samedi 28 septembre 2013

Gaspard Proust ouvre la saison à la Piscine de Chatenay-Malabry (92)

C'était hier soir devant une salle plus que comble. Quand une personnalité de ce niveau est à l'affiche on diminue un peu la superficie du plateau, on démonte les premiers rangs de fauteuils et on créé un parterre de chaises pour augmenter la jauge.

Je ne pense pas qu'il ait pu rester un siège vacant. Le théâtre a d'ailleurs réitéré cette année avec une excellente idée consistant à mettre en vente (à un tarif très intéressant de 7 €) les places encore libres à 20 h 31 en satisfaisant, dans l'ordre de leur arrivée, les spectateurs inscrits sur une liste d'attente qui ouvre à 19 h 30. Ce qui signifie par voie de conséquence que les retardataires risquent de ne pas pouvoir intégrer la place dont le numéro figure sur leur billet. Il est bon de rappeler que les spectacles peuvent, comme les trains, démarrer à l'heure !

Gaspard Proust a du être satisfait en constatant qu'il n'y avait pas un siège de libre. Il a fait son apparition dans le dos des spectateurs, par le haut de la salle dont il a descendu toutes les marches pour rallier la scène. L'homme aime les tours d'horizon. Après ce premier test, il en fait d'autres pour juger de l'élasticité des réactions du public à la particularité de son humour.

On le présente comme un double de Pierre Desproges. Il est plus corrosif et plus subtil à la fois, totalement désarmant dans ses démonstrations. Ainsi, se comparant à Claude François, il s'estime supérieur du fait que lui, au moins, sait changer une ampoule.

Enchainant sur des blagues à deux sous à propos de la pédophilie qui n'ont pas fait rire grand monde l'humoriste commente : ah j'ai perdu ce coté ci de la salle. Il fait semblant de corriger le tir, affirmant que la pédophilie ce n'est pas bien. Chassez le naturel ... il revient force 10. Gaspard ajoute : ... en même temps si les enfants étaient moins corruptibles par le sucre. Quelques rires nerveux sont salués d'un merde, je les ai récupérés.

Il s'adressera ainsi une grande partie de la soirée aux uns ou aux autres, tant et si bien qu'à la fin chacun en aura pris pour son grade, la gauche comme la droite et les écologistes, les bourgeois (surtout les bourgeoises) comme les ouvriers, les juifs, les musulmans comme les catholiques, ou les boudhistes, sans oublier les vieux, les profs et surtout les lecteurs de Télérama (aurait-il subi une mauvaise critique dans les pages de ce magazine ?) et les végétariens. Et puis les femmes avec des propos carrément misogynes, même si par précaution il adresse un miaou plaintif aux chiennes de garde qui pourraient s'être égarées dans la salle. Il n'y a que les policiers qui sont épargnés. Cherchez l'erreur.

Nous fera-t-il croire qu'il est mal à l'aise en dénonçant le principe imbécile selon lequel le spectateur passe à la caisse avant d'avoir reçu le produit qu'il est venu chercher ? Pourquoi le type viendrait exécuter sa prestation scénique alors que la recette a été engrangée et que, sous-entendu, il n'aura pas davantage, qu'il soit bon ou mauvais ce soir ...

Mais parce qu'il est dans le "give". Il donne, donne, donne. Même à un éboueur il ne manque jamais de jeter un petit papier.

Gaspard Proust est maitre dans les démonstrations de raisonnement par l'absurde.

En licenciant à tire larigot on créé certes du chômage en France mais on génère de l'emploi dans les pays pauvres et si l'ouvrier indien est moins payé c'est qu'il est moins cupide.

En affirmant Je est un autre, Rimbaud suggérerait que l'égoïsme est un altruisme.

En demandant d'une voix forte au conseiller ce qu'il me conseille de faire depuis que mon livret A est plein  je me prends pour Bill Gates. Il ne répond forcément rien. Il est conseiller à la Poste, le conseil n'est pas son métier.

Les japonais ont appelé fébrilement les américains à la rescousse après la catastrophe de Fukushima alors qu'ils les avaient irradiés deux fois.

Je trie mes poubelles et c'est pas pour autant que la nature me récompense d'une semaine de beau temps quand je vais skier.

Avez-vous déjà vu un végétarien boulimique ? Quel plaisir à avaler des tonnes de tofu, ce flan à foutre ... du je t'aime en gelée.

Tout le monde est de droite. A la chute du mur de Berlin personne n'a couru vers l'Est.

Sous Jules César même les esclaves étaient cultivés : ils parlaient tous latin. Le développement de l'idiotie a augmenté quand on a rendu la scolarité obligatoire.

Les Fleurs du mal ont été qualifiées de livre pornographique en 1856 (et il nous récite l'Albatros qui évidemment n'a rien de choquant).

Il excelle aussi dans la métaphore

Fut-elle sordide. L'ouvrier (en voie de disparition) est devenu l'ours polaire français. Le senior est un sénile qui s'ignore. La bourgeoise a la tronche travaillée en soufflerie lui faisant voir la scène en ovale. Le labeur n'est pas un travesti maghrébin. Un public élitiste est composé d'ouvriers ayant un parent dans l'éducation nationale. Cogiter n'est pas une colocation rurale. Quand y en a pour 1 y en a pour 2 mais moins. Un prof de sport est un compagnon d'Emmaüs festif. Les bouddhistes sont des skin heads en rideau de douche. Marcel Pagnol est le Marc Lévy des garrigues. Le vin est la péridurale de l'esprit.

L'humoriste fait grincer les dents avec des propos ultra border line. En voulez-vous un florilège :
A la Poste, je me socialise avec des groupes de personnes comme ... les vieux, les femmes enceintes ... confites de leur propre suffisance ... qui ont une priorité dans les files d'attente pour ne pas empiéter sur leur temps libre. 
Hiroshima c'est comme Fukushima mais avec une mise en scène américaine. 
Le populaire c'est la chair à canon de la bourgeoise. Deviens ce que tu es et tais toi. 
Si on se moque pas des personnes handicapées, c'est par superstition. 
La retraite c'est du temps consacré à faire des sudokus et à regarder Drucker. 
Le système médical français est à deux vitesses. Certains malades sont cablés de partout. D'autres pas du tout, ... parce qu'ils ont été doté du wifi. 
Un prof est un élève en situation d'échec scolaire : 5 ans de fac pour se retrouver en CM2.  
Le pauvre qui brandit sa pancarte "J'ai faim" à toute heure du jour ... ne pense qu'à bouffer. Je reconnais que c'est un pauvre à sa bouteille de vin : il ne la carafe pas. 
La croissance est liée à la guerre. Les allemands n'attaqueront plus, pas besoin, ils exportent. Et nous on a vachement exporté vers l'Allemagne, mais c'était en 40-45. 
Souvenez-vous de cette rumeur incroyable comme quoi les chinois auraient piqué les plans de la Kangoo, cette voiture dont on demande au client d'inventer la vie qui va avec.  
A l'époque de la génération Mitterand, Bernard Tapie était ministre .... et de gauche ! Duflot aurait dérivé dans la Seine façon petit Grégory. Hitler ? Un Jacques Delord hargneux qui nous a fourni les codes pour décrypter la Grande vadrouille. Si De Gaulle avait eu la voix de Fogiel tout le monde serait parti chez Pétain. 
Avez vous remarqué le coté tribal des provençaux ? Quand on arrive dans le sud ils nous disent qu'ils ont le soleil. Tiens donc, nous n'aurions que des ampoules à Paris.

Il a le sens de la formule

L'ascenseur social n'est pas bloqué. Il descend très bien !

Autrefois l'Europe, aujourd'hui la ZEP.

Il n'y a plus que l'industrie de luxe qui se porte bien en france. La pouffe sauvera la France en achetant des sacs à mains.

Il raille tout le monde 

... à commencer par lui, avouant délocaliser sa pensée chez Proust. Et plus surprenant, en faisant preuve aussi de propos désabusés, il fait penser au personnage du Dr House. Mais quand il avoue être traversé par des idées qu'il ne maîtrise pas (comme celles de Kant) ou totalement (comme celles de Michel Onfray) c'est encore et toujours du second degré. Jusqu'au bout, quand il prétend être à cours de blague au rappel, se contentant de s'avouer être l'idiot du village puisqu'il est le seul Suisse à payer ses impôts en France.

Il démontre que la Fontaine était un homme de droite, sinon la morale de la Cigale et la fourmi aurait été toute autre. Il y aurait eu un renversement de situation au bénéfice de l'insecte qui aurait ouvert un livret A.

Il ponctue le spectacle de blagues plutôt alleniennes (comme Woody). Exemple : un Surmoi rencontre un Çà et se plaint : Tu me soules avec tes pulsions. Faut voir çà avec Moi lui répond-t-il.

Il nous laisse deviner quel aliment choisirait spontanément un renard qu'on lâcherait dans un Monoprix. Sûrement pas un fromage !

Il prend régulièrement la salle à parti. J'attends les arguments ... avant de fanfaronner : Et je le prouve ! Et quand ses blagues n'ont pas l'effet escompté il fanfaronne : y a un grand mou dans mon spectacle. C'est intéressant, on dirait le festival d'Avignon.

Raciste moi ? Sûrement pas : je n'aime personne.

Il se moque du metteur en scène (lui-même) qui a mis 4 ans pour concevoir le décor, réduit à une chaise  utilisée comme une table d'appoint.

Gaspard Proust a semblé être heureux parmi les chatenaisiens hier. Ce public serait-il idéal, ... malgré son conformisme supposé (son cerveau n'est disponible qu'en fin de semaine) suffisamment lecteur de Télérama pour suivre les raisonnements qui prennent un peu d'altitude, mais pas trop bourgeois pour supporter les critiques ?

Et puis surtout attentif, de bonne composition et capable de rire à gorge déployée.

Vous allez me reprocher de vous avoir tout raconté. Mais, d'abord je l'ai fait dans le désordre, ensuite il vous manque le ton, et je n'ai pas rapporté plus que le tiers du quart de ses diatribes contre les femmes, les juifs, les arabes et les hommes politiques. Cet humoriste est champion dans l'art de la dérision. A égalité sur le podium avec Sacha Guitry.

Mais je vous jure que vous aussi, vous allez en rire.

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