samedi 14 mars 2015

Boesman et Lena

Boesman et Léna est un de ces spectacles dont on se souvient longtemps. On en parle encore peu ... Même s'il a été créé en mai 2014 au festival de théâtre des Abymes en Guadeloupe et repris ensuite en Avignon dans le Off, ce n'est ce soir que la deuxième représentation en région parisienne, au Théâtre de la Tempête.

Le metteur en scène, Philippe Adrien, est d'ailleurs tout près de ses comédiens, au premier rang, comme pour veiller sur eux.

Et quels comédiens ! Christian Julien est Boesman, Nathalie Vairac Léna et Tadié Tuéné, Outa. très justes tous les trois.

On retiendra malgré tout forcément Nathalie Vairac parce que son personnage occupe la scène du début à la fin. Elle porte toute la détermination dont sont capables les femmes africaines, ne perdant jamais espoir. Léna incarne la force et le courage tout en acceptant la domination masculine, allant presque jusqu'à exhiber ses hématomes comme un guerrier le ferait de ses blessures en revenant d'un combat.

C'est en rencontrant une femme comme Léna sur une route qu'Athol Fugard, homme de théâtre sud-africain, blanc, né en 1932, a eu l'idée d'écrire la pièce, pour témoigner de quelque chose qui relève du malheur absolu :
Un petit coup de pouce, et nous voilà sans travail. Un petit coup de pouce, et nous voilà en prison.Un petit coup de pouce et nous voilà en morceaux.Tu veux que je te dise pourquoi ?C’est parce qu’on est les détritus des Blancs.Ils les jettent, mais nous on les ramasse. On les porte ; on dort dedans. On les mange. Maintenant, on est devenus des détritus. C’est des gens, leurs détritus.
Philippe Adrien s'est saisi de ce texte en expliquant qu'il a ressenti l'appel des personnages. L’apartheid dans les années 60 a été source de cruautés insensées et bien des protagonistes se sont retrouvés comme Boesman et Léna en position de bourreaux et de victimes.

L'arrivée du vieux Bantou Outa, qualifié de nègre par les Hottentots, témoigne de ce mouvement de balancier, comme s'il y avait une hiérarchie implicite dans la condition humaine. De la même façon que l'homme estime légitime d'opprimer la femme. La guerre est partout aussi où on ne l'attend pas.

La scénographie et les costumes semblent plus vrais que vrais, faisant oublier que l'on est au théâtre.

La mise en scène évoque bien entendu Brecht et Beckett. On a tous entendu parler de l'apartheid mais on ne l'avait peut-être jamais encore vu d'aussi près, au plus intime de ce qu'ont vécu des gens aussi simples que Léna, constamment renvoyés à un monde de boue par le boss et son bulldozer. On en ressort indigné.

Boesman et Léna de Athol Fugard
mise en scène Philippe Adrien
texte français Isabelle Famchon
Au Théâtre de la Tempête, Salle Copi,
du 13 mars au 12 avril, du mardi au samedi à 20h30
le dimanche à 16h30 (durée 1h10)
Horaire exceptionnel le dimanche 15 mars pour permettre de voir ensuite Tête d'or à 16h30

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont © photo A. Bozzi

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