manquer et ne se sentaient pas capables de faire un miracle.

On m’avait remis un coupon à échanger contre une boite, dont j’ai eu peine à croire qu’il s’agissait d’une portion « unique ». Il y avait là de quoi rassasier une petite famille. Elle contenait une mousse au chocolat, une pannacotta, un tiramisu, deux cantuccini et un financier (les groupes de 4 recevaient un flan à partager). A peine commençais-je à les disposer sur une assiette pour un cliché sympa que deux bambins ont scruté mes manœuvres avec une insistance très gourmande. J’ai partagé avec eux la mousse au chocolat en notant leurs commentaires de spécialistes. Angie, la fille, a décelé la présence de noisettes. La pannacotta a davantage inspiré Jude, le garçon :
Le bas, çà sent rien je trouve. Mais l’autre (partie), dessus, y’a de l’orange. Quand on avale çà fait un peu guilli dans le cou. Et je trouve des points noirs, çà dit la vanille. C’est bon.
Il est vrai que cet entremet conjuguait agréablement fondant et fermeté … relative.

Le cantucini était parfumé, fondant et croquant à la fois.

Le tiramisu était à la fois classique et surprenant, avec un croquant inattendu. Ce qui m’a semblé caractéristique de la dégustation c’est le résultat bien supérieur à la promesse visuelle, ce qui, en pâtisserie, n’est pas habituel. On a bien trop souvent d’occasions d’être déçu en croquant dans un gâteau très beau mais sans grand intérêt gustatif.

C’est là que la Pâtisserie des rêves se révèle une valeur sûre en se réappropriant le territoire du vrai et du bon. Pas de nom alambiqué. Le complexe n’est pas de mise dans les boutiques. Et si la présentation des gâteaux se fait sous cloche, c’est pour mieux sublimer la simplicité de la tradition pâtissière. Les clients n’y viennent donc pas pour trouver du complexe. La Tatin, le Paris-Brest, le Saint-Honoré seront exactement comme leur cerveau en a conservé l’empreinte. Aujourd’hui comme hier, et demain.

Vous me direz que vous savez où satisfaire un désir particulier. Un strudel dans la pâtisserie viennoise de la rue de l’école de Médecine, une tarte aux pommes comme celle de votre grand-mère rue du Cherche-Midi, un éclair place de la Madeleine. Il y a intérêt à ce que vos convives aient tous la même envie. Sinon vous allez faire des kilomètres.

Le concept de la Pâtisserie des rêves est de présenter l’un et l’autre. Sauf quand il y a rupture … Et s’il y a de la fantaisie elle sera ailleurs et pour quelque temps. Comme dans la série dolce vita dont nous avons eu quelques avant-gouts à Saint-Cloud. Bientôt ce seront viennoiseries napolitaines, sablés, et cantuccini d’inspiration florentine. Dans quelques semaines une collection de sablés sur lesquels les enfants pourront noter des messages au feutre alimentaire.
Avant de partir on nous offrait une ultime gourmandise : des carrés de guimauve à la fleur d'oranger et aux amandes.

Philippe Conticini et Angelo Musa, Meilleur Ouvrier de France 2007, ont su enchanter des papilles qui ne vont pas attendre un an pour retrouver le même niveau d’excitation. Il y aura foule dans les deux boutiques dimanche prochain !

La Pâtisserie des Rêves
93 rue du Bac, 75007 Paris
111, rue de Longchamp, 75016 Paris
De 8h à 20h sauf lundi
Site: www.lapatisseriedesreves.com

samedi 24 septembre 2011

Madame de ... Vilmorin, interprétée par Coralie Seyrig, d'après les entretiens d'André Parinaud, au Petit Montparnasse puis au Lucernaire


(billet mis à jour le 6 juillet 2012)

Rencontrer Louise de Vilmorin une fois suffisait à laisser une empreinte indélébile. C’est vraiment pas de chance pour Coralie Seyrig (qui a fait malgré tout un remarquable travail d’écriture du spectacle). Parce que j’ai entendu tout au long de la soirée la voix de Louise, la vraie, en surimpression sur les paroles que l’actrice prononçait. Forcément il y a eu larsen.

Quand je dis « rencontrer » c’est par abus de langage. J’avais visionné il y a une dizaine d'années des conversations que la femme de lettres avait eues avec Maurice Huelin en 1964 pour la Télévision Suisse Romande. J’avais aussi écouté les entretiens menés par André Parinaud en 1957 pour France inter, ceux-là même qui ont servi de matériau à Coralie et à Annick le Goff pour y puiser le texte de la pièce.

Ce qui m’avait le plus frappée c’était la lucidité avec laquelle elle analysait ses qualités et ses limites. Elle avouait ses errements avec une simplicité qui frôlait l’impudeur. Sans jamais se départir d’un sourire qui lui était naturel. Elle était née le 4 avril 1902. A près de 60 ans son visage avait conservé une expressivité éclatante. C’était ce qu’on appelait une belle femme, et même une très belle femme. Par chance, la chirurgie esthétique ne faisait alors pas les ravages qu’elle perpétue sur des femmes qui croient en avoir besoin pour continuer de plaire.

Les pommettes mobiles, le menton taquin, l’œil en alerte, les doigts chahutant les rangs de son collier de perles, elle était littéralement charmante. Elle avait une manière de s’exprimer qui n’appartient toujours qu’à elle. Une voix ronde, plutôt haut perchée, un phrasé presque gouailleur, où se heurtait un vocabulaire élégant mâtiné de formules de lavandière.

Bref, elle est inimitable. Et il me semble que c’est là que le spectacle frôle une limite. J’ai parfaitement compris que Coralie Seyrig et Annick le Goff ont voulu restituer fidèlement les paroles exactement prononcées par l’écrivain. C’est tout à leur honneur mais c’est là l’erreur. C’est comme filmer un match de tennis uniquement du point de vue d’un des deux adversaires. Alors que seule la position de l’arbitre permet de prendre de la distance et du relief.
Louise était une femme de dialogues. Elle avait besoin de l’autre pour se révéler. Sorties du contexte, ses paroles sonnent creux et la vivacité de son esprit semble artificielle. Et pourtant elle parle avec franchise quand elle justifie qu’elle est toujours en retard par optimisme ou que si elle est autoritaire elle a malgré tout le goût de l’esclavage. Quelle répète trois fois en un quart d’heure l’argent me ruine fait rire la salle qui conclue que cette dépensière était une cigale qui ne devrait pas se plaindre.

Comment peuvent-ils, après cela, mesurer la détresse que l’enfant a ressenti quand sa mère a donné à une autre gamine la poupée qui était son unique confidente ? La perte de Lili a eu des conséquences désastreuses sur son équilibre psychique. Et quand elle justifie le manque d’amour de sa mère en expliquant qu’elle n’était pas son genre, elle fait une confidence qui aurait mérité d’être reprise sur un autre divan que celui qui trônait au centre du salon bleu.

Peut-on guérir du manque de reconnaissance de sa propre mère ? Peut-on s’épanouir auprès d’un homme, en l’occurrence Saint-Exupéry, qui l’aime en la rêvant ? (Elle lui inspirera le personnage de Geneviève dans Courrier Sud). Combien faut-il d’amants pour se voir belle dans le miroir ? Combien de succès de librairie pour être rassurée sur son talent quand on estime que ce qu’on écrit est honnête mais pas sublime ? Que Louis Malle l'ait choisie pour concevoir les dialogues des Amants ne l'apaise pas. On la voit comme une arrogante alors alors qu'elle se noie dans un constant dés-espoir.

Elle avait compris que le bonheur ne dépend pas directement de faits mais d’une disposition de caractère, et qu’elle était dépourvue de ce don. Un de ses recueils de poèmes s’intitule tout de même « Fiançailles pour rire ». Il fallait oser !

Elle donnera le change sa vie durant en s’efforçant de plaire. Le seul, peut-être, à l’avoir véritablement déchiffrée aura été André Malraux. Il est l’étrange absent de la représentation. Certes Louise ne pouvait pas raconter cet épisode à André Parinaud puisque leur union n’a été officialisée qu’en 1968, année révolutionnaire pour ce couple peu ordinaire qui se retrouvait après plus de trente années de séparation. Mais de toute évidence cet amour là fait défaut sur la scène du Petit Montparnasse pour résoudre le mystère de l’incroyable Louise.

Cette femme assumait ses paradoxes. Elle qui prétendait n’aimer de l’amour que les commencements a refait patiemment la conquête de son ancien amant devenu ministre de la culture au rythme de une, parfois deux, lettres que jour après jour elle lui écrivait. Aurait-elle aussi bien réussi par SMS ? André Malraux, dont la femme refuse le divorce, s’installe assez vite dans le (petit) château des Vilmorin, à Verrières-le-Buisson (91), qui devient le pôle culturel où se bousculent le Tout-Paris, le Tout-Londres, le Tout-tout … un peu plus de dix-huit petits mois au cours desquels Louise a bien du mal à s’accommoder de devenir numéro 2 là où elle avait toujours occupé la première place. Là encore elle compense le mal-être par un bon mot, ironisant qu’elle était devenue Marilyn Malraux.

Tant qu’à intituler la pièce Madame de … Vilmorin j’aurais aimé que sa vie soit entièrement éclairée. Jusqu’à la fin, pathétique, puisqu’elle a été terrassée par un malaise cardiaque le 26 décembre 1969. Elle avait souhaité être enterrée dans son jardin, sous un cerisier, pour que ses petits enfants prennent un plaisir gourmand à lui rendre visite. Cette infatigable bavarde avait aussi demandé qu’on symbolise sa tombe , non pas avec une stèle, mais un simple banc de pierre, sans nulle inscription.

Savait-elle que la loi n’autorise pas ce genre de fantaisie ? Ce que Louise voulait, la vie se chargeait de le réaliser. André Malraux obtint une autorisation spéciale.

On aura compris que je n'approuve pas Chritine Dejoux dans sa mise en scène mais je lui reconnais le mérite d’avoir monté ce spectacle et d’avoir tenté de restituer un peu de l’atmosphère particulière d’une femme qui a bien des titres restera une exception.

Madame de...Vilmorin, de Annick le Goff et Coralie Seyrig, d''après les entretiens d'André Parinaud
Mise en scène Christine Dejoux, avec Coralie Seyrig
Au Petit Montparnasse, 31, rue de la Gaîté - 75014 Paris
M° Gaîté, Edgar Quinet ou Montparnasse
Depuis le 9 septembre 2011, du mardi au samedi à 19h – dimanche à 15h (durée: 1h25)

Reprise au Lucernaire du 4 juillet au 30 septembre 2012, 53 rue ND des Champs, 75006 Paris
du mardi au samedi à 21 h 30, certains dimanches à 15 heures.
Locations 01 45 44 57 34. plus de renseignements sur www.lucernaire.fr

vendredi 23 septembre 2011

Deux jeunes artistes au chômage de Cyrille Martinez

Deux jeunes artistes au chômage de Cyrille Martinez est le second livre d'une nouvelle collection d'auteurs français. Buchet-Chastel a choisi de la désigner sous l'intitulé prometteur de Qui vive, pour signifier son intention d'offrir au lecteur une littérature troublante qui questionnera ses certitudes.

A cet égard le livre de Cyrille Martinez est un modèle du genre. Chaque chapitre ouvre une nouvelle fenêtre . Le premier m'a agacée. La crémaillère était coincée. L'atmosphère saturée. Il décrit un meilleur des mondes cauchemardesques. J'ai failli lâcher définitivement le livre.

Par chance pour lui une rencontre avec l'auteur avait été programmée par son éditeur. J'ai donc repris la lecture quelques semaines plus tard ... sur un parking d'aérogare. L'avion avait du retard. J'étais en position captive. Et captivée je devins, priant le ciel que le Boing renonce à atterrir et reparte de l'autre coté de l'Atlantique.

Cyrille Martinez gagne à être lu à voix haute. Il emploie volontiers le style parlé. Ancré dans l'air du temps. On se dit "à plus" sans se demander si on n'a pas un tic de langage. Il pratique aussi l'incise. Avec une écriture qui prend le rythme du swing. Quand on a réussi à se caler dessus on ressent le second degré affleurer derrière le premier niveau de lecture. C'est comme une voix off qui commenterait la scène, enchainant sur un résumé de la précédente. Cela devient du feuilleton romanesque. Dont la drôlerie apparait brutalement évidente.
En résumé : À New York New York, deux jeunes artistes au chômage se grisent de vernissages underground, de soirées drague et de poésie sonore. On reconnaîtra peut-être, derrière ces personnages, l’image réinventée d’Andy Warhol et de John Giorno, l’unique acteur du film Sleep. Mais ce n’est qu’un détail dans cette histoire de sommeil, d’art plastique et de poésie. Une épopée comique où s’entend, en sourdine, une inquiétude sur le devenir de l’art et de la littérature.
Les motivations de John à devenir un poète vivant sont savoureuses. La question de lâcher le bouquin n'est plus à l'ordre du jour. Ce qui néanmoins n'efface pas la perplexité de l'intérêt du premier chapitre, que l'auteur reconnait avoir écrit a posteriori, comme je le pressentais, pour répondre à la nécessite de "planter un décor".

Une multitudes de petits vasistas s'ouvrent au fil des pages, parfois sonores. C'est New York, New York de Lisa Minelli, Dis-moi oui, Andy des Rita Mitsuko. Alors que Cyrille personnalise une dédicace on se surprend à baisser les yeux pour vérifier si la mythologie des chaussures à deux (ou trois) bandes repose sur une quelconque réalité. Puis le refermer en lui appliquant la formule d'Andy à propos d'un film (p. 99) : j'appelle beau un film non chiant. Et attendre le prochain avec une impatience contenue.

Deux jeunes artistes au chômage de Cyrille Martinez, Buchet-Chastel, 2011

jeudi 22 septembre 2011

Je suis revenue de l'autre Guerre des boutons

Je veux parler ici de la guerre scénarisée par Christophe Barratier et que, autant vous le dire tout de suite, je n'ai guère apprécié, comparativement à la version de Yann Samuell, et dont j'avais rendu compte le 7 septembre dernier.

Les deux films n'ont curieusement pas grand chose en commun. Autant le réalisateur des Choristes a su émouvoir le public avec son histoire de pensionnat des oiseaux, autant il a faibli cette fois-ci.

Selon moi la Guerre des boutons doit rester sur le terrain du jeu et du (difficile) apprentissage de la vie en société, de la tolérance et de la découverte de l'altérité. Yann Samuell a parfaitement réussi ce challenge, tant du coté des enfants que des adultes.

Christophe Barratier a lui choisi de situer son adaptation à la fin de la seconde guerre mondiale avec tout ce qu'on en sait de délation, de règlements de compte et de patriotisme aveugle. Il ne nous apprend rien. Il utilise des ficelles usées jusqu'à la corde. Je ne vois pas l'intérêt d'entendre chanter maréchal nous voilà dans une salle de classe où l'on pratique l'humiliation pédagogique au quotidien.

Ce personnage, qui se révèlera héros à la dernière minute, ne fait pas honneur à l'Instruction publique en punissant à tour de bras au lieu de conduire sa classe sur le chemin des apprentissages et surtout du "vivre ensemble" comme on dit aujourd'hui. La niaiserie de son regard, doublé d'un sourire compatissant à l'annonce de la déclaration de guerre des deux groupes d'enfants ne fait pas honneur à sa fonction. Où est le rôle éducatif que devraient jouer les adultes ?

La rivalité entre les deux communes, doublée de celle entre les deux instituteurs était autrement plus intéressante dans la version de Yann Samuell.

De plus, le film de Barratier suinte de violence, parfois gratuite, entre maitre et élève, entre père et fils, et je déconseille d'y emmener des enfants de moins de 8 ans, alors qu'il est abusivement "conseillé" à partir de 6 ans. La scène où le père l'Aztec soule Petit Gibus ne m 'a pas fait rire du tout. Même si je conviens que Clément Godefroy est un interprète formidable qui laisse augurer une belle carrière.

Les dialogues ne sont pas châtiés :
Le père Lebrac à son fils : j'ai été con avant toi
Le fils : Oui, mais toi tu l'es resté
Le père : File te coucher, tu dînes pas.
Le fils : Tombe bien, j'ai pas faim.
Quant à la scène de l'arrestation de la famille juive, certes juste au plan historique, elle est traumatisante pour un jeune public. Le milicien exprime joyeusement qu'il nettoie la France tandis que l'instituteur ne trouve rien de mieux à dire que : allez les enfants, allez jouer !

Cela n'a aucun sens de nous montrer par la suite le père Lebrac comme l'instituteur capable d'héroïsme. Les adultes ne sont pas à leur place. Les enfant non plus. Et c'est ce qui m'a le plus dérangé. Si je n'avais vu que cette version là je l'aurais peut-être appréciée, mais comparativement au travail de son "rival", il me semble qu'il n'y a pas photo, comme on peut le dire aujourd'hui.

La bande son semble copiée d'Ivanohé ou d'un western. Les envolées lyriques sont excessives. Seuls les costumes ont grâce à mes yeux. Le travail de Jean-Daniel Vuillermoz est magnifique. Sans surprise quand on connait le talent de l'homme, couronné d'un Molière cette année pour la création des costumes de Henri IV le bien aimé, au théâtre des Mathurins.

Les tissus ne respirent pas le neuf. Ils ont été soigneusement choisis. C'est parfait. J'exprimerais juste un bémol sur les brodequins avec lesquels on voit bien que les enfant ont du mal à se déplacer et qui restent curieusement impeccables après avoir trainé dans la poussière. Il y a bien aussi quelques "raccords" maladroits, quand Lebrac porte alternativement son unique chemise bleue une fois avec, une fois sans les boutons de toutes les couleurs. Qui donc se relève la nuit pour les changer ? Ce n'est qu'un détail qui prouvera, s'il le faut, que la perfection n'est pas de ce monde.

Je peux sembler sévère mais je suis déçue de constater que la notoriété acquise avec les Choristes a forcé la main aux programmateurs et que le film de Barratier truste littéralement les salles obscures. Si vous avez vu ce film ne vous dispensez pas d'aller voir celui de Yann Samuell qui n'est pas du tout la même histoire, et qui ne fait aucunement doublon. Ou alors contentez-vous de relire le livre de Louis Pergaud.

Si vous n'avez vu ni l'un ni l'autre vous devinez sans peine celui que je vous recommande.

mercredi 21 septembre 2011

François Robin orchestre une dégustation de fromages chez Fauchon

Aller chez Fauchon pour choisir fromages et vins ne sont sans doute pas des réflexes. Et pourtant cette grande maison recèle des trésors qu'on peut fort bien s'offrir, en toute modération cela va de soi.

J'ai déjà plusieurs fois abordé ce concept de "dîner chic" que je substitue volontiers à une soirée au restaurant. Pour un budget tout à fait comparable on peut ainsi goûter des produits d'exception qu'on aura débusqués dans une grande maison. Fauchon est de celles-ci.

Voilà pourquoi je partage avec vous la dégustation que je viens de faire place de la Madeleine, orchestrée par François Robin, Meilleur Ouvrier de France, veste blanche col bleu-blanc-rouge, et Thomas Barrafon, responsable de la cave depuis quelques mois (au centre), accompagné du chef cuisinier, Jean-Pierre Clément (à gauche).
Il fallait bien commencer par le commencement, à savoir rappeler que la fabrication du fromage répondait à deux objectifs, conserver le lait d'été le plus longtemps possible pour le consommer en hiver, alors que les femelles en donnaient moins. Et que les bergers ont compris que pour digérer le lait le veau (et l'agneau) non sevrés ont la particularité de le faire cailler dans une partie de leur estomac grâce à l'action d'une sécrétion qu'on appelle présure.

Il suffisait d'en disposer, à raison de quelques gouttes par litre de lait, de porter celui-ci à la température du corps, soit 37° et de laisser faire. Ensuite c'est une question de technique selon le résultat visé. Quant au petit lait, obtenu après égouttage, on peut l'utiliser ensuite pour faire ce qu'on appelle des recuites (d'où le nom de ricotta).

Nous avons commencé par une dégustation assez osée en terme de saveurs, mais parfaitement réussie, qui n'était pas une découverte pour moi mais que j'apprécie toujours (cf billet du 15 octobre 2010). Il s'agit de couper un fromage de type Val de Meuse en carré réguliers. De poser dessus une cuillerée à café d'un confit pour fromages, en l'occurrence la compotée de mirabelles au gewurtztraminer. De pulvérisez du gin et de servir immédiatement au bout d'une pique. (Je rappelle l'astuce de François Robin de se fournir en flacon sans propulseur acheté chez les grossistes fournissant les coiffeurs). Le confit figues-olives aurait été parfait pour accompagner un chèvre. Quatre variétés existent actuellement en attendant la cinquième avec une association poire-coings.
Il faut vraiment pulvériser chaque cube, un par un, à l'instant de servir pour bénéficier d'une succession d'arômes. D'abord celui de la bergamote, du genièvre et du coriandre associé au gin. Puis la douceur des mirabelles. Et le crayeux du fromage avec une pointe d'amertume au final.
Ensuite nous avons associé fromage et vin. En commençant par un Ossau Iraty avec un Meursault domaine Latour 2006 (qui est la maison de bourgogne la plus vendue aux USA). L'Ossau Iraty a une très belle pâte, obtenue grâce à un long affinage. Le conseil nous est donné de mâcher le fromage en bouche avant de boire le vin, 100% Chardonnay, dont l'acidité fera alors ressortir le gout crémeux du fromage. Son coté boisé serait également intéressant avec un Salers.

Certains d'entre nous se sont laissés aller à saisir une tranche de pain, pensant bien faire. L'idéal serait (mais ce n'est pas dans les habitudes) quelques tranches de pommes de terre bouillies ou des boulettes de riz mais pas un pain qui, de par sa teneur en sel ne va pas reposer le palais. Malgré tout le pain qui est à notre disposition est apprécié.

Suivra un Tarantais fermier. Ce fromage n'est réalisé que par trois producteurs qui ont chacun leur version. C'est celui de Soizic et Gabriel qui se trouve sur l'ardoise, avec deux affinages, l'un de juillet, l'autre d'octobre de l'année dernière, qui a magnifiquement vieilli, en demeurant équilibré. Le lait provient de chèvres élevées sur le Mont Pourri, dans une zone à loups, qui y sont protégés. Un endroit magique où l'élevage participe de la sauvegarde de l'écosystème. Les chèvres aiment ce qui est bon, quand elles ont le choix. Là -haut, à 1800 mètres d'altitude, elles se nourrissent de feuilles de myrtilliers et de framboisiers sauvages.

Le Tarantais, même jeune, présente des arômes caprins affirmés comme si on ouvrait la porte d'une bergerie. C'est un fromage très rare, dont la technique de fabrication reste secrète. Un Menetou-Salon domaine Gilbert s'accorde parfaitement avec ce fromage assez serré. Ce Sauvignon de Loire issu d'un domaine familial est typique des vins de Loire, libérant sa minéralité avant des parfums d'agrumes, puis d'ananas frais et enfin légèrement de lilas.

Autre accord, autre voyage : un Salers tradition mai 2010 avec un Savagnin du Jura, domaine en Chalasse, 2007. Ce terroir serait le plus méconnu de France (je le découvre d'ailleurs ce soir), à tort car ce vin offre d'intéressants et caractéristiques arômes de noix et rappelle le coté ferreux du vignoble.

Les vaches de Salers passent toute la belle saison, d'avril à octobre, en altitude dans des conditions fort rustiques. Ce sont des bêtes élégantes dont la robe chocolat se détache sur le Plomb du Cantal. François Robin nous décrit le travail de Marcel et d'Elie qui sont sur le pont de 5 heures à 22 heures. Jusqu'à il y a encore trois ans, ils assuraient toute la traite à la main, ce qui représentait un beau travail même si la Salers ne donne "que" 10 litres par jour, loin des performances d'une Holstein qui en produit 70.

Seule la pâture est autorisée pour ces vaches qui sont si craintives qu'elles ne donnent leur lait uniquement si le veau amorce la traite. Le vacher dépose un peu de sel sur la fesse arrière du veau. La mère le lèche, le reconnait. On attache alors le veau à la patte avant de sa mère et la traite peut avoir lieu.

La gerle dans laquelle on recueille le lait n'est pas lavée tous les jours, ce qui préserve le gout du fromage qui est un produit ultra-vivant. Tout est fait manuellement : emprésurer, décailler, mettre dans la forme, refaire un deuxième fromage à partir du premier ... un travail énorme qui relativise la cherté du produit final.
Changement radical d'association avec des triangles de fourme d'Ambert et un confit de porto puis des cubes de Comté AOC, trempés dans une réduction de porto (un litre donnant deux ramequins), puis enrobés de sésame grillé.
Et puis, pour terminer par une note radicalement sucrée, la dernière création du chef pâtissier, un Paris-Brest qui se présente dans la continuité des éclairs qui ont embelli la carte des desserts de la maison. Avec une crème pralinée légère, légère ... on en oublierait qu'elle est calorique.

Cette dégustation a été complète et le voyage gustatif une parfaite réussite. Je vous invite à le poursuivre sur le site de cette maison fondée en 1886. La série de quatre confits est un cadeau à retenir pour faire plaisir à une maitresse de maison à qui on ne voudrait pas offrir des fleurs ... parce que c'est périssable comme le chantait si bien Jacques Brel.

mardi 20 septembre 2011

Le Horla de Maupassant, par Florent Aumaitre

(mise à jour 30 mai 2017)


Je ne suis pas « fan » de Maupassant, et c’est une litote que d’écrire cela. Mais là, je conviens que le texte est magnifique et que l’interprétation de Florent Aumaitre est exemplaire. Il ne faut pas hésiter à programmer ce spectacle, que l’on peut positionner dans son agenda avant ou après la prestation d’Arnaud Denis au Lucernaire.

Seul en scène, avec quelques projecteurs pour tout décor, Florent Aumaitre passe sous nos yeux de la raison à la démence, en développant toujours un raisonnement sans faille. Il y a de quoi frissonner comme le promettait Guy de Maupassant.

Fond de scène noir. La chanson Sodade de Césaria Evora (qui reviendra à la fin du spectacle) plante le décor sonore et instaure le climat mélancolique qui prépare le spectateur à se laisser emporter par la vague mélancolique du personnage. Un homme sans nom, emblématique de l’angoisse qu’on peut soudain vivre quand on se pose trop de questions ou qu’on se laisse déborder par sa sensibilité.

Florent Aumaitre a les yeux d’un bleu très pur, et le blues lui sied bien. L’homme est vêtu avec soin. Il s’exprime posément et son discours est logique. Nous voulons bien croire que tout ce qu’on regarde, tout ce qu’on entend puisse nous influencer. Mais ce n’est tout de même pas un cauchemar insignifiant qui va changer le monde, ni le sien, ni le nôtre.

Sauf si … on a trop lu de compte-rendus d’expériences médicales d’autosuggestion par hypnose et que l’on se met à voir naturellement du surnaturel derrière la moindre chaise, ou la plus simple carafe. Le paralogisme est une déformation redoutable qui se nourrit de toutes les suspicions.
On assiste impuissant à la crise paranoïaque du schizophrénique. On y croit. On le croit. Et on quitte la salle troublé … redoutant de se coucher. Le lendemain, constatant la bonne nuit de sommeil on est rassuré. Tout cela n’était que du théâtre. Les êtres invisibles bien que tangibles étaient le fruit de son hallucination. Vous pouviez courir tranquille aux Feux de la rampe. Ils ne vous brûleront pas, et pas davantage que ceux du Petit Hébertot où le spectacle a été repris jusqu'en mars 2013.

Il est revenu du 7 mars au 19 mai 2017, les mardi et mercredi à 19h, au Théâtre Michel où il passera  le cap des 300 représentations. Ce serait folie que d'attendre qu'il soit programmé dans une quatrième salle si vous en l'avez pas encore vu.

Le Horla de Guy de Maupassant, Mise en scène de Slimane Kacioui, avec Florent Aumaitre
Reprise à partir du 20 septembre : Mardi 20 et mercredi 21 septembre à 19 heures
A partir du 27 septembre, du mardi au samedi à 19 heures, Durée : 1h
Les Feux de la Rampe, 2, rue Saulnier, 75009 Paris, Métro Cadet
Petit Hébertot - Au Théâtre du Petit Hébertot, 78 bis boulevard des Batignolles, 75017 PARIS
Théâtre Michel : 38 rue des Mathurins 75008 Paris 01 42 65 35 02 les mardi et mercredi à 19 heures à partir du 7 mars 2017
Le lucernaire : 53, rue Notre dame des Champs 75006 Paris 01 45 44 57 34 du mardi au samedi à 20h et le dimanche à 18h jusqu'au 20 août 2017

lundi 19 septembre 2011

Trans-Figurations, Mythologies indonésiennes jusqu'au 23 octobre à l'Espace culturel Vuitton

Par manque de temps au mois de juin je n'ai alors pas visité la nouvelle invitation au voyage proposée par l'Espace culturel Vuitton, pourtant si onirique grâce à la scénographie très juste d'Alain Batifoulier.

L'Indonésie compte 17000 iles et 240 millions d'habitants. La complexité et la diversité des peuples a inspiré naturellement les artistes.

Jumpet Kuswidananto a conçu une belle métaphore des temps. Quatre voyageurs (le présent) discutent des rencontres qu'ils ont faites sur leur route (le passé) et de celles à venir (le futur), mais cherchant une nouvelle identité, un nouveau nom, un nouveau monde, tout en ignorant dans quelle direction le vent souffle.

L'installation de Tintin Wulia interroge l'idée de citoyenneté. Elle a posé 180 passeports cote à cote pour signifier l'aléatoire de la nationalité. Elle nous rappelle que l'Indonésie a connu une colonisation hollandaise et une occupation japonaise, si bien que l'identité est subordonnée dans ce pays à sa date de naissance.

Eko Nugroho est un des artistes majeurs de la création contemporaine indonésienne. Il présente des œuvres très différentes, deux broderies magnifiques, et une peinture murale dans la coursive.
Arie Dyanto est un pionnier dans l'art de la rue. Pochoir, graffiti, peinture murale, il en maitrise parfaitement la technique. Il s'exprime de nouveau sur de grandes toiles où il exalte son amour de la bicyclette, parfois avec humour comme à travers ce commentaire lu sur un tableau : "God is my brake" ...
Heri Dono s'inspire de la polymorphie du théâtre traditionnel Wayang qui allie marionnettes, musiques, références mythologiques et politiques, pour démontrer l'opposition entre le peuple et le pouvoir. Les anges de son installation se veulent être une vision optimiste de l'évolution de la modernité dans les zones rurales.
Les structures de fil de fer d'Agung Kurniawan jouent du point de vue en intégrant l'ombres à la lumière pour donner une épaisseur à la mémoire.
Elles ont été conçues à partir d'anciennes photos de famille. Son travail est emblématique de l'exposition en soulignant l'importance de l'acte de se souvenir. Car si les souvenirs sont de très fragiles possessions ils restent toujours ancrés dans la conscience.

Eko Nugroko a investi la coursive pour y poser une peinture où le sujet se distingue par l'apparence du chef. Le yeux posent un regard inquiet sur un monde dont on sait qu'il a été longtemps modelé par la dictature.

Des inscriptions aux lettres noires ajoutent une dimension parfois désespérée : no more dreams, please !

Ariadhitya Pramuhendra interroge les liens avec la religion. Absolution, est composée de mobilier religieux brulé. Le charbon de bois suggère l'éphémère de la vie et l'état auquel le corps reviendra à la fin.

D'autres artistes et d'autre œuvres étonnantes sont à découvrir dans cet Espace dont chaque exposition est une occasion supplémentaire de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons.
Espace culturel Louis Vuitton, 60 rue de Bassano, 75008 Paris, 01 53 57 52 03
du lundi au samedi de 12 à 19 heures, dimanche et jours fériés de 11 à 19 heures

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