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La publication des articles est conçue selon une alternance entre le culinaire et la culture où prennent place des critiques de spectacles, de films, de concerts, de livres et d’expositions … pour y défendre les valeurs liées au patrimoine et la création, sous toutes ses formes.

mercredi 5 février 2014

El Cid, par l'Agence de Voyages Imaginaires de la Cie Philippe Car

Le spectacle a été créé il y a un an au théâtre du Gymnase à Marseille. Il arrive au Théâtre 13-Seine sans avoir rien perdu de son énergie et de ses effets comiques.

C'est un vrai bonheur que d'assister à une représentation. En ressortant on n'a qu'une envie, revenir, parce qu'on a appris en discutant avec les acteurs qu'ils ont d'autres classiques du même ordre à leur répertoire.

Je me suis dit (et je sais que je ne suis pas du tout la seule) qu'une nuit en leur compagnie serait très agréable. L'Agence de Voyages Imaginaires est capable d'assurer la restauration et s'ils cuisinent aussi bien qu'ils théâtralisent (et qu'il musicalisent) on passera des heures mémorables.
Tout commence dans le hall du théâtre, scénographié de manière à retracer l'histoire de la création que l'on s'apprête à voir. Tout finira dans le même endroit avec une sérénade endiablée et un petit verre. Il y a quelque chose de circassien dans l'air. D'ailleurs sur scène nos yeux tombent sur une roulotte qui semble échouée là au bord de la piste.
L'entrée des comédiens, pourtant hautement lunettés et maquillés, couvrechefés de chechias rouge vif , ne distrait pas encore les spectateurs de leurs bavardages.

Respectez mon amour ... la paix ... Allons! La bande-son tente de s'infiltrer.
Les lumières du fond de scène passent du bleu au rouge. L'accordéon accompagne un air nostalgique. Ils sont tous les cinq dans la lumière. On y est, vraiment.

Un débat s'engage : Je dis, moi, si quelqu'un fait du mal à mon père, je le tue. (...) La prudence peut faire de nous des lâches. (...) La peur se cache derrière le bon sens. (...) Voilà! Moi j'ai rien compris !

L'effet comique s'installe : Si c'est le père de la femme de ton père qui frappe ton père alors ?

Courage ou lâcheté ... Se battre ou discuter ? On a compris que ces mots résument cette pièce dont on nous explique qu'elle va se dérouler ici mais que l'action a eu lieu précédemment dans le royaume de Castille, un lieu totalement imaginaire. Voilà donc pourquoi on devine un château (miniature) sur la droite.
Ceux qui connaissent Corneille n'ignorent rien de la trame :
Rodrigue et Chimène s’aiment. Le père de Chimène, jaloux d’une faveur qu’a fait le Roi au père de Rodrigue, offense ce dernier, qui, affaibli par l’âge et trop vieux pour se venger par lui-même, remet sa vengeance entre les mains de son fils. Rodrigue, déchiré entre son amour et son devoir, finit par écouter la voix du sang et tue le père de Chimène en duel ! Chimène essaie de renier son amour et demande au Roi la tête de Rodrigue. Mais l’attaque du royaume par les Maures donne à Rodrigue l’occasion de prouver sa valeur et d’obtenir le pardon du roi… 
Nous entendrons (mais sans respecter l'ordre de la pièce originale) les vers les plus célèbres, que beaucoup de spectateurs pourraient souffler aux acteurs :

Je suis jeune, il est vrai, mais aux âmes bien nées,
La valeur n'attend point le nombre des années.
Don Rodrigue au Comte

Le père impose une alternative truquée : va mon fils, meurs ou tue. Quoiqu'il fasse il sera perdant, on le pressent. Mais lui, fleur bleue, déclare sa flamme à sa Chimène en entonnant la célèbre rengaine Dos gardenias para ti tout en exhibant les fleurs de son jabot.

On se croirait propulsés au coeur d'un roman-photo. Chimène domptera son Rodrigue comme s'il était un fougueux taureau en agitant une cape de toréador. Son mauvais pressentiment nous amuse ... car on connait la suite.
Ô rage ! Ô désespoir ! Ô vieillesse ennemie !
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?
Monologue de Don Diègue après l'insulte du Comte
Les gags s'enchainent sans relâche. La voiture à pédale s'élance, prend les virages serrés. La pluie ne l'arrêtera pas.
Rodrigue, as-tu du cœur ?
Don Diègue à Don Rodrigue
Le père impose de nouveau son alternative truquée : va mon fils, meurs ou tue.

Tout m'est fatal. Pauvre Rodrigue qui craint la colère si la vengeance réussit et le mépris en cas d'échec. Il nous conte son histoire, en empruntant les paroles que Dalida chantait en 1957 :

Mon histoire, c'est l'histoire d'un amour
Ma complainte c'est la plainte de deux cœurs
Un roman comme tant d'autres qui pourrait être le vôtre
Gens d'ici ou bien d'ailleurs
(...)
C'est l'histoire d'un amour éternel et banal
Qui apporte chaque jour tout le bien tout le mal

Songeant à ceux qui auraient décroché on nous résume l'action tout en nous donnant l'heure. C'est qu'il importe pour respecter le théâtre classique de Corneille que tout tienne en 24 (heures).
Le père meurt, provoquant un conflit de conscience : si la justice est injuste, est-il juste de se venger ?

Dis comme ça cela devient drôle. Il y a de quoi tourner en bourrique. Et tout de tourner, voiture, roulotte et château comme sur un manège. Tout sauf notre tête à nous, spectateurs, qui reste sur nos deux épaules. On rit beaucoup. On se régale. On devine les premières notes de Ne me quitte pas mais Chimène n'entonnera pas la chanson de Jacques Brel.

Tout de noir vêtue elle se recueille devant le cercueil de son père dont les pieds débordent du cadre. Rien n'est ridicule. La mise en scène reste toujours en deçà de la limite extrême. Voilà pourquoi le spectacle est un succès phénoménal. Le dosage entre théâtre et chanson est équilibré.

Siempre que te pregunto
Que cuando como y donde
Tu siempre me respondes
Quizas, quizas, quizas

Ce standard de Nat King Cole arrive sur l'évanouissement de Chimène qui est embarquée dans la caravane, raide comme la caricature féminine des histoires sans paroles qui assuraient la transition entre deux émissions sur les écrans noir et blanc des années soixante.

Nous partîmes cinq cents, mais par un prompt renfort,
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port
Tant, à nous voir marcher avec un tel visage,
Les plus épouvantés reprenaient de courage.
Don Rodrigue au Roi
Et le combat cessa faute de combattants.

La boule lumineuse peut tournicoter. Nous avons tous envie de chanter, ce qui n'empêche pas de remarquer l'effigie de Zorro placardé à l'intérieur de la roulotte.
Il n'est même pas midi, l'histoire est finie et n'aura pas excédé 24 heures. Incroyable ? On est au théâtre. tout y est possible.

Amour, justice, sang, larmes, il y eut tout. Vraiment ? Peut-être pas la justice ... et voilà les protagonistes qui se remettent à discuter ...
Le public applaudit à tout rompre avec force rappels, ce qui lui vaut le qualificatif de "super partenaire" et l'ultime message de Rodrigue : Va, cours, vole, et nous venge qui permet à Corneille d'avoir le dernier mot. Justice lui est rendue !

Comme je l'ai annoncé plus haut la soirée n'est pas finie et nous retrouvons la troupe dans le hall pour quelques airs supplémentaires. Leur énergie semble inoxydable et formidablement communicative.
El Cid ! au Théâtre 13/ Seine à Paris (75)
30 rue du Chevaleret – 75013 Paris
Du 5 au 16 février (Relâche Lundi 10 février)
Mardi, jeudi et samedi : 19h30, Mercredi et vendredi : 20h30, Dimanche : 15h30
Réservations : 01 45 88 62 22 / http://www.theatre13.com
Mise en scène : Philippe Car
Avec : Philippe Car, Valérie Bournet, Vincent Trouble, Marie Favereau, Nicolas Delorme
Adaptation et écriture : Philippe Car et Yves Fravega d’après Pierre Corneille

En tournée du 18 au 22 mars au Théâtre des Deux Rives - Centre Dramatique Régional à Rouen (76)
Du 26 au 29 mars au Théâtre Nouvelle Génération TNG – Centre Dramatique National à Lyon (69)
Les 4 et 5 avril à la Maison des Jeunes et de la Culture Pierre Maynadier à Rodez (12)
Les 8 et 9 avril au Théâtre de la Maison du Peuple à Millau (12)
Vendredi 11 avril au Centre Culturel Intercommunal à Figeac (46)
Les 23 et 24 avril au Théâtre de Cusset (03)
Les 15 et 16 mai au Théâtre Le Sémaphore à Port-de-Bouc (13)
Les 19 et 20 mai au Centre André Malraux à l'Espace Flandre à Hazebrouck (59)
Vendredi 23 mai au Théâtre André Malraux à Chevilly-Larue (94), spectacle suivi des Tables Nomades
Les 27 et 28 mai à La Renaissance à Mondeville (14)
Les 5 et 6 juin au Solstice de Brangues / Le Bouchage (38)
Le 7 juillet au Théâtre du Fort Antoine à Monaco
Le 4 août au Festival de Théâtre de Noirmoutier (85) (A confirmer)

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