jeudi 31 mai 2012

Bons baisers de Manault au Théâtre La Bruyère


Un pupitre, deux chaises, une toute petite scène, qui est celle où s'est fait l'immense succès des 39 marches, couronnées, comme je l'ai entendu, par une "flopée" de Molières.

Bons baisers de Manault n'est pas à proprement parler un spectacle. Le carton annonce une quinzaine de lectures. Le soir de la première Manault Deva et François Berléand se faisaient attendre. Eric Métayer est venu sur scène justifier le retard, à cause d'une "petite chose bien précise qui ne marche pas".

Tout le monde, à commencer par lui, était surpris qu'une "simple" lecture ne puisse pas commencer à l'heure. Les fans de Manault, et ils étaient nombreux dans la salle, ont l'habitude d'entendre la jeune femme à heure fixe, le dimanche vers 13H50 sur France Inter en direct du studio 109 dans l'émission "3D journal" de Stéphane Paoli.

Ses chroniques ont fait l'objet d'un livre, sous le même intitulé, et voilà maintenant qu'elle nous les livre en live sur scène. Pour moi qui ne la connaissais pas je me suis régalée de son style, du soin qu'elle apporte à l'écriture, de son humour acéré et de sa manière d'occuper la scène. Aucun doute qu'elle est autant femme de radio que comédienne.
J'ignore ce qu'Eric Métayer, vite installé en corbeille, avec carnet de notes et stylo pour ne pas perdre une idée (et il en a énormément) aura pensé de la représentation. Certes il y eut des petites hésitations, des répliques improvisées, des clins d'oeil à la salle, mais c'était vif et drôlissime. Les rires fusèrent souvent, et de bon coeur.

Les "chutes" de chaque scénette étaient attendues comme une éclaircie après l'orage entre l'homme-type, alias François Berléand, et la femme-standard, alias Manault Deva. On devinait leur complicité pour jouer ces rôles qui ne leur ressemblent pas dans la vraie vie :
- Ah, vous êtes doux, gentil ... donc ringard !
- Vous êtes chiante, vous faites peur aux hommes !
Conseil de Manault : Soyez plus conne, ils adorent çà !
Chaque sexe en prend pour son grade. Le féminin est parfois assimilé à la pute à papa, autrement dit de la bidoche en talons aiguilles pour un prédateur. Le masculin, s'il est amateur de superficielles est "forcément" conducteur de 4x4. Quand le second prend de l'âge il vieillit, quand c'est de la première qu'il s'agit elle mûrit.

Le couple rompt par SMS, c'est peu élégant mais l'exemple est venu de très haut. N'est-ce pas le moyen employé par une certaine C... lorsqu'elle a quitté le "petit" Nicolas ? (c'est pas Manault qui l'a écrit NDLR).

Les enfants s'incrustent dans les foyers comme une plaie. Ne pas en avoir serait un bon moyen de faire des économies et d'éviter les soucis.

Le public compte les points, tranquillement à l'abri dans son fauteuil, quand soudain il risque de se sentir interpellé en entendant que l'utilisateur du portable dans les transports en commun est un exhibitionniste inconscient

Le fait qu'ils aient tous les deux leur texte à la main n'est pas un inconvénient. Cela installe une distance qui évite qu'on imagine un duo infernal. Nous sommes face à deux amis qui philosophent. Et même si parfois, ils sont à ras des bleuets on apprécie de ne pas se prendre le chou pour les comprendre au premier degré.

On reçoit ces baisers là comme on appréciait autrefois les cartes postales vantant des vacances de rêve alors qu'on savait pertinemment que les protagonistes s'étaient morfondus sous la pluie. Personne n'est dupe, mais quel bonheur. Les baisers de Manault sonnent comme des claques et on tend l'autre joue ... en espérant une reprise à la rentrée.
Bons baisers de Manault jusqu'au 21 juin 2011, du mardi au vendredi à 18h 30
Théâtre La Bruyère, 5, rue La Bruyère, 75009 PARIS
Location : 01 48 74 76 99

mercredi 30 mai 2012

MAGNUM, une marque éternelle qui joue l'éphémère


Un de nos ancêtres s'est vendu pour un plat de lentilles (il avait sans doute très très faim). Je pourrais (peut-être) le faire pour des glaces ... alors quand Magnum a agité un bâtonnet, me promettant de créer ma propre recette j'ai juré que je viendrai voir l'événement de près.

La marque a en effet décidé d'ouvrir un café éphémère dont vous pourrez, vous aussi, profiter ... jusqu'au 24 juin ... ce qui veut dire qu'il ne faudra pas attendre que le soleil se décide à se pointer cette année. Quand on sait que ce sont les Finlandais qui sont les plus gros consommateurs européens de glaces on ne devrait pas se soucier de la météo. Ce sont d'ailleurs les norvégiens qui ont inventé l'Omelette en version glacée.

Le cadre est élégant : un bar, plusieurs lieux où se poser pour savourer, un sous-sol qui a des allures de boite de nuit ... Le choix est vaste mais si les combinaisons sont multiples on reste tout de même dans le "classique" que l'on connait en matière de Magnum, en résumé c'est vanille ou chocolat.
Une fois que vous aurez annoncé la base vous déterminerez le parfum de votre enrobage (chocolat blanc, chocolat au lait, chocolat noir).
Jusque là rien de très difficile. Je pensais que chacun tremperait son bâton dans le bain mais faut croire que la marque doutait de la dextérité de la clientèle, sans compter qu'il y a sans doute des critères d'hygiène à respecter. Bref, on "cuisine" pour vous.
La véritable personnalisation peut ensuite commencer. On vous proposera d'élire trois ingrédients qui seront prisonniers de l'enrobage et qui garantiront  à votre "création" de correspondre à ce qui vous fait plaisir ... à cet instant. Car vous n'aurez qu'une envie ... recommencer avec d'autres combinaisons.
On est plus ou moins dans le mou ou le croquant. Le service en demi-boite permet de ne perdre aucune miette de la portion et même, de continuer à épicer la glace avec les ingrédients supplémentaires.
L'invitation précisait qu'il fallait donner un nom à sa création. Sauf que ce soir-là personne ne notait rien et ce qui fut dégusté resta définitivement éphémère. Ne restent qu'une série de photos des vedettes, glaces et dégusteurs au demeurant qui pour l'éternité resteront dans les albums Facebook.
On n'attend pas que cela fonde pour déguster. La gourmandise ne peut attendre.
Un petit tour au sous-sol le temps de digérer ... de bavarder avec des filles, bloggeuses, et avec des garçons célèbres ou pas (encore) ...
Quelques "vedettes" de la saison dernière de Secret Story. Le mot Temptation clignote autant que nos badges VIP. Après le blanc, passons au noir et c'est reparti pour une nouvelle combinaison.
Magnum porte bien son nom. C'est le grand frère de Miko, fort, et magn... ifique. Une expérience sympathique, tout à fait dans la tendance "Subway" qui propose au client de choisir les ingrédients de son sandwhich. On aimerait voir resurgir cet éphémère dans quelques semaines sur le sable de Paris Plage !

Magnum Paris, 23, rue du Roi de Sicile 75004 Paris
Métro : ligne 1, Station : Saint Paul
Mardi, Mercredi et Dimanche de 12h à 20h. Jeudi, Vendredi, Samedi de 12h à 22h.

dimanche 27 mai 2012

Musique & Littérature dans le parc de la Vallée aux loups

La 30ème édition du Festival du Val d'Aulnay a offert un spectacle alliant musique et littérature dans le magnifique cadre de la Vallée aux Loups où les lecteurs du blog vont finir par penser que je dispose d'une entrée particulière tant il est vrai que j'y suis venue ces derniers temps, de jour ou de soirée, comme de nuit.

La voix de ténor de Mickaël Bennett a été très appréciée. Il a commencé le concert en chantant Ich liebe dich de Beethoven, qui pouvait évoquer une des passions de l'ancien maître des lieux, Chateaubriand, dont la présence est gravée dans la mémoire collective.

Il était accompagné par la harpiste Sandrine Chatron dont le doigté est réellement enchanteur. Elle a aussi interprété une très délicate Fantaisie de Louis Spohr.
Ce sont cependant les textes qui ont été lus par Cécile Combes que j'ai davantage retenus. Sans doute en premier lieu parce qu'ils sont en langue française (tous les airs étaient en allemand). Egalement parce que le choix effectué par la comédienne témoignait des deuils symboliques qui avaient poussé l'écrivain à rechercher une inscription dans une "terre stable", concrète cette fois... terre qu'il a pourtant quitté relativement vite, sans parler du départ définitif qui est le lot commun.

Ces passages renfermaient une dimension politique et philosophique plus profonde que ce qu'on entend souvent dans ce type de manifestation. Certains d'entre eux reflètent aussi la personnalité du personnage qui confesse ses défauts sans fausse pudeur, tout en relatant combien il a souffert de la malveillance et du dénigrement.

Les extraits n'apparaissaient pas sur les programmes mais Cécile Combes a eu la gentillesse de me les transmettre afin de les rendre accessibles ici comme dans quelque temps probablement sur le site du festival. Nous les avons goutés sous l'ombre fraiche du marronnier pluricentenaire, en cette belle et chaude après-midi.

J'avais retenu plusieurs phrases : faisant allusion à une hirondelle Chateaubriand soupirait comme toi, j'ai aimé la liberté, et j'ai vécu de peu.

Plus tard il décrit avec des mots simples son objectif d'offrir à sa descendance, en quelque sorte à nous autres, ce magnifique jardin qui n'est alors qu'une maison de jardinier cachée parmi des collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison, n’était qu’un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances ; spatio brevi spem longam reseces. Les arbres que j’y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l’ombre quand je me place entre eux et le soleil.

Le jardinier a réussi au-delà de ses espérances. Il nous a légué ces petits arbres qui faisaient ses délices au même titre que ses livres : le magnolia qui promettait sa rose à la tombe de sa Floridienne, le pin de Jérusalem et le cèdre du Liban consacrés à la mémoire de Jérôme, le laurier de Grenade, le platane de la Grèce, le chêne de l'Armorique, au pied desquels il peignit Blanca, chanta Cymodocée, inventa Velléda. 
L'atmosphère du lieu et la très belle voix de la comédienne vous manqueront mais j'espère que vous saurez apprécier les mots et que cela vous donnera envie de vous promener dans cette propriété qui appartient au Conseil général des Hauts-de-Seine de même que dans l'arboretum voisin, et auquel j'ai consacré plusieurs billets, en été, comme en hiver.  Il n'y a qu'une rue à traverser et cet espace est gratuit toute l'année. Allez-y en famille. Vos enfants seront aussi surpris que ce petit garçon, sans doute peu habitué à la campagne et s'exclamant : y'a plein de zarbres !

* 1er Texte : Mémoires d'Outre Tombe,  Livre 3, Chapitre 6.
" Le jour s'affaiblissait ; les ombres envahissaient lentement les fresques de la chapelle et l'on n'apercevait plus que quelques grands traits du pinceau de Michel-Ange. Les cierges, tour à tour éteints, laissaient échapper de leur lumière étouffée une légère fumée blanche, image assez naturelle de la vie que l'Ecriture compare à une petite vapeur . Les cardinaux étaient à genoux, le nouveau pape prosterné au même autel où quelques jours avant j'avais vu son prédécesseur ; l'admirable prière de pénitence et de miséricorde, qui avait succédé aux Lamentations du prophète, s'élevait par intervalles dans le silence et la nuit. On se sentait accablé sous le grand mystère d'un Dieu mourant pour effacer les crimes des hommes. La catholique héritière sur ses sept collines était là avec tous ses souvenirs ; mais, au lieu de ces pontifes puissants, de ces cardinaux qui disputaient la préséance aux monarques, un pauvre vieux pape paralytique, sans famille et sans appui, des princes de l'Eglise sans éclat, annonçaient la fin d'une puissance qui civilisa le monde moderne. Les chefs-d'oeuvre des arts disparaissaient avec elle, s'effaçaient sur les murs et sur les voûtes du Vatican, palais à demi abandonné. Des étrangers curieux, séparés de l'unité de l'Eglise, assistaient en passant à la cérémonie et remplaçaient la communauté des fidèles. Une double tristesse s'emparait du coeur. Rome chrétienne en commémorant l'agonie de Jésus-Christ avait l'air de célébrer la sienne, de redire pour la nouvelle Jérusalem les paroles que Jérémie adressait à l'ancienne. C'est une belle chose que Rome pour tout oublier, mépriser tout et mourir. "

* 2° texte :  Mémoires d'Outre Tombe,  Livre 3, Chapitre 1. ( Paris, rue d'Enfer, 6 juin 1833)
"[...] Oui, madame, je le dis avec douleur, Henri V pourrait rester un prince étranger et banni, jeune et nouvelle ruine d'un antique édifice déjà tombé, mais enfin une ruine. Nous autres, vieux serviteurs de la légitimité, nous aurons bientôt dépensé le petit fonds d'années qui nous reste, nous reposerons incessamment dans notre tombe, endormis avec nos vieilles idées, comme les anciens chevaliers avec leurs anciennes armures que la rouille et le temps ont rongées, armures qui ne se modèlent plus sur la taille et ne s'adaptent plus aux usages des vivants.
retour de la Terre Sainte, j'achetais " Tout ce qui militait en 1789 pour le maintien de l'ancien régime, religion, lois, moeurs, usages, propriétés, classes, privilèges, corporations, n'existe plus. Une fermentation générale se manifeste ; l'Europe n'est guère plus en sûreté que nous, nulle société n'est entièrement détruite, nulle entièrement fondée, tout y est usé ou neuf, ou décrépit ou sans racine, tout y a la faiblesse de la vieillesse et de l'enfance. Les royaumes sortis des circonscriptions territoriales tracées par les derniers traités sont d'hier ; l'attachement à la patrie a perdu sa force, parce que la patrie est incertaine et fugitive pour des populations vendues à la criée, brocantées comme des meubles d'occasion, tantôt adjointes à des populations ennemies, tantôt livrées à des maîtres inconnus. Défoncé, sillonné, labouré, le sol est ainsi préparé à recevoir la semence démocratique, que les journées de Juillet ont mûrie.
" Les rois croient qu'en faisant sentinelle autour de leurs trônes, ils arrêteront les mouvements de l'intelligence ; ils s'imaginent qu'en donnant le signalement des principes ils les feront saisir aux frontières ; ils se persuadent qu'en multipliant les douanes, les gendarmes, les espions de police, les commissions militaires, ils les empêcheront de circuler. Mais ces idées ne cheminent pas à pied, elles sont dans l'air, elles volent, on les respire. Les gouvernements absolus, qui établissent des télégraphes, des chemins de fer, des bateaux à vapeur, et qui veulent en même temps retenir les esprits au niveau des dogmes politiques du quatorzième siècle, sont inconséquents ; à la fois progressifs et rétrogrades, ils se perdent dans la confusion résultante d'une théorie et d'une pratique contradictoires. On ne peut séparer le principe industriel du principe de la liberté ; force est de les étouffer tous les deux ou de les admettre l'un et l'autre. Partout où la langue française est entendue, les idées arrivent avec les passeports du siècle.
* 3 ° texte : Mémoires d'Outre Tombe,  Livre 3, Chapitre 7. ( 2 juin 1833)
A mesure que j'avançais vers la France, les enfants devenaient plus bruyants dans les hameaux, les postillons allaient plus vite : la vie renaissait.
A Bischofsheim, où j'ai dîné, une jolie curieuse s'est présentée à mon grand couvert : une hirondelle, vraie Procné, à la poitrine rougeâtre, s'est venue percher à ma fenêtre ouverte, sur la barre de fer qui soutenait l'enseigne du Soleil d'Or ; puis elle a ramagé le plus doucement du monde, en me regardant d'un air de connaissance et sans montrer la moindre frayeur. Je ne me suis jamais plaint d'être réveillé par la fille de Pandion, je ne l'ai jamais appelée babillarde, comme Anacréon ; j'ai toujours, au contraire, salué son retour de la chanson des enfants de l'île de Rhodes : " Elle vient, elle vient l'hirondelle, ramenant le beau temps et les belles années ! ouvrez, ne dédaignez pas l'hirondelle. "
" François, m'a dit ma convive de Bischofsheim, ma trisaïeule logeait à Combourg, sous les chevrons de la couverture de ta tourelle ; tu lui tenais compagnie chaque année en automne, dans les roseaux de l'étang, quand tu rêvais le soir avec ta sylphide. Elle aborda ton rocher natal le jour même que tu t'embarquais pour l'Amérique, et elle suivit quelque temps ta voile. Ma grand-mère nichait à la croisée de Charlotte ; huit ans après, elle arriva à Jaffa avec toi ; tu l'as remarqué dans ton Itinéraire . Ma mère, en gazouillant à l'aurore, tomba un jour par la cheminée dans ton cabinet aux Affaires étrangères ; tu lui ouvris la fenêtre. Ma mère a eu plusieurs enfants ; moi qui te parle, je suis de son dernier nid ; je t'ai déjà rencontré sur l'ancienne voie de Tivoli dans la campagne de Rome : t'en souviens-tu ? Mes plumes étaient si noires et si lustrées ! tu me regardas tristement. Veux-tu que nous nous envolions ensemble ? "
- " Hélas ! ma chère hirondelle, qui sais si bien mon histoire, tu es extrêmement gentille ; mais je suis un pauvre oiseau mué, et mes plumes ne reviendront plus ; je ne puis donc m'envoler avec toi. Trop lourd de chagrins et d'années, me porter te serait impossible. Et puis, où irions-nous ? Le printemps et les beaux climats ne sont plus de ma saison. A toi l'air et les amours, à moi la terre et l'isolement. Tu pars ; que la rosée rafraîchisse tes ailes ! qu'une vergue hospitalière se présente à ton vol fatigué, lorsque tu traverseras la mer d'Ionie ! qu'un octobre serein te sauve du naufrage ! Salue pour moi les oliviers d'Athènes et les palmiers de Rosette. Si je ne suis plus quand les fleurs te ramèneront, je t'invite à mon banquet funèbre : viens au soleil couchant happer des moucherons sur l'herbe de ma tombe ; comme toi, j'ai aimé la liberté, et j'ai vécu de peu. "
* 4 ° texte :  Mémoires d'Outre Tombe,  Livre 1, Chapitre 1.
« La Vallée-aux-Loups, près d’Aulnay, ce 4 octobre 1811.
Il y a quatre ans qu’à mon retour de la Terre-Sainte j’achetai près du hameau d’Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Châtenay, une maison de jardinier cachée parmi des collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison, n’était qu’un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances ; spatio brevi spem longam reseces. Les arbres que j’y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l’ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j’ai protégé leur jeunesse. Je les ai choisis autant que je l’ai pu des divers climats où j’ai erré ; ils rappellent mes voyages et nourrissent au fond de mon cœur d’autres illusions.
[...]
Ce lieu me plaît ; il a remplacé pour moi les champs paternels ; je l’ai payé du produit de mes rêves et de mes veilles ; c’est au grand désert d’Atala que je dois le petit désert d’Aulnay ; et pour me créer ce refuge, je n’ai pas, comme le colon américain, dépouillé l’Indien des Florides. Je suis attaché à mes arbres ; je leur ai adressé des élégies, des sonnets, des odes. Il n’y a pas un seul d’entre eux que je n’aie soigné de mes propres mains, que je n’aie délivré du ver attaché à sa racine, de la chenille collée à sa feuille ; je les connais tous par leurs noms, comme mes enfants : c’est ma famille, je n’en ai pas d’autre, j’espère mourir au milieu d’elle.
Ici, j’ai écrit les Martyrs, les Abencerages, l’Itinéraire et Moïse; que ferai-je maintenant dans les soirées de cet automne ? Ce 4 octobre 1811, anniversaire de ma fête et de mon entrée à Jérusalem, me tente à commencer l’histoire de ma vie. [...] ».
* 5° texte : Mémoires d’Outre Tombe, Livre 3, chapitre 8 ( 3 et 4 juin 1833)
On racontait à Vienne, il y a deux ou trois lustres, que je vivais tout seul dans une certaine vallée appelée la Vallée-aux-Loups. Ma maison était bâtie dans une île : lorsqu'on voulait me voir, il fallait sonner du cor au bord opposé de la rivière. (La rivière à Châtenay !) Alors, je regardais par un trou : si la compagnie me plaisait (chose qui n'arrivait guère), je venais moi-même la chercher dans un petit bateau ; sinon, non. Le soir, je tirais mon canot à terre, et l'on n'entrait point dans mon île. Au fait, j'aurais dû vivre ainsi ; cette histoire de Vienne m'a toujours charmé [...]
* 6° texte :  Mémoires d’Outre Tombe, Livre 3, chapitre VIII
Londres, d'avril à septembre 1822. Revu en décembre 1846.
Défaut de mon caractère.
En aucun temps, il ne m'a été possible de surmonter cet esprit de retenue et de solitude intérieure qui m'empêche de causer de ce qui me touche :  Personne ne saurait affirmer sans mentir que j'aie raconté ce que la plupart des gens racontent dans un moment de peine, de plaisir ou de vanité.  Un nom, une confession de quelque gravité, ne sort point ou ne sort que rarement de ma bouche. Je n'entretiens jamais les passants de mes intérêts, de mes desseins, de mes travaux, de mes idées, de mes attachements, de mes joies, de mes chagrins, persuadé de l'ennui profond que l'on cause aux autres en leur parlant de soi.
 Sincère et véridique, je manque d'ouverture de coeur : mon âme tend incessamment à se fermer ; je ne dis point une chose entière et je n'ai laissé passer ma vie complète que dans ces Mémoires. Si j'essaie de commencer un récit, soudain l'idée de sa longueur m'épouvante ; au bout de quatre paroles, le son de ma voix me devient insupportable et je me tais.
… Comme je ne crois à rien excepté en religion, je me défie de tout : la malveillance et le dénigrement sont les deux caractères de l'esprit français ; la moquerie et la calomnie, le résultat certain d'une confidence.
Mais qu'ai-je gagné à ma nature réservée ? d'être devenu, parce que j'étais impénétrable, un je ne sais quoi de fantaisie, qui n'a aucun rapport avec ma réalité. Mes amis mêmes se trompent sur moi, en croyant me faire mieux connaître et en m'embellissant des illusions de leur attachement.
…Toutes les médiocrités d'antichambre, de bureaux, de gazettes, de cafés m'ont supposé de l'ambition et je n'en ai aucune. Froid et sec en matière usuelle, je n'ai rien de l'enthousiaste et du sentimental : ma perception distincte et rapide traverse vite le fait et l'homme, et les dépouille de toute importance. Loin de m'entraîner, d'idéaliser les vérités applicables, mon imagination ravale les plus hauts événements, me déjoue moi-même : le côté petit et ridicule des objets m'apparaît tout d'abord  (de grands génies et de grandes choses, il n'en existe guère à mes yeux).
Poli, laudatif, admiratif pour les suffisances qui se proclament intelligences supérieures, mon mépris caché rit et place sur tous ces visages enfumés d'encens des masques de Callot. [… ]
Dans l'existence intérieure et théorique, je suis l'homme de tous les songes ; dans l'existence extérieure et pratique, l'homme des réalités. Aventureux et ordonné, passionné et méthodique, il n'y a jamais eu d'être à la fois plus chimérique et plus positif que moi, de plus ardent et de plus glacé ; androgyne bizarre, pétri des sangs divers de ma mère et de mon père.
* 7 ° textes : Correspondances générales.

A M. de ChCnedollé fils.
« Lyon, mercredi, 19 prairial, an XI (1803).
"Je vieillis ou peut-être je me désenchante, et depuis que j’ai recommencé les jours de voyage, dies peregrinationis, je ne fais que songer au bonheur de la retraite et du repos. Je le sens jusqu’au fond des entrailles, une chaumière et un coin de terre à labourer de mes mains, voilà après quoi je soupire, ce qui est le vœu constant de mon cœur et la seule chose stable que je trouve au fond de mes souhaits et de mes songes".
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A Mme de Duras, 1er février 1812 :
" A mon âge, il faut être dans un lieu reculé d'où l'on puisse voir s'envoler les années, et non pas dans un tourbillon où le temps s'enfuit sans que vous puissiez le regarder venir. La passion qui a succédé aux autres dans mon coeur, c'est celle de mon jardin : il faut bien quand on est vieux, radoter de quelque chose ; mes petits arbres font mes délices".
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A Mme de Duras, 29 avril 1811 :
" Je pars pour ma vallée: quel bonheur de rentrer dans la paix et de retrouver mes petits arbres ! [...] Si je puis parvenir à garder mes champs et mes livres, je serai la plus heureuse personne de la terre. Je vais entreprendre quelque long ouvrage qui puisse m'occuper plusieurs années ; rien ne fait mieux sentir le charme de la solitude et ne calme mieux la tête et le coeur que le travail... Je vous écrirai l'histoire de mon jardin. [...] Je suis fort gai, fort content et fort tranquille ; et si j'avais mille bonnes pistoles de rente, il n'y a point de roi dont j'enviasse la couronne ...".
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A Mme de Duras, 29 mars 1810 :
" J'ai fait deux cent fois le tour de cette petite vallée que vous avez daigné visiter et j'aime tant mes arbres [...] que je ne puis les perdre de vue un moment. Quel dommage que ce plaisir soit si cher! Si j'étais riche, il est bien clair que mon rôle serait fini dans la vie, et que je deviendrais un gentleman farmer dans toute la force du mot.
* 8 ° texte : Mémoires d’Outre Tombe, Livre 1, chapitre 9.
Vallée-aux-Loups, novembre 1817. Dernières lignes écrites à la Vallée-aux-Loups.
Révélation sur le mystère de la vie.Revenu de Montboissier, voici les dernières lignes que je trace dans mon ermitage ; il le faut abandonner tout rempli des beaux adolescents qui déjà dans leurs rangs pressés cachaient et couronnaient leur père. Je ne verrai plus le magnolia qui promettait sa rose à la tombe de ma Floridienne, le pin de Jérusalem et le cèdre du Liban consacrés à la mémoire de Jérôme, le laurier de Grenade, le platane de la Grèce, le chêne de l'Armorique, au pied desquels je peignis Blanca, chantai Cymodocée, inventai Velléda. Ces arbres naquirent et crûrent avec mes rêveries ; elles en étaient les Hamadryades. Ils vont passer sous un autre empire : leur nouveau maître les aimera-t-il comme je les aimais ? Il les laissera dépérir, il les abattra peut-être : je ne dois rien conserver sur la terre. C'est en disant adieu aux bois d'Aulnay que je vais rappeler l'adieu que je dis autrefois aux bois de Combourg : tous mes jours sont des adieux.
Le programme entier du festival est sur le site de la manifestation. Il se déroule cette année jusqu'au samedi 23 juin. Plus de renseignements au Bureau du festival : 06 85 88 81 68

samedi 26 mai 2012

Folles noces avec Catherine Delourtet et Jean-Paul Delvor

(mise à jour le 15 mars 2013)
Considérez vous comme invité à ce mariage qui est conçu comme une vraie revue. Vous aurez droit d'abord à la partie "classique" de la cérémonie avec l'arrivée des mariés à l'église et en fanfare. Catherine (Delourtet) s'offusque de trainer des casseroles. L'eau commence illico à bouillonner dans le gaz entre les tourtereaux. Jean-Paul (Delvor) est sommé de ne plus faire aucune allusion désobligeante à l'égard de sa belle-famille. La jeune femme n'a plus de voix, plus de traine, se sent "toute nue" mais sourit encore parce qu'on la regarde.

Ils nous prennent à témoins de leurs épousailles, unis qu'ils sont par l'amour et surtout par les planches. La situation est prétexte à enchainer les tubes, que l'on fredonne bouche fermée comme l'Avventura de Stone et Charden. C'est aussi l'occasion de découvrir des chansons moins connues comme Kaoutchouski de Georgius, l'histoire d'un cosaque "grand comme ça" qui aimait la belle Petrouchka. On croirait les paroles récrites sous forme parodique mais non ... preuve s'il en faut encore que la réalité dépasse la fiction.

Ils se disputent à propos du menu. C'est classique. Ils évoluent au ralenti comme s'ils étaient filmé par la caméra de Claude Lelouch, exécutent un medley et des pas de danses insensés. Le public souffle les répliques. Elle demande à son chéri s'il aime son ventre, son dos, ses fesses, évoquant la BB du Mépris de Godard avant de se lancer dans une réinterprétation assez ébouriffante de Toi toi mon toit d'Elli Medeiros.
Dans une seconde partie ils font surgir des couples célèbres avec humour et intelligence, réaménageant parfois l'histoire et jouant délicieusement avec les accents. Mona Lisa et Vinci sont égratignés, mais si peu ... Ils se donnent pleinement et la salle est véritablement épatée par leur performance. Catherine et Jean-Paul prétendent qu'ils s'amusent tellement sur scène qu'il ne sentent pas la fatigue. L'interactivité avec le public nous porte, disent-ils avec fair play. Il faut d'ailleurs voir les demandes d'autographe à la sortie !

Ils aimeraient poursuivre dans une autre salle parisienne. Et ce ne serait que justice. Ils conjuguent les talents de comédiens, de chanteurs, et de danseurs. Ce sont des interprètes qui ont le goût du texte. Aucune chanson n'est là pour faire joli, mais parce qu'elle a du sens, quitte à ce que celui-ci soit de l'ordre de la ponctuation. Il faut à cet égard souligner l'accompagnement aux claviers et à la guitare par Thomas Ribes.
C'est la première création de ce couple qui se connait depuis une vingtaine d'années. Ils ont beaucoup joué ensemble, des classiques, du boulevard ... et c'était plus fort qu'eux, il fallait qu'ils fassent des sketchs et poussent la chansonnette en seconde partie de soirée pour les copains et les techniciens se trouvant là. Il était temps qu'ils se lancent en duo et on souhaite longue et heureuse vie à cette aventure qui a commencé fin 2009. Leur numéro est parfaitement rodé mais les artistes tiennent à conserver une petite part d'improvisation, histoire de pimenter chaque soirée. On devine qu'une suite est déjà en préparation. Ce sera un joyeux événement, à n'en pas douter.

Profitez du mauvais temps qui s'annonce pour courir voir ces Noces. Vous en ressortirez aussi ragaillardi qu'il y a quelques mois après Padam Padam ou encore Une étoile et moi, deux spectacles d'Isabelle Georges avec lesquels je trouve une sorte de cousinage.

Jusqu'au 7 juillet 2012 au Théâtre 14 Jean-Marie Serreau, 20 avenue Marc Sangnier, 75014 Paris, mardi, vendredi et samedi à 20 H 30, mercredi et jeudi à 19 h, matinée supplémentaire à 16 heures le samedi, 01 45 45 49 77 ou contact@theatre14.fr

Prolongations pour 50 "cérémonies" exceptionnelles dont vous pourrez être les témoins du 18 juillet au 29 septembre 2012 à 19h à l'ALHAMBRA , 21 rue Yves Toudic, 75010 Paris
Renseignements et réservations  01.40.20.40.25
Tous les détails ici : http://www.follesnoces.com/alhambra.html

La pièce est depuis en tournée à travers la France. Pour plus d'informations, cliquez sur ce lien :
http://www.follesnoces.com/villeneuvesurlot.html

En bonus pour les spectateurs qui voudraient connaitre les paroles d'une chanson incroyablement difficile à mémoriser, voici le Cresoxipropanediol en capsule chanté par Ginette Garcin en 1966, et dont on doit les paroles à Jean Yanne :

Souvent lorsque ça va mal
Quand je n'ai pas le moral
Quand je sens mes nerfs qui craquent
Ou lorsque je suis patraque
Pour me mettre dans le bain
Je connais un bon moyen
Dans un verre d'eau sucrée
Je prends pour me remonter
[refrain :]
Du trisilicate anhydrique de magnésium
Du quadrisulfogaiacolate de potassium
Du glycérohydrato monoamoniacal
Du bichlorhydrate milenicophysidal
De l'orthodioxybenzenotocophérol
Du cresoxipropanediol, en ampoule
De l'aminophénisulfonacophétamide
De l'hexachlorocyclohexanysculoside
De l'acitalmine isopropyl orbiturique
De l'etabenzyl amoniocodiphosphorique
De l'acetylameniphenylarcinazole
Du cresoxipropanediol, en capsule

Rien ne vaut je le proclame
Les vieux remèdes de bonne femme
Mon grand-père d'un geste fier
En sortait de sa tabatière
Papa qui était estafette
En avait dans sa musette
Et quand j'ai passé mon bac
Je trimbalais dans mon sac

[refrain]

Et si vraiment ça ne va pas mieux, pas mieux, pas mieux
Je prends deux ou trois aspiri-hi-hi-iiiiiines
Et un sucre

vendredi 25 mai 2012

Pâtes, pointes et queues d'asperges

La saison des asperges bat son plein. Alors en avant pour deux déclinaisons avec des pâtes. On peut prendre celles qu'on aime, ou dont on dispose dans son placard. mais il faut savoir que les torsadées prennent mieux la sauce.

Version chaude
On prépare une sauce dans une poêle avec une échalote revenue dans du beurre. On ajoute les pointes d'asperges cuites vapeur (ce qui les garde croquantes) pour les dorer un peu. On lie la préparation avec une très grosse cuillère de crème fraîche AOC d'Isigny, une petite de moutarde de Reims, du sel et du poivre des cimes.

Version froide

Traditionnellement ce légume est servie avec une mayonnaise, ou une sauce mousseline, parfois une vinaigrette. Mais on pourrait faire plus original avec une association "moutarde ketchup-crème fraiche".

La moutarde ketchup est une des spécialités de la maison Martin Pouret. Leur produit phare demeure le vinaigre, en l'occurrence le vinaigre d'Orléans à l'ancienne. Cette fois j'ai employé leur vinaigrette asiatique, du persil plat haché (aux ciseaux) et du galanga râpé. J'ai ajouté des olives noires, des copeaux de bleu d'Auvergne, une tomate coupée en dés et finalement les queues des asperges tranchées en tronçons de 3 cm, 


Autres emploi du galanga ici.

jeudi 24 mai 2012

Art'by Cabernet d'Anjou

C'est la quatrième édition pour les parisiens, la première pour moi. La chaleur est presque insoutenable ce soir de premier vrai soleil et si on sait qu'il faut consommer avec modération c'est tout de même très festif de prendre l'apéro avec ce breuvage qui nous est proposé très frais en dégustation.

Des grappes de ballons noirs et roses assez clinquantes signalaient les cafés participant à l'opération deux heures durant, et pas au-delà. On sentait d'ailleurs dans certains troquets que cet afflux de population dérangeait et cela fait une drôle d'impression d'être persona non grata alors qu'on est invité(e) dans le même temps.

Les heureux dégustateurs ont malgré tout arpenté avec enthousiasme le quartier de Saint-Germain-des-Prés, à pied ou, pour les plus chanceux en vélo-taxi, pour aller à la rencontre d'un vin, un producteur, un artiste, et ce à 10 reprises.

Après avoir foulé le tapis rose, gouté le breuvage, et répondu à une question particulière chaque participant collait un sticker sur un carnet de bord qui, une fois rempli lui donnait la possibilité de recevoir l'Art'Book by cabernet-d'anjou. Je n'ai pas bien compris pourquoi la règle a vite été modifiée et que les passeports remplis s'échangeaient alors contre une bouteille de rosé gracieusement offerte à la dixième étape.

L'inconvénient, entre autres, fut d'inciter les "découvreurs" à circuler au pas de course et à zapper les discussions avec les producteurs et les artistes de l'association Barde la Lézarde, pressés qu'ils étaient d'arriver au terme.
La présidente de cette association, May Livory, invitait le public à puiser dans un éventaire une papillote surprise qui le transporterait dans un univers surréaliste.
L'illustrateur Beb-Deum croquait sur des nappes en papier des portraits dédicacés.
Auprès de Monsieur Lui, soudainement un lien se créé et devient langage commun. Le dessin est une écriture infinie. Cet ancien illustrateur publicitaire distribuait des copies de ses dessins, retouchées et signées à l'instant, faisant d'elles des pièces uniques, en règle générale très appréciés ... mais on ne peut pas plaire à tout le monde puisqu'on n'est pas louis d'or, n'est-ce pas ?

Par contre tous les producteurs ont été médaillés au dernier Salon de l'agriculture et vous remarquerez que la bouteille du rosé d'Anjou est particulière, élancée et siglée.
Hélène Sauvage mettait le promeneur à contribution, lui faisant écrire une ligne d'une correspondance amoureuse imaginaire entre Juliette Gréco et Miles Davis sur des bandes de scotchs roses qui reliaient les deux portraits. Un instant pour apprécier un verre du Domaine de Sauveroy et me voici en route pour une prochaine étape.
Etienne Lécroart imagina une suite de cases de bande dessinée pour composer un scrabble sur la vitre d'un troquet en faisant intervenir le passant pour rédiger les textes des bulles, en exerçant son droit de veto quand l'aphorisme ne lui convenait pas. Mon joyeux "pourvu qu'on ait le bal" imaginé dans ce café qui se nomme le Balto passa ainsi à la trappe.
Raphaëlle Boutié intervenait sur les sous-bocks décorés un peu à la manière de Pollock pour leur donner la touche finale. Et comme elle le dit avec humour : il faut en boire du pinard le temps que la peinture sèche si on veut repartir avec sa petite oeuvre.
Je fus incapable d'achever le périple dans les temps et je ne relaterai donc pas les performances de tous. Ils eurent en commun de solliciter le public à mettre la main et à se prêter au jeu en donnant un peu d'eux-mêmes. La couleur rose inondait les productions en peinture, encre, bande ou rectangle de papier brillant. On la remarquait aussi sur les tabliers des sommeliers, sur les longs crayons à papier et sur les tenues des artistes.

L'ambiance était festive comme il se doit pour un anniversaire de mariage entre l'art contemporain et le premier rosé demi-sec de France dans un quartier mythique. J'ai laissé tomber mes a priori sur ce breuvage dont je n'avais pas le souvenir qu'il pouvait être à la fois si doux et acidulé, si parfumé et fruité, quelquefois velouté, ou exhalant des arômes de bonbons et de barbapapa, à moins qu'il ne soit très subtilement boisé, mais toujours avec davantage de rondeur que de "sucrosité" et l'impression de croquer directement dans le raisin. J'avais jusque là tendance à mettre tous les rosés ... dans la même bouteille, sans distinction de saveur particulière. Je l'imagine désormais aisément au-delà du début de repas, capable d'accompagner un foie gras aussi bien qu'un Gewurtztraminer. Et bien entendu tous les plats exotiques et les salades de fruits.
Dommage tout de même de n'avoir pas eu vraiment le temps d'échanger avec les vignerons. Je reste sur ma soif en ce qui concerne les procédés de saignée, de pressage direct ou pas, de macération pelliculaire, de fermentation à basse température et de chasse à l'oxygène. Et si j'ai apprécié les vraies différences organoleptiques des uns et des autres je serais bien incapable de les associer à des producteurs chez un caviste. Je suis donc candidate à un stage in situ ...

Je me permettrais aussi deux recommandations pour ceux qui participeront à la prochaine édition de cet apéro artistique. Qu'ils se chaussent de rollers pour rallier sans peine les cafés excentrés, et qu'ils glissent sous leur bras une baguette de pain (parce que très franchement c'est mission impossible et cruelle de déguster en restant à jeun). Le béret ou mieux le canotier pourrait être fourni par l'organisation et servir de base aux interventions des artistes. Car rien n'est mieux qu'un objet qu'on emportera pour le reporter tout l'été. Le souvenir renforce la présence à l'esprit.
J'ai une dernière suggestion pour aider l'amateur à savourer un verre très frais. Quelques minutes suffisent pour congeler des glaçons dans des formes élégantes en recyclant les emballages légers (et indestructibles) qui séparent les chocolats dans les ballotins. C'est tout de même mieux que des glaçons d'eau quand on n'a pas le temps d'attendre que la bouteille se refroidisse dans son intégralité ou qu'on ne dispose pas d'un seau à glace adéquat.
Les bars participants à l’édition du jeudi 24 mai de Art’By Cabernet d’Anjou 2012 entre les rues de Buci et Mazarine étaient:
Le Balto, Le Bar III, Le Buci, Le Café Le Conti, L’Echelle de Jacob, Les Etages, Le Hideout, The Mazet, Le Molière, Le Night Owl.
Plus de renseignements sur la manifestation en se rendant sur vinsdeloire.fr/
L’abus d’alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération

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