samedi 31 décembre 2011

Pain aux poireaux pour le Réveillon

Un pain maison aux poireaux, voilà un accompagnement original pour le saumon ce soir ... ou une autre fois ...

On met dans la cuve de sa machine à pain dans l'ordre :
250 ml d'eau
10 grammes de beurre
2 cuillerées à soupe de sucre
1 cuillerée et demie à café de sel
250 grammes de farine spéciale pain (type 55)
150 grammes de farine de seigle
1 sachet de levure boulangère spéciale pains
programme pain complet

Au bip on ajoute 150 grammes de poireaux revenus dans du beurre et 2 cuillères à soupe de graines de lin

J'ai servi avec un assortiment de plusieurs poissons fumés, un joli vin, et allumé une bougie merveilleusement odorante de Nuit d'Ivoire.

Et puis, s'il vous en reste vous pourrez toujours le servir avec un bouillon de légumes qui compensera les excès des jours précédents. Et pour davantage de goût, parce qu'on n'est tout de même pas puni, je vous conseille de le toaster légèrement.

Autres recettes de pain sur le blog en 2009 : le 3 avril (pain des écureuils gourmets et gourmands), 7 avril (banane, sirop d'érable et noix de pécan), 13 avril (garrimande, pain aux saveurs méditerranéennes), 15 avril (brioche),18 avril (pain de seigle aux noix), 20 avril (pain châtaigne et graines de lin), 22 avril (brioche du Diable rouge au chocolat blanc), 7 mai (pain au curry et graines de lin), 9 mai (pain au cumin et à l'oignon), 21 mai (pain à l'anis vert et au miel), 9 juin (pain à la feta et au basilic), 29 juillet (pain à la moutarde et au miel), 31 juillet (pain cévenol au cacao), 11 août (Brioche des Reines)

En 2010 : le 7 octobre pain de seigle aux dattes, le 11 octobre pain d'épices, le 18 octobre pain aux graines, le 29 octobre pain aux noix

vendredi 30 décembre 2011

Hollywood au Théâtre Antoine

La salle du Théâtre Antoine est magnifique. Un bijou de théâtre et c'est un bonheur que de s'y rendre. Cette fois pour Hollywood.

Nous voici immergés dans la même époque que celle qui sert de toile de fond au spectacle musical qu’on peut voir dans le même théâtre à 19 heures, Une étoile et moi. Rien ne s’oppose donc à ce qu’on enchaine, d’autant qu’Hollywood est une pure comédie.

Néanmoins, autant le premier est très fidèle à la réalité même si Isabelle George ne revendique pas une biographie exhaustive de Judy Garland, autant le second est une vraie fantaisie. Cela commence comme une comédie musicale policière.

Après plusieurs années de préparation voilà que la production d’Autant en emporte le vent est bloquée sous prétexte que le scénario ne tient pas la route. On ne conservera de la première version que la première ligne du célèbre ouvrage de Margaret Mitchell, clair de lune et magnolia qui est d’ailleurs le sous-titre de la pièce.
Le producteur David O. Selznick n’est pas satisfait. Il a congédie son réalisateur et néanmoins ami George Cukor. Le tournage est stoppé, et tant pis si chaque jour cette attente coûtera des fortunes au producteur. Celui-ci convoque un nouveau scénariste, Ben Hecht et un nouveau réalisateur, Victor Fleming. Enfermés tous les trois dans le bureau de Selznick, ils s’emploient à réécrire le scénario en quelques jours.

Le livre est énorme et le scénariste appelé à la rescousse avoue ne connaître l’histoire « que de vue », autant dire pas du tout. Selznick et Fleming vont la lui raconter en mimant les scènes au cours de huit jours et autant de nuits de folie avant qu’Autant en emporte le vent devienne le film mythique d'Hollywood que les protagonistes prédisaient pourtant comme très bon navet ou très mauvais chef d'œuvre. Bref, un Guerre et paix américain en quelque sorte. Qui aurait prédit en effet que ce bled perdu (Hollywood) deviendrait le centre du monde ?

Les dialogues imaginés par Ron Hutchinson, et adaptés par Martine Dolléans ont un effet comique dévastateur. Et les comédiens s’amusent à en rajouter. Quand le scénariste dit " c’est bizarre de ne pas comprendre ", le producteur (Daniel Russo) avance en guise d’explication tout en étouffant lui-même un rire " Oh c’est Noël ", faisant redoubler de rire le public, lequel communique son hilarité sur la scène où l’on s’amuse tout autant.

Le réalisateur est prêt quant à lui à faire le film tel que le producteur le voit. Les répliques sont bien choisies, avec une dose d’ironie assez forte. Scarlett est une pimbêche, adultère, manipulatrice, esclavagiste, dont le rire se moque de tout, et dont le comportement est passible de violence sur mineure (puisqu'elle donne une gifle à sa fille). La terre de Tara est rouge, comme il se doit. A les croire l’intrigue ferait passer Proust pour un auteur de roman policier. Et Hitler lui-même serait incapable de supporter le stress d'un studio.

Les rebondissements s'enchainent jusqu'à la fin, somme toute banale, ce qui fait croire au scénariste qu'il a du sauter des scènes. A moins que ce ne soit la fin du premier volume, sous-entendant qu'il y aura une suite.

Plus pragmatique le producteur temporise : quand on achète les droits d'un livre on acquiert autant les trouvailles que les erreurs de l'auteur. Et le réalisateur de suggérer de prévoir une scène finale de rechange au cas où l'avant-première tournerait mal.

Toujours est-il que la (vraie) fin du film nous est projetée, surprenante en effet par l'absence de dialogues mais reconnaissable entre mille par la musique.

La pièce s'achève sur la conclusion mythique de Margaret Mitchell : demain est un autre jour. Le plateau est ravagé, les acteurs décoiffés et le public déchainé d'enthousiasme.

Vous avez jusqu'au 15 janvier pour en rire.

Hollywood, moonlight and magnolias, de Ron Hutchinson,
adaptation de Martine Dolléans, mise en scène de Daniel Colas
Avec Daniel Russo, Thierry Frémont, Samuel Le Bihan et Françoise Pinkwasser
Théâtre Antoine : 14 boulevard de Strasbourg 75010 Paris (M° Strasbourg Saint-Denis - Château d’eau)
Informations : réservations : 01 42 08 77 71 - theatre.antoine@wanadoo.fr
Du mardi au vendredi à 21h, samedi 16h et 21h, dimanche 15h30

jeudi 29 décembre 2011

Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie Zenatti

Une bouteille à la mer fut pour moi d’abord le titre du film de Thierry Binisti que j’ai eu la chance de voir en avant-première (cf. billet du 21 novembre) et dont la sortie est programmée pour le 8 février. Sachant que le livre, dont le titre exact est Une bouteille dans la mer de Gaza, était assez différent du point de vue de son mode narratif, essentiellement épistolaire, je n’ai eu de cesse de m’y plonger.

Heureuse initiative tant l’un et l’autre sont complémentaires. Valérie Zenatti avait prévenu en riant qu’elle s’était elle-même trahie en éloignant le scénario de la version originale. Elle n’avait pas exagéré. Le sujet demeure néanmoins le même malgré quelques épisodes en plus ou en moins et une fin quelque peu modifiée.

Difficile de trancher en recommandant un ordre entre le film et le livre. En tout cas je ne me suis pas ennuyée un instant en lisant ce roman qui m’a tenue en haleine, précisément parce qu’il y avait des variantes par rapport au film. Il s’adresse plus particulièrement à des adolescents alors que le film vise des adultes mais je n’ai pas senti de dichotomie entre les deux.

Par contre l’écrit se prête mieux aux explications. Le contexte historique, pourtant bien connu, est plus facilement situé sans tomber dans le piège de la leçon politique. Valérie raconte le bonheur d’une vie simple à Jaffa jusqu’à l’arrivée des Juifs, la guerre, l’indépendance «gagnée» en 1948, la célébration de cet anniversaire les années suivantes comme une fête d’un coté et comme un deuil de l’autre, 1967 et la guerre des Six Jours, encore gagnée ou perdue, selon le point de vue d'où on se place. Et puis le couvre-feu, la colère et les promesses de vengeance.

L’auteure parvient à ne prendre partie pour aucun des protagonistes. Elle décrit des scènes d’apocalypse d’un coté et de l’autre. A l’instar du film on est de tout cœur avec cette jeune fille, ce garçon, et leurs deux familles. On partage l’angoisse de ceux qui craignent les attentats comme celles de ceux qui n’ont « pas de pays, pas de vie normale, pas le droit d’aller où ils veulent » (p.63).

On suit la correspondance entre les jeunes gens. Tal a écrit un message dans une bouteille qu’elle a demandé à son frère, militaire à Gaza, de jeter dans la mer. La missive est une bombe très spéciale. C’est Naïm qui l’a trouvée et qui, depuis, lui répond via une messagerie Internet. Ce qui est simple en Europe est plus risqué là-bas. Le jeune homme efface les messages aussitôt lus, terrifié à l’idée qu’on découvre qu’il écrit à une Israélienne, mais stupéfait aussi de découvrir que quelqu’un peut s’inquiéter pour un Palestinien, de « l’autre côté ».

Tal voudrait connaître, ou trouver, une formule magique pour que Naïm ait son Etat comme elle a le sien et pour vivre en paix (…). Il faudrait interdire les informations, les nouvelles, les flashes spéciaux, éteindre les télés et les radios allumées en permanence, faire cesser le bourdonnement et le martèlement qui rend prisonnier des voix et des images (p.93). Valérie pointe combien le lexique et le vocabulaire reflètent les opinions (p.139).

On ressent différemment les contraintes quotidiennes et les interdits. L’écart de mode de vie entre Israéliens et Palestiniens est moins sensible dans le livre car les images, elles, renforcent les écarts. Mais je ne vais pas pointer les différences pour ne pas altérer le plaisir de la découverte.

J’insisterai juste sur l’aspect sociologique des relations virtuellement engagées sur internet. Le thème devient récurrent en littérature. On avait l’habitude d’en faire le cadre de relations amoureuses. De plus en plus le discours devient politique, affirmant la crainte qu’Israël ne copie le « modèle » iranien comme Ron Leshem le met en scène dans Niloufar, un livre que je chroniquerai prochainement.

Concluons avec cette recommandation du père de Tal (p.153) : Garde tes rêves intacts. Les rêves, c’est ce qui nous fait avancer.

Une bouteille dans la mer de Gaza de Valérie Zenatti, École des Loisirs, collection Medium, 2005

mercredi 28 décembre 2011

Ce qui nous lie … de Gaëlle Pingault

Avec Ce qui nous lie … Gaëlle Pingault propose une seconde série de nouvelles, toujours publiées par les Éditions Quadrature dont la spécificité est de se dédier à ce type d’écrit.

Il faut croire que l’exercice est difficile parce que les recueils de nouvelles se font rares et ne soulèvent pas toujours un fort enthousiasme. J’ai malgré tout eu la joie de chroniquer, chez ce même éditeur, A l'ombre de la fête, et puis aussi les Bulles de Claire Castillon.

Aucun risque d’ennui ou de répétition avec les sujets abordés par Gaëlle Pingault. Elle a l’art de camper en peu de lignes des personnages surprenants et de leur faire vivre des aventures étonnantes.

Ce sont Dominique et Maria, séparés depuis 8 ans sans avoir réussi jusque là à se dire adieu. C’est Raynald, un adolescent peu enclin aux voyages scolaires et qui va revenir avec un souvenir impérissable.

L’auteure excelle à manier le premier et le second degrés. Elle est également douée en maths (Compte rond) comme au scrabble (Réveillon et bikini). La lecture de plusieurs chapitres fait réfléchir, en particulier Pleure !

Le lecteur voyage à Venise, en Allemagne, sans oublier la Bretagne natale de Gaëlle (Carte marine) qui se glisse aussi aisément dans la peau d’une femme que dans celle d’un homme, faisant ainsi allégrement varier le point de vue. Elle nous brosse des anti-héros touchants ou agaçants. Beaucoup de copains, de vrais et de faux amis, c’est selon … mais qui ne laissent jamais indifférents.

On aimerait recevoir très souvent des nouvelles comme celles-là !

Ce qui nous lie … de Gaëlle Pingault, aux Éditions Quadrature, 2011
Commande directe possible chez l'éditeur sans frais de port ni paiement préalable, par courriel à quadraturelib@gmail.com

mardi 27 décembre 2011

Pain de poissons ou terrine d'épinards à la ricotta

Voilà une première recette qui est fort agréable pour donner un air de fête à un dîner plutôt simple. Je la tiens de Monique mais ma version ne ressemble pas tout à fait au pain de poissons qu'elle sert dans son restaurant de Lou Bourdié.

Il vous faut un kilo de filets de poissons blancs. Cette fois j'ai pris merlan et filet de rascasse. On mixe dans un robot-coupe les trois quarts des poissons. On ajoute 6 œufs, 2 grosses cuillères de crème fraiche, sel, poivre, muscade.

On verse la moitié dans un moule à cake beurré. On pose les filets restants, quelques feuilles d'épinards (préalablement "tombées" dans une sauteuse pour les ramollir et les faire un peu réduire) puis le reste de la préparation.
J'avais prévu grand en matière d'épinards. Il m'en restait tant que je me suis lancée dans une terrine d'épinards à la ricotta. Ce qui m'a valut une remarque surprenante de mon fils à qui ce plat a rappelé des souvenirs de l'école primaire : les copains d'école pleuraient quand il y avait des épinards au menu de la cantine et je n'osais pas dire comme je me régalais. Tu ne pouvais pas me faire davantage plaisir !

Pour la réussir on pèle et hache un oignon qu'on fait revenir dans un peu de beurre avant d'ajouter 1, 5 kilo d'épinards équeutés. Quand les légumes ont suffisamment réduit on les hache au couteau.

On aura battu auparavant 3 œufs avec 10 cl de crème liquide et 100 grammes de ricotta écrasée à la fourchette, un peu de sel et de poivre.

Reste alors à mélanger les préparations, en ajoutant une poignée de pignons dorés à la poêle puis à verser dans un moule à cake beurré. on fait cuire une heure au bain-marie.
On peut servir avec un coulis de tomates, une tranche de jambon cru ...

Terrine Appolia collection Délices couleur kiwi de forme rectangulaire.
Le pain de poissons a été cuit et est présenté dans un plat à cake Appolia collection Saveurs couleur poivre gris.

lundi 26 décembre 2011

Une étoile et moi, avec Isabelle Georges au Théâtre Antoine

J’ai découvert Isabelle Georges avec Padam padam alors qu’elle était déjà une artiste reconnue. Le succès de ce spectacle musical fut énorme. Mais ce n’était pas le premier.

Une étoile et moi avait été créé auparavant par le duo qu'elle forme avec Frederik Steenbrink. Très applaudi aux Pays-Bas, en Angleterre et en Australie, le spectacle a été joué déjà plus de 500 fois, permettant d'ailleurs à Isabelle Georges de remporter le Fringe Report Award de la Meilleure chanteuse au Fringe Festival d’Edimbourg.

Le public français méritait bien de bénéficier de quelques représentations exceptionnelles qui se poursuivent jusqu’au 31 décembre au Théâtre Antoine. Dépêchez-vous, cette fois il n’y aura pas de reprise, du moins rien n'est prévu dans un proche avenir car les artistes, qui ont un magnifique cursus, murissent d’autres projets.

C’est par le biais d’un regard émerveillé de petite fille, qu’Isabelle a trouvé sa voix grâce à une figure mythique… celle de Judy Garland, ce qui valait bien un hommage. Elle explique en effet combien l'univers de la comédie musicale et en particulier l'énergie dégagée par Judy Garland lui a permis d'avoir la force de supporter une enfance passée à l'hôpital Necker, avec des tuyaux partout, mais qui n'a en rien entamé sa bonne humeur, se jurant, une fois grande, de devenir elle aussi "performer".

Le spectacle qu’elle a conçu avec Frederik Steenbrink entrecroise la danse et la musique pour restituer les plus grands airs des comédies musicales de la Metro Goldwyn Mayer : Over the Rainbow (Le Magicien d’Oz), The Trolley Song (Le Chant du Missouri), The Man That Got Away (Une étoile est née)...

On ne sait pas toujours quand Isabelle s'exprime en son nom et quand elle joue le rôle de la star américaine, mais peu importe. On comprend vite quelles similitudes et quelles divergences existent entre leurs deux parcours. La française ne prétend pas retracer une biographie exacte. Elle a choisi ce qui l'a le plus émue. La clé, pour comprendre la trajectoire tragique de Judy Garland, c'est sa quête d'amour qui, à chaque fois se brise sans pour autant l'anéantir ... enfin jusqu'à un certain point.

Mademoiselle Gumm, alias Judy Garland, a été propulsée sur la scène à l'âge de trois ans pour danser, chanter et jouer la comédie, ce qui ne serait plus possible aujourd’hui où des lois protègent les mineurs de la surexposition médiatique. A cette époque là aucune barrière ne s’interpose entre cet enfant et la pression des studios et l’idolâtrie du public.

Comme tant d’autres qui sont trop tôt montés sur la scène, comme Mickael Jackson, Amy Winehouse … qui ont en commun de n'avoir pas eu de structure familiale assez solide, la jeune Frances Ethel sera un colosse aux pieds d’argile, fonctionnant à coups d’amphétamines et de barbituriques, se conformant aux exigences des producteurs pour assurer jusqu'à 5 représentations quotidiennes, maigrir quand il le fallait, et dormir quand on l'autorisait à le faire. Elle grandit bourrée de pilules, et sans bisous de sa mère. Ce qui n'a n'a jamais fait défaut à Isabelle. La différence est de taille.
Isabelle est admirative de Judy à plusieurs titres. Sa loge est tapissée de photos et d'affiches des spectacles de l'époque. Point d'envolée sur un vélo de sorcière mais une personnalité qui ne manque ni de cœur, ni de cerveau, ni de courage.
Sur scène elle porte des chaussures rouges, bien sur en référence à la paire de trotteurs de Dorothy dans le Magicien d'Oz. Celles de la française ne sont pas magiques mais elle danse des claquettes avec bonheur en interprétant Make someone happy. Elle nous rappelle les grands moments où Judy dansait avec Fred Astaire.

Elle est très à l'aise pour chanter en anglais, dans une prononciation qui nous aide à comprendre les paroles. Elle passe de la gamine facétieuse dans une joyeuse interprétation de Be a clown en tutu à la femme fatale de By myself dont les paroles résonnent avec acuité. Elle dit clairement qu'elle poursuivra désormais sa route toute seule, privée d'amour, mais avec toujours la volonté de chanter.

Comme le rappelle Isabelle, pour les artistes le spectacle ne s'arrête jamais. C'est la fameuse injonction : Show must go on !

Formidablement accompagnée par Frederik Steenbrink au piano, et dans quelques dialogues chantés, elle rend palpable la souffrance mais aussi le talent de Judy Garland. Elle évoque un seul de ses 5 maris, le plus important, Vincente Minelli, avec qui elle a eu Lisa dont la photo, bébé, s'affiche plein cadre sur l'écran de fond de scène.

Vincente et elle sont vraiment tombés amoureux malgré le penchant qu'il avait pour les hommes. Il l'a trouvé magnifique et le regard qu'il posait sur elle l'a effectivement rendue belle. Elle a été une des premières à défendre les droits des homosexuels mais réaliser concrètement que son mari la trompait change tout, ce qui est subtilement suggéré dans le spectacle. L'emblème du Rainbow Flag, choisi par la communauté LGTB est directement lié à son combat, en référence au Magicien d'Oz.La Piaf américaine, comme elle fut surnommée, mourut d'une intoxication médicamenteuse le 22 juin 1969. Elle n'avait que 47 ans.

Les coïncidences de la programmation sont aussi étonnantes que les hasards de la vie. Le Théâtre Antoine propose à 21 heures Hollywood, une pièce de Ron Hutchinson, mise en scène par Daniel Colas où il est fait allusion plusieurs fois à Judy Garland ...

Isabelle et Frederik ont déjà au moins trois projets, dont une comédie musicale où, cette fois, il se pourrait qu'un violoncelle rejoigne le piano sur le plateau. Encore une belle histoire de femme un peu scandaleuse. L'année 2012 sera belle pour la compagnie Comme si. Nous reverrons donc prochainement les artistes sur scène.

Une Étoile et moi
Production de la Compagnie Comme Si / Production exécutive Josette Milgram-Todorovitch / Avec la complicité d’Éric Métayer - Chorégraphies : Victor Cuno - Costumes : Michel Dussarat - Lumières Fréderic Millot - Son : Eelco Coster - Adaptations françaises : Stéphane Laporte et Yves Lecordier
Du 1er décembre 2011 au 31 décembre 2011, du mardi au samedi à 19h - Les dimanches à 18h
Théâtre Antoine : 14 boulevard de Strasbourg 75010 Paris (M° Strasbourg Saint-Denis - Château d’eau)
Informations : réservations : 01 42 08 77 71 - theatre.antoine@wanadoo.fr

www.theatre-antoine.com
www.uneetoileetmoi.com

Les photos qui ne sont pas logotypées
A bride abattue sont de Ron Tutten Baarn.

dimanche 25 décembre 2011

Kannelbullars avec ou sans cannelle pour la Sainte Lucie ... ou le lendemain du réveillon

La Sainte Lucie est une fête très importante en Suède et Pia, de La Cocinera Loca, avait organisé un concours autour des gâteaux que l'on prépare en Scandinavie pour l’occasion.

J’étais d’autant plus motivée que ma fille porte ce prénom. Seulement, voilà, elle n’était pas à la maison pour l’occasion. Ce n’est donc que la veille de Noël que je lui ai préparé ces gourmandises, en m’inspirant de la recette des kannelbullars de Brigit, du blog Cooking out.

C’est peut-être une version un peu étonnante parce qu’elle utilise du mahaleb, une épice libanaise réalisée avec des noyaux de cerise broyés, d’où son parfum d’amande amère. Depuis le temps que j’ai acheté cette épice sans trouver une occasion propice de l’employer je n’ai pas hésité une seconde. Par contre j’ai légèrement modifié la recette, pour écouler des chutes de calissons qui ont astucieusement remplacé la pâte d’amande. J’ai aussi ajouté des pralines concassées au lieu d’un sucre fantaisie. J’ai badigeonné de lait et non pas d’un œuf battu. Enfin j’ai saupoudré de sucre glace avant d’enfourner.

A part ces aménagements j’ai respecté la recette de base que je vous recopie (et que vous retrouverez en cliquant sur l'image ci-contre à droite) :
Ingrédients pour 20 à 25 petits pains briochés :
• 2 sachets de levure de boulanger déshydratée
• 60 g de beurre
• 600 ml de lait
• 80 g de sucre
• 1 c. à c. de sel
• 800 g de farine
Farce
• 4 c. à s. de purée d’amande bio (ou de pâte d’amande, ou des chutes de pâte de calisson)
• 1 c. à c. de cannelle
• 2 c. à c. de mahaleb
• 2 c. à s. de sucre en poudre
• 1 œuf (ou du lait)
• sucre coloré pour le décor (ou pralines roses concassées)

Dissoudre la levure dans un peu de lait tiède, ajouter une cuillère à café de sucre et laisser lever pendant 30 min. Faire fondre le beurre dans le lait dans une casserole, puis éteindre. Dans un bol, verser la farine, ajouter le sel et le sucre. Faire un puis pour ajouter la levure et le mélange lait beurre petit à petit en mélangeant. Pétrir avec les mains ou au robot pendant 5 à 10 min. Laisser reposer la pâte à l’air ambiant pendant 30 minutes. Pétrir à nouveau et séparer en 2 la boule.

Étendre les 2 pâtes en rectangle. Étaler la purée d’amande, saupoudrer de mahaleb, de cannelle et de sucre en poudre. A ce stade j’ai fait un rectangle avec cannelle, un autre sans (parce que ma fille ne l’apprécie pas). Rouler les rectangles et découper des tranches. Les disposer sur une plaque de pâtisserie recouverte de papier sulfurisé et laisser reposer pendant 30 min. Préchauffer le four à 200°. Battre l’œuf et passer au pinceau sur les gâteaux. Saupoudrer de sucre en grain.

Faire cuire au four les gâteaux pendant une dizaine de minutes. Laissez refroidir avant de déguster.

samedi 24 décembre 2011

Joyeux Noël depuis l'arboretum de la Vallée-aux-Loups (92)

Je vous l'avais montré en été. Je suis revenue pour le photographier sous ses couleurs d'hiver. Il faudra patienter jusqu'à janvier prochain pour regarder les clichés.

Aujourd'hui, un seul, avec cette branche de l'ancestral Cèdre bleu pleureur, le premier au monde, dont les cônes semblent posés comme des bougies sur des coupelles argentées.

Joyeux Noël !

vendredi 23 décembre 2011

Foie gras au citron vert ... ou à la mandarine



Ce n'est pas la première fois que je me lance dans l'opération mais je stresse comme une débutante. J'ai ramené de province un magnifique foie gras de canard et je connais la recette par cœur. Comme vous êtes nombreux à me la réclamer, la voici. Ce sera plus rapide que de l'envoyer par mail à l'un ou à l'autre.

Terrine de foie gras de canard aux zestes de citron vert

Pour une terrine de 500 g il faudra ce poids de foie gras de canard cru
9 g de sel fin
2 g de poivre du moulin
1 g de sucre
4 g de zeste de citron vert

Évidemment quand on ne dispose pas d'une balance "au gramme près" c'est délicat. Et je m'interroge sérieusement sur le respect des proportions. Comble de "maladresse" j'ai mélangé le tout histoire de juger à l'œil s'il n'y avait pas trop de l'un ou de l'autre quand j'ai réalise brutalement que le zeste devait être employé à part. Trop tard pour reprendre à zéro !A la guerre comme à la guerre , on verra bien.

Je taille le foie en escalopes (il faudrait dans l'idéal obtenir des tranches de 50 g environ, mais là encore c'est du "n'importe quoi". La chair colle à la lame comme jamais...). Il conviendrait de les assaisonner avec le mélange sel, poivre et sucre (donc sans zeste !).
Tout l'art consiste ensuite à colorer les escalopes 2 minutes de chaque coté dans une poêle ultra chaude. Sauf que 2 minutes c'est le temps de carbonisation. Je compte donc 20 à 30 secondes par face, pas davantage.

Au fait, mais je précise au cas où ... sans matière grasse la poêle !

Vous aurez chemisé une terrine de taille correspondante à votre foie de film alimentaire.
Au fur et à mesure de la coloration des escalopes, on les dispose en couches en intercalant entre chacune d’elles le zeste de citron. Pour moi ce fut la totalité de l'assaisonnement que j'ai saupoudré à chaque fois.
Il convient de presser légèrement. Je n'y suis pas allée avec le dos de la cuillère et j'ai mis des galets, sur un torchon plié en huit. Une fois la terrine revenue à température ambiante je l'ai mise au réfrigérateur.
Le lendemain au moment de retirer les galets et de juger du résultat à première vue, un parfum incroyable a chatouillé mes narines. A défaut d'être bon ce foie respirera des effluves excitantes. Plus tard, au moment de découper les tranches j'ai regretté de ne pas avoir pensé à retirer les galets avant de mettre la terrine au frigo. Le résultat aurait moins perdu de volume. Profitez de mon expérience.

Guy Martin, chez qui j'ai appris à faire cette terrine, la sert avec un Confit de dattes de medjool. On fait revenir à l’huile d’olive, sans coloration, 100 g d’oignons finement hachés. On ajoute 250 g de dattes que l'on aura dénoyautées et coupées en quatre et 2 dl de vin blanc sec. On fera cuire à petits bouillons 20 min en remuant fréquemment.

En fin de cuisson, on ajoute 60 g de jus de citron vert, et on rectifie l’assaisonnement avec sel et poivre du moulin. Y a plus qu'à laisser refroidir. Mais cette fois ci je servirai la terrine avec des chutneys conçus par Fauchon.

Si vous êtes très gourmand(e) ou très pressé(e) vous pouvez déguster directement les escalopes brûlantes, en les déposant délicatement sur une tranche de mangue, au milieu d'un mesclun rehaussé de fleurs comestibles.

Découper des étoiles dans la chair de la mangue sera du plus bel effet. Ne restera qu'à saupoudrer d'un assaisonnement comparable sel-poivre-sucre. Vous aurez remplacé le citron vert par un zeste de mandarine.

Ce même mélange fera merveille sur des côtelettes d'agneau bien dorées.

Terrine Appolia collection Délices couleur kiwi de forme rectangulaire.

jeudi 22 décembre 2011

D'acier de Silvia Avallone

Les lecteurs français ont bien de la chance que le livre ait été traduit (par Françoise Brun) pour découvrir ce roman qui est déjà un grand succès en Italie depuis un an. Silvia Avallone a vingt-cinq ans et écrit déjà avec l’autorité des grands. Sans fioritures, mais avec une puissante élégance. Elle s’y entend pour mettre le nez du lecteur en face de réalités sociales et économiques qu’il se passerait bien de voir. On aimerait tourner la tête, laisser échapper notre regard vers des cieux plus cléments. Nous en tirer avec une moue dédaigneuse en ironisant que c’est du cinéma.

Sauf qu’on a compris que pour cracher un premier roman de cette veine là il faut avoir puisé dans un creuset que l’on connait par cœur. L’auteure a vécu dans la petite ville toscane de Piombino, et la fiction qu’elle nous livre est directement inspirée de ses années d’adolescence, lesquelles sont encore très fraiches dans sa jeune mémoire.

Soleil de plomb, violences de toutes sortes, sociales, conjugales, dans un univers régi par des codes où les valeurs ne sont pas « amour, gloire et beauté » mais « amitié, sensualité et rivalité ». Un peu à l’instar de la Corniche Kennedy de Maylis de Kerangal.

On serait tentée d’établir un parallèle avec le Nord de la France, ses mines, les combats de Germinal. L’histoire ne se déroule pas au siècle dernier, dans une atmosphère d’exploitation du monde ouvrier par la bourgeoisie montante, pas davantage à l’époque des années 60 quand le capitalisme offrait encore de réelles promesses d’ascension sociale aux courageux.

Nous sommes dans le contexte de la mondialisation, avec ses menaces de délocalisation. L’usine assure la survie d’une poignée de personnes qui se réduit alors que la pénibilité du travail ne recule pas.
Fuggire, si ma dove ? S’enfuir, mais où ? comme le voudrait la chanteuse Raffaela Carrà (p.19) Les protagonistes attendent tous que quelque chose se passe dans ce printemps qui commençait à peine, dans ce putain de trou (p. 287). Comme s’il y avait une issue …
Il y a la Méditerranée, la lumière, l’île d’Elbe au loin. Mais ce n’est pas un lieu de vacances. C’est une terre sur laquelle ont poussé brutalement les usines et les barres de béton. Depuis les balcons uniformes, on a vue sur la mer, sur les jeux des enfants qui ont fait de la plage leur cour de récréation. La plage, une scène idéale pour la jeunesse de Piombino. Entre drague et petites combines, les garçons se rêvent en chefs de bandes, les filles en starlettes de la télévision. De quoi oublier les conditions de travail à l’aciérie, les mères accablées, les pères démissionnaires, le délitement environnant… Anna et Francesca, bientôt quatorze ans, sont les souveraines de ce royaume cabossé. Ensemble, elles jouent de leur éclatante beauté, rêvent d’évasion et parient sur une amitié inconditionnelle pour s’emparer de l’avenir.
Il faut avaler les premiers chapitres, entrer dedans progressivement. On ne peut pas se jeter dans un tel milieu sans le tâter du bout des yeux, comme on le ferait d’une mer trop froide, orteil après orteil.

D'acier devient polysémique au fur et à mesure de la lecture. C'est en premier lieu la référence évidente à l'usine de production de l'alliage, principal employeur de la région. Le titre français est très proche du titre italien. Dans le langage courant, dans l’une comme l’autre langue, avoir des nerfs d’acier se dit de quelqu’un qui a le caractère bien trempé, suffisamment solide pour résister à un stress intense, mais assez souple pour plier sans rompre.

Chacun son palliatif pour supporter le quotidien sans craquer. Les filles s’étourdissent dans les fringues, le maquillage, et leurs rêves de starlettes, à supposer que la beauté puisse faire rempart. Les femmes serrent les dents et font comme si, se promettant d’affronter la situation, mais plus tard. Les garçons sniffent et draguent. Les plus âgés se satisfont de l’alcool en baissant les bras sur leur incapacité à faire changer le monde ... ou en les levant sur leur famille. L’univers se réduit à la cité, l’usine et une petite bande de plage en face de l’île d’Elbe. Bientôt on s’interpellera par des diminutifs, comme si la force de prononcer le prénom entier leur manquait brutalement. C’est le monde entier qui se ratatine avant de s’écrouler mais chacun y croit encore. Le 11 septembre 2001 est pour demain.

Sur la couverture, regard charbonneux perdu dans le même horizon, Anna la brune et Francesca la blonde, différentes, même si elles sont pareilles. La première vit entre son imbécile de père et son malheureux frère. La seconde entre un salaud et une mère soumise. Toutes deux ont grandi dans le périmètre restreint de quatre barres d’immeubles d’où tombent des morceaux de balcon et d’amiante, dans une cour où les enfants jouent à côté des jeunes qui dealent et des vieilles qui puent (…) où il est normal de ne pas partir en vacances, de ne pas aller au cinéma, de ne rien savoir du monde, de ne pas feuilleter les journaux, de ne pas lire de livres. (p.38)

Pourtant, si l’on ne peut pas décider de la mondialisation, on peut, malgré tout, quand on est né ici, devenir ouvrier ou voleur, travailler au rayon charcuterie de la Coop ou bien se prostituer (p. 91). Silvia Avallone a grandi, elle aussi, dans ce bout de monde compris entre la via Nenni et la via Togliatti, mais elle n’a fait qu’y passer, a poursuivi sa route en s’engageant dans des études de philosophie, et a concrétisé son (premier) rêve, en parler ! Ce premier roman claque au vent comme un drapeau.

Il faudrait inventer pour elle, un équivalent à "road movie", pourquoi pas "city movie", encore que steel movie serait davantage de circonstance ... Rien d’étonnant à ce que le jury du prix des lecteurs de L'Express lui ait décerné la première place cette année.

D'acier, roman de Silvia Avallone, traduit par Françoise Brun, chez Liana Lévi, 2011
Livre découvert et
chroniqué dans le cadre du Prix robinsonnais, dont je donnerai la sélection début janvier.

mercredi 21 décembre 2011

Une autre vie au Théâtre La Bruyère jusqu'à la fin de cette année

Ce n'est pas au café Pouchkine, mais dans un bistrot aux murs fatigués que se rencontrent Sonia et André.

Ils affichent plus de 50 ans mais ils ont gardé une fraicheur adolescente, autant par élégance que par utopie. Ils vont s'inventer une autre vie, des mensonges, une petite fiction comme ils se plairont à le reconnaitre ultérieurement, autant pour paraitre plus beaux aux yeux de l'autre que pour préserver une image correcte d'eux-mêmes.

On pourrait donc mentir par respect, et en quelque sorte, avec sincérité. Leurs rêves les rapprochent. Ils se ressemblent tant... Ils vont s'apprivoiser.

Sonia semble minimiser son talent de gestionnaire de la propriété : j'étais pas un génie mais j'étais très compétente dira-t-elle sur un ton de fausse modestie. André se prétend violoniste émérite. Petit à petit, alors que les confidences éveillent réciproquement leur intérêt l'un pour l'autre chacun va retoucher le portrait qu'il a brossé.

Elle confie que le domaine a périclité. André avoue avec pudeur : je suis une sorte de raté. Son existence cahote avec des ratés comme un moteur qui tousse avant de repartir. Sonia se raccroche à l'illusion qu'elle parvient tout de même à contrôler la situation. Elle affirme son courage, et même sa force d'âme. Si l'on ne savait pas que le texte est de Brian Friel, un auteur irlandais, on jurerait que c'est du Tchekhov.

L'admiration se lit bientôt dans le regard qu'André pose sur elle : quelle femme audacieuse vous êtes !
Il était fade lorsqu'il racontait ses exploits. Le voici qui s'anime alors qu'il avoue ses faiblesses. Elle faisait preuve de bravade en évoquant ses projets agricoles. La voilà qui s'éclaire en corrigeant ses affirmations. Le jeu de Marie Vincent n'est que finesse, alternant avec vivacité l'enthousiasme, la langueur et les larmes. Roland Marchisio lui aussi joue sur un registre très large.

Quelques verres de vodka plus tard les deux rêveurs pourront alors doucement commencer à laisser tomber le masque, en commençant par cesser de se mentir à eux-mêmes, pour se hasarder à se découvrir avec émotion, esquisser un pas de deux et entrevoir une autre vie, qui elle pourra se concrétiser.

La pièce s'achève sur une fin ouverte et optimiste. Ils se quittent pour mieux se retrouver. A peine est-elle partie qu'il a déjà entamé une correspondance. Et nous nous surprenons à nous demander s'ils ne seraient pas un modèle à suivre.

Une Autre Vie de Brian Friel, Mise en scène Benoît Lavigne
Texte français Alain Delahaye, Décor Laurence Bruley, Costumes Agathe Laemmel
Avec Marie Vincent et Roland Marchisio
Du 13 octobre au 31 décembre 2011, du mardi au dimanche à 19h (sauf les 25 et 27 décembre)
Théâtre La Bruyère, 5, rue La Bruyère, 75009 PARIS
Location : 01 48 74 76 99

samedi 17 décembre 2011

Ketchup vert et autres sauces pour étonner vos invités à Noël

J'ai découvert la sauce cocktail légère de Lesieur au Salon du blog culinaire de Soissons et je l'adoooooore, je ne crains pas de le dire.

Cette fois je l'ai utilisée pour relever une salade rafraichissante de pamplemousse rosé et d'avocat. Mais je l'ai accommodée à ma façon, en l'allongeant de basalmique et de vinaigre de coquelicot.

Je plébiscite aussi la moutarde mi-forte en tube et leur huile d'olive. Sans faire de publicité intempestive (ce n'est vraiment pas le genre de la maison) j'ai envie de chantonner qu'avec Lesieur, pas d'erreur.

J'ajoute donc les deux recettes qu'Eric Reithler m'a fait gouter le dimanche à Soissons et qui provoquent une véritable explosion des papilles :

Le ketchup vert pour commencer :

Votre liste de courses :
- 3 bouquets de persil frisé
- 1 petit poivron vert
- 5 cl de Lesieur Olive
- 35 g de sirop d’Agave
- 40 g de moutarde Savora
- 55 g d’ananas en conserve

Lavez et emmaillotez le poivron vert dans un film alimentaire. Placez au micro-onde 2 minutes sur chaque face et déposez-le dans une boîte fermée hermétiquement pendant une vingtaine de minutes.
Pendant ce temps, équeutez puis lavez le persil. Plongez-le ensuite dans une casserole d’eau bouillante fortement salée pendant 4 à 5 minutes, puis rafraîchissez dans une grande quantité d’eau glacée.
Égouttez, mixez très finement dans un blender et placez au réfrigérateur.
Débarrassez le poivron de sa peau et de ses pépins, et mixez également.
Déposez ensuite tous les ingrédients en justes proportions dans le bol du blender. Mixez finement et dressez en petits ramequins que vous réservez au frais.
Pour amuser les enfants et les exercer à la comparaison on peut servir en parallèle un Ketchup classique, rouge bien sûr.

On peut aisément préparer tous les ingrédients la veille, et ne les assembler que quelques instants avant l’utilisation. Il ne faut par contre pas réaliser cette recette trop longtemps à l’avance, la sauce perdrait son joli pigment vert, en raison de la légère acidité développée par l’ananas.

Pour continuer, le sorbet framboise à l'huile d'olive satinée

Votre liste de courses
- 400 g de coulis de framboise surgelé
- 60 g de Lesieur Olive

A l’aide d’un fouet, homogénéisez les deux ingrédients et placez-les dans la cuve de la sorbetière. Laissez tourner jusqu’à l’obtention d’un sorbet onctueux et servez immédiatement en accompagnant de petits financiers tièdes.

De manière tout à fait originale, ce sorbet accompagne divinement un carpaccio de noix de St Jacques.

Voilà quelques "secret cooking" pour pimenter votre prochain Réveillon !

vendredi 16 décembre 2011

REGARDS Sur Meudon-la-Forêt (92)

L’année 2011 aura été marquée, à Meudon, par les nombreuses manifestations suscitées par le 50e anniversaire du quartier de Meudon-la-Forêt. Ultime initiative participative, le concours de photographie lancé par la Direction de l’Action culturelle et l’Espace Jules-Verne, qui trouve sa concrétisation dans l’exposition qui se tient au Centre d’art de culture, du 1er au 31 décembre 2011.

Le concours avait pour objet de restituer la vision des Forestois sur leur environnement : architectural, paysager et humain...

Chaque cliché a son intérêt. J'en ai retenu quelques uns pour vous convaincre d'aller les voir tous: Reflets, de Gilles Fiant (en haut à gauche), la Poissonnière de Carole Gressier (ci-contre).

Lunatique, de Jean Gomis qui immortalise une structure de jeux pour enfants.

Ce sont 45 clichés qui ont été sélectionnés par un jury présidé par Annette Doisneau, fille du célèbre photographie Robert Doisneau (dont le centenaire sera célébré en 2012 au niveau national. Et trois ont été primés.

J'ai également apprécié Sous la pluie de Brigitte Hue qui a eu la bonne idée de nous surprendre derrière une vitre embuée.
Les animaux sont des habitants particuliers de Meudon, comme celui qu'a surpris Emmanuelle Dupuy qui a intitulé son cliché, Bon appétit M. Radonguin.
Ou encore Froidure, de Mireille Willey.
L’événement du Cinquantenaire justifiait amplement de retenir Meudon-la-Forêt comme sujet artistique.
REGARDS Sur Meudon-la-Forêt
Du 1er au 31 décembre 2011
Centre d’art et de culture, 15 boulevard des Nations-Unies, 92190 Meudon
Du mardi au vendredi de 15 h à 19 h, les samedis et dimanches de 14h30 à 18h30
Entrée libre

jeudi 15 décembre 2011

Confiture de litchis au poivre des cimes

Bruno m'avait transmis sa passion pour les poivres. Depuis ma visite dans son épicerie j'avais hâte de tester une confiture en version épicée. Mais j'avoue que je séchais sur la nature des fruits convenables pour pareille l'aventure.

J'avais l'intuition qu'il fallait un produit exotique, poussant géographiquement dans un pays relativement proche des poivriers. C'est alors que j'ai pensé aux litchis qui sont actuellement des fruits de saison, en provenance souvent d'une de nos îles les plus éloignées, l'Ile de la Réunion.

Les meilleures sont encore en grappe, très sucrées, délicatement parfumées. C'est un des fruits préférés de Pierre Hermé qui l'emploie dans l'Ispahan qui l'a rendu célèbre presque autant que ses macarons.

J'ai employé :
600 grammes de litchis (pesées une fois dénoyautées) coupées en deux ou trois morceaux, pas plus
600 grammes de pommes en lamelles, dont j'avais laissé les pépins pour garantir davantage de pectine, ayant un doute sur la qualité des litchis à ce sujet.
1 kilo seulement de sucre
1 cuillère à café de poivre des cimes, écrasé au pilon et "grillé" à la poêle sèche, ajouté 15 minutes avant la fin de la cuisson, en même temps que 25 pralines roses grossièrement écraséesJ'ai obtenu des pots rose vif, parsemés de petites étoiles noires (le poivre) et de morceaux de fruits blancs qui tranchent avec la couleur de la gelée. Cette confiture, très sucrée malgré l'apport diminué en sucre (et il me semble que 800 grammes de sucre auraient suffi) s'accorde particulièrement avec le fromage blanc.

Poivre des cimes Épicerie de bruno (vente possible par Internet)

mercredi 14 décembre 2011

Stromae fait danser le public de la Piscine de Chatenay-Malabry (92)

Il y eut les Beatles. Et puis U 2. Et ce soir la foule se précipitait à Bercy pour assister au concert de Coldplay. Même folie disait-on ... alors qu'à Châtenay c'était Stromae qui drainait les spectateurs. Je suis bien maligne de fanfaronner maintenant mais il y a quelques heures je ne connaissais pas du tout ce pourtant charmant jeune homme.

Le nouveau maitre de l'eclectro s'est fait un nom sur le web avec ses "leçons", consistant à décortiquer sa manière de composer ses musiques. Il a été propulsé numéro un à vitesse supersonique, remportant une Victoire de la musique en 2011 pour son premier album. Sur scène, c'est une vraie bombe, et son spectacle est un show à l'américaine.

On me prévient que le son était d'enfer aux balances et que là, il n'y a pas à tergiverser, il faudra se mettre les bouchons dans les oreilles pour protéger nos tympans. Parait tout de même que "çà s'écoute fort" ... Dans la fosse le public est jeune, très jeune et les mamans descendent des gradins pour vérifier les oreilles de leur progéniture. Je me demande si c'est pour cela que les bouchons sont orange vif ...
De gros appareils de projection et d'énormes claviers électroniques occupent la scène qui prend des allures de salle de muscu alors qu'une brume épaisse se répand dans l'atmosphère. C'est à peine si on devine la caricature d'un visage souriant sur le couvercle des ordi. Une allusion picturale à l'injonction "cheese" que font tous les photographes et qui a inspiré à Stromae le titre de son album.
Car dans la vie, il est aussi tendre qu'une crème, arrivant au théâtre tôt le matin avec un sac de croissants, simplement pour faire plaisir à l'équipe, et offrant le premier quart d'heure de la soirée à Yoshi Masuda qui est l'un de ses deux musiciens complices. Ce garçon est élégant de corps et de cœur, c'est moi qui vous le dit !

Yoshi interprètera quatre titres en s'accompagnant avec une guitare électrique qui tranche avec la sophistication que l'on aura bientôt sous les yeux. L'homme au chapeau joue les beaux gosses romantiques (c'est ainsi qu'il se présente lui-même) dédiant une chanson à une certaine Gwendoline, qui pourrait être l'amour de sa vie, s'essayant à l'humour et cherchant à extérioriser l'énergie du public.

Bienvenue chez moi, la chanson est de circonstance pour démarrer le set. Stromae arrive en courant, se sauve aussi vite, revient avec un premier paquet qui n'est autre que Yoshi qu'il dresse tel une statue au pied d'un synthétiseur. Le voilà déjà reparti aussi sec pour ramener cette fois Simon le Saint qu'il pose de la même manière devant un autre appareil. Il scrute les spectateurs dans les yeux, et arpente la scène où le décor, noir et blanc, reconstitue les murs d'un appartement.
Il a gardé l’habitude de l’uniforme de ses années de pensionnat. Il noue le nœud papillon pour « aller travailler » comme il dit, mais pantalon et pull en V sont tout de même rose vif. On est loin de la panoplie traditionnelle du hip hop (casquette-jogging) mais, comme toujours quand on se place en marge de la mode, on devient soi-même une icône.
Des lumières jaunes inondent le plateau pour une chanson à la gloire des vacances, teintée de pessimisme. Cela me stresse que quelque chose vienne gâcher "mon" Summertime. Le chanteur ironise sur ces vacances chèrement payées dans des pays où les habitants crèvent de faim tandis que où le touriste n'ambitionne que de rôtir au soleil sans songer au cancer de la peau.
Il ne craint pas d'aborder les sentiments. Avec Te Quiero on passe de l'amour à la mort, du bonheur à la catastrophe. Stromae prend des postures de toréador et fait mine de se trancher la gorge en chantant qu'il l'aime à mort, mais que pour la vie, on se dira oui, pour la vie, pour la mort ... et tant pis si viennent ensuite les insultes, les coups, et que le juge à la fin s'en mêlera. Une écoute attentive pourrait déceler des accents du grand Jacques. Une version dance-floor de Ne me quitte pas.

Je ne vois pas les doigts levés, qu'est-ce qui se passe interroge le jeune homme. La fosse entière dresse index et majeur symbolisant un signe de paix, à moins que ce ne soit le V de violence. Une interrogation qui résume bien le paradoxe de la prestation du chanteur. Une voix haut perchée qui semble roucouler une romance alors qu'il avoue qu'il est traité de pessimiste avec des mots à se suicider. Peace or violence ?C'est une chance de l’entendre en français. Contrairement à l’océan de bruit anglosaxon on n’aura pas l’excuse de ne pas comprendre les paroles. Dodo est une comptine amère qui aborde de front les violences conjugales, la pédophilie. Père et mère en prennent pour leur grade. Et si par hasard vous n'écoutez pas le texte, regardez les images qui sont projetées en ombre chinoise, et qui sont très clairement explicites.
Derrière une musique entrainante se cachent des paroles profondes. Toujours en mouvement, très créatif, généreux, inventif, irradiant son flow est incisif. Le jeune homme poursuit avec Silence dans un vacarme assourdissant. Et nous on ressent les vibrations des infra-basses à nous en décoller les os. Une lumière blanche éblouit la fosse qui est comme brûlée par une explosion atomique.
Le temps de rouvrir les yeux pour s'apercevoir qu'il a disparu. Il est déjà de retour, en costume, pour saluer à l'indienne, col relevé comme Gandhi aurait pu le faire ... House'llelujah crie le public en chœur. La réverb est à fond. Il lève les bras au ciel, et nous aussi. Il y a indéniablement un coté Footloose chez ce garçon si bien élevé.
La religion n'est pas son opium. Il se soule de musique. Stromae prend un bol de musique comme d'autres un bol d'air. Tout le lexique de la toxicomanie est passé en revue : ma clope, mon chit, ma dose, ma weed, ma coke, mon speed, mon crak, ... dose, micro, over-prose jusqu'à ce qu'ils soient mes rêves ... Et notre cœur pulse la chamade.
Nourri de hip-hop et d’électro, fan de batterie et de percussions, Stromae cumule toutes les fonctions : compositeur, parolier, producteur, à domicile, et avec de modestes moyens. Le web lui a offert un terrain d’expérimentation gratuit où il s'est lancé en jouant le rôle d’un professeur de musique. Et çà a marché du feu de Dieu ! La numéro 8 est la plus connue des fameuses Leçons de Stromae. Le chanteur fait mine d'être surpris qu'on la connaisse. Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie. C'est le célébrissime Alors on danse qui a propulsé le maestro du rythme et de la rime au sommet des charts internationaux en quelques semaines, début 2010.
Il s’inspire de la House de Chicago des années 80, de la technotronic et de la house underground qu’on entendait en Belgique dans les années 90, mouvements qui ont donné ce qu’on désigne par la vague new beat, mais ce que Stomae nous fait entendre c’est une version nettement plus dansante.
Quand y en a plus, y en a encore. l'ambiance devient psychédélique. Le public est déchainé, bras en l'air. On nous dirait qu'un vaisseau spatial s'apprête à atterrir qu'on le croirait. Nous sommes à la veille d'un remake qui pourrait s'intituler l'Etrange Noël de Stromae.
De père rwandais et de mère belge il dit sincèrement avoir peu connu le pays de son père. Il dit aussi avoir davantage souffert de l'absence de celui-ci que du génocide, à l'inverse d'un autre chanteur comme Corneille. Il nous interpelle en flamand, souhaitant manifestement rétablir quelques vérités. Il n'y a aucun problème de communauté dans mon pays. Le public bourdonne. Le chanteur insiste qu'après 454 jours de vide juridique un gouvernement vient d'être constitué. Son argumentation est imparable : le surréalisme vient de chez nous ! Quelle autre preuve avancer ?
Aucune provocation dans sa conversation quand il annonce un remix d'une chanson d'Arno, Putain, putain :
Putain putain
C'est vachement bien
Nous sommes quand même
Tous des Européens
Presque toutes les chansons de l'album Cheese sont passées. S'intercale alors un titre de 2009, Quand je dis go ! sorte de version très personnelle de Jacadi. Faites ce que je dis, bougez comme des animaux. Et tout le monde de se lever, parce qu'assis ce serait compliqué. On fait les singes, les porcs, les ânes, mais seulement quand il dit ...
Avec facétie il nous demande si on a bien transpiré, qu'on sent mauvais à souhait. Le voilà qui enchaine à fond avec Je cours, ponctué de Dim, dam, dom, rappelant l'émission de variété des années 65. Voici ensuite Cheese, qui a donné le ton de l'album avant de nous prévenir qu'on s'achemine vers les rappels. Il est vrai qu'il est déjà 22 heures 30.
Il part. Il revient, en veste rouge. Nous voilà rassurés. Il va demeurer encore un bon moment parmi nous.
Il nous offre une exclusivité, Pipi au lit, un titre qui n'est encore sur aucun album mais qu’il avait dédié à son cousin Geoffroy au cours du concert live du 3 novembre dernier à l’Olympia.
Pour finir en beauté et justifier pleinement son nom il convoque un orchestre symphonique pour interpréter immobile, une fois n'est pas coutume, le standard Alors on danse. Plusieurs spectateurs ressente ce nouveau visage de la génération new beat en filiation avec Brel. Attentionné jusqu'à la dernière seconde de son show, le jeune chanteur a conquis la salle. Il fallait voir comment les spectateurs se sont précipités pour repartir avec les affiches du spectacle. Ils s'exclamaient que c'était le meilleur concert auquel ils avaient jamais assisté. J'en ai même vu monter sans aucune gêne sur les bancs pour décrocher celles qui illustraient la revue de presse. Et ce n'était pas des gamins. Si cela peut faire leur bonheur ...

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