jeudi 31 décembre 2015

Qu'est-ce que je vous souhaite ?

Voici arrivé le dernier jour de l’année.

Beaucoup vont faire la fête et prendre demain des résolutions qui ne seront pas tenues très longtemps.

La nuit du 31 décembre au 1er janvier n’est pas magique comme une comédie shakespearienne. La vie est un manège qui ne tourne pas toujours très rond. C’est l’affaire de chacun de l’enrichir. 

Et surtout d’apprécier le beau et le bon lorsqu’il se présente.

mercredi 30 décembre 2015

Guacamole mexicain

Vous l'avez peut-être aperçu sur la table à coté de ces croissants dont je donnais la recette avant-hier, un Guacamole que ma fille avait préparé comme on le fait au Mexique.

Le mot signifie purée d'avocats puisque en espagnol avocat se dit aguacate. Tout est dit, ou presque.

Il ne faut pas grand chose pour le réussir. Les avocats (mais ils doivent être murs) seront écrasés à la fourchette, puis mélangés à raison d'une demi tomate coupée en dés pour 3 fruits, et un demi-oignon tranché très fin.

On ajoute un filet de jus de citron vert et le tour est joué.

On pourra incorporer du coriandre haché si on aime, un peu de sel, du poivre, et du piment si on l'apprécie.

Je l'aime tartiné sur du pain croustillant plutôt qu'avec des tortillas sèches et trop salées à mon goût. Une baguette aux graines et au curcuma fut parfaite.

mardi 29 décembre 2015

Encore de Hakan Günday chez Galaade

J'ai commencé le livre avec appréhension. J'en connaissais le sujet. La citation a calmé ma peur. L'auteur cite souvent Rimbaud, et celle-ci est claire quand on referme le livre : La seule chose insupportable, c'est que rien ne soit insupportable.

J'ai eu tout de suite le sentiment de lire un conte. Cela me donnait envie de connaitre la suite. Je la pressentais terrible mais ce n'était qu'un livre après tout, et c'est ce qui rend l'ouvrage "supportable". Lire cette histoire ne ferait pas de moi une criminelle. Il ne faudrait tout de même pas renverser les rôles. J'ai plongé dans ces feuilles comme on peut glisser entre les vagues.

Le fait que ce soit une histoire inventée permet la distance sans nuire à la réflexion. Et si Hakan Günday a écrit une oeuvre incontestablement romanesque, bien qu'inspirée de certains faits réels, il est comme le versant masculin d'Un amour impossible de Christine Angot qui, lui aussi figure dans la sélection du Prix des lecteurs d'Antony, mais en catégorie romans français. La figure paternelle est perverse dans les deux romans, promettant une chose tout en empêchant qu'elle se produise. Sans parler du viol présent également dans les deux.

On pourra aussi songer au film le Temps des gitans, avec les scènes de rêve évoquant la mère.

Outre la couleur de la couverture, j'ai noté aussi des points communs avec Après le silence de Didier Castino. Là aussi c'est un adulte qui revient sur son enfance, en abordant une relation d'emprise ou de dépendance, dans le cercle infernal d'une condition humaine en lien avec l'esclavage, et la mort qui rode.
En résumé, Gazâ vit sur les bords de la mer Egée. Il a 9 ans quand il doit quitter l'école pour aider son père Ahad, passeur de clandestins. Il travaille aussi avec les frères Harmin et Dordor, commandants des bateaux qui emmènent les migrants en Grèce. Pendant des années, Gazâ et Ahad entreposent dans un dépôt cette "marchandise humaine". Jusqu'au jour où Gazâ cause la mort d'un jeune Afghan du nom de Cuma, le seul qui ait fait preuve d'un peu d'humanité envers lui. Dès lors, dans ce monde violent et désabusé, Gâza ne cesse de penser à Cuma et conserve précieusement la grenouille en papier qu'il lui avait donnée - ce qui n'empêche pas le garçon de transformer le dépôt en terrain d'observation des dynamiques de domination et surtout de devenir le tortionnaire des clandestins qui ont le malheur de tomber entre ses mains. Cependant, un soir, tout bascule et c'est désormais à lui de trouver comment survivre...
Né à Rhodes en 1976, Hakan Günday est vite devenu l'enfant terrible de la nouvelle génération des écrivains turcs. Il est l’auteur de huit romans. Son livre Kinyas et Kayra, publié en 2000, est considéré comme le premier roman underground en Turquie. Son premier livre traduit en français, D’un extrême l’autre (Galaade, 2013) a reçu le prix du meilleur roman de l’année 2011 en Turquie. Finaliste du Prix Lorientales 2015, Ziyan (Galaade, 2014) a reçu le Prix France-Turquie 2014.

Francophone pour avoir suivi son père diplomate à Bruxelles et y avoir fait ses études, il s’est passionné pour Voyage au bout de la nuit de Céline, qui a beaucoup influencé son écriture et son regard sur le monde. Robinson Crusoé également. Il vit désormais à Istanbul.

Encore est construit en quatre tableaux, chacun portant le nom d'une technique picturale de la Renaissance : sfumato, cangiante, chiaroscuro et unione. De fait l'écriture oscille sans cesse entre l'ombre et la lumière pour nous offrir des fresques d'une portée quasi mythologique.

Le lecteur est abasourdi par la violence qui est mise en scène. On voudrait crier Assez alors qu'on entend Encore qui est le mot clé de la narration. En turc il se dit Daha, et c'est le souvent le seul mot de turc que connaissent les migrants épuisés pour réclamer aux passeurs encore un peu d’eau ou de nourriture. Encore, c’est évidemment aussi l’avidité insatiable des trafiquants pour gagner toujours plus d’argent. C'est aussi l'exacte inversion de Ahad, qui est le nom du père. De fait l'histoire s'inverse au début de la deuxième partie (p. 169) quand l'adolescent est enterré vivant.

Cet accident sera la cause d'une anxiété sociale post traumatique, à peine adoucie par l'addiction au sulfate de morphine qui est le sujet de la troisième partie mais dont on comprend bien avant le rôle déterminant. La dernière, très courte, s'achève sur une fin étonnante qui en quelque sorte, boucle la boucle.

Entre temps un étrange rêve de clé se glissera au fil des pages, laissant espérer une forme de rédemption avec l'entrée au lycée d'Istambul.

La plume d'Hakan Günday est foisonnante. Il dissèque les sentiments avec la froideur d'un médecin légiste, ce qui n'exclue pas certaines touches d'humour. Etre amoureux, c'est dresser des plans comme pour un hold-up (...) le premier fabricant de vêtements pour femmes imprimés léopard devait être dans le même état d'esprit. L'amour s'apparente à la chasse. (p. 53)

Humour encore quand il écrit que les deux choses les plus laides du monde, voter pour soi même et un Indien en train de jouer au cricket. (p.127 )

Il nous brosse des scènes d'une laideur bien plus extrême avec le transport des clandestins et le trafic d'esclaves. Ce que le jeune garçon fait subir est horrible. Peut-on lui trouver des excuses au motif qu'il a vécu auparavant des choses terribles qui lui ont fait perdre son humanité et passer de victime à tortionnaire ? Ce que je vivais me semblait irréel. (p. 64) Je hais l'espoir, cette calamité qui fait rêver les enfants les plus désemparés.

Le premier responsable est ce père qu'il déteste au plus haut point et dont il a pourtant envie de gagner l'estime. (p. 82) L'auteur fouille la question de la dépendance affective et du manque d'amour. Les relations humaines peuvent-elles se résumer à une question binaire, résumée derrière l'expression c'est lui ou moi, qui justifie au début du roman que l'enfant doive la vie à la mort d'un autre ... de plusieurs en fait puisque sa mère meurt à sa naissance.

Les leçons que la vie lui enseigne sont très noires. Sauve ta vie mais ne raconte à personne comment tu as fait (p. 13) La vie est comparable à un commerce qui serait régi par les même règles, comme celle du marchandage. (p. 101)

Si le roman s'appuie sur des faits malheureusement plausibles, ce n'est pas un roman social dénonçant les réseaux de trafic de clandestins avec la bénédiction des autorités, complices elles aussi. Encore est surtout une étude quasi anthropologique sur l'âme humaine, et une analyse sociologique très fine sur le besoin de dominer, l'exercice du pouvoir (avec un texte annoté à la main, comme un insert p. 151), et sur la politique qui apparaît en désaccord avec la nature humaine. Quant à la peur de mourir elle serait la cause de tous les maux.

C'est un coup de poing à l'écriture puissante et insolente, portant un regard sans concession sur le monde contemporain dès les premières pages (p. 18) : la différence entre l'Orient et l'Occident, c'est la Turquie. Un vieux pont entre l'Orient aux pieds nus et l'Occident bien chaussé, sur lequel passe tout ce qui est illégal. En particulier ces gens qu'on appelle les clandestins (...) que nous menions de l'enfer au paradis. Mais je ne crois ni à l'un ni à l'autre. Le fait qu'il y ait un enfer ne prouve nullement qu'il y ait un paradis.

Encore de Hakan Günday, traduit par Jean Descat, chez Galaade, août 2015
A obtenu le Prix Médicis étranger 2015
Livre chroniqué dans le cadre du Prix 2016 des lecteurs d'Antony
En compétition dans la catégorie Romans étrangers avec Amelia de Kimberly McCreight, Miniaturiste de Jessie Burton, Daroussia la douce de Maria Matios et Intérieur nuit de Marisha Pessl.

lundi 28 décembre 2015

Des petits croissants pour l'apéritif

Vous pourrez dire avec fierté c'est moi qui les ai faits. Peu de travail pour beaucoup d'effet. Qui dit mieux ?

La méthode est simplissime mais il fallait y penser. Je n'ai pas eu l'idée toute seule, mais je la partage volontiers.

Il vous faudra une pâte feuilletée ronde que vous tartinerez avec le mélange de votre choix (ici une compotée de tomates au basilic) en veillant à ne pas trop charger la pâte. On pourrait ajouter de l'emmental râpé mais ce n'est pas absolument nécessaire.

Vous découperez ensuite en quatre, puis de nouveau en quatre pour obtenir seize parts égales. Attention : prenez un couteau en silicone pour ne pas déchirer le papier sulfurisé qui sera bien utile à la cuisson.

Rouler chaque part en croissant est une partie de plaisir. La seule difficulté est de rouler dans le "bon" sens mais vous vous en rendrez compte très vite par vous-même. Et surtout pas trop serré d'une part pour que la crème ne s'échappe pas à la cuisson et d'autre part pour que la pâte puisse gonfler.
Ne dorez pas au jaune d'oeuf. Cela collerait l'ensemble et le résultat ne serait pas à la hauteur.
Remettez au frais le temps que le four préchauffe, cela provoquera un choc thermique salutaire. On cuira une douzaine de minutes à 220°.
L'important est de déguster tiède bien sûr.

dimanche 27 décembre 2015

Salé sucré de Ang Lee, à découvrir en blue-ray

Puisque les festivités de fin d'année sont progressivement annulées par "sécurité" vous allez peut-être opter pour une soirée à la maison ... et si ce n'est pas le cas le 31 décembre, il y aura bien de toutes façons un jour où vous aurez envie de vous faire une toile sans sortir. C'est à cela que servent les bons DVD, même si le film que je vous propose est ressorti le 16 décembre au cinéma en version restaurée inédite.

Avec Salé sucré de Ang Lee, préparez vous à deux heures de gourmandise et d'exotisme. La cuisine, si importante dans sa filmographie, représente l'union, le bonheur, le plaisir. 
M. Chu est le plus grand chef cuisinier de Taipei. Veuf depuis seize ans, il élève seul ses trois filles : Jen, professeur de chimie à la religiosité exacerbée, Kien, séduisante businesswoman qui rêve de prendre son indépendance, et Ning, jeune étudiante qui travaille dans un fast-food. La vie de la famille Chu est réglée par ces rituels immuables que sont les repas, préparés avec une minutie extrême par le père. Renfermé et peu loquace, la cuisine est pour lui la seule façon de communiquer…
Ce film est le dernier volet de la trilogie baptisée "Father knows best" que Ang Lee a commencé sur la famille en 1992 avec Tui shou, présenté au Festival du Film de Berlin. Le réalisateur excelle dans l'art du portrait. Il a tourné celui-ci pour la première fois à Taiwan qui se trouve être l'endroit où il est né. Sa caméra observe avec tendresse des personnages en mal d’affection dont le rapport à l’autre s’effectue à travers la nourriture.

C'est une ode à l’art culinaire taïwanais, plutôt méconnu, et dont les scènes de préparation de repas, incroyables de maîtrise, ont fasciné m'a-t-on dit les plus grands cuisiniers du monde.

De plus il est présenté pour la première fois dans sa version restaurée en Haute Définition. Et l'avantage du DVD sera quadruple avec le film et trois bonus "L'essence de la vie" où Ang Lee évoque la culture traditionnelle chinoise et l'évolution de la famille au sein d'une société en pleine mutation, une analyse de James Schamus qui revient sur les différences culturelles existant sur un tournage américain et taïwanais en comparant ses expériences sur la trilogie "Father Knows Best" et bien entendu une vingtaine de minutes consacrées à un making-of.

Vous pourrez en profiter pour revoir Garçon d'honneur qui, juste avant Sucré salé, annonçait déjà le futur succès d'Ang Lee. C'est ce film qui permit au cinéaste d'accéder à la reconnaissance internationale avec un Ours d'Or à Berlin et une nomination à l'Oscar du Meilleur film étranger.

Entre choc des cultures et des générations, cette comédie de mœurs narre le mariage blanc organisé par un jeune gay pour satisfaire ses parents. C'est un film réjouissant qui aborde avec délicatesse, intelligence et humour les thèmes forts de l’homosexualité, les conflits entre générations et le choc des cultures.
Taïwanais naturalisé américain, Wei-Tong habite à New York avec son compagnon Simon. Ses parents, restés en Asie, ignorent son homosexualité et font tout pour lui trouver une femme. Simon a alors une idée : que Wei-Tong épouse Wei-Wei, sa locataire chinoise en quête d’une carte verte. C’est alors que les parents de Wei-Tong débarquent à New York pour le mariage…
Comme Salé sucré, ce film existe pour la première fois dans sa version restaurée en Haute Définition.

Salé sucré de Ang Lee
Comédie dramatique | Taïwan/États-Unis | 1994
Scénario : Wang Hui-Ling, Ang Lee et James Schamus
Avec : Lung Sihung, Yang Kuei-Mei, Wu Chien-Lien, Wang Yu-Men et Winston Chao.

Garçon d'honneur de Ang Lee
Comédie dramatique | Taïwan/États-Unis | 1993
Scénario : Neil Peng, Ang Lee et James Schamus
Avec : Gua Ah-Leh, Lung Sihung, May Chin, Winston Chao et Mitchell Lichtenstein

La musique a été composée par Mader pour l'un et l'autre et tous les deux sont sortis en Blu-ray, DVD et coffret DVD le 25 novembre 2015. Ce sont des productions Carlotta Films

On pourra enfin chercher à revoir aussi Le Secret de Brokeback Mountain que ce même réalisateur réalisa en Amérique du Nord en 2005. 

samedi 26 décembre 2015

La soupe détox lendemain de fêtes

Vous la préparerez en bonne conscience parce que vous pensez devoir faire régime. Mais vous vous régalerez. Il y a peu de plats meilleurs que la vraie soupe de légumes maison. Son secret ? Assez facile à mettre en oeuvre pourvu qu'on ait un peu d'organisation et de prévoyance.

Règle numéro 1, avoir toujours (au congélateur, c'est impérissable) du céleri branche et des gousses d'ail, et ses étagères des feuilles de laurier et du thym, parmi ses épices des clous de girofle.

Règle numéro 2, acheter des poireaux, beaucoup de poireaux, parce que c'est ce qui donne son goût à l'eau. Comme j'aime ce légume en entrée je le coupe en trois et je pose les "blancs" dans un panier vapeur au-dessus de la soupe, le vert sera dans le potage. Je fais d'une pierre deux coups.

La recette en elle-même comporte des invariants : poireaux, je l'ai déjà dit, un oignon piqué d'un clou de girofle, une gousse d'ail, une feuille de laurier, un morceau de céleri branche, du gros sel de mer, une ou deux pommes de terre (à purée ou frite, on évite la variété à rissoler).

On peut ajouter ce qu'on a sous la main, quelques carottes, une poignée d'épinards, un reste de potiron, un navet ou un panais. C'est selon. Il faut penser à verser beaucoup d'eau (et je la préfère filtrée). Quant au poivre je préfère que chacun donne un tour de moulin sur son bol et assaisonne à sa convenance.

Plutôt que le classique persil plat je choisis le persil dit chinois, dit encore coriandre dont je trouve le parfum plus délicat.

La cocotte minute est une alliée précieuse. Je consomme une partie en bouillon, le reste est mixé au blender, pour varier les plaisirs.
Et pour faire (encore) fête, je sers avec une quenelle ou une tartine de mousse aux cèpes, trouvée chez Lidl qui regorge en ce moment de produits très gourmands et peu onéreux, ce qui prouve qu'on n'est pas obligé d'aller dans le quartier de la Madeleine pour débusquer l'excellence. J'avais déjà eu l'occasion de l'apprendre l'an dernier au Salon du blog culinaire où la marque était présente.

vendredi 25 décembre 2015

De Meudon à Istanbul, l'épopée de l'Orient-Express

Si vous avez manqué l'exposition qui a été présentée il y a quelques mois devant l'Institut du Monde Arabe voilà une occasion de voir quelques pièces d'exception et, qui plus est, sans faire la queue ni bourse délier puisque le Centre d'art et de Culture de Meudon est gratuit.

C'est une occasion à saisir, encore plus forte que les réductions des agences de voyage pour aller, certes en imagination, jusqu'à Istanbul, et revivre un peu l'épopée de l'Orient-Express.

Ces trains légendaires n'ont rien perdu de leur capacité à faire rêver.

Tout a commencé avec la création en 1876 d'une compagnie ferroviaire de luxe : la Compagnie internationale des wagons-lits par un homme d'affaires belge. A force de ténacité, Georges Nagelmakers concrétise son projet de train transeuropéen, et lance l'Orient-Express  le 4 octobre 1883. L'année suivante sa compagnie prend le nom de Compagnie des Wagons-Lits et des Grands Express Européens. Elle ouvrira dix ans plus tard plusieurs hôtels de luxe pour ses passagers.

L'orient-Express sera le premier moyen de transport à abolir les frontières du vieux continent. Il parcourt une distance de 3186 km et traversera 7 pays (France, Allemagne, Autriche, Hongrie, Roumanie, Bulgarie et Turquie) en 81 heures et 30 minutes, ce qui représente tout de même 30 heures de moins qu'un train ordinaire.

L'Orient-Express sillonne l'Europe Centrale et les Balkans en passant par Munich, Vienne, Budapest et Bucarest afin de rejoindre les portes de l'Orient à Istanbul, à une époque où les frontières ne sont pas ouvertes comme aujourd'hui. Cela relève presque de l'épopée.
La construction du tunnel du Simplon permettra la création d'un itinéraire sud par Venise, Belgrade et Sofia. Et de nombreux trains de prestige vont désormais partir depuis la Côte d'Azur, comme en témoignent ces affiches. Celle de gauche a été réalisée en 1926 par Emile André Schefer.

Le Calais Méditerranée Express traverse la France du Nord au Sud à partir de 1886. Il est richement orné de marqueteries Art Déco. Les deux panneaux qui sont photographiés ici décoraient le dessus de la banquette lit des premières voitures métalliques type S (pour Steel) en 1922.
Les premières voitures métalliques bleues apparaissent sur la ligne cette même année 1922. C'est le directeur de la Compagnie qui a imposé cette couleur et les liserais or en mémoire de l'uniforme bleu nuit rehaussé de galons dorés qu'il portait lorsqu'il faisait son service militaire. Les clients vont finir par donner ce nom de Train Bleu à la ligne en 1946.
Un modèle réduit ouvert permet de voir l'agencement des cabines single, double ou triple d'une voiture lits type MU comme il y en avait encore en 1964.
Les trajets étaient si longs que le confort de la couchette était primordial. Et on peut voir grandeur nature un compartiment de voiture lit type Y de l'année 1930. C'est dans un compartiment de ce type qu'a été tournée la scène célèbre de James Bond Bons baisers de Russie avec Sean Connery.
Ces voitures lits, les plus nombreuses de la Compagnie, ont circulé sur la plupart des grands express. Le décor sobre reste malgré tout assez cossu avec des boiseries d'acajou. Pour la première fois  ces voitures étaient équipées d'un office dans lequel le conducteur pouvait préparer le petit déjeuner ou des collations sans avoir recours aux services d'une voiture-restaurant souvent éloignée. Le conducteur des Wagons-Lits, un par voiture (et non pas les contrôleurs) était un personnage important. Il dormait sur une banquette spartiate dans le couloir et était en charge de satisfaire aux moindres désirs de 10 à 20 voyageurs, nombre variant suivant le standing de la voiture. Il assurait les passages en douane pendant la nuit et servait les petits déjeuners ou réveillait les passagers avant de descendre.
Les silhouettes des personnages de la littérature et du cinéma qui ont participé à la construction de la légende de ce célèbre train sont toujours vivantes. On retrouve intacts les cabinets de toilette et meubles de lavabo, vaisselle et argenterie, malles de voyage ou menus du restaurant, affiches anciennes, documents de voyage mais on découvre aussi des anecdotes et des petites histoires liées à des passagers célèbres.
On découvre aussi le confort des wagons "ordinaires" qui témoigne quand même du luxe de l'époque. On s'y installerait volontiers pour prendre le thé et lire un bon roman. La vie à bord conjugue confort et raffinement.
Les menus sont composés de plats recherchés et accompagnés de vins prestigieux. Les trois voitures-restaurants sont autant appréciées pour la gastronomie que pour l'ambiance créée par René Lalique, Gérard Gallet ... qui fait du voyage une expérience unique.
L'Art Nouveau influence les arts de la table. On peut notamment voir de près une des premières assiettes aux armes de l'Orient Express et un vase de cristal gravé à l'acide Val Saint Lambert.
La table dressée dans le grand wagon du Simplon Orient Express Paris Beograd Istambul, via Milano et Trieste (c'est ce qui figure sur la plaque) témoigne du faste et du luxe de ces Grands Express. On comprend qu'ils aient inspiré les écrivains comme Graham Geene, Paul Morand, Agatha Christie, et les cinéastes... Outre le James Bond précédemment cité on se souvient de Une femme disparait d'Alfred Hitchcock, L'espion qui m'aimait de Lewis Gilbert ou encore Sherlock Holmes attaque l'Orient-Express de Herbert Ross.
Beaucoup de souvenirs sont exposés à Meudon, par exemple des objets témoins de la voiture restaurant 2419 D mise à disposition du Maréchal Foch pendant la première guerre mondiale, alors qu'elle avait sillonné l'Europe dans différents trains de luxe. En effet durant la guerre l'Orient-Express servira de train militaire. L'armistice a été signé dans cette voiture en 1918 avant qu'elle soit emmenée en Allemagne en 1940 puis détruite en 1944. (Celle qui est visible en forêt de Compiègne, à Rethondes est une voiture similaire de la même série.)

Après une interruption de 1939 à 1945 en raison de la guerre l'Orient-Express reprend du service mais le nombre de voitures de luxe chute en 1962. Le dernier départ pour Istambul aura lieu le 19 mai 1977.

Cependant la légende renait en 1983 quand un train portant ce même nom d'Orient Express est reconstitué par le britannique James Sherwood, avec du matériel d'origine restauré. Il assure un service régulier entre Paris et Venise sous la marque "Venice-Simplon-Orient-express" jusqu'en 2005. De son coté la Compagnie des Wagons-Lits est rachetée en 2003 par le groupe Accor. Elle restaure sept voitures et les met en service pour des voyages privés sous la marque "Pullman-Orient-express".

C'est à la générosité d'un collectionneur meudonnais que l'on peut approcher les fastes de ces trains de légende qui reliaient l'hôtel Royal-Bellevue à la compagnie internationale des Wagons-Lits et traversaient l'Europe entière dans un confort sans égal.

De Meudon à Istanbul, l'épopée de l'Orient-Express
Centre d'art et de culture
15 boulevard des Nations Unies - 92190 Meudon
Du jeudi 17 décembre 2015 au dimanche 27 mars 2016
Mardi au vendredi : 15h à 19h
Samedi et dimanche : 14h30 à 18h30
Entrée libre

jeudi 24 décembre 2015

La Nouvelle Seine embarque petits et grands pour deux spectacles aromatiques

La Nouvelle Seine est une péniche amarrée quai de Montebello. On peut y déjeuner en jouissant d'une vue imprenable sur Notre-Dame.

On peut aussi descendre en soute pour assister à un spectacle. La programmation est sans reproche, avec des découvertes intéressantes, comme Marine Baousson que j'avais applaudie à la Comédie des Trois Bornes et qui fait le show ici tous les mardis soirs à 21 h 30.

Les enfants ne sont pas en reste. Ils ont le choix en ce moment avec deux comédies écrites par le même auteur pour les 3-11 ans.
J'ai eu la surprise de découvrir une vraie salle, même si elle tangue un petit peu (au passage des bateaux-mouches ou des péniches en activité). Un parfum d'épices embaumait. On se serait cru sous un de ces sapins du marché de Noël du square voisin.
La décoration signé par Gil Levasseur, évoque l'univers de Cocteau et convient autant à un public d'enfants qu'aux adultes. Il a été aidé par une certaine Caroline qui mérite les félicitations.

A ce que j'ai vu cette après-midi là, les parents n'ont pas boudé leur plaisir. Les comédiens m'ont dit avoir ressenti une forte écoute, avec une belle participation de parents conquis.

Il leur faut tout de même beaucoup d'énergie parce que la marmaille n'a pas ses mots dans ses poches. J'ai entendu fuser des "maitresses en maillot de bains" et des menaces, du style "j'espère que c'est intéressant", témoignant d'une exigence extrême pour des spectateurs aussi jeunes qui un peu plus tard avoueront : "c'est la première fois que je vois un spectacle comme çà". Faut du caractère pour les mener à la baguette ces petits, et le comédien n'en manque pas.

Je connaissais en gros l'histoire d'Augustin Pirate des Indes, ayant découvert le livre de Marc Wolters (illustré par Pierre Jeanneau, au Buveur d'encre, 2015) au Salon du livre pour la jeunesse de Montreuil il y a quelques jours.
C'est lui qui a écrit le spectacle à partir de la même trame mais le résultat n'a rien à voir. C'est encore lui qui a conçu La Grande Cuisine du Petit Léon, un spectacle plus musical et différemment participatif.
Les deux ont en commun de faire découvrir épices et herbes aromatiques au moyen de drapeau embaumant les huiles essentielles agités au-dessus des spectateurs.

mercredi 23 décembre 2015

J'ai testé Les Petites Casseroles

À l’approche des fêtes de fin d’année, Les Petites Casseroles ont pensé à tous les franciliens débordés, en panne d’inspiration, ou tout simplement gourmands en concoctant un Menu des Étoiles, inspiré -en partie- de recettes de grands chefs revisitées.

Il faut compter environ 35 euros par personne, prix tout à fait indicatif selon les plats choisis (dont je donne quelques exemples en fin de billet). Mais il faut savoir qu'à ce tarif là, qui est sans commune mesure avec le coût d'un restaurant, on aura exclusivement du fait maison, avec des produits frais et de saison. Cuisinés uniquement sur commande. Et on tiendra compte de vos contre-indications alimentaires si vous en avez.

Justement, il n'y a qu’à passer commande et à se régaler ! Comme celles-ci ont lieu les mardis et vendredis et que l'on peut commander jusqu’à J-2, ce sera parfait pour le 31 décembre puisque le délai coule jusqu'au 29 décembre pour la livraison du 31. Mais ce sera aussi bien pour un surlendemain de fête quand on n'a plus du tout envie de se mettre devant les fourneaux.

mardi 22 décembre 2015

La fille de son père au Théâtre de l'Archipel

Avec la Fille de son père qui se joue au Théâtre de l'Archipel, tous les ingrédients sont réunis pour passer une bonne soirée.

Laure Lepelley a conçu un décor inspiré d'un appartement haussmanien qui fonctionne bien (même si on attendrait quelques changements, mais on n'est pas dans une production d'Au théâtre ce soir, la salle rouge de l'Archipel est nettement plus modeste, plus intime aussi, et ce n'est pas pour nous déplaire.

On y est à proximité des comédiens et cela participe à la bonne humeur qui se dégage de cette pièce, écrite par Bruno Chapelle et Camille Saferis. Ils n'ont pas eu à chercher très loin leur inspiration. Tout le monde rêve de devenir célèbre et de "faire de la télé".

Bruno Chapelle (chemise bleue) cumule les talents. Il est auteur, mais aussi comédien, metteur en scène (et co-directeur du théâtre de l’Archipel depuis cinq ans). Son jeu fait penser à Bourvil pour sa capacité à passer du comique au sérieux.

Il a démarré, comme beaucoup de ses compatriotes (et notamment Chevallier et Laspalès qui sont ses amis) dans la célèbre émission des années 80 "Le Petit Théâtre de Bouvard". On l'a vu au cinéma dans dans Les rois mages, La grande peinture, Les trois frères le retour et de nombreuses séries télévisées. Il est scénariste de Joséphine ange gardien.

Il est le personnage central de la Fille de son père dont on a le sentiment qu'il active les ficelles.
Jennifer rêve de faire de la télé. Mais lorsque l'on n'est la fille de personne (de connu), ce n'est pas gagné ! Heureusement, le hasard lui permettra d'exaucer son voeu au travers de la fille d’un certain "Personne" qui vaudra à Jennifer de devenir quelqu'un. Parce que c'est bien connu, chacun veut sa chance.
Les quiproquos rythment ce vaudeville trépidant sur l'ascenseur social, dans lequel les portes claquent au rythme des mensonges de chacun et de répliques bien senties, parfois inspirées par les discours des "grands" de ce monde : moi président ...

Camille Saféris (cravate rouge) donne la réplique, un art qu'il maitrise puisqu'il s’y est entrainé à la télévision avec Christine Bravo et Michel Drucker. Il fut le déconneur cathodique de Nulle Part Ailleurs sur Canal + où sa chronique des Première fois était d'une fine drôlerie. C'est lui aussi un artiste accompli, billettiste, réalisateur, auteur de chansons, de scénarios et de livres.

Formée à l’Ecole Florent et aux Enfants Terribles, la brune Marie-Aline Thomassin a joué entre autres aux côtés de Francis Perrin, Agnès Soral, Chevallier et Laspalès (encore eux)... Elle touche également au one-woman show, puis écrit avec Bruno Chapelle la pièce J’adore l’amour, j’aimerais bien le refaire un jour ! On l’a vue au cinéma dans Violette de Martin Provost, dans plusieurs courts-métrages primés en festivals, à la télévision dans des séries ou des publicités, et sur la toile où elle incarne notamment l’héroïne d’une web-série à succès.

Après une formation classique aux Conservatoires de Toulouse et de Paris, la blonde Pascale Michaud est rapidement engagée par des metteurs en scène tels que Gilles Gleizes, Jean- Philippe Azema, Thierry Atlan ou Jean-Christophe Barc... Passant aisément du registre dramatique à la comédie, c’est dans ce domaine qu’elle se fait remarquer. Entre autres par TF1, qui l’engage en 2009 pour incarner l'héroïne de la série quotidienne Seconde Chance, nommée aux International Emmy Awards. Au cinéma, Claude Chabrol lui donne un petit rôle dans L’ivresse du pouvoir. Elle apparaît également dans de nombreux téléfilms, séries TV et publicités. C’est en 2006 qu’elle rencontre Bruno Chapelle et Camille Saféris, nouveaux complices avec qui elle travaillera à de nombreuses reprises.

Olivier Yéni cumule lui aussi les casquettes : en tant qu’auteur, producteur ou comédien. Il dirige également Acte Sept, une agence conseil en communication parlée qu’il a fondée il y a treize ans. Manager conseil et amoureux de la langue, il accompagne les entreprises dans leurs conventions, séminaires, plénières ou tables rondes, autour de leurs enjeux de prise de parole. Rien d'étonnant à ce qu'il ait été choisi pour interpréter ici le rôle d'un PDG reconverti dans la télévision.
Tous s'accordent à merveille et, au risque de me répéter, la soirée démarre fort bien en leur compagnie. Le quintette a de belles perspectives.

La fille de son père
de Bruno Chapelle et Camille Saferis
Mise en scène : Bruno Chapelle
Avec Bruno Chapelle, Pascale Michaud, Camille Saferis, Marie- Aline Thomassin et Olivier Yeni
Du mardi au jeudi à 19H30
Jusqu'au 7 janvier 2016 , représentation supplémentaire le 31 décembre à 21 h 15

Photos Xavier Lahache

lundi 21 décembre 2015

Un cocktail avec le calvados Père Malgoire et ses amuse-bouches

Comme je l'écrivais le 22 novembre dernier, le Salon du blog culinaire a été l'occasion de relever un défi autour des produits Père Magloire pour imaginer un cocktail et ses amuse-bouches.

C'est une maison que je connais assez bien puisque j'en avais visité les chais à Pont l'Evêque. Je ne me souviens plus comment cela s'est fait. Toujours est-il que je me suis retrouvée à faire équipe avec Romain alors que les duos de bloggeurs se constituaient comme Jacqueline (Les recettes de Jacre) et Anaïs (Anaïs cuisine), ou Christian (Ambiances Culinaires) et Lucie (Saladetkoi) qui gagneront la battle.

Nous avions à disposition plusieurs produits. Et nous avions eu l'occasion de faire quelques dégustations sur le stand Père Magloire.

Romain prétendait ne pas avoir d'inspiration pour les amuse-bouches. Par contre il avait envie de faire des mélanges qu'il me soumettait dès qu'il en était satisfait. Voilà comment nous nous sommes réparti les tâches.

Nous avons retenu le Calvados V.S.O.P. et le Pommeau que nous avons choisi d'associer à une crème de pêche et à de la limonade, dans l'esprit de proposer plutôt un long drink ... dans un joli verre conçu à cet effet et aux couleurs de la marque. Rappelez-vous malgré tout combien l'abus d'alcool est dangereux pour la santé et qu'il convient de consommer avec modération. Comme agitateur je lui ai suggéré une branche de romarin, en accord avec le coté estival du parasol gravé sur le verre, et si nous avons ajouté une tranche de citron vert c'est pour apporter davantage de fraicheur.

Un trait de crème de pêche suffit. Attention de ne pas avoir la main lourde. Ensuite on verse 2 cl de Calvados pour le double de Pommeau. On complète avec la limonade. Dans l'idéal, pour ne pas noyer le cocktail mais néanmoins le rafraichir on le prépare avec des glaçons et on filtre avant de servir. Je n'ai pas eu le réflexe d'utiliser la passoire spéciale du shaker que je venais d'obtenir après être passée par la salle de troc (heureuse initiative).

Nous voulions le servir "straight up", autrement dit sans glaçon. Mais nous avons eu un petit souci de timing. Il n'est pas possible au jury de déguster toutes les préparations à la bonne température. La boisson n'était plus assez fraiche. Par contre les amuse-bouches avaient refroidi. Ce sont des éléments à intégrer si vous voulez les servir à vos invités.

Des amuse-bouches ultra normands :
Outre des feuilles de brick, nous pouvions utiliser des produits dont la création a été pensée en association avec les Calvados Père Magloire, comme la Moutarde de Normandie au Calvados de la maison Toustain-Barville, une Confiture pommes, caramel au beurre salé et Calvados Père Magloire élaborée par la Cour d'Orgères, comme encore, venant du même confiturier, un chutney d'oignons jaunes, de pommes, de cranberries, de vinaigre de cidre et d'une pointe de Calvados Père Magloire, et un Foie Gras Entier de Canard au Calvados Père Magloire, de la Maison Sudreau qui a été récompensé par de nombreuses médailles au Concours Général Agricole de Paris. Les fromages normands comme le Livarot, le Pont l'Evêque de la fromagerie Graindorgeque je connais également, étaient bien entendu présents eux aussi.
Nous avons préparé des cigares au Pont l'Evêque et à la confiture, ainsi que des bonbons de foie gras au chutney, en ayant la main légère parce que ce ne sont pas des "entrées".
Nous nous sommes amusés à faire ces associations qui, au final, étaient très gourmandes, ce qui prouve qu'oser peut être payant. On nous a dit en "off" que ce plateau aurait pu gagner si nous avions eu la main plus légère avec la pêche.
L'association Pont l'Evêque et Calvados est inhabituelle mais très réussie et il est probable que je la proposerai dans le cadre du Cheese Day qui aura lieu Lundi 25 janvier 2016 au Pavillon Ledoyen à Paris. La manifestation sera ouverte aux professionnels comme au grand public.
Nous avons passé un bon moment avec l'équipe de Père Magloire et avec le Chef Jérôme Tassin que l'on ne remerciera jamais assez de  sa patience et de ses conseils.
Quelques informations complémentaires :
Le V.S.O.P. se démarque de la gamme par une sélection de cidres de pommes exclusivement récoltées dans le Pays d’Auge, terroir délimité couvrant à peine 6% de la Normandie. L’assemblage du V.S.O.P. est constitué de Calvados dont le plus jeune a vieillit au moins 4 ans en fûts de chêne. La typicité du sol apporte à la pomme, allié à une double distillation en alambics de cuivre à repasse, confère au V.S.O.P. richesse et longueur en bouche. 

Le Pommeau Père Magloire est le résultat d’un judicieux mariage de moût de pommes à cidres (plutôt des variétés de pommes riches en polyphénols) et de Calvados sélectionnés et vieillis en fûts de chêne. Le vieillissement optimal est de 3 ans en fûts de chêne (minimum 14 mois selon la Loi) pour apporter au Pommeau sa structure, sa longueur en bouche, sa richesse aromatique, son fondu, son équilibre des saveurs et sa couleur soutenue.

Sa couleur est ambre rouge tuilée. Au nez on sent un parfum de pommes cuites et très vite la présence de Calvados. A palais se dégage des arômes de Sucre d’orge avec des accents de fruits mûrs et de pruneaux presque confits.

Enfin la Fine V.S. Père Magloire a été spécialement relookée pour les fêtes de fin d'année en édition limitée.

Je précise enfin que les photos logotypées 750g sont de Sylvain Bertrand et je remercie Hélène pour les siennes.

dimanche 20 décembre 2015

Amelia de Kimberly Mc Creight au Cherche Midi

J'ai tout de suite trouvé un air de famille entre la couverture d'Amelia et l'affiche de Despues de Lucia. Ce film que j'avais découvert dans le cadre du festival Paysages de cinéastes il y a quelques années avait été un vrai choc. Il abordait le harcèlement scolaire de manière remarquable et avait suscité le débat.

Il y a une logique : Amelia traite du même sujet. Et je me souviens aussi d'un livre que je n'avais pas pu oublier depuis huit ans tant il était lui aussi impressionnant,  Je suis morte et je n'ai rien appris de Solenn Colleter chez Albin Michel.

A la différence des deux premiers qui concernent des lycéennes, ce dernier avait pour cadre l'université, les grandes écoles, et les pratiques de bizutage, un univers que je ne souhaitais alors pas du tout pour ma fille.
À New York, Kate élève seule sa fille de 15 ans, Amelia. En dépit d'un rythme professionnel soutenu, elle parvient à être à l'écoute de cette adolescente intelligente et responsable, ouverte et bien dans sa peau. Très proches, elles n'ont pas de secrets l'une pour l'autre. C'est en tout cas ce que croit Kate, jusqu'à ce matin d'octobre où l'école lui demande de venir de toute urgence. Lorsqu'elle arrive, Kate se retrouve face à une cohorte d'ambulances et de voitures de police. On lui annonce qu'Amelia a sauté du toit de l'établissement. Kate ne reverra plus jamais sa fille vivante. 
Pourquoi une jeune fille en apparence si épanouie aurait-elle décidé de mettre fin à ses jours ? Rongée par le chagrin et la culpabilité, le désespoir et l'incompréhension, Kate tente d'accepter l'inacceptable... jusqu'à un SMS anonyme qui remet tout en question : "Amelia n'a pas sauté." 
Obsédée par cette révélation, Kate va scruter les SMS, les mails d'Amelia, ce qui a été publié sur les réseaux sociaux. Elle va tenter de reconstruire la vie de sa fille afin de comprendre qui elle était vraiment et ce qui l'a poussée à monter sur le toit ce jour-là.  Elle va aussi revenir sur son propre passé, comme si l'un pouvait expliquer l'autre.
La réalité qui l'attend constituera un second choc et le lecteur se trouve vite partagé entre la mère et la fille. Kimberly McCreight a en effet adopté un canevas qui donne les points de vue de tous les protagonistes. Nous menons donc nous aussi l'enquête, mais avec des éléments supplémentaires puisque nous avons accès au journal intime d'Amelia que la mère ne peut pas lire. Egalement avec le journal intime de la mère qui remonte des années en arrière.

Bien entendu, en parfaite maitresse du jeu, l'auteure brouille les pistes et nous égare dans un compte à rebours d'une tragédie dont on connait très vite l'issue. Il apparait vite que la culpabilité ressentie par Kate n'est pas si justifiée qu'on a pu le croire. Ce qui importe c'est comment une chose aussi horrible que la mort d'une adolescente peut arriver sans qu'on ne remarque les signaux de détresse.

Faut-il se résigner en admettant qu'Amelia était si parfaitement têtue ?

Faut-il accepter que rien n'aurait pu éviter le drame ? Même pas le médecin de l'établissement, le docteur Lipton qui sait tout et tente d'encourager Amelia à cracher le morceau. Le harcèlement est interdit et est puni d'exclusion. Il suffirait de dire oui. Mais Amelia se dit forte. Elle assure (p. 393) ne pas se sentir acculée au suicide, non pas elle. On lui conseille malgré tout de se confier au moins à sa mère, mais elle craind de l'embrouiller, comme elle le dit elle-même.

Le lexique de Kimberly McCreight est évidemment riche d'expressions favorites employées par les jeunes. On ne comprend pas les échanges de SMS à la première lecture. Il faut souvent les lire à haute voix pour en saisir le sens. A ce propos il ne faudrait pas en conclure qu'on a perdu en qualité syntaxique. La communication redevient "normale" après 22 ans ... beaucoup d'études le prouvent.

Je me suis demandé si les patronymes étaient le fruit d'un hasard. J'ai trouvé qu'il y avait un certain humour à donner au proviseur celui de Woodhouse, à nommer Sylvia, Golde, qui colle tout à fait à la superficialité de son image. Les fringues étaient pour Sylvia ce que les bouquins étaient pour moi : la seule chose qui compte vraiment. (p. 40 ) Et Zadie Goodwin semble marquée par la chance.

Ce livre interroge sur l'amitié et sur la jalousie quand elle est poussée à son paroxysme. Amelia sportive vierge intello, a-t-elle eu raison de faire confiance  à Sylvia pute fashion victim ? Est-il raisonnable de se croire amies pour la vie depuis l'âge de cinq ans ? Y a-t-il des rencontres à ne pas faire ? Comme celle entre Amelia et Dylan même si la jeune fille pense à propos d'elle : Tu étais la meilleure chose qui me soit jamais arrivée. Tu le seras toujours.

Ce livre fouille la question de la vérité. Faut-il tout dire ? Existe-t-il, comme l'écrit l'auteure des secrets plus vilains que d'autres ? S'agissant de Kate ce serait de n'avoir pas couché avec la bonne personne. On pourrait faire la même remarque à propos d'Amelia. Connait-on vraiment nos enfants ? Une interrogation qui peut être élargie à tous ceux qu'on aime et dont on se croit proche.

Le lecteur échafaude des hypothèses. La fin sera surprenante, et c'est une des forces du roman d'entretenir le suspense. Le livre ouvre dans les toutes dernières pages sur une forme de résilience, respectant ainsi le voeu d'Amelia que sa mère soit heureuse ...

Enfin le roman aborde un sujet tabou, celui du harcèlement, sur lequel on commence à lever le voile dans les établissements scolaires français. J'ignore ce qu'il en est exactement aux USA. Dans le roman on peut lire que les clubs étaient une idée stupide, avec tous leurs secrets débiles et leur bizutage à la con, et qu'il ont été interdits en 1980 après la mort brutale d'un jeune dans le lycée, mais réintroduits il y a deux ans, et conservés pour des raisons obscures.

J'ai appris un terme que je ne connaissais pas, celui de sororité pour désigner ces clubs, soit disant fraternels, qui composent des réseaux diaboliques. En France, en tout cas, s'ils se livrent à des opérations de bizutage ils feront l'objet de sanctions disciplinaires. De tels faits sont interdits et punis par la loi depuis 1998. Il est même obligatoire d'inscrire clairement dans le règlement intérieur d'une (grande) école qu'ils sont passibles de "six mois d’emprisonnement, 7 500 euros d’amende, une inscription au casier judiciaire et un renvoi de l’établissement". On peut espérer que ce soit dissuasif.

Car, et le livre en fait la parfaite démonstration, ce sont tout de même les adultes les premiers coupables, soit par aveuglement, soit par complaisance, lâcheté, voire sadisme. Il s'agit de bien autre chose que d'un malaise consécutif à l'adolescence. On se surprend souvent à s'indigner sur le laxisme des parents, surtout de ceux de ces Magpies livrées à elles-mêmes et dont les tenues vestimentaires devraient alerter.

Kimberly McCreight vit à Brooklyn avec son mari et ses deux enfants.Amelia est son premier roman traduit en France. On peut croire qu'une adaptation cinématographique sera bientôt engagée puisque Nicole Kidman vient d'en acquérir les droits.

Il y aura sans doute un travail à accomplir pour rendre l'ouvrage "cinématographique". J'espère à cette occasion que des personnages secondaires (mais dont le rôle est essentiel) seront davantage aboutis que dans le roman. Comme les motivations du mystérieux rédacteur du blog gRaCeFULLY à propos duquel l'auteur nous laisse sur notre faim puisqu'il (ou elle) n'est pas sanctionné (e).

Et sans doute de donner un éclairage plus évident sur l'identité de la personne qui a écrit pardon sur le mur du toit.

Amelia de Kimberly McCreight, traduit par Élodie Leplat, Le Cherche Midi, en librairie depuis le 27 août 2015
Livre chroniqué dans le cadre du Prix 2016 des lecteurs d'Antony
En compétition dans la catégorie Romans étrangers avec Miniaturiste de Jessie Burton, Daroussia la douce de Maria Matios, Intérieur nuit de Marisha Pessl, et Encore de Hakan Günday.

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