vendredi 26 juillet 2013

Un petit Carré frais estragon-échalotes ... un gros plus dans la cuisine

On connait tous le Carré frais ... diversement parfumé. Quand j'ai entendu parler de l'association estragon-échalotes j'ai eu très envie de la goûter. Ce ne fut pas si simple ... parce qu'il a fallu que je fasse plusieurs enseignes pour trouver cette référence là.

Donc anticipez et n'imaginez pas qu'il vous attend forcément dans votre magasin de quartier.

Il est nouveau, donc encore rare, mais il mérite qu'on lui porte intérêt. 


L'association est plus savoureuse que le classique "ail et fines herbes" de ... vous voyez bien de qui je veux parler. L'échalote est plus digeste. C'est un atout.

Je l'ai d'abord mangé tel quel, histoire de faire vraiment connaissance.

Quand j'ai lu dans le livre de Clémentine Donnaint la marche à suivre pour faire un "vrai" sandwhich comme dans les années 70 avec de la rosette, de la tomate, des cornichons ... et des échalotes préalablement fondues à la poêle j'ai aussitôt eu envie d'enrichir avec un de mes petits carrés.

Le résultat est digne d'être casse-crouté sur la Nationale 7.
J'ai tenté une version plus moderne, XXI° siècle, avec les mêmes ingrédients en remplaçant les cornichons par deux feuilles de salade. Pour ce faire j'ai pris un pain de mie dont j'ai retiré les bords. Je l'ai écrasé au rouleau à pâtisserie (ne pas hésiter à retourner la tranche et à passer le rouleau dans les deux sens).

J'ai tartiné de carré frais estragon-échalotes. Posé quelques échalotes confites à la poêle parce que j'en avais ... des rondelles très fines de tomates, de rosette, les deux feuilles de salade ... et il n'y avait plus qu'à rouler.
J'avais envie de quelques chose de plus original, à la fois simple et sophistiqué. Et si on prenait de grosses pâtes pour les farcir comme des verrines ... ?

Celles-ci sont des Rigatoni et je n'avais pas anticipé qu'elles doubleraient de volume après cuisson, rendant leur équilibre un peu précaire, quoique l'épaisseur de la pâte soit tout de même très satisfaisante. D'ailleurs un petit conseil : si vous la voyez pencher dangereusement, adoptant une allure un peu Tour de Pise, vous pouvez la retourner et il se peut que la stabilité soit meilleure. Car les Rigatoni sont parfois coupés avec un très léger biais.
On voit sur cette photo la différence de volume entre avant et après cuisson. Elle fait alors 6, 5 cm de hauteur avec un diamètre de 3 cm. De là à dire qu'il serait possible de prendre de simple cannelloni, quitte à ensuite les couper en deux ? Il faudrait comparer les diamètres ...,  Il me semble aussi que le fait que le tube soit rainuré (à vrai dire pour accrocher la sauce sur toute leur surface, extérieure et intérieure) lui confère davantage de stabilité. 

Le principe c'est de servir ces pâtes posées debout, froides, et fourrées.

J'ai mélangé du carré frais estragon-échalotes, allongé d'un peu de fromage blanc (une cuillère à café par carré, pas davantage), des sardines au citron, et des olives vertes émincées. J'en ai rempli les Rigatonis cuits à l'eau bouillante (salée), bien égouttés et refroidis.

On pourrait prendre des miettes de thon, des rillettes de saumon ou même du maquereau.

J'ai tenté une autre association avec le carré frais 0% poivre et baies roses mais le résultat n'est pas concluant comme avec la saveur estragon-échalotes.

Trois par personne suffisent amplement pour une entrée gourmande.

Ne sont-ils pas amusants, dressés comme des I avec une demi-olive noire en guise de point ?

Si les cannelloni ne me paraissent pas plus adéquats par contre des conchiglioni, en forme de gros coquillage pourraient eux aussi faire l'affaire ou des tomates cerises évidées.

Et si on cherche diététique à tout prix alors on peu déposer un peu de farce sur une rondelle de tomate, en osant une couleur originale (orange ou verte) ou sur une tranche fine d'avocat, ou même de fruits, la poire par exemple. Il suffira de la citronner pour qu'elle ne noircisse pas.

Autres idées pour employer ce petit carré : pour donner davantage de saveur à un hoummous, pour tartiner des blinis, entre deux crackers,  dans une soupe ...

jeudi 25 juillet 2013

Nationale 7 ... on descend la route mythique mais on fait des pauses

Charles Trenet lui dédia une chanson. La route inspira d'autres artistes comme Gilbert Bécaud avec l'aéroport d'Orly qui la surplombe ou Michel Fugain parce que son beau roman, sa belle histoire s'est logiquement déroulé au bord de cette nationale.

Chacun a ses propres évocations. J'aurais ajouté Nemours et ses coquelicots qui parfument délicieusement sirop et bonbons, Moulins et ses palets d'or, Orange et ses chorégies ... Je ne dirais pas que j'ai sillonnée la Route bleue de A à Z. Quelques tronçons, oui, et puis des bifurcations selon les destinations finales. Il m'arrivait de rouler un peu plus à l'Est, par exemple pour traverser le Morvan et Saulieu.

Ou au contraire plus à l'ouest. Ah ... la traversée de Millau (nationale 9) avant la construction du viaduc ... s'éternisait pendant des heures, valant en difficulté celle de Lapalisse, petite ville de l'Allier, si nostalgique de ses embouteillages qu'elle en a fait sa spécialité pour les reconstituer chaque été, mais à une date convenue d'avance.

Car depuis quelques années les vacanciers se tournent vers le TGV, ou l'autoroute, quand ce n'est pas en avion qu'ils se posent directement à Marignane. Si on voulait aujourd'hui emprunter la N7 il ne suffirait d'ailleurs plus de mettre le cap sur le sud pour relier Paris et Menton. La moindre bretelle de contournement vous éloigne d'un centre ville ancien et vous voici aimanté par un péage qui, curieusement est le seul à être fléché.

Même les bornes blanches et rouges se sont volatilisées, sous prétexte que certaines portions sont devenues départementales : les D207, et D1007, sont d’anciens tronçons qui ont été déclassés. Et il est rapide de prendre la mauvaise bifurcation à un rond-point.

C'est donc une belle idée de consacrer un livre au sujet. J'en ai parcouru les pages avec plaisir, retrouvant presque mes 20 ans, les kilomètres qu'on enfilait la nuit pour retrouver les copains en Avignon avant d'aller piquer une tête dans la grande bleue.
Nos parents l'avaient descendue en 4 CV (ci-dessous) ou en DS (ci-dessus) s'ils étaient plus argentés. Nous, ce fut à moto, en deux pattes, en 4 L ou en Simca 1000, sans climatisation bien évidemment mais on ne se plaignait pas, trouvant cela normal. Aux abords de Lyon il devenait difficile d'entendre RTL. Nous étions trop loin de l'émetteur. Les ondes crachotaient et il fallait passer sur RMC si on voulait continuer à avoir de la musique dans l'habitacle.

On ne battait pas de record de vitesse. Du coup on s'autorisait des haltes. La Bussière et son musée de la pêche, Briare et son grandiose pont-canal, la vue panoramique des Baraques (Loire), les raffineries de Feyzin, et puis les hauteurs de la Turbie ... c'est aussi cela la RN 7.

Clémentine Donnaint et Elodie Ravaux ont fait d'autres choix mais tout autant intéressants. Tant qu'à prendre le temps elles ont focalisé sur des plats de pique-nique et c'est une bonne idée. Leur carnet de voyage culinaire est une ode au bien manger en 15 étapes. Elles donnent envie de sortir la nappe à carreaux qu'elles ont elles-mêmes déroulée en pages intérieures de couverture.

L'accent est mis sur la menthe de Milly-la-Forêt, le raisin chasselas de Fontainebleau, les pralines de Montargis (je les écris différemment : praslines suivant l'orthographe de la maison Mazet), le sandre de la Loire et ainsi de suite jusqu'au citron de Menton.
J'aurais bien croqué dans le sandwich à la figue (p.39) mais c'est le vrai routier, à la rosette de Lyon (p.72) que je me suis empressée de faire, avec une petite variante. J'ai trouvé astucieux de faire revenir des échalotes pour les poser sur le pain beurré. En allant plus loin j'ai aussi attendri les rondelles de tomate dans la poêle qui furent presque confites avant d'être recouvertes par le saucisson.

Mais la principale modification fut de tartiner la baguette avec un carré frais estragon-échalote. Si vous n'avez pas de pain frais vous pouvez employer du pain de mie mais je vous conseille de l'écraser au rouleau à pâtisserie pour pouvoir le rouler ensuite comme un wrap.
Beaucoup de recettes sont tentantes, comme les croquets nivernais (p.55), la crème au nougat (p.114) et le moelleux au marron (p.159) coté sucré et puis le vrai tartare de Georges (p.85) ou la cervelle de canut (p.90) qui se révèle facile à faire soi-même.

A la fin on s'attendrait à trouver la liste alphabétique des recettes (toujours ultra pratique pour retrouver  une spécialité dans quelques semaines) mais c'est sur une table des ingrédients que l'on tombe. Comme si on allait chercher spécifiquement un plat à faire avec ... je cite au hasard ... de la maïzena. Les auteurs n'imaginent pas combien c'est agaçant quand on ne sait plus dans quel livre on a vu "la" recette qu'on veut exécuter là, maintenant, et dont on se souvient juste de l'intitulé.

J'ai été surprise également par la présence de madeleines p.176, associées à la ville de Nice alors que nous sommes loin de Commercy mais servies avec la mousse au citron de Menton de la page suivante c'est un tel délice que l'on ne va pas porter plainte pour détournement de spécialité.

Nationale 7, 50 recettes sur la route mythique de Paris à Menton, de Clémentine Donnaint et Elodie Ravaux, Hachette cuisine, juin 2013

mercredi 24 juillet 2013

Les lentilles vertes ... il faut oser

Les lentilles ne sont pas forcément du goût de tout le monde. On a tort parce qu'elles sont riches en vitamines B (B1, B2, B6) qui sont essentielles pour faire tourner correctement notre métabolisme, et puis aussi en fer et calcium.

On croirait à première vue que c'est équivalent sur le plan nutritionnel au riz, aux pâtes ou aux pommes de terre mais la lentille verte apporte 4 fois plus de fibres.

J'ai décidé de la remettre à l'ordre du jour de mes menus, sans pour autant l'employer toute seule.

Le seul hic, et il était de taille, c'est que j'avais le souvenir de lentilles trop cuites peut-être, quasi explosées alors que je les aurais voulu presque croquantes.

C'est alors que j'ai découvert les sachets cuisson proposés par Tipiak, la marque emblématique du tapioca que je connais depuis l'enfance.

Le sachet cuit en 11 minutes et le résultat réconcilie tout le monde.

Inspirée sans doute par la cuisine indienne, j'ai eu envie d'associer les lentilles à du riz. J'ai ajouté de la betterave rouge, histoire de faire vraiment le plein de fer. Servie froide et avec une vinaigrette rehaussée par une moutarde au moût de raisin ce fut une entrée originale qui s'est très bien accordée avec des lamelles de haddock.
Ne restait qu'à poser quelques brins de haricots verts pour faire joli mais du cerfeuil aurait tout autant convenu.
Depuis, je récidive régulièrement, en variant les combinaisons. Si le duo lentilles-riz devient une valeur sûre, je le décline ensuite soit en jouant avec les couleurs, soit au contraire en associant des légumes qui se ressemblent mais qui n'ont pas les mêmes saveurs, suivant dans cette approche les conseils de Alain Passard, plutôt magicien dans ce domaine.

Fèves et lentilles ... c'est à essayer :
Lentilles-riz-pommes ... et fenouil plus surprenant ...  mais on adore.

mardi 23 juillet 2013

Les passages couverts en Visite Spectacle

Rendez-vous me fut donné à deux pas du métro Richelieu-Drouot, à l'entrée du Passage des Princes, sur le pavage si joliment conservé.

Je m'imaginais qu'on allait nous parler de la coupole merveilleuse dont je pris un cliché pendant l'attente. Mais non, notre guide nous entrainera à l'opposé.

C'est qu'il est davantage acteur et qu'il a une histoire à raconter. Le concept est de jumeler une visite avec un spectacle. Le souci est, à mon avis, que le "spectacle" prend le pas sur la "visite" si bien que les promeneurs en ressortiront avec des idées fausses sur le quartier.

J'étais pourtant acquise au concept et suis arrivée avec mon enthousiasme habituel. Mais j'ai déchanté, et je n'ai pas été la seule, même si le public, bon enfant, s'est laissé chahuter avec bonne humeur.

Propos misogynes inutiles, invectives gavrochiennes maladroites, et pour terminer un appel à la générosité des spectateurs parmi lesquels on a fait passer la casquette pour obtenir un pourboire. La prestation était facturée 18 € en 2010. Le tarif a grimpé à 25 € en 2013 et consacrer 100 € pour une famille me semble être suffisant, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter un pourboire.

Je vais néanmoins vous raconter ce moment avec le plus d'objectivité possible et vous vous ferez votre propre opinion ... En tout cas l'endroit se prête à l'exercice parce que les passages couverts sont chargés d'histoire et que ce quartier des Grands Boulevards, que je commence à (très bien) connaitre fourmille d'anecdotes.

Voici comment la prestation est partout décrite : Découvrez un parcours au cœur des Grands Boulevards, à l'abri des intempéries, ouvert toute l'année ! Passages des Princes, des Panoramas, Jouffroy & Verdeau. Notre guide, le fameux Jean-Jacques de la Tour, nous apprend qu’il prépare une thèse sur Nathaniel de Cantaussel. Cet homme serait mort assassiné dans le Passage Jouffroy en 1870 et ce crime n’a jamais été élucidé. Or, lors de ces recherches, Jean-Jacques de la Tour a retrouvé des éléments qui viennent éclairer sous un jour nouveau ces évènements, et bien sûr, toutes ces pièces à conviction proviennent des Passages empruntés… Durant cette visite-spectacle, on va rencontrer 6 personnages qui ont tous été témoins ou acteurs dans cette affaire. Les circonstances troublantes autour de ce crime permettent de mettre en place un véritable « jeu de piste-enquête » dont le public est partie prenante, les spectateurs étant impliqués de manière interactive dans la quête de la vérité! Aidez-nous à résoudre cette célèbre affaire !

A priori l'idée est intéressante. Le souci est qu'à force de mêler vérités historiques et fiction on finit par s'embrouiller.

D'abord il n'y a que le fameux Jean-Jacques de La tour à y croire. Nathaniel de Cantaussel n'a pas été assassiné, et pour cause : il n'a existé que dans l'imagination fertile de son créateur. Je n'ai perçu aucune circonstance troublante, ni pièces à conviction, ou alors c'est que j'ai mal écouté, ou mal compris. Tout n'est que rhétorique. A la fin les spectateurs mettent tous les dialogues dans le même sac, celui du faux semblant, alors que certaines affirmations sont vraiment véritables. Je vais donc remettre un peu d'ordre dans ce micmac.

Les passages couverts permettent de relier Montmartre au Palais Royal sans subir les intempéries, qu'il s'agisse de la pluie comme de la canicule. Il suffit de se retourner pour voir se détacher le Sacré-Coeur depuis l'entrée du Passage des Princes.

De façon typique, ce sont des galeries d'une centaine de mètres, percées au travers des immeubles ou construites en même temps qu'eux, puis couvertes par une verrière offrant un éclairage zénithal qui leur donne une lumière particulière.

On les trouve sur la rive droite de la Seine, à l'intérieur des limites de Paris avant son extension de 1860, dans les zones drainant la clientèle aisée à l'époque de leur construction et qu'il convenait d'abriter des écarts de température en lui proposant un ensemble de commerces variés.

Les travaux d'Haussmann, qui ouvrent les quartiers en perçant de grandes avenues, et la concurrence des grands magasins conduiront à la disparition de la plupart des passages. Leur renaissance est récente. Ils sont presque tous inscrits aux Monuments historiques.
La restauration est très réussie. Comme en témoignent ces mascarons qui grimacent au-dessus de nos têtes mais dont nous ne saurons rien.
Notre guide, en queue de pie et rouflaquettes, prend à son compte la parole de Guy de Maupassant : à Paris, mieux vaut ne pas avoir de lit que d'habit. L'écrivain adorait le boulevard où il ne savait où donner de la tête entre les bourgeoises décomplexées, les femmes en crinoline et les cocottes.

On nous parle d'Adolphe Dugléré, un cuisinier élève de l'illustre Carême qui fut chef des cuisines du baron Rothschild jusqu'en 1848 avant de reprendre la direction des "Frères Provençaux" au Palais Royal puis en 1866 du "Café Anglais" auquel son nom reste attaché.

Situé à l'angle du boulevard des Italiens avec la rue de Marivaux,  le "Café Anglais" est à la mode. Les diplomates européens apprécient les salons particuliers où ils dînent avec des courtisanes. L'une d'elles, Anna Deslions, lui inspire la recette des "Pommes Anna", sorte de gâteau de pommes de terre cuites dans du beurre  et qui doit rester moelleux au cœur et croustillant à l'extérieur. Il créé le soufflé à l'anglaise, la sole et le bar à la Dugléré mais aussi le "Potage Germiny" avec humour peut-être puisqu'il a été imaginé pour le comte Germiny qui était gouverneur de la Banque de France et qu'il est composé d'oseille, de cerfeuil et de jaunes d'oeufs.

C'est lui aussi qui a composé le menu du célèbre dîner dit des "Trois Empereurs" qui réunit le tsar Alexandre II, le tsarévitch Alexandre, le roi de Prusse Guillaume Ier et Bismarck. Le guide nous en donne le menu : potage, relevés, entrées, sorbet au vins de champagne, rôtis, parmi lesquels des ortolans, suivis de légumes qu'on appelle alors entremets, sans oublier les bombes glacées, le tout arrosé de plus d'une vingtaine de vins.

On ne mange plus un tel nombre de plats. Nous recevons l'ordre de les mémoriser parce que dans quelques minutes ce sera l'interrogation orale que subira ... question de hasard ... Xavier avec beaucoup de bonne volonté.
Notre homme poursuit son affaire, bientôt rejoint par un autre comédien pour un duo compliqué où nous apprenons qu'Haussman fit construire en 1868 une morgue sur la pointe Est de l'île de la Cité qui constitua une des sorties les plus en vogue : les cadavres à identifier (notamment des victimes de noyades), étendus sur 12 tables inclinées de marbre noir, y étaient exposés pendant trois jours, dans une salle séparée du public par une vitre.

Ce lieu qui préfigure l'Institut médico-légal qui s'installera quai de la Râpée en 1914. Pour le moment il est prétexte à servir de cadre à l'affaire criminelle que nous sommes censés résoudre avec comme indice la célèbre recommandation de Vidocq : cherchez la femme !

Avant cela nous allons arpenter un peu ce si beau Passage des Princes, resplendissant depuis qu'une grande enseigne de jouets l'a racheté en 1985, en le sauvant de la démolition. (attention il est fermé le dimanche)
On le doit à l'homme d'affaires, Mirès, propriétaire de l'ancien palace « Grand Hôtel des Princes et de l'Europe », au 97 de la rue Richelieu, qui possédait également l'immeuble situé au 7 boulevard des Italiens. La banque Mirès et compagnie put ainsi ouvrir un passage qui profita d'une situation extrêmement agréable. Son inauguration eut lieu en 1860, alors sous le nom de passage Mirès. Il fut le dernier passage couvert édifié à Paris à l'époque d'Haussmann. 
Les horloges témoignent de la proximité des relais des diligences. Il était crucial d'y lire l'heure.

Nous verrons d'autres horloges dans chaque passage. Au bout de celui-ci nous voici de nouveau sur le boulevard, histoire de pointer l'immeuble qui projette ses balcons sur le carrefour, et où il était de bon ton de se montrer. La toiture est en forme de pignon de pin nous dit notre guide, d'où l'expression "avoir pignon sur rue".

Son interprétation me semble fantaisiste. Le pignon désigne la partie supérieure d'un mur en forme de triangle et supporte la poutre principale de la charpente d’une maison ou d’un commerce. Par extension, l’expression a évolué en désignant le fait de posséder un bien immobilier plutôt riche.
Notre guide nous attend déjà, devant un porche de la rue Vivienne, dans une position qui lui est familière, pour nous donner quelques caractéristiques du style haussmannien. 
Les toits d'ardoise ou de zinc sont inclinés à 45°. Les balcons courent au second et au cinquième étage. Pour faciliter la construction des murs, on a l'idée de numéroter les pierres de taille dans les carrières et les premiers occupants emménagent sans attendre que les plâtres aient eu le temps de sécher complètement. Comme ceux ci suintent d'eau on dit qu'ils doivent "essuyer les plâtres", ce qui est un désagrément important.
C'est dans la galerie Feydeau, du Passage des Panoramas qu'eut lieu en 1816, le premier essai d'éclairage public au gaz dont on a conservé un exemplaire. Il a été construit en 1799-1800 à la place de l'hôtel de Montmorency-Luxembourg. Son nom provient d'une attraction installée au-dessus de l'entrée : deux rotondes où étaient peints des tableaux panoramiques représentant des paysages de grandes villes.
Il abrite encore la boutique du graveur alsacien Henri Stern, qui date du début du XIXe siècle. Cet homme a inventé un procédé permettant d'authentifier les titres boursiers en insérant un filigrane dans le papier. Son imprimerie était surveillée 24 heures sur 24. C'est désormais aussi le domaine des marchands de cartes postales et de timbres-poste bien connu des philatélistes.

Le Théâtre des Variétés s'est installé à coté, en 1806 après que Napoléon 1er le chassa du Palais-Royal, où il faisait de l'ombre au théâtre Français (qui deviendra la Comédie française). Un décret impérial limitait alors à huit le nombre des théâtres parisiens. Mlle de Montansier, la directrice des Variétés, fut malgré tout autorisée à élever une nouvelle salle dont le répertoire devait se constituer de « petites pièces dans le genre grivois, poissard ou villageois ».
Une certaine grisette du nom de Myosotis nous y attend en tenue d'époque, un bouquet de violettes dans son décolleté généreux. Elle serait mêlée à la sombre affaire que nous devons démêler ...
On oublie la chambre de Stendhal qui s'écroule au numéro 50 mais on lève tout de même la tête parce qu'il subsiste d'anciennes plaques assez amusantes.
Le salon de thé, l'Arbre à Cannelle, conserve le plafond à caissons et des éléments de décor de l'ancien chocolatier François Marquis.
L'immeuble que traverse le passage Jouffroy a remplacé une maison célèbre sous la Restauration. Elle hébergeait, dans les années 1820, un si grand nombre d'artistes divers, comme Rossini, qu'on la surnomma la Boîte aux Artistes. Inauguré en 1847, il porte le nom du directeur de la société propriétaire de la voie. C'est le premier passage construit entièrement en fer et en verre.
La décoration apparaît relativement sobre avec principalement deux horloges qui ne sont pas forcément à l'heure. La configuration du terrain obligea les architectes à créer un décrochement en « L » à partir d'un escalier qui rattrape une légère déclinaison.
On y trouve des boutiques que l’on ne trouve pas ailleurs, et où on vient du monde entier comme la boutique de cannes de Gilbert Segas au numéro 1.

Le guide campe devant l'hôtel Chopin où il parait que l'homme n'est jamais entré... sauf que le musicien a beaucoup fréquenté le quartier car il habitait sur les Grands boulevards, au 27 boulevard Poissonnière pour être précise. En outre l'hôtel, modeste en terme de prix, est inscrit à l'inventaire des Monuments historiques et ses chambres sont charmantes.

Il jouxte un portique surmontée d'une composition historique, qui est l'entrée secondaire du musée Grévin, auquel j'ai consacré un billet spécifique.
Mlle Eclaircie invective notre guide. C'est une Lorette, comme on disait des femmes faciles qui habitaient dans le quartier voisin de l'église Notre Dame de Lorette.
Nous traversons la rue, laissant de coté la demoiselle en conversation animée avec un mauvais garçon. Nous voici Passage Verdeau, construit dans le prolongement nord du passage Jouffroy, pour relier la rue de la Grange-Batelière à la rue du Faubourg Montmartre, en 1847. Le 7 de la rue Grange Batelière n'a plus son gros numéro qui annonçait sa fonction. C'était le "bar de Vénus" où les frères Goncourt, peu avares de détails scabreux et fort amateurs de polissonnerie, avaient leurs habitudes.

Le négociant Jean-Baptiste-Ossian Verdeau était l'associé de Jouffroy. Il fut par ailleurs inventeur du système de location de linge aux hôtels et meublés. La proximité de l'Hôtel Drouot explique l'installation de nombreux antiquaires, collectionneurs de livres anciens ou decartes postales anciennes.
L'énigme se résout par l'intervention des trois comédiens-protagonistes. Et comme tout finit par des chansons ce fut l'Amant de Saint Jean qui mit tout le monde d'accord. Enfin presque parce que Xavier, sollicité à chaque arrêt, avait envie de se faire oublier ...
S'il y a bien une interrogation qui subsiste c'est pourquoi les comédiens ne citent pas l'opération Grands boulevards ni les noms des partenaires associés et devant lesquels ils stationnèrent comme le musée Grévin ou le Salon de thé le Valentin (dont les glaces sont très bonnes au demeurant ...) sans compter le restaurant les Noces de Jeannette qui se situe quasiment au tout début du circuit.
Un pass (non nominatif valable pour une personne) est délivré sur le premier site après achat d'un billet ou d'une prestation plein tarif.

Il ouvre droit ensuite à des réductions chez tous les autres partenaires, 25 % chez Visites Spectacles.

Autres articles autour des Grands Boulevards :
La visite du Musée Gourmand du chocolat
Le Grand Rex et les Etoiles du Rex et les Noces de Jeannette
La Tour Jean Sans Peur et 4 Roues sous 1 parapluie
Le musée Grévin et le Salon de thé le Valentin
1 Paris 2 Rêve
Paris Story
Le Manoir de Paris
Le roman de Tonie Behar Grands Boulevards chez JC Lattès, paru en juin 2013

Si vous préférez découvrir Paris assis dans un fauteuil c'est Paris Story qui vous conviendra avec un film dans la tradition des sons et lumières. Si vous êtes féru de vérité historique préférez Béatrice de 1 Paris 2 Rêve. Et si vous ne voulez pas marcher tout en voyant du paysage c'est 4 Roues sous 1 parapluie qu'il vous faut.

La Visite-Spectacle des Passages couverts a été imaginée et écrite par Etienne Mallinger - professeur d’histoire auteur de pièces de théâtres et de spectacles - et mise en scène par Romain Pissene

Départ à l’entrée du Passage des Princes ( coté Bd des Italiens), 75002
un samedi sur deux à 15 heures

lundi 22 juillet 2013

Voyager avec nos régions ont du talent

Certains d'entre vous sont en vacances. D'autres reviennent ou partent ... Je vous prolonge de les anticiper ou de les prolonger gustativement sans souffrir des embouteillages ni de la chaleur.

Et pour tous ceux qui en sont privés, quelle qu'en soit la raison, il y a plusieurs moyens de s'en donner l'illusion, le temps d'une soirée.

Vous pouvez faire comme si vous étiez en Italie avec une incursion dans un restaurant italien, en Russie chez Ikra, au Cambodge aussi.

Une journée à Paris peut s'avérer très dépaysante, y compris sur les plages de la Seine.  Déjeuner dans un delicatessen de la rue des Rosiers, s'offrir un gommage dans un hammam et on se croirait en Europe centrale sans prendre un billet d'avion.

Il y a encore plus simple en voyageant chez soi avec des produits du terroir. Il suffit de se constituer une réserve de bonnes choses en les choisissant parmi les 330 spécialités régionales de Nos régions ont du talent que les magasins Leclerc ont sélectionnées. Ce n'est pas nouveau et ce n'est pas un coup de bluff marketing.
Depuis 1999, j'apprécie ces produits que j'achète les yeux grand ouverts. et pour cause : les noms des producteurs figurent en toutes lettres sur les emballages. Le consommateur connait parfaitement la provenance et la plupart du temps c'est "le" spécialiste du produit qui est le fournisseur. Si c'est pas de la transparence ... !
Je me suis amusée cette année à suivre un parcours gourmand qui me console de ne pas quitter la région parisienne où je dois régler des soucis familiaux.
Quand je vivais en Alsace, je trouvais que le bord de mer était très éloignée et un collègue ne manquait pas de me contrarier en argumentant qu'il suffisait de "plier la carte" pour s'en approcher. Cette fois nul besoin d'un tel artifice pour respirer le parfum de la lavande et s'imaginer pique-niquer sur la plage. Cette tapenade est fondante, exactement comme il convient de l'être.
On pourrait se délecter d'une bouillabaisse. Baptisée "soupe d'or" ce plat marseillais par excellence est une promesse de saveurs.

En "remontant" on piochera un calisson d'Aix, bien que j'en ai aussi la recette puis un nougat de Montélimar qui doivent leur moelleux à l'adjonction de blanc d'oeufs depuis le XVII° siècle. Cette friandise est devenue emblématique de la Nationale 7 à laquelle Hachette vient de rendre hommage. Je vous en reparlerai très bientôt.
Restons dans les friandises, en nous propulsant vers d'autres rivages marins, bretons cette fois, avec le Kouing amann pur beurre, façonné à la main (c'est écrit sur l'étiquette), inventé par un boulanger en 1860 par nécessité, alors que la farine manquait. Il n'est pas pour autant pauvre en calorie car le beurre breton lui aussi y est très généreux.
Sa richesse le rend, à mon avis, un peu difficile à servir en fin de repas. c'est au petit déjeuner que je l'apprécie le plus. Et je sors la nappe bretonne pour m'y croire tout à fait !

Je ne suis jamais allée dans la Creuse mais j'aime beaucoup le Gâteau creusois que je sers avec des fraises.

La recette est ancienne mais elle n'a été retrouvée qu'en 1969 grâce à la démolition d'une maison de moine du monastère de Crocq où l'on trouva un parchemin du XV° siècle écrit en vieux français.

Sa cuisson "en tuile creuse" et les noisettes locales en font un dessert qui a un petit coté rustique. La taille des noisettes est irrégulière. Elles ne sont pas en poudre quoique concassées finement quand même. Le sucre de canne roux donne de la douceur.

Sur l'emballage, un point blanc permet de localiser la région de production, en l'occurrence la Marche, que je ne connaissais pas, je l'avoue.

Le péché de gourmandise sera moins prononcé avec une gaufre fine du Nord. C'est la Dunkerquoise qui les fait pour Leclerc et je les adore autant avec des fruits qu'avec du fromage blanc. M'arrive même de marier les deux.

Elle m'évoque ma grand-mère qui en faisait sur la cuisinière dans un très joli gaufrier que j'ai réutilisé il y a quelques temps et que j'avais présenté ici. Mais on n'a pas tous les jours le loisir de préparer ces petites douceurs ...
Coté gâteau vous vous doutez bien qu'il y a l'embarras du choix, entre les broyés du Poitou, qu'on se partage à coup de poing, les sablés au beurre d'Isigny AOP et à la crème d'Isigny, AOP encore, et réalisés par l'excellente biscuiterie de Lonlay-l'Abbaye que je me promets de visiter un jour ... ou encore les canistrellis corses aux grains d'anis aussi secs que croquants.

Et puisque nous sommes repartis dans le Sud, restons dans l'ile de beauté avec le pâté de figatelli, saucisses traditionnelles typiques de la charcuterie de là-bas à base de foie de porc qui est fondant en bouche et qui s'accorde très bien avec des courgettes crues en vinaigrette. Il faut vraiment le goûter. Sa situation à mi-chemin entre pâté de foie et pâté de campagne est surprenante.
Il suffit de les trancher à la mandoline comme on le ferait d'un céleri.
J'aime aussi les grillons de canard, à l'apéritif ou en entrée, sur du pain frotté à l'ail. et tant qu'à faire c'est l'ail rose de Lautrec que je choisis puisqu'elle existe elle aussi sous l'étiquette Nos régions ont du talent.

J'ajoute des cornichons maison (c'est si facile à faire soi-même) et des pickles maison, pas plus compliqués à réussir.

Si vous tenez à épater davantage vos convives le pâté périgourdin au foie de canard et au jus de truffe satisfera les becs exigeants.
Quelques rondelles de saucisse sèche d'Auvergne (reconnaissable à sa forme en fer à cheval) peuvent rivaliser avec le saucisson de Paris on ne peut plus traditionnel et toujours apprécié avec une salade composée. Et un cidre de Normandie car il y a aussi des boissons dans la gamme.
La saucisse de Montbeliard, déjà cuite, peut se grignoter froide avec un assortiment condimentaire. Et j'ai retrouvé le goût instantanément de fumé qui me rappelle mes vacances de l'été dernier en Franche-Comté.
Elle se réchauffe rapidement pour s'accommoder de lentilles que j'ai, cette fois, épicées avec du curcuma, de la vanille de la badiane et de la cannelle. Un ventre affamé aura besoin d'un plat plus roboratif. Dans le domaine, le cassoulet de Castelnaudary est vraiment réussi. Celui-ci est au confit de canard, selon une recette qui date de la guerre de cent ans. La photo de l'emballage n'est pas mensongère, preuve à l'appui :
Les enfants adorent les pâtes et je connais bien des mamans désespérés de leur faire apprécier autre chose. Les spaetzle d'Alsace et les crozets de Savoie (au sarrasin, mais il est utile de savoir que puisque la semoule de blé dur entre aussi dans leur fabrication ils ne sont pas sans gluten) offrent des occasions de créer la surprise. Il faudra raconter aux petits que la pâte des spaetzles était découpée en fines lamelles que l'on mettait à sécher sur des édredons ...

Les premières s'accorderont avec les premières omelettes aux champignons de septembre et les seconds pourront se servir gratinés avec du Beaufort et du jambon. Sans oublier une belle salade verte.

Si j'ai la nostalgie de ma Bourgogne natale j'ouvre le pot de moutarde à l'ancienne, au vin blanc AOP et si je veux célébrer la Lorraine qui est une région à laquelle je suis très attachée je plonge dans les mirabelles cuites au chaudron.

Avec 84 références au rayon fromage, 33 fruits et légumes, 26 références biscuits/pâtisseries, 27 confiseries/confitures ce sont 162 producteurs français qui s'associent pour ce Tour de France presque exhaustif où vous allez d'une part retrouver les saveurs de votre enfance, et d'autre part faire des découvertes qui vaudront des excursions en vacances, et cela à longueur d'année.

La valise reste à portée de main. Elle est devenue une vraie malle aux trésors. Y reste un paquet de biscuits roses de Reims, lesquels n'ont pas toujours été de cette couleur. Créés pour accompagner la dégustation du champagne autrefois très sucré, les biscuitiers ont eu l'idée de les teinter de carmin et de les parfumer à la vanille.

Je les conserve pour en faire une charlotte dès que les framboisiers seront couverts de baies. Et je ne garderai pas la recette confidentielle, j'en fais le serment.

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