mercredi 2 septembre 2015

Un homme dangereux d'Emilie Frèche chez Stock

Cela m'apprendra ... J'ai lu Un homme dangereux en format numérique et je ne parviens pas à remettre la main sur mes notes de lecture. D'habitude j'inscris mes impressions au fur et à mesure sur une feuille de papier que je laisse dans le roman.

Impossible cette fois, et comme la version numérique dans laquelle j'ai lu le roman ne permet pas d'ajouter quelque mention que ce soit me voici fort dépourvue. Heureusement malgré tout que mes souvenirs demeurent "frais".

Il faut dire qu'on ne peut pas lire ce roman en diagonale, et c'est très bien. C'était d'ailleurs très difficile d'en suspendre la lecture et d'accepter d'attendre quelques heures pour m'y replonger.

Le livre d'Emilie Frèche, comme plusieurs autres en cette rentrée, interroge sur la "vérité". Parce que, à l'instar de Delphine de Vigan, elle endosse le rôle de personnage principal à l'intérieur de son livre, sans que ce soit à proprement parler de l'autofiction.

N'ayant pas le livre sous les yeux je ne peux pas recopier la quatrième de couverture. Le site de l'éditeur, Stock, présente l'ouvrage par un extrait que voici :
« – Maintenant que tu as vraiment quitté ton mari, on va pouvoir parler. Je veux que tu deviennes ma femme. Je t’aime, je veux vivre avec toi, mais avant, il faut que tu laisses tes enfants. 
– Pardon ?
– Je suis sérieux. Il faut que tu les laisses à leur père, je te dis ça pour leur bien. Elles seront très heureuses avec lui ; ils partiront vivre en Israël, ce sera beaucoup plus simple, et tu iras leur rendre visite pour les vacances.
– T’es complètement malade.
– Tu sais bien que non, puisque c’est comme ça que ça va se terminer pour les juifs de France. Sept mille juifs sont partis rien que cette année, c’est moi qui l’invente ? Bientôt, il n’y aura plus de juifs en France. Plus un seul juif. Tu te rends compte, un peu ? Le grand rêve de Vichy réalisé par des Merah, des Nemmouche, des Kouachi. Que des petits enfants de bicots qu’on a fait venir du bled pour assembler des boulons, et qui feront mieux que les idéologues du Troisième Reich, sans même avoir besoin de vous mettre dans des trains. Tout ça simplement en jouant avec votre peur. Quelle intelligence ! Quelle économie, surtout. La France nettoyée pour pas un rond. »
L'odieux bonhomme s'appelle dans le roman Benoit Parent et chacun avance, dans le microcosme littéraire, tel ou tel nom de critique susceptible de correspondre au personnage, pour peu que ses initiales soient BP ou l'inverse, PB. On se demande comment son mari qui est Jérôme Guedj, conseiller départemental de l'Essonne et membre du Bureau National du Parti socialiste, pourra prendre les choses (bien, je vous rassure). Cela n'a aucun intérêt de démêler ce qu'on a coutume d'appeler le vrai du faux. Emile Frèche met d'ailleurs son lecteur en garde contre cette tentation :

J'ai toujours considéré que la question de la vérité dans un roman ne doit pas se poser. Qu'on se moque complètement de savoir si tel ou tel évènement est vrai, ou bien si les personnages sont inspirés de gens réels, parce que, évidemment, ce n'est pas cela qui fait l'intérêt ni la qualité d'un texte.

Comme elle a raison ! Ce livre offre une réflexion sur la relation d'emprise, évidemment et c'est toujours intéressant de voir quelqu'un d'autre que soi se débattre dans les affres de l'addiction amoureuse. On se projette, on s'identifie, on se dit qu'on est plus faible encore, ou plus fort, bref, on vibre aussi. On remarque aussi que le téléphone portable n'est plus à ce stade une bénédiction mais une vraie chaîne.

Personne n'est jamais assez en alerte sur les motivations du pervers (qu'il soit un homme ou une femme, que ce soit dans le domaine des sentiments ou du travail). Et personne ne devrait jamais accepter qu'on jouisse de son humiliation.

En ce sens, lire Un homme dangereux comme un "simple" thriller psychologique serait déjà un grand plaisir. Mais là où l'auteure est très subtile, c'est qu'elle parvient à secouer les consciences par rapport à un sujet qui lui tient particulièrement à coeur, et en toute légitimité, qui est l'antisémitisme. On se souvient qu'elle a publié 24 Jours, La vérité sur la mort d'Ilan Halimi, coécrit avec Ruth Halimi, publié au Seuil en avril 2009.

Il y a un effet de miroir entre ce que subit la jeune femme, héroïne du roman et l'ensemble de la communauté juive.

Il y a un troisième niveau de lecture concernant l'écriture. Je ne parle pas ici du style mais du fond, de ce face à face avec soi-même qui est si difficile pour tout écrivain, surtout après la publication d'un livre qui a été un succès, ou qui a traité un sujet d'actualité très fort. On retrouvera la même problématique dans le dernier roman de Delphine de Vigan, D'après une histoire vraie.

Vous allez penser que je n'y ai pas cru à ces histoires ... ce n'est pas du tout le problème. Quand on dévore un livre jusqu'au bout et qu'il fait réfléchir. Son auteur peut estimer qu'il a réussi son pari. C'est l'essentiel. On peut certes casser avec des mots. On peut aussi construire.

Un homme dangereux, Emilie Frèche, Stock, en librairie depuis le 19 août 2015

2 commentaires:

eimelle a dit…

un livre qui offre une belle réflexion en effet!

matoutepetiteculture a dit…

Je suis en train de le lire et effectivement c'est dur de le lâcher... J'ai lu 1/3 pour le moment, j'ai hâte de m'y replonger !

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