mardi 15 septembre 2015

Marguerite de Xavier Giannoli, en avant-première

J'ai découvert ce film en avant-première à la soirée de clôture du festival Paysages de Cinéastes et il m'a enthousiasmée, comme la plupart des invités qui l'ont applaudi très chaleureusement.

Elle s'appelle Marguerite mais elle est baronne, l'un n'empêche pas l'autre. Elle est riche mais son rapport à l'argent est régi par la simplicité. 

C'est une femme "animée" d'une passion, celle de chanter. Pas une bluette à quatre sous, mais les airs les plus lyriques qui soient, à commencer par la Reine de la nuit de Mozart, qui est sans doute à mes oreilles le plus émouvant qui soit.

C'est bien connu, on ne s'entend pas. Marguerite pas plus que vous et moi. La dame chante faux, et ses montées dans les aigus ont des accents de crécelle. Le spectateur est sur la voie dès la première scène en percevant dans le lointain le cri d'amour d'un paon hurlant (on dit que cet oiseau braille) une série de Léon Léon éraillés. La baronne est bien inspirée de se coiffer d'une aigrette de ce volatile. Elle est à son image, une très belle femme avec une voix épouvantable.

A l'instant du conte les Habits neufs de l'empereur son entourage ne lui dit rien. Soit que ce sont des profiteurs (elle est très riche), soit qu'ils ont mis au point des stratégies de contournement  pour ne pas l'entendre (son mari, André Marcon, se débrouille pour tomber régulièrement en panne de voiture pour arriver à la fin de ses récitals).

Son personnel lui semble acquis et sincèrement dévoué, sans doute en raison de sa bonté extrême. 

Sa chambre ressemble à un cabinet de curiosités dont elle serait la pièce principale. Il est donc naturel qu'elle se lie avec des personnages fantasques, anarchistes, libertaires, journalistes véreux et femme à barbe. Madelbos, son majordome un peu trouble, interprété par Denis Mpunga, et que l'on pense un moment épris d'elle ne dépare pas dans le tableau. Il prend des photos étonnantes ...

Pour réaliser le rêve de sa vie, chanter devant un vrai public, sur une vraie scène, Marguerite va accepter de suivre des cours de chant. Elle est touchante quand elle reconnait que c’est beaucoup de travail amis qu'il faut que ça reste un plaisir.

Marguerite a des formules qu'il faut noter. A propos de la richesse elle dit avec légèreté que l’argent n’a aucune importance. L’important est juste d’en avoir. 

Son professeur est brillamment interprété par un Michel Fau confondant de naturel. Rien d'étonnant pour moi qui l'ait vu se lancer dans une interprétation kitchissime de la chanson-titre du premier album de Carla Bruni, "Quelqu'un m'a dit" au cours d'une soirée des Molières en 2011.

Dans le film il se retiendra de lui dire la vérité mais il aura aussi à cœur de la faire progresser. Les musiques sont magnifiques, depuis l'air de la "Casta Diva" de Bellini, en passant par Vivaldi et Purcell, le très joli Duo des fleurs de Lakmé  de Léo Delibes, la Traviata de Verdi, Francis Poulenc et Honegger, sans reléguer pour autant le jazz, le dideridgoo australien ou encore la musique indienne.

Catherine Frot a elle-même beaucoup travaillé. Son rôle n'a rien à voir avec celui de cuisinière dans la comédie Les Saveurs du palais de Christian Vincent en 2012. Elle est époustouflante dans celui-ci, constamment sur le fil entre comédie et tragédie.

Marguerite est courageuse et ne recule devant aucun exercice. On observe d'ailleurs un changement de registre, à moins que ce ne soit le signe que notre oreille commence à s'habituer. On a la sensation qu'elle chante, je ne dirais pas moins faux, mais en tout cas avec tant d'expression et d'émotion que l'on supporte.

Le "vrai" public n'a pas fait le même chemin et c'est sous une huée qu'elle va vite sombrer. Sa santé lui permettra t-elle de remonter sur scène ? Gagnera t-elle enfin l'amour de son mari volage ? Qui a le cœur assez pur pour la juger ? Supportera-t-elle de s'entendre ?

Ce film est un bijou surréaliste qui pourtant à être inspiré par des faits réels, la vie de Florence Foster Jenkins qui a vécu aux Etats-Unis dans les années 1940. Un biopic hollywoodien est en préparation par Stephen Frears avec Meryl Streep  et Hugh Grant.

Xavier Giannoli a pris le parti de nous transporter dans une autre époque, les années 20, avec une certaine difficulté à situer géographiquement les lieux de tournage. Il y a quelque chose de profond dans cette fresque, tournée avec beaucoup de finesse, de sensibilité, en laissant la part belle  à l’imagination. Le résultat n'est pas si caricatural qu’on pourrait le croire. C'est beau, jamais dégoulinant. On reçoit une grande leçon d'humanité. Il sortira sur les écrans demain, 16 septembre.

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