mercredi 30 novembre 2011

... & Thanatos en lever de rideau de la Tempête au Pédiluve de Chatenay-Malabry (92)

Cela fait partie des heureuses surprises organisées par le Théâtre Firmin Gémier-La Piscine que d'ouvrir la scène à des petites formes qui n'en sont encore qu'aux premiers balbutiements.

On appelle cela "lever de rideau" et on le propose au public de manière un peu impromptue et sans grande publicité, ce qui d'une dernière manière est regrettable car c'est toujours de qualité.

Le principe est de ne pas stresser ceux qui ont conscience de n'être pas encore tout à fait prêts et de ne pas décevoir non plus des spectateurs qui pourraient arriver avec un niveau d'exigence trop élevé. Cette fois c'étaient des étudiants de troisième cycle du Conservatoire de Bourg-la-Reine (92) qui avaient effectué un stage d'une semaine avec Brontis Jodorowsky dont la mise en scène de l'Inattendu est programmée la semaine prochaine au Pédiluve. (J'avais beaucoup apprécié cette pièce que j'avais vue aux Déchargeurs l'an dernier)

Ils ont travaillé dans des conditions les plus proches possible de ce qu'ils seront amenés à vivre ultérieurement en tant que professionnels du théâtre. Chacun avait réalisé un travail d'écriture sur le thème de l'amour, la mort ... et la vie bien sûr. Ils sont arrivés au stage avec quatre projets qui ont d'abord été exploités en groupe. Brontis a aidé chacun à approfondir. De certains textes il n'est resté qu'une pantomime mais, au bout d'une semaine de travail à la table, d'improvisations et de répétitions sous un regard bienveillant est apparu ce que le metteur en scène a qualifié modestement de "petit objet" parfaitement présentable à un public pour peu qu'il soit considéré comme un travail en cours, le fameux "work in progress" comme on le désigne outre-atlantique.J'ai compté dix-sept scénettes, oscillant du tragique au comique, articulées de manière à toujours maintenir en éveil l'attention des spectateurs, avec comme l'a dit l'un d'entre eux un "humour redoutable" qui a été très apprécié.

Une des premières aborde la mort d'un enfant et le vocabulaire pour exprimer un décès. On est étonné d'en entendre autant, et de noter combien certaines expressions ont un rapport avec le théâtre comme tirer sa révérence. On apprend aussi comment se déroulent des obsèques en Tunisie, sur trois jours très codifiés, qui peuvent se terminer par une demande en mariage, témoignant que "la vie continue".Le "voyage assurances obsèques" fut particulièrement drôle mais les rires du public n'ont fort heureusement pas désarçonné la comédienne.Les costumes avaient été choisis dans un parti pris de simplicité, proches de la tenue passe-partout que les comédiens enfilent pour les répétitions. Noire aussi parce que c'est (c' était) la couleur du deuil en Europe, blanche pour les deux comédiens d'origine asiatique.

Ils nous ont chacun donné des moments très intimes. Pour l'une ce fut l'avis de décès d'une grand-mère formulé avec une grande poésie : Mon éclat de tendresse est toujours avec toi. Pour l'autre, le souvenir de sa première visite au Cambodge.
Il y eut des moments de décalage qui ont apporté de la respiration, comme avec la mort brutale du petit chien Tango, ou l'exercice de devinettes de titres de film sur le thème à des joueurs qui butent sur le seul long-métrage à évocation positive.

Il fut question, comment éviter ce classique ..., de l'appât de l'héritage, la phobie du cancer (dans une scénette d'inspiration très woodyallienne), une lecture effrayante des ingrédients que l'on ingurgite quotidiennement dans des produits de grande consommation, rendant prophétique une des répliques de la soirée : la mort nous guette tout le temps.
Nous ne saurions dire ce que l'on a apprécié le plus, probablement tout ce qui faisait écho en nous et qui nous ressemble. La qualité de présence des comédiens a permis en tout cas de faire vivre leurs personnages, et c'est une expérience qu'ils pourront réinvestir à l'avenir.

Brontis Jodorowsky a quant à lui encore plus envie de monter le spectacle qui pourrait s'intituler ... & Thanatos, sous cette forme ou une autre, que nous aurons grand plaisir à découvrir.On retiendra sans plus attendre qu'il est urgent de vivre, et d'aimer, sans attendre qu'il ne soit trop tard.

mardi 29 novembre 2011

Champagne et foie gras chez Fauchon

Je suis revenue dans cette prestigieuse maison de la Madeleine pour découvrir quelques produits festifs, en l’occurrence des champagnes et des foies gras sélectionnés par Thomas Barrafon, responsable de la cave, et le chef cuisinier, Jean-Pierre Clément.

J’ai plusieurs fois évoqué le foie gras sur le blog (références en fin de billet) qui mérite d’être démystifié et considéré avec simplicité. Ne vous laissez pas abuser par une couleur soutenue, le meilleur sera ivoire, blanc cassé, avec une chair souple. Il est conseillé de le sortir à température ambiante une trentaine de minutes avant de commencer le déveinage.

La manière la plus facile de le mettre au menu est de le servir cru, escalopé sur une salade verte à l’huile de noisette et au vinaigre de pomme. Avec quelques grains de fleur de sel et de poivre, et une fleur de capucine.
Traditionnellement on associe un vin sucré sur le foie gras en ignorant que le sucre tue le foie et que le gras tue le vin. A défaut de commettre un double meurtre on préférera un blanc sec très aromatique, un rouge très épicé (par exemple un Cote rôti) ou un champagne. La règle d’or demeurant de servir un produit qu’on aime avec un produit qu’on aime …
C’est un champagne rosé « vintage » Louis Roederer 2006, qui a été choisi pour sa minéralité, ses notes fleuries et de fruits rouges, plus précisément pour moi de groseille, et son coté épicé en fin de bouche.

Nous avons poursuivi avec un duo de foie gras d'oie du Sud Ouest et d'Alsace. Le premier est aromatisé avec peu d'épices, en général le poivre, le quatre épices et la muscade alors qu'on peut en employer près d'une douzaine pour parfumer le second, avec toujours la présence de la cannelle et de la girofle, du gingembre souvent.
On peut bien entendu apprécier le foie gras tel que. On peut aussi le rehausser avec un chutney choisi parmi les trois que fauchon a spécialement conçus.
Pour s'accorder avec le foie du Sud-Ouest c'est un champagne très fleuri qui affirme son coté terroir qui a été retenu, le champagne Gosset.

Le second a été marié à un champagne Jacquesson dont les bulles s'affinent avec le vieillissement. Il est bon à cet égard de rappeler les règles de service de ce vin qui ne doit surtout pas être versé à 4 ° à la sortie du frigo. Une telle température serait fatale sur un vieux champagne.

Il convient de déposer la bouteille dans un seau à glace avec peu de glace et beaucoup d'eau pour assurer une lente descente en température. La recommandation est de 8° pour un champagne jeune, 12 pour un millésime.

Jean-Pierre Clément avait préparé une tempura de foie gras qu'il a proposé avec un Krug grande cuvée, assemblé avec des vins de 110 provenances différentes. c'est peu dire qu'il est équilibré, voluptueux, élégant.

Le chef cuisinier a créé plus de trente recettes de foie gras. Il en fera bénéficier des stagiaires au cours d'ateliers de 8 personnes qu'il réitérera trois fois par jour du 1er au 4 décembre.

C'est lui le premier qui a associé le poivre du Setchuan. Il estime que quoiqu'on ajoute au foie il ne faut pas dépasser la proportion de 10% (à l'exception de la truffe). Il n'existe à ses yeux aucun sacrilège, aucune alliance interdite. Par contre s'il y a un duo qui se marie merveilleusement bien c'est bien le foie et la truffe. On peut la couper crue sur un foie cuit. Ou l'incorporer au foie gras. Et quand la législation exige 8% la proportion monte à 15 chez fauchon, voie même à 20 pour une série limitée qu'on peut qualifier de bombe aromatique.
Un plateau de macarons fut apprécié en guise de dessert ... avec un ultime breuvage, un champagne Roederer 1993 qui exhalait l'amande grillée et l'aubépine, désormais introuvable. Mais il reste tant d'autres possibilités, à consommer en toute modération comme il se doit.

Pour revivre une dégustation de fromages chez Fauchon, cliquer ici.
Pour en savoir plus sur Fauchon, leur site.
Cours de cuisine autour du foie gras chez Alain Cirelli, premier, deuxième et troisième article.
Terrine de foie gras au citron vert, cliquer .

lundi 28 novembre 2011

Un déjeuner de soleil en Italie partagé avec Edda Onorato

Ce n'est pas parce que je connais la jeune femme que je vais me priver de lui rendre hommage. Son livre de recettes est davantage que cela. Il invite à un savoureux voyage dans la péninsule dont elle est originaire. Il n'y a guère que ses compatriotes italiens qui seront moroses puisque, à l'inverse de son blog, tout est en français, sans aucun traduction.

L'éditeur a sans doute craint d'alourdir le livre, et donc son cout de fabrication.

Une à deux recettes par page, illustrées avec les très belles photos dont Edda a (aussi) la spécialité. Beaucoup de conseils, d'explications détaillées, de bonnes adresses. Cela se dévore des yeux avant de saisir le tablier, de le nouer, de remonter les manches, et d'ouvrir le placard ... pour se croire nous aussi dans le bel Paese.

Je ne vous en dis pas plus, Edda le fait mieux que moi sur son blog. Lisez plutôt.

Le blog s'intitule, naturellement, un déjeuner de soleil.
Le livre est disponible dans de nombreuses librairies dont la Librairie gourmande, 92-96 rue Montmartre, 75002
Un déjeuner de soleil en Italie - Recettes, histoires et parfums de ma cuisine italienne... par Edda Onorato, chez Altal éditions, octobre 2011

dimanche 27 novembre 2011

Il y a Valençay et Valençay

Je connais depuis longtemps la Pyramide, AOP depuis 1998 , dont la forme tronquée est due à la diplomatie du Prince de Talleyrand qui estimait qu'ainsi le fromage n'offusquerait pas l'empereur en lui rappelant la fin malheureuse de la campagne d'Égypte.

Balzac et Georges Sand en furent d'autres prestigieux ambassadeurs. Sa croute gris bleuté révèle une pâte blanc porcelaine, homogène et lisse. J'apprécie autant l'odeur caprine qui signe son origine que le parfum de sous-bois.

C'est à l'occasion de la soirée d'ouverture du Festival international de la photographie culinaire que j'ai eu l'occasion, à l'Espace Mobalpa, de découvrir le petit frère, lui aussi de même forme, et ce qui fut pour moi une surprise plus grande, les vins du même terroir alors que le vignoble est très ancien. Il faut dire que cette AOC est récente, qu'elle ne remonte qu'à 2004, et qu'il n'est pas superflu d'en faire la promotion, en toute modération comme il se doit.

S’il est généralement préférable d’accompagner le fromage par un vin blanc force est de reconnaître que les Valençay rouges que nous avons dégustés convenaient tout autant.

Les ceps poussent sur des terrains en argile à silex. Les vins sont frais, légers et dominés par de belles notes minérales, aimables car équilibrés, même si se dégagent des notes animales et empyreumatiques. J'ai senti un subtil arôme franc de sous-bois, de feuilles mortes, de chêne, de champignons, évoquant presque la fumée d'un feu de bois.Cela m'a donné l'idée d'associer ensuite une bouteille du Vignoble Gibault à un plat de spaghettis relevé d'un filet d'huile d'olive très parfumée et minérale, d'un chutney de figue au poivre de Setchuan, de quelques feuilles de basilic frais et de généreux copeaux de parmesan. Association vins et fromages d'appellation Valençay, 7 rue des Templiers, 36000 Valençay
Fromagerie P.Jacquin, 9, route de Meusnes, 36600 La vernelle, Tél. : 02 54 95 30 60
Vignoble Gibault, 183 rue Gambetta, 41130 Meusnes, tel : 02 54 71 02 63
Chutney de figue au poivre de Setchuan Epicerie Fauchon
Espace Mobalpa, 15 bd Diderot, dans le 12ème à Paris (métro station Gare de Lyon, lignes 14 & 1), ouvert du lundi au samedi de 10 à 19 heures.

samedi 26 novembre 2011

Le petit bricoleur conçu par Sauerkids, chez Ankama Jeunesse

Quelle idée pouvais-je bien avoir derrière la tête quand j’ai accepté, dans le cadre d'un partenariat avec Babelio, de recevoir ce livre pour le chroniquer ? Pire encore, je l’ai choisi dans une longue liste, attirée sans doute par le mot bricoleur. J’étais loin d’imaginer que ce livre est réellement idiot, comme l’écrivent eux-mêmes les auteurs qui recommandent de colorier, griffonner ou encore de déchirer les pages de l’ouvrage.

Ils ambitionnent pourtant d’avoir conçu un livre éducatif pour les enfants de 8 à 80 ans (on comprend la référence subtile au traditionnel 7 à 77 ans). Ce n’est pas que j’apprécie uniquement le scolaire ou l’académique, mais le décalage à ce point m’a fait grincer. Vous me direz que je suis peut-être insensible à l’humour (néerlandais) des auteurs pour qui le mot sérieux signifie sans doute ennui.

Alors rien d‘étonnant à ce qu’ils apprennent à leurs lecteurs à dire des mots stupides dans toutes les langues, à ce qu’ils proposent le jeu des sales mots (pipi, crotte, caca, cul etc … p.14), qu’ils incitent à jouer avec la nourriture, et qu’ils fournissent un guide pour faire des bruits de pets à l’aide des aisselles (p.114).

On pourrait prendre tout cela au second degré, apprécier quelques tournures comme l’allitération de leur questionnement, en page 13 : Qu’est-ce qui a foiré dans la forêt ? en passant sur la vulgarité du vocabulaire. Plonger avec délice dans le fouillis typographique et l’univers graphique particulier de l’ouvrage, ce qui me parait réaliste pour des amateurs de mangas. S’extasier sur le versant moderne et original. Mes yeux n’ont pas la formation requise. Ils se perdent déjà dans la double page du sommaire :
Je ne cherche pas à dissuader le lecteur d’apprécier cet ouvrage même si je livre mon opinion sans ambages. Le comble de l’inacceptable est atteint selon moi avec (p.30) une recette des crêpes, sans jaune d’œuf, avec des blancs uniquement. A moins que cette incongruité ne soit là que pour justifier la mise en garde du sous-titre : "amuse-toi bien mais soi prudent".

Le petit bricoleur, 129 pages d’activités par Sauerkids, Ankama Jeunesse, septembre 2011
(cliquer sur la couverture pour ouvrir la page correspondante au livre sur Babelio)

vendredi 25 novembre 2011

Soirée dégustation chez Bourgogne & Compagnie

Comme je l'écrivais il y a quelque temps, la convivialité n’est pas un concept vide de sens chez Bourgogne & Compagnie, synonyme pour sa créatrice, Laurence Lamory, de retrouvailles autour d’une table pour partager des découvertes comme le faisaient nos grand-mères. On en prend complètement conscience en se rendant à une dégustation comme celles qu'elle organise, en général un vendredi soir, en tout début ou fin de mois (sur réservation) pour en prendre pleinement conscience.

Lors de la dernière soirée à laquelle j'ai participé, elle avait préparé des petits rouleaux de truite fumée (mais nous avons aussi goûté la mousse fine de truite) provenant de la pisciculture de Crisenon, située sur la petite commune de Prégilbert, entre Vincelles et Mailly-la-Ville (89).

La Bourgogne est réputée pour sa charcuterie. Laurence avait tranché quelques saucissons des Salaisons du Morvan, une petite entreprise artisanale, située entre Pouilly en Auxois et Saulieu, composée de 3 personnes seulement et dont elle est très heureuse d’avoir intégré quelques références au printemps. Difficile de trouver saucisson plus fondant. Un pur régal.

L’andouillette de Chablis AAAAA, régulièrement médaillée, occupait une place centrale. Monsieur Colin, dont j'avais fait la connaissance au premier concours de cuisine amateur, la réalise à base de chaudin de porc frais et français, puis émincé en lanières, enrichi d’une lanière de gorge de porc, d’oignons, de persil, d’aromates … et d’autres choses encore dont il a le secret. Elle est ensuite cuite dans un bouillon et refroidie entre deux nappes. Je l’aime grillée ou réchauffée au four mais j’ai apprécié, et l’assistance fut unanime, de la déguster froide accompagnée des petites sauces que Laurence avait préparées.

La maîtresse de maison avait en effet eu l’excellente idée d’associer, dans une proportion de 2 pour 3, deux excellentes moutardes de Fallot avec de la crème fraîche et un trait de citron. La première à l’estragon, la seconde au miel et vinaigre balsamique. Expérience concluante aussi bien avec les salaisons qu’avec les produits marins, que je me vais m’empresser de réitérer.

Le traditionnel fromage de tête (tête de porc cuite, des échalotes, du persil, du vin de Chablis et des aromates) voisinait avec le Persillé au Chablis, à base de vin blanc, persil et échalotes, viande de porc salée cuite au bouillon aromatisé. Quand le commun des mortels aiguise son palais avec des cornichons ou des cerises au vinaigre nous eûmes droit à des boutons de pissenlit, condiment autrement plus raffiné que les câpres.

Des touillons, comme on les désigne localement, étaient à disposition pour assaisonner la charcuterie de moutarde au cassis, de ketchup au cassis ou d’une préparation associant échalotes et oignons.
Sans être bourguignon, le pain a été salué. Et si Laurence n’avait pas ouvert de bouteille de Chablis c’était pour nous faire découvrir d’abord l’Auxerrois, un vin blanc frais et léger en bouche, obtenu à partir d’un cépage qui était malheureusement appelé à disparaître, aux délicats arômes d'aubépine, de noisette, de fleurs blanches, et de sous-bois. Il s’accorde parfaitement avec la mousse de truite comme avec le persillé, et je le verrais tout aussi bien sur un plateau de fruits de mer.

Un Meursault a surpris la bouche de ceux qui le découvraient pour la première fois. Plus rond, plus fruité, avec sa robe d’or vert, c’est un de mes vins préférés et je vous recommande d’y penser si vous avez l’intention de servir un foie gras aux prochaines fêtes de fin d’année. Et puis le domaine Jean Javillier &fils a été pionnier en matière de vin biologique.
Place fut ensuite donnée royalement aux fromages avec plusieurs spécialités de la fromagerie de Nuits-Saint-Georges, une fromagerie traditionnelle, installée à Gilly-les-Cîteaux, dans la Cote d'Or et qui fabrique notamment le Brillat-savarin. Ce soir-là nous avons commencé par l'Amour de Nuits, un fromage frais au lait de vache, doux et moelleux à pâte salée et légèrement orangée, si fondant qu’il aurait pu réconcilier avec l’univers du fromage quelqu’un qui ne les aimerait pas. Sa jolie couleur est obtenue avec l’adjonction de poudre de rocou, que vous connaissez bien sans en savoir le nom, puisqu’il colore la mimolette.

Nous avons enchaîné avec le Régal de Bourgogne aux raisins (fromage frais, crème et raisins macérés dans le marc de Bourgogne) dont l’équilibre salé-sucré est très réussi.
Puis une création d’Alain Hess, (dont le grand-père fabriquait de l’emmental suisse), le mariage savoureux d’une pâte molle triple crème roulé dans du son de moutarde et joliment baptisé Délice de Pommard.

Je l’ai apprécié avec un verre de Hautes Côtes de Nuit, aussi léger et franc qu’un tokay hongrois.

Est venu ensuite le Nuits d'Or, encore un fromage au lait de vache (ici pasteurisé), mais plus puissant, à pâte molle et à croûte orangée, lavée au Pinot noir, au goût franc né d'un affinage de 4 semaines.

Pour finir, le roi des fromages bourguignon, un Époisses fermier, à base de lait de vache, à pâte molle, à croûte lavée, affiné en étant frotté au marc de Bourgogne. Laurence a raison d’être fière de pouvoir offrir à sa clientèle le seul Époisses qui soit fabriqué avec du lait cru.

Entre temps nous avions pu comparer un chèvre de Saône-et-Loire dans trois états d’affinage, du plus frais au plus corsé.

Un Volnay premier cru pouvait être apprécié sur ces fromages. Ce vin rouge amarante exhalait des arômes vanillés et de fruits rouges, particulièrement de framboise. Les puristes le boiraient davantage sur une viande grillée qu’un fromage mais en Bourgogne …. Et s’agissant d’un vin peu tannique je concède que ce n’est pas une hérésie.

Maitrisant l’art de recevoir jusqu’au bout Laurence avait préparé un flan au safran, qu’elle a voulu accompagner d’un fragile petit biscuit, romantiquement appelé « dent de loup », une création de la biscuiterie La Rose de Vergy.

Nous avons terminé la dégustation avec un verre de crémant de Bourgogne de la cave de Bailly, laquelle mérite une petite visite pour ses vins, mais aussi pour ses étonnantes et gigantesques caves taillées dans la colline. Avec ses bulles très fines ce crémant rivaliserait sans difficulté avec un champagne. Encore une idée à retenir pour de futures fêtes, en toute modération bien sur.

Laurence LAMORY, Bourgogne & Cie
1 Grande Rue, 92350 LE PLESSIS ROBINSON
Tel 01.46.30.94.20, Mail : contact@bourgogne-et-compagnie.fr

jeudi 24 novembre 2011

Visite de la Manufacture de Sèvres

Il y a probablement une part de mythe dans ce qu’on raconte à propos de Bernard Palissy. Tous les livres d’histoire le montrent aux enfants en train de bruler ses meubles pour alimenter son four. Sa statue, due à Louis-Ernest Barrias, devant la façade de la Manufacture, rappelle en tout cas son rôle dans la découverte des propriétés de la haute température sur la qualité de l’émaillage.

Haute n’est pas un vain mot puisqu’il s’agit très exactement de 1380°.

La Cité de la céramique est composée désormais de deux unités, sous une seule direction, la première consacrée à la conservation, avec le Musée, la seconde à la production.

Créée en 1740 par Louis XIV, elle fut initialement installée à Vincennes, puis rue de Sèvres à partir de 1756 à l’initiative de Madame de Pompadour, passionnée par les arts et artiste elle-même, qui en obtint la construction de Louis XV. Elle en fut un mécène régulier et irremplaçable et elle s’y rendait à pieds, en voisine. L’emplacement avait été choisi pour cette raison mais aussi parce qu’on se trouvait sur la route de Versailles, que les coteaux des alentours de Meudon et de Saint-Cloud étaient riches en bouleaux (indispensable pour alimenter les fours), et que la Seine facilitait les approvisionnements.

L’enjeu était phénoménal au XVIII° siècle. Seuls les Chinois savaient alors faire de la porcelaine, parce qu’ils étaient les seuls à disposer du kaolin.

C’est la découverte de gisements en Allemagne puis à Limoges qui ont donné accès à la pâte magique aux Européens. Devenir capable de fabriquer sa propre porcelaine était un challenge énorme alors qu’une simple assiette de porcelaine ne fait plus figure d’exception aujourd’hui.

La Manufacture ne pouvait être que Royale. Les contrefaçons de l’époque sont des faïences de Deft, blanches avec un décor bleu, piètrement ressemblantes. En aiguisant son regard on repère que sous l’émail blanc la pâte est grise et qu’il ne s’agit donc pas d’une porcelaine.

En 1876 la Manufacture migre en bordure de Seine où elle se trouve toujours. Les anciens bâtiments abriteront l’École normale supérieure de jeunes filles jusqu’en 1940. Depuis 1945 ils abritent le Centre international d’études pédagogiques et leur aspect extérieur est resté le même.

La manufacture accueille régulièrement des élèves d’écoles primaires dans un partenariat instauré depuis 2006 avec l’Éducation nationale appelé les Petits Dégourdis de Sèvres. L’intitulé fait référence au terme de dégourdi désignant une première cuisson à 900° qui permet d’émailler et de peindre.

Après avoir touché dans leur classe des matières emprisonnées dans des petits sacs (papier bulle, toile cirée, papier de verre, fibre végétale …) chacun avait donné ou imaginé des mots qui avaient été notés dans une ébauche de lexique. Ils avaient découvert les lieux dans le cadre des Journées du Patrimoine et fait la connaissance d’un artiste.
Le jour de ma visite un groupe explorait le vocabulaire de la sensation du toucher. Dur, lisse, doux, rugueux, les termes manquent pour décrire avec précision. Les enfants ont donc le droit d’inventer, par exemple chatouilleux, malfoineux … On leur demande ensuite d’associer chacun à un des carrés de pâte que l’artiste leur donne à manipuler, porcelaine, grès, faïence plus ou moins lisse.

Il y a beaucoup de pistes à travailler avec les enfants, à commencer par leur demander comment la terre peut bien « tenir ».

A l’époque de Louis XV on faisait appel à des artistes. Cela reste vrai aujourd’hui. On peut tout aussi bien refaire à l’identique un objet ancien comme réinventer des nouveautés. 32 corps de métiers y travaillent, ce qui fait qu’un objet peut passer entre 32 paires de mains, sur un délai de parfois un an, dans un rapport au temps qui n’est pas celui que nous vivons dans notre quotidien. Qui reste unique au monde et qui justifie son appartenance à l’industrie du luxe où le degré d’imperfection n’excède pas le zéro absolu.

Première salle dite du moulin :
Depuis le camion de cailloux jusqu’à la porcelaine émaillée et raffinée tout est entièrement fait à la main, à l’exception de quelques machines dans la première partie du processus.













Le quartz apporte la qualité et la luminosité, le feldspath le fondant, et le kaolin est magique.

Chaque matière est broyée séparément et il existe plusieurs types de mélange.

La pâte est délayée dans de l’eau de pluie pour obtenir ce qu’on appelle de la barbotine. Une goutte de colorant est ajoutée pour repérer les différentes pâtes d’un seul coup d’œil. Mais après cuisson toutes les pièces seront blanches.

L’ennemi absolu de la porcelaine est le métal (il explose à la cuisson). Il faut donc passer la poudre au filtrage aimanté. On voit les trois aimants en ailettes sur le cliché.
Pour perdre son eau la pâte passe dans une machine permettant à la matière de se déposer sur les filtres. On obtient des galettes de pâtes que l’on rebrasse et pétrit avec la marcheuse. L’ennemi est cette fois la bulle d’air. On a donc recours ensuite à la désaréeuse qui tourne avec une vis d’Archimède pour sortir un colombin d’un mètre de long. A l’issue de cet atelier on dispose d’un stock de pâte liquide et de pâte solide, au choix.

Deuxième salle dite galerie des moules. Il en existe une autre, dite le Magot qui recèle les moules historiques.Troisième salle dite galerie des fours :
Des six fours à bois ne fonctionne plus que celui-ci pour ne pas en oublier la technique et qui, en outre, demeure pratique pour cuire les très grandes pièces qui sont placée en bas, les petites étant au deuxième étage. De chaque coté se trouvent des coffres, au nombre de 4, pour y stocker le bois, uniquement du bouleau parce que c’est l’essence qui tient le mieux la chaleur.
Les objets sont installés dans des « gazettes » en terre (en pile le long du mur dans l’attente d’être utilisées) pour les protéger des retours de flamme et des fumées. La tasse est cuite à l’envers, les supports aussi.

La porte du four est obturée par la construction d’un mur. Elle est soigneusement bouchée.

Le feu est allumé par une allumette géante d’une quarantaine de centimètres qu’on appelle alandier et qui est une sorte de branche dont l’écorce arrachée par endroit s’enroule sur elle-même.

Il ne doit pas désemparer pendant 36 heures. On laissera ensuite refroidir 3 semaines avant d’ouvrir.

L’atelier de façonnage est à l’étage :
La pâte est modelée dans des moules et les déchets sont toujours recyclés au « moulin ». Le retrait est de 18% à la cuisson. Il est amusant de s’interroger sur le procédé de moulage.
En fait la pâte est versée comme on coulerait une pâte à crêpe dans le moule, l’eau étant presque instantanément aspirée par la paroi. Il n’y a plus qu’à ouvrir le moule en deux pour libérer l’objet. Il faut ensuite longuement finaliser certaines pièces au tour. On travaille alors avec des outils que chacun a fabriqués spécialement pour chaque pièce.
Et à l’éponge.
Les couleurs sont toutes faites chimiquement dans la pièce que l’on voit ci-dessous.Et bien entendu les émaux sont appliqués à la main dans des pièces au calme d'une densité incomparable.

Quand un objet nécessite plusieurs émaux c’est la couleur qui doit cuire à la plus haute température qui est appliqué en premier. Il y a autant de cuisson que de couleur (et à raison d’un refroidissement de 3 semaines entre chaque on commence à comprendre qu’il faille un an pour sortir une assiette).
L’or sort du four mat. Il faudra le brunir pour le rendre brillant, c’est-à-dire le frotter des heures avec une agate comme on en voit dans cette vitrine (ci-dessous).
Les artistes sont respectueux de la tradition mais on sent poindre des souhaits de nouveauté, comme l’envie de pâtes chamottées par exemple.

Sèvres demeure une vitrine de la science des arts français. Les déjeuners et les dîners des grands corps de l’État sont toujours servis dans de la vaisselle de Sèvres, laquelle est prêtée aux ministres, jamais offerte, sauf en cadeau de prestige à des fins diplomatiques.
D'intrigantes architectures se devinaient depuis le premier étage dans le petit jardin adjacent.
Une vingtaine de maisons diversement parfumées, toutes des réalisations d'élèves, se dressent au garde-à-vous ... alors que la raison d'être de la pyramide de la cour d'honneur demeure un mystère, même pour le personnel de la Manufacture.
Vous trouverez le programme des manifestations de Sèvres ici. partant du principe que les enfants sont prescripteurs des parents un vernissage leur est spécialement dédié le 10 mars 2012.

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