vendredi 2 janvier 2015

J'ai grignoté des insectes ... et j'aime ça

OK j'ai mis du temps. Je voulais partager cette expérience avec un ou une volontaire et les boites de Jimini's ont beau être très (très) tentantes, je ne trouvais pas âme qui vive autour de moi pour m'accompagner dans cette aventure.

J'avais beau tenter de convaincre tous ceux qui transitaient par chez moi, rien que le principe de manger un insecte les répugnait. Et quand, à force d'argumenter on acceptait que j'ouvre une boite, l'expérience tournait court à la vue des petites bêtes. C'est tout juste si mes invités ne s'enfuyaient pas.

Le pari de Bastien et de Clément, les fondateurs de la société, n'était pas près de se réaliser. Certes, ils avaient créé une boîte sympa  qui vendait des produits sympas ... mais pas encore regardés comme tel par les yeux de la multitude.

L'idée avait germé devant une célèbre émission de téléréalité où des candidats devaient manger des insectes presque vivants façon Hakuna Matata. C’était intentionnellement horrible… Mais ça avait déclenché la curiosité du duo qui était déjà persuadé de réussir à changer les mentalités. Une quinzaine de jours plus tard ils recevaient leur premier colis rempli d’insectes arrivés tout droit de Thaïlande : grillons, punaises d’eau, scarabées, vers de bambou et autres étrangetés.

Il leur a fallu prendre leur courage à deux mains car perdus sans notice d’utilisation, ils ne faisaient pas les fiers. Ils se sont mis aux fourneaux sans réussir à sortir quelque chose de bien gustatif jusqu'à ce qu'un ami cuisinier leur suggère d'assaisonner les petits vers de farine avec du curry, ce qui leur donnait tout de suite une allure de "crackers". L’aventure pouvait réellement commencer.

Monsieur (ou Madame) tout le monde ne croque pas encore des criquets en terrasse en sirotant une bière mais il a existé tout de même déjà un bar à insectes aux Galeries Lafayette et un Pop up Store en plein milieu du Marais. Le nombre de consommateurs augmente régulièrement, en France et en Belgique, et l'entreprise parvient à se développer et à travailler sur de nouveaux projets.

Un soir j'ai enfin trouvé un compagnon qui accepte de tenter l'expérience avec moi. Très sincèrement, une fois l'appréhension de la première fois surmontée, cela devient un vrai plaisir. Comme quoi, on s'habitue à tout ! Surtout quand c'est bon.
J'ai une petite préférence pour les vers (mais oui) qui croustillent très agréablement. Si on les appelle Molitor ils sont déjà moins troublants. Les criquets sont gourmands mais je suis un peu fainéante le soir et je n'ai pas envie de les dépouiller de leurs ailes. Cela me donne aussi la désagréable impression d'être sadique. Rassurez-vous, elles sont comestibles mais il est conseillé de les retirer pour éviter qu'elles ne restent collées dans la bouche à cause de leur finesse.

Les insectes Jimini's existent en plusieurs assaisonnements. Il y en aura forcément un qui vous conviendra. Le tout est de faire le premier pas.

C'est dans cet esprit que l'entreprise organise une fois par mois des apéros qui sont libres d’accès et ouverts à tous, avec des surprises, des réponses à toutes vos questions et surtout … des dégustations d’insectes comestibles dans un endroit accessible et original. Sourire et bonne humeur obligatoire sont contrôlés à l’entrée.  On grignote et on se désaltère avec une sélection de cocktails créés spécialement pour la soirée en accord avec les insectes.

La seule restriction, et elle n'est pas négligeable, c'est une allergie aux crustacés car les insectes font partie de la grande famille des Arthropodes et sont donc de proches cousins des crustacés (crabes, crevettes etc…).

C'est vrai qu'à bien y réfléchir il n'y a pas une énorme différence entre une crevette et un criquet, si ce n'est la couleur. Vous ai-je convaincu d'au moins essayer ? Le prochain apero aura lieu le mardi 27 janvier au Wood, 1 place Thorigny dans le 3ème arrondissement. Le lieu est original. Il a été designé par la jeune architecte Laura Gonzales que j'avais rencontrée à la Gare. Ce sera une soirée vraiment sympa au cours de laquelle nous allons sans doute découvrir des nouveautés (deux assaisonnements supplémentaires à ce que j'ai entendu dire). Surveillez Facebook pour vous y inscrire ou sinon envoyez-moi un mail à abrideabattue@orange.fr pour que je vous note sur la liste.

On peut les acheter en ligne. Le site de Jimini's est très bien conçu pour répondre aux interrogations et apporter beaucoup d'explications. Avec une note d'humour que j'apprécie particulièrement. Leurs arguments pour lutter contre le cafard sont bien sentis. Le mode d'emploi pour arracher les ailes des criquets est un modèle du genre. Et les playlists de leur blog font envie.

On apprend sur le site que ces insectes sont exclusivement élevés en Europe dans des fermes d’élevage spécialisées afin d'assurer les meilleures garanties de qualité et de traçabilité. Une fois déshydratés ils sont délicatement préparés et assaisonnés dans un atelier près d’Evreux, sans utiliser aucun colorant artificiel, ni conservateur.
Ce sont des produits fragiles, qui sont donc emballés avec soin dans une jolie boîte en carton rigide afin d’éviter tout risque d’écrasement. Les boîtes sont fabriquées à partir de 50% de carton recyclé. 

Les arguments ne manquent pas : Les insectes sont peu gourmands… 10 kg de nourriture donnent 9 kg d’insectes contre seulement 1 kg de bœuf. Avec ces économies, on pourrait notamment réduire l’impact de la déforestation induite par les plantations de soja nécessaires à l’alimentation animale ! 

Les insectes représentent 80% de la biomasse terrestre, de quoi nourrir plusieurs fois la planète avec 1900 espèces comestibles que l’on retrouve sur toute la planète. Ils émettent peu de gaz à effet de serre. En effet, élever des insectes produit jusqu’à 99% de CO2/méthane en moins que l’élevage traditionnel qui est responsable de 20% des émissions mondiales chaque année.

Les insectes comestibles sont déjà considérés comme une alternative durable aux protéines animales, dont l’impact sur l’environnement est largement supérieur à celui des insectes. Les insectes sont la solution du futur en terme d'alimentation à condition de nous y mettre dès maintenant. Car il reste du chemin à faire avant qu'on dépasse le stade de l'apéritif.

De plus ce type d’élevage nécessite peu d’espace puisqu'il permet d’exploiter les 3 dimensions de l’espace en empilant des bacs spécifiques sur plusieurs mètres de hauteur, chose impossible à tenter avec des moutons ou des vaches sur 10 étages.

Leur croissance rapide, de quelques semaines à quelques mois, permet des rendements de production impossibles à obtenir naturellement avec l’élevage traditionnel. En outre ils induisent peu de déchets lors de leur production.

De quoi éveiller des vocations, non ?

1 commentaire:

Clément a dit…

Merci Marie-Claire pour ce super article, très complet et bien écrit !

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