lundi 30 juin 2014

Au fil d'Ariane de Robert Guédiguian

Au fil d’Ariane, le nouveau film de Robert Guédiguian, est en salles depuis le 18 juin, trois ans après les Neiges du Kilimandjaro. C'est une véritable ode à l'amour, bien plus qu'un "film d'amour" comme je l'ai lu quelque part.

Le réalisateur célèbre de multiples formes d'amour : l'amour filial, l'amour de son prochain, l'amour courtois, l'amour passion et j'en oublie sans doute.

Car ce n'est pas une démonstration comme l'aurait fait Rohmer. C'est un vrai film (je ne dis pas que Rohmer ne faisait pas de "vrais" films), avec un scénario bien ficelé. Et viendra le temps où on s'extasiera sur le cinéma de Robert Guédiguian comme on le fit sur celui d'Alain Resnais.

Derrière l'homme il faut, dit-on, chercher la femme  ... Sabine Azéma pour l'un, Ariane Ascaride pour l'autre. Actrices, muses, épouses ... encore et toujours de l'amour.

Le scénario est conçu comme un labyrinthe où s'engage Ariane, et nous avec. Faut suivre... Le verbe suivre est d'ailleurs l'occasion d'un subtile jeu de mots quand elle dira je "suis" personne, ne voulant  pas signifier qu'elle n'est personne. Et que plus tard elle répondra à la question Vous me suivez ? par "Je suis. Je suis de plus en plus".

Il est facile de se laisser porter par les images. Les cinéphiles apprécieront les références. Le réalisateur  emploie un autre terme, plus imagé :
Ce sont plutôt des révérences, ou pour dire autrement, je signe des "reconnaissances de dettes" ! On est pétri de toutes les choses qu’on a lues dans les livres et vues au cinéma, au théâtre, dans les musées, partout. Je rends hommage à tous ceux qui ont compté pour moi, depuis toujours : à Pier Paolo Pasolini avec le premier texte lu par Jack (Jacques Boudet) qui évoque la nécessité des mythes et des rites, à Anton Tchekhov avec le second texte qui parle de l’éternelle beauté du Monde qui existait bien avant nous et qui existera bien après nous. Je rends hommage à Brecht avec la chanson de Kurt Weil  Comme on fait son lit, on se couche. Je rends hommage à Aragon et Jean Ferrat. Que serais-je sans toi est une chanson qui m’a bouleversé, très jeune, à dix ans et me bouleverse toujours... Quand j’évoque les "morts sans sépulture", je pense forcément à Jean-Paul Sartre.

J’ai eu aussi envie de rendre hommage à tout un cinéma très libre et décalé : je pense à Drôle de drame de Carné-Prévert, par exemple... Et puis il y a des hommages à Vivre sa vie de Jean-Luc Godard, où Jean Ferrat chante Ma Môme, Cabaret de Bob Fosse à travers le costume d’Anaïs Demoustier lorsqu’elle répète au théâtre, bien sûr à Federico Fellini et La Dolce Vita avec la scène de la fontaine, à Pier Paolo Pasolini et L’Evangile selon Saint Mathieu avec ces "pèlerins" qui arrivent au Frioul et Des oiseaux, petits et gros où il y avait un corbeau qui parle, tandis que chez moi, c’est une tortue...
J'ai remarqué d'autres évocations. Les premiers plans m'ont fait penser à l'univers ultracontemporain de la maison de Mon Oncle de Jacques Tati, la scène de la danse sur le pont à West Side Story, la transformation d'Ariane en serveuse dans le petit restaurant de l'Olympique à Bagdad Café ...
Au-delà de l'analyse cinématographique il y a un film très sensible qui se présente dès le générique comme une "fantaisie". Les premiers plans sont en noir et bleu avant que n'apparaisse le vert, puis le rose au fur et à mesure que la caméra progresse dans un décor qui semble avoir trempé dans des flots de peinture blanche.

Ariane fait un gâteau au chocolat. Elle semble triste. Le gâteau d'anniversaire croule sous les bougies mais les invités s'excusent les uns après les autres, pensant chacun être le seul à le faire. Ariane prend son passeport, sa voiture et s'en va.

Elle fera de multiples rencontres. On lui proposera constamment des défis qui ne la dérouteront pas (c'est le cas de le dire) de la voie qu'elle a décidé de suivre : Si je suis chiche ? Je suis même que ça, lancera-t-elle au garçon qui l'invite à une balade en moto.

La voilà devant le restaurant de bord de mer qui était le lieu central d’A la vie, à la mort !, à Ponteau, où le patron, Gérard Meylan, toujours formidable, lui suggère de l'installer près d'un autre convive, parce qu'une femme qui mange toute seule au restaurant, ça ne se fait pas, c'est incompréhensible.

C'est ça, je suis une femme incompréhensible, approuvera-t-elle.

Ariane Ascaride est merveilleusement filmée, qu'elle soit en robe, en pantalon, en tenue de scène ou en pull troué.
Ce café, au nom Olympique, deviendra l'Olympe quelques plans plus tard. Et ce ne sera pas le seul glissement de scénario.

On entendra une tortue parler (avec la voix de Judith Magre) ... soulignant le dialogue intérieur du personnage principal. L'animal est surtout le symbole du cheminement personnel. On se déplace d'ailleurs beaucoup. A moto, en voiture, en bateau ... et on revient toujours au point de départ.

Jean-Pierre Darroussin campe un chauffeur de taxi mélomane qui met du Schubert pour calmer sa cliente (avec la Truite) avant de la conduire "vers les ports je sais pas". 

Si vous n'aimez pas Jean Ferrat passez votre chemin parce que ses chansons ponctuent une scène sur deux. On ne voit pas le temps passer, la Montagne, la Femme est l'avenir de l'homme, la Môme, et le magnifique Que serais-je sans toi ?
Le personnage de Martial, ancien gardien du Museum d'histoire naturelle, hanté par des cauchemars est une belle figure de l'altérité.

Ce film est un écrin avec de multiples joyaux. Beaucoup y verront un rêve, une utopie peut-être, mais  sans aucun doute une anthologie de toutes les expressions du sentiment amoureux.

dimanche 29 juin 2014

Des microcakes en version sucrée avec les nouvelles brioches Harrys

J'ai découvert de nouvelles recettes de brioches chez Harrys qui m'ont donné envie de les utiliser avec les Microcake® Jean Dubost de diverses manières.

Il y a eu il y a quelques jours une timbale de boudin à la normande.

Aujourd'hui je reprends cette même brioche beurre demi-sel et crème fraiche dans un Riz à l'impératrice à ma façon et qui me donnera aussi l'occasion d'utiliser le vinaigre Vincotto pour un dessert.

Cette fois la brioche sera intégrée dans le dessert après l'avoir découpée avec un emporte-pièce de taille adéquate. On la posera sur la dernière couche d'ananas juste avant de refermer le moule.

En premier on place des morceaux d'ananas dans le fond. Puis on arrose de vinaigre Vincotto (si vous n'en avez pas prenez un caramel).
On recouvre d'une couche de riz (déjà cuit) puis de l'ananas, un soupçon de rhum dilué dans un peu d'eau sucrée (sinon le dessert sera amer) et la couche de brioche.
Jolie surprise au démoulage. D'ailleurs chaque invité pourra s'en charger lui-même au dernier moment.
Les petits moules Microcake® sont utiles aussi en pique-nique pour faire par exemple un ersatz de baba au rhum en combinant brioche imbibée de rhum (et eau sucrée) avec une crème dessert genre de celle qu'on se lève pour elle ... si vous voyez ce que je veux dire. Il y a quatre petits trous dans le couvercle mais en transportant debout le risque de fuite est limité. Bien entendu on ne démoulera pas. Vous les trouverez notamment sur la toile comme on dit, ici.
Et je redonne à ceux qui aiment la glace une recette qui a eu un grand succès : une tranche de brioche grillée, une boule de glace (faites mieux que moi qui n'ait pas modelé un joli dôme avant de faire la photo) et on recouvre de crème dessert.
La version spéculoos conviendra à une glace vanille ou nougat sous une crème parfumée saveur Petit beurre ou Spéculoos (mais oui, ça existe). Il existe aussi d'ailleurs une brioche Harrys au spéculoos.
Elle s'accorde très bien avec la poire.
Des trois nouvelles variétés de Harrys j'ai choisi celle au praliné pour l'associer avec de la mangue en procédant de manière désormais classique :
Des quartiers de mangue puis caramel puis brioche et on recommence en terminant par la brioche, soit en la découpant à l'emporte-pièce soit en tassant les chutes restantes. le démoulage risque d'en pâtir mais sans incidence sur le goût.
La question que je n'ai pas réglée c'est l'accord de la couleur du contenant avec le contenu ... comme si cela pouvait avoir une quelconque importance !
Autres recettes dans un Microcake® Jean Dubost :
Une version sucrée avec une Tatin
Et deux autres, salées tomate et thon et timbale normande au boudin
J'ai trouvé du vinaigre Vincotto chez les Producteurs de caractère

samedi 28 juin 2014

On a failli être amies de Anne le Ny

Mon coeur a bondi dès les premières images. C'est stupide mais c'est si rare de reconnaitre la ville où j'ai habité que j'ai eu un peu de mal à me concentrer sur le sujet pendant un bon quart d'heure.

Depuis les Brigades du Tigre on n'avait pas tourné de téléfilm à Orléans et coté 7ème art il faut remonter à Police Python 357 qui avait mis la place du Martroi en émoi pendant plusieurs nuits.

Je n'aurais jamais parié qu'Anne Le Ny choisirait le Centre d'arts visuels comme décor principal pour On a failli être amies. Même si l'endroit (qui change régulièrement d'appellation) s'appelle maintenant "École supérieure d’art et de design d’Orléans", un nom plus prestigieux que le premier qu'on lui attribua, École gratuite de dessin de la ville d’Orléans.

Bref, c'est toujours émouvant de voir sur grand écran les murs qu'on a longés pendant des années, puisque j'habitais la rue voisine et que je travaillais dans le quartier. On devine aussi plus tard les Halles Châtelet, les Galeries, la rue de Bourgogne, le quartier moyenâgeux qui s'étend derrière Saint Pierre-le-Puellier et le joli jardin de l'Hôtel de Ville. 
J'ai été désorientée par le cadre du restaurant, ce Moulin Blanc, où se situent nombre de scènes ... et pour cause puisqu'il n'est pas sur les bords du Loiret (si beaux et si romantiques pourtant, avec précisément ses moulins aux roues à aubes ...) mais très loin de là, dans le Vexin, tout près d'ailleurs de Marines, où se trouve une des plus belles collections d'art contemporain, ce qui me fait penser qu'il devient urgent que je mette mon billet à jour.
J'aurais ajouté quelques plans sur les bords de Loire si sauvages en certains endroits... Je m'interroge sur la plaque de fer forgé de la Rue des Sept dormants qui figure dans le film, est-ce un accessoire ou la réalité ? Elle est tellement plus élégante que celle, d'un bleu banal, qui est au centre de la photo que j'avais choisie pour illustrer un de mes articles il y a 4 ans.

Je ne vais pas faire tout un billet sur l'analyse touristique des décors du film ... qui ne sont pas très typés pour qui ne connait pas la région.

On a failli être amies est un film que j'ai vraiment apprécié, pour autre chose que ses décors. Il aborde des sujets tout à fait actuels, celui de l'implication entre vie privée et vie professionnelle, entre métier choisi et subi, et aussi des questions liées à l'éthique, à la souffrance au travail et au burn-out.
Marithé travaille dans un centre de formation pour adultes. Sa mission : aider les autres à changer de métier et à trouver leur vocation. Se présente alors Carole, qui vit et travaille dans l’ombre de Sam, son mari, énergique et talentueux chef étoilé. Ce n’est cependant pas tant de métier dont Carole semble avoir besoin de changer, mais de conjoint. Marithé se donnera à fond pour aider Carole à se projeter dans une nouvelle vie. Jusqu'à ce que son dévouement change de nature ...
Marithé (Karin Viard) comme Carole (Emmanuelle Devos) sont à la croisée des chemins, à ce moment particulier où on peut décider de poursuivre ou de changer ... d'employeur, de métier, ... de mari, de vie. On ne le sent pas toujours, mais cette nécessité peut se manifester par tout un tas de symptômes que la réalisatrice Anne le Ny (ci-dessus) pointe avec humour : l'énervement, les gaffes, l'eczéma.

Les dialogues sont extrêmement justes. J'ai retenu qu'en entretien d'embauche une femme soulignera ses défauts et un homme ses qualités. Que pour lutter contre le burn-out il faut effectuer un recentrage sur des activités non professionnelles (avec le blog, je suis "parée"), et que si après un soutien psychologique de 12 séances la situation ne s'améliore pas il est recommandé d'effectuer un bilan de compétences et d'envisager une reconversion professionnelle. Le conseil pourra être utile à beaucoup !

Les comédiennes sont excellentes, chacune dans un registre différent. Roschdy Zem joue un rôle à contre-emploi de ses prestations habituelles en interprétant un chef étoilé. On peut lire au générique qu'il a été coaché par Jean Imbert, gagnant de l'émission Top Chef en 2012.

On a failli être amies est donc aussi un film qui témoigne de ce que cuisiner peut apporter dans une vie et qui donne une jolie leçon de bonheur. Avec de l'humour en prime. Ce serait dommage de passer à côté.

Anne le Ny sera la présidente du prochain Festival Paysages de cinéastes qui se déroulera  à Chatenay-Malabry (92) du 5 au 13 septembre prochains. Je me réjouis de la perspective de l'y rencontrer.

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Mars Distribution.

jeudi 26 juin 2014

VizEat, un nouveau site de table d'hôtes

J'ai été bien inspirée d'avoir un tag "défi" parce qu'en voici un de taille.

Je me suis laissée convaincre par Camille à la Journée Marmiton d'ouvrir une table d'hôtes au motif qu'elles sont trop rares en région parisienne et que VizEat, puisque c'est son nom, permet à tous de faire de belles rencontres humaines, culturelles, culinaires et avant tout authentiques. 

Une nouvelle façon de voyager en quelque sorte.

Et puisqu'il ne fait pas beau, autant rester chez soi, mais en partageant malgré tout ...

VizEat est un site de "rencontres culinaires" (on dit dans le jargon  plateforme communautaire) qui permet de proposer, de découvrir et de réserver des repas chez l’habitant à travers le monde. Il s'adresse à ceux qui souhaitent découvrir de nouvelles cultures, rencontrer de nouvelles personnes, partager de bons moments autour d’un repas ou tout simplement recevoir.

Son credo : Authentic Food, Authentic People, me convient parfaitement. Et j'ai tant apprécié d'aller dîner en toute simplicité dans des familles américaines quand je voyageais aux Etats-Unis qu'il me parait logique de "rendre la pareille" comme on disait autrefois. Le prix ainsi que les dates des repas proposés sur le site sont librement fixés par l’hôte.

La gestion des réservations s'effectue en toute simplicité : lorsqu’un "VizEater" est intéressé par un repas, l’hôte reçoit une demande de confirmation. Il est libre de l’accepter ... ou pas, en fonction notamment de ses obligations familiales ou professionnelles car être hôte n'est pas leur métier.

Une fois les réservations validées, il est possible d’échanger en direct avec les invités par message privé pour, par exemple, finaliser le menu, en tenant compte de la saison ou d'une envie particulière. Et comme la confiance est une valeur intrinsèque le site assure ses hôtes et ses invités gratuitement grâce à la Lloyd’s de Londres pour permettre à tous de partager ce moment en toute tranquillité.
Le site est jeune et les membres ne sont pas encore très nombreux. Jean-Michel Petit, le créateur, a eu la très bonne idée de jouer lui-même le rôle de l'hôte en nous accueillant avec sa femme Laurence pour un "Meet & Eat" qui n'a pas manqué de saveurs. Les échanges autour du buffet ont été marqués par la convivialité.

Jean-Michel est un passionné de voyages, de nouvelles rencontres et de gastronomie, et c'est ce qui l'a poussé à fondé VizEat avec Camille. Il était jusqu'en 2013 directeur des Investissements et membre du conseil d'administration du fonds Londonien Eurovestech, société de capital risque spécialisée dans l'investissement et le lancement de start-ups internet. Auparavant il a été directeur du CRM et de l’e-commerce chez Compaq France, et membre de l’équipe de management d’Alta Vista Europe.
C'est lors d'un voyage au Pérou, où il partagea la table traditionnelle d’Indiens sur l'ile d'Amantani (Lac Titicaca), que l'idée de VizEat est née.
Il l'a concrétisée avec Camille Rumani, une passionnée de cuisine, il n'aurait pu en être autrement, qui a acquis une expérience solide en finance d’entreprise chez E &Y puis en marketing 360° chez Henkel. Parlant mandarin, elle a intégré à Pékin le plus grand cabinet d’avocats de Chine, Dacheng Law Offices. C’est dans l’immensité de cette ville, dépaysée par la culture Chinoise, qu'elle a réfléchi à ce concept de plateforme qui permettrait à ceux qui le souhaitent de rencontrer des locaux pour se familiariser avec leur culture.
Marie-Claude (à droite ci-dessous) est une des premières à s'être inscrite. Elle nous a fait profiter de son expérience, notamment avec des canadiens qui sont devenus ses amis ... tout naturellement.
Vous-même aurez vous peut-être envie de vous lancer, comme hôte ou comme visiteur en vous inscrivant sur le site.

J'y propose depuis quelques jours un dîner "Surprise du marché" avec un menu indicatif, pour rester dans le ton de l'intitulé. Je vous raconterai ... le moment venu. On me suggère d'ajouter un "Pique-nique dans le Parc de Sceaux ... ou dans cet arboretum magnifique de la Vallée-aux-Loups qui serait exotique même pour des parisiens.
Ce soir, en tout cas, il était bien agréable de jouer les touristes chez Jean-Michel et Laurence ... et de repartir avec un petit cadeau gourmand préparé par Camille ... un petit sachet de sablés à déguster en songeant à ce que l'on mijotera bientôt.

mercredi 25 juin 2014

Rotraut, sa monographie aux Editions Dilecta

Je connaissais Rotraut (on prononce Rotraute) de nom, seulement de nom, j'avoue, et je devrais dire de "prénom" puisque c'est le sien. Et je savais juste qu'elle avait été la compagne d'Yves Klein, quelques mois. Il est mort si jeune !

Alors quand j'ai appris la venue en France de cette artiste, aujourd'hui âgée de 76 ans, pour une signature j'ai vraiment regretté de ne pouvoir la rencontrer.

La consultation de son site accentua ma déception et j'ai dû me contenter de la monographie qui vient d'être publiée aux Editions Dilecta dans une édition bilingue.

Les textes de Michèle Gazier, les poèmes du frère de Rotraut, Günther Uecker, et d’André Verdet, offrent le récit de toute une vie, celle d’une artiste. Ils permettent de comprendre l’énergie qui l’anime et qu’elle retranscrit inlassablement dans ses œuvres.

L'ouvrage est très complet, très illustré. L'auteur situe sa première rencontre avec les oeuvres de Rotraut à la Fondation Maeght de Saint-Paul de Vence où ses sculptures se détachaient sur le bleu du ciel telle une calligraphie.

Jusque là son geste artistique lui apparaissait comme "un ballet de signes et de formes dansantes, très colorées, pleines d'énergie, comme animées par une force intérieure" (p. 17).

Elle a rencontré ensuite Rotraut dans son appartement-atelier de la rue Campagne-Première où elle vécut jadis avec Yves Klein.

Le rapport sauvage et primitif qu'elle entretient avec la nature imprime son oeuvre. A commencer par le bord de la Baltique, en face du Danemark, qui est le lieu de son enfance et où les Russes sont arrivés, chassant les Allemands une première fois à quelques kilomètres de là, puis ensuite dans un village de pêcheurs au nord-ouest d'Hambourg.

Elle a été élevée loin de l'école qui la considérait comme marginale parce qu'elle était gauchère. Elle fut par contre près de la nature et se sentira toujours en symbiose avec la mer, les animaux et les plantes.

Difficile d'imaginer qu'elle n'a jamais vraiment appris à écrire. Elle devient paysanne puis s'engagera comme domestique dans ce qui est alors l'Allemagne de l'Ouest. Le travail à l'usine l'accable. très vite elle commencera à modeler de la farine et de l'eau sur des planchettes de bois, avant de les recouvrir de peinture noire, puis de gratter celle-ci pour refaire apparaitre la lumière, en réinventant en quelque sorte la voûte céleste trouée d'étoiles (p. 37).
Elle rencontre Yves Klein à Düsseldorf en mai 1957. Il la recommande à un ami d'ami, le sculpteur Arman comme jeune fille au pair.

Yves la retrouve à Nice, lui demande de faire des Empreintes. Elle devient son assistante. Il la considère très vite comme une artiste qui est son égal.

En 1959, elle expose pour la première fois seule, à Londres. Après les années Klein (il meurt en juin 1962) et une période de deuil Rotraut décline des oeuvres de Botticelli, Gauguin, Poussin ... qu'elle désignera sous le nom de Vols de sensibilité (p. 99). Elle explore aussi l'univers en renforçant son lien à l'espace. Elle dira que le ciel est sa cathédrale.

Suivront quatre années de stérilité artistique. Les photos de Rotraut (p. 103 à 125), avec ou sans son fils, témoignent d'une très belle femme, ce qu'elle est toujours d'ailleurs.

Sa rencontre avec Daniel Moquay sera déterminante. Ils se marient, ont trois enfants et elle retrouve son énergie créatrice.

L'installation en Arizona marque les premiers "jardins" dont un exemplaire figure sur la double page ci-dessous.
La série des coeurs, à partir de 2002,  évoque Nikki de Saint-Phalle bien qu'elle soit très personnelle à Rotraut. l'artiste en a fait la figure centrale de ses tableaux et le répète à l'infini.
Cette monographie est intéressante et a beaucoup de qualités. Facile à lire, elle témoigne de la philosophie de vie de Rotraut et de toutes les facettes de son art. Abondamment illustrée de photos et de reproductions de ses dessins, peintures et sculptures, c'est un complément essentiel à son site.

Rotraut de Michèle Gazier, 20,5 x 26,5 cm/ 224 pages, éditions Dilecta, juin 2014

mardi 24 juin 2014

Timbale minute de boudin à la normande

Les recettes sucré/salé ont toujours leur petit succès pour leur originalité et la combinaison de saveurs qui finalement s'accordent bien ensemble.

Un grand classique : pomme fruit et boudin (noir bien entendu) que j'ai pensé réaliser dans ces petits moules que j'affectionne en ce moment et qui sont à portée de main dans ma cuisine.

La marche à suivre est comme d'habitude ultra simple ... et rapide :

On choisit une pomme assez mure, la Golden est parfaite à mon avis mais on prend ce qu'on aime ... On la coupe en petits morceaux que l'on tasse au fond d'un Microcake®. Vous les trouverez notamment sur la toile comme on dit, ici.

On ajoute une demi-cuillérée à café de Balsamique à l'orange Puget puis le boudin noir dont on aura retiré la peau comme s'il s'agissait d'une épluchure.

On tasse bien et on remet une couche de pommes, un peu de ce vinaigre sirupeux avant de refermer.

C'est parti pour deux fois une minute au micro-ondes avec un temps de repos entre.
On démoule sur une tranche épaisse de brioche "demi-sel et crème".
On déguste brûlant. Avec un cidre ... j'ai dû être influencée par la soirée d'hier mais cela me parait vraiment idéal. Cette fois je recommande un cidre du Pays d'Othe, parce qu'il n'y pas que les normands et les bretons qui s'y connaissent en pommes. La réputation de la famille Bellot  n'est d'ailleurs plus à faire.

On aurait pu faire griller la brioche mais cela ne m'a pas semblé nécessaire, décorer avec une tranche d'orange aussi, ou encore en mettre une dans le fond du moule avant les pommes.

Voilà une entrée bien plus digeste que le boudin qui a graillonné dans une poêle.

Autres recettes dans un Microcake® Jean Dubost :
Une version sucrée avec une Tatin et des brioches
Et une autre, salée tomate et thon

lundi 23 juin 2014

Soirée perchée avec les Cidres de France

Annoncer une soirée perchée c'est promettre une certaine dose de folie, en tout cas un brin de fantaisie.

L'endroit d'abord, le Perchoir, d'où le titre de la soirée, mais pas que ... parce que le cidre ça peut gentiment vous monter à la tête.

Depuis la rue il faut lever les yeux au ciel pour deviner qu'il se passe quelque chose sur la terrasse de l'immeuble parisien du 14 rue Crespin du Gast, dans le 11° arrondissement. Vous n'aurez pas tort de me dire que mémoriser le nom de la rue est la première performance.

Le Perchoir est un de ces bars à vin un peu secrets. Il est ouvert de 17 h à 2 heures du matin et il faut savoir qu'à 18 heures c'est déjà plein. Un peu comme la Candelaria dont je vous ai parlé il y a deux mois. Ce soir la file d'attente est impressionnante. Beaucoup d'habitués ont tenté leur chance pour gagner une entrée à la soirée privée. Etre bloggeuse est un privilège coupe-file.

Une fois là-haut on se dit que si on habitait New York on trouverait le décor tout juste normal. C'est tout de même très "minéral".

La vue est belle, surtout au soleil couchant, et d'autant qu'une fois n'est pas coutume, il faisait un temps clément, sans une goutte d'eau.
Procédons par association d'idées. Si je vous dis pomme vous me répondrez Newton, ou Guillaume. Je laisse le premier, prends le second. J'ajoute une corde à mon arc. Je convoque aussi Alain Bosquet qui dans son Premier Testament avait dédié un poème à ce fruit :

J’ai dit "pomme" à la pomme ; elle m’a dit "mensonge" ;
Et "vautour" au vautour qui n’a pas répondu.

La soirée est dédiée aux cidres de France. Le pluriel s'impose pour une collective mais il n'est pas mensonger même au premier degré. La variété est presque aussi large que dans l'univers des vins. Pour commencer un cocktail s'impose même si on pouvait choisir au bar de Lancelot parmi 8 propositions de cidre en bouteille et 9 à la pression.
Où avais-je déjà la tête ? Je n'ai pas vu qu'il existait des cidres à la pression. Mon choix se serait porté sur le cidre blanc Val de Rance pour la promesse d'arômes de pamplemousse et de citron et surtout pour guetter la finale de pomme croquée.
Quoiqu'il en soit je n'ai pas été déçue de recevoir un Baiser de Guenièvre. J'en partage volontiers la recette pour que vous le réalisiez à la maison avec au choix le cidre rosé normand de Ecusson (absolument délicieux même nature), une cidrerie basée à Livarot dans le Calvados, ou le cidre rosé de Val de Rance qui vient de Pleudihen, en Bretagne :
1 fraise en morceaux
2 feuilles de basilic
1cl de jus de citron vert
2cl de Stolichnaya (de la vodka tout simplement)
2 cl de sirop de sucre
10 cl de cidre rosé
D'autres ont tenté le Spritz de la Dame du Lac avec 2 cl de Campari, 15 de cidre brut puis une rondelle de concombre t une demi rondelle d'orange pour décorer.

Baptiste Delval a réussi à démontrer qu'on peut mixer le cidre comme d'autres barmen m'ont déjà convaincue de la même chose avec les bières. Il avait conçu un troisième breuvage, l'Excalibur on the Rocks, avec 2, 5 cl de Maker's Mark (un excellent bourbon contenant un petit pourcentage de blé et portant le nom de l'une des plus charmantes distilleries du Kentucky), 1, 5 cl de jus de citron jaune, 1cl de sirop de cannelle et 15 cl de cidre doux, puis une décoration d'un bouquet de menthe.
N'allez pas croire que nous n'avons fait que prendre l'apéritif. Des activités étaient proposées pour satisfaire des goûts très variés. Comme le nail bar de Guenièvre (par contre je ne l'ai pas vue donner de baiser) pour repartir avec une pomme ou une flèche sur l'ongle de l'annulaire, ou la table-ronde d'Arthur dont les bouchées apéritives (préparées par la Guinguette d'Angèle) furent prises d'assaut.
J'ai beaucoup apprécié ce moment de personnalisation d'une étiquette pour une bouteille (de cidre bien entendu) que nous pouvions rapporter dans un joli sac. La graphiste, Coline Girard, (à gauche sur la photo) avait imaginé un univers très frais, qui fait songer à Sempé. Elle n'a pas ménagé son crayon pour croquer des étiquettes pour ceux qui ne se sentaient pas une vocation d'artiste.
Partout des pommes, des flèches, histoire de rester dans le thème du Moyen-Age. Le photo call était amusant et voici le cliché que Florie (ci-dessous à droite) a fait de moi en Anne de Bretagne (à gauche vous aurez deviné).
La vue à 360° est un des atouts du cadre, même si Montmartre parait très loin.
Nos étions plusieurs à retrouver avec gourmandise Clara (reconnaissable au très décolleté démentiel et élégantisssime de sa robe) rencontrée à la Journée Marmiton. Elle avait de nouvelles recettes à son Popcorn Bar, qui est la dernière création de Kristin Frederick, après Le Camion Qui Fume suivi du corner délicatessen, Le Freddie’s deli.
J'ai compris à quoi servait les immenses shakers qui se dressaient derrière les coupes de pops corn. Ils lui servent à aromatiser les céréales une fois extrudées.
On pouvait aussi approcher un rapace, ma foi plutôt sociable. Amusante idée pour un endroit qui s'appelle le Perchoir ... Ce n'était pas le vautour d'Alain Bosquet mais un aigle Harris, nommé Excalibur, venu avec son dresseur.
Et puis surtout, se lancer dans une dégustation à l'aveugle. L'opération fait appel à 3 facultés sensorielles : la vue, l’odorat et le goût. Déguster un verre de cidre dans les meilleures conditions, servi dans un verre à pied à une température de 8/10° permet d’apprécier le nez et la fraîcheur du cidre, ses caractéristiques visuelles et juger de ses arômes.

A la vue on qualifiera l'effervescence : les bulles sont-elles faibles, moyennes ou fortes ? La couleur : pâle, jaune, paille, doré, orangé, ambré, rosé ?

Au nez on appréciera les arômes qui proviennent de la fermentation des jus travaillés par les flores naturellement présentes. La diversité provient de la richesse des variétés de pommes employées (un cidre peut contenir jusqu’à 15 variétés de pommes différentes), des conditions climatiques au verger, du terroir, et des conditions d’élaboration du cidre.

Suivant sa maturité aromatique on peut déceler 1 à 4 arôme dans un  cidre particulier.

J'ai beaucoup aimé le poiré de Fournier pour ses bulles fines, sa vivacité et son acidité en bouche avec une légère note sucrée très équilibrante. La délicatesse des arômes de fleurs blanches était très agréable. Je le verrais très bien sur des gambas grillées.

Un cidre fermier de Normandie m'a plu pour ses arômes exotiques de mangue, de banane et de bergamote.

Vous pourrez à votre tour, et suivant la région de provenance, remarquer des arômes de fruits frais : cerise, ananas, pomme, pamplemousse, pêche, mangue, cassis, fraise, framboise, banane, passion, citron, abricot, coing, poire; de fruits élaborés : pruneau, fruits confits, noisette, noix, compote, figue, noisette, amande, fruits cuits; de végétaux : herbe fraîche, champignon, foin coupé, tabac, thé, menthe, mousse, levure; floraux : fleurs blanches, chèvrefeuille, violette, acacia, miel, rose; épicés : clou de girofle, cannelle, poivre, anis, résine, cèdre, pin; ou encore boisés : sous-bois, bois frais, humus ... tout comme vous le feriez avec un vin.

Les saveurs (acide, amer, sucré) sont elles aussi variables et la persistance en bouche est une dernière caractéristique de la dégustation.
Pendant la soirée un artiste taggeur avançait sur la réalisation d'une fresque à gagner pour celui qui posterait ce soir la meilleure photo sur les réseaux sociaux. Si j'en avais eu le courage j'aurais envoyé la septième photo de cet article ou peut-être celle-ci (ci dessous) en espérant que chacun aurait vu une pomme stylisée sur le ciel de Paris.
Fruité, naturellement léger et rafraîchissant, le cidre démontre qu'il peut être la boisson incontournable du quotidien et des moments conviviaux en famille ou entre amis. La richesse des variétés de pommes et de leurs terroirs lui donnent une palette de saveurs et de couleurs qui ravissent tous les palais.

Il faut savoir que les Cidres de France comptent environ 10 000 producteurs de fruits à cidre et 500 cidriers qui, chaque année, élaborent plus de 100 millions de litres. Ce savoir-faire français est unique. Il est perpétué par des professionnels soucieux de la qualité de leurs cidres et protégé par une réglementation stricte.

www.info-cidre.com / www.alorigineducidre.com

Pour participer à cette soirée inédite, l’inscription était obligatoire sur le site de la soirée soireeperchee@cidre.net (Inscription gratuite dans la limite des places disponibles). Je vous encourage à guetter la prochaine, sans nul doute dans un lieu tout autant insolite.

Le Perchoir, 14 rue Crespin du Gast 75011 Paris  7eme étage sur la terrasse

Messages les plus consultés