mercredi 11 novembre 2015

Liliom mis en scène par Jean Bellorini


(mise à jour 14 novembre 2015)

Jean Bellorini est un de ces "jeunes" metteurs en scène dont le style est très identifiable. Avec lui on sait que la musique sera partie prenante et que la lumière habillera les décors. C'est lui qui signe  la scénographie et les lumières, et pour partie la musique.

Rien de ce qu'il propose est anecdotique. Même lorqu'il reprend un élément de décor précédemment utilisé comme la caravane. Il y a de la profondeur dans ses arbitrages et si on reconnait la touche "Bellorini" dans Liliom ce n'est pas de l'artifice.

D'ailleurs il n'y a pas à proprement parler d'effets spéciaux pour ponctuer ce spectacle dont la grande force réside dans l'interprétation des comédiens, tous excellents.

Après la Bonne Âme du Se-Tchouan et Tempête sous un crâne, c'est le troisième spectacle que je vois, signé par Jean Bellorini (dont le frère aussi est un metteur en scène talentueux) qui nous raconte la vie, la mort et le voyage dans l’au-delà d’un voyou magnifique, condamné à réitérer la violence faute d'accepter de demander pardon et d'avouer ses sentiments. Le spectacle, qui réserve de beaux moments de rire et de poésie, s'enrichit d'éléments de distanciation de dimension brechtienne.

En pénétrant dans la salle les spectateurs sont saisis par la beauté du décor de fête foraine, avec ses roulottes de part et d'autre d'une (vraie) piste d'auto-tamponneuses. Nous sommes sur le stand de la veuve Muscat où l'on apprend que Liliom fait de la retape, pour y attirer les filles. Le jeune homme est un bonimenteur. Une jeune fille est attirée irrésistiblement et on aura beau la prévenir que c'est un bon à rien, Julie, la puce, le petit moineau va tout quitter pour le suivre. Désormais leurs destins sont liés à la vie, à la mort.

Liliom est un conte entre ombre et lumière, où la misère et la violence vont de pair avec l’amour et la quête d’absolu, dans une écriture qui date de 1909 et qui demeure actuelle. Cette légende de banlieue, comme nous l'annonce Hugo Sablic, le batteur de l’orchestre, progressera en 7 tableaux, ponctués de chansons interprétées en direct, avec un accompagnement de piano, trompette, percussions et harpe. Il annoncera les changements de tableau, en décrivant les actions qu’on ne montre pas sur scène. Les visages sont blanchis, atténuant le réalisme et renforçant la force de l'allégorie.
A la fin le décor évoluera avec une grande roue lumineuse, se détachant sur un ciel d'encre.

Entre temps nous aurons assisté à des scènes extrêmement savoureuses. On se souviendra longtemps du numéro de fausse ventriloquie incroyablement réussi par des Détectives du Ciel, Julien Cigana et Teddy Melis, de l'interprétation aux petits points de Jacques Hadjaje passant du rôle de Mère Hollunder, la tante photographe, à celui du Secrétaire du ciel avec une aisance formidable. De tels moments enchantent et permettent d'admettre le coté énigmatique de la pièce que Ferenc Molnár a voulu inachevée, sans doute pour laisser au spectateur la liberté d'élaborer sa propre conclusion. Il nous guide malgré tout en soulignant que l'homme ne meurt que quand on l'oublie.
Le titre ne laissait pas de place au doute sur l'issue. Et pourtant quand on voit Liliom (Julien Bouanich) et Julie (Clara Mayer) avancer l'un vers l'autre sur le pont métallique qui surplombe l'espace forain on pense comme dans ce film de Wim Wenders, au retour d'un ange sur la terre. On peut penser que les deux amoureux vont se retrouver, enfin.

Je ne veux pas vous en dire trop sur ce spectacle pour préserver la fraicheur de votre regard. Que vous connaissiez l'univers du metteur en scène ou non vous serez forcément saisi.

Il avait été créé en septembre 2014 au Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis) dont Jean Bellorini est le directeur avant d'être joué peu après, au Théâtre de l’Odéon (Ateliers Berthier).

Plusieurs actions sont proposées autour du spectacle. En particulier une Carte Blanche à la compagnie à l'issue de la représentation avec une lecture par Jacques Hadjaje, comédien, d'une adaptation du conte "La petite marchande d'allumettes" d'Andersen le samedi 14 novembre.

Liliom ou la Vie et la Mort d'un Vaurien
Texte de Ferenc Molnár
Mise en scène de Jean Bellorini
Scénographie et lumières : Jean Bellorini
Musique : Jean Bellorini, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic et Sébastien Trouvé
Du 11 au 16 novembre, à des horaires variables à vérifier sur le site du théâtre ou au 01 41 87 20 84
Théâtre Firmin Gémier La Piscine
254 Avenue de la Division Leclerc
92290 Châtenay-Malabry
Avec Julien Bouanich, Amandine Calsat, Delphine Cottu, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Julien Cigana, Teddy Melis, Marc Plas, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic, Sébastien Trouvé et Damien Vigouroux

Liliom, traduit par Alexis Moati, Kristina Rády et Stratis Vouyoucas, est publié chez Théâtrales.

La photo qui n'est pas logotypée A bride abattue est de Pascal Victor/ArtcomArt

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En raison de l'état d'urgence et sur décision des autorités, le Théâtre Firmin Gémier / La Piscine et l'Espace Cirque d'Antony seront fermés au public ce samedi 14 novembre.
La représentation prévue ce soir est annulée. De nouvelles informations seront affichées chaque jour sur les lieux de représentations et consultables sur notre site internet et les réseaux sociaux.
Nous envoyons nos pensées de solidarité aux familles et proches des victimes.
L' équipe du Théâtre Firmin Gémier / La Piscine

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