vendredi 27 février 2015

Les tremblements essentiels de Viktor Lazlo chez Albin Michel

Chanteuse, comédienne, Viktor Lazlo est aussi romancière. La Femme qui pleure, son premier roman publié en 2010, a reçu le Prix Charles Brisset. En 2012, elle a publié également aux éditions Albin Michel My name is Billie Holiday. Elle interpréta les chansons de cette chanteuse sur la scène du Théâtre Rive Gauche la même année, dans un show troublant que j'avais beaucoup apprécié.

Elle publie aujourd'hui un nouveau roman que j'ai pu découvrir avant sa sortie en librairie. L'histoire d'une femme qui n'est pas elle mais qui l'évoque à de multiples reprises et où elle confirme son talent pour l'écriture.
Qui était vraiment Alma Sol, cette beauté caraïbe devenue une star de la chanson ? Pourquoi a-t-elle disparu du jour au lendemain ?Sensuelle et mystérieuse, dangereuse et vulnérable, elle exerçait une étrange fascination sur les hommes comme sur les femmes. Aurèle, Diane et Damien, qui prétendent l'avoir aimée, ne peuvent se résoudre à l'oublier.
Voyage intérieur, quête d'identité, le roman de Viktor Lazlo retrace avec infiniment de sensibilité le destin d'une femme écartelée entre deux cultures, meurtrie par l'éclat de la célébrité et les ombres du passé, mue par un irrépressible désir de vivre et d'aimer.
Alma avait dit à Aurèle qu'ils étaient faits pour terminer leur vie ensemble. Ils s'étaient pourtant ratés une première, puis une deuxième fois. Se retrouveront-ils un jour ?

A partir de cette mince trame Viktor Lazlo réussit brillamment un roman choral sous forme d'enquête.

Le titre assez énigmatique fait référence, on le comprend à la fin du livre, à une pathologie (p. 231) qui fait souffrir Alma Sol. À la différence du tremblement parkinsonien, qui se manifeste au repos, le tremblement essentiel atteint les muscles qui se contractent pour maintenir une position ou permettre un mouvement. Il touche d'abord les mains, les bras, parfois le cou et la voix, plus rarement les membres inférieurs, et tend à augmenter lors de gestes précis (écrire, se maquiller, s'habiller...), jusqu'à constituer un véritable handicap.

Il touche une personne sur 200, soit plus de 300 000 personnes en France et il n'existe encore aucun traitement permettant de guérir ou stopper son évolution.

Le roman est traversé de références culturelles : les poèmes d'Emily Dickinson ... des sculptures de Giacometti, et le célèbre tableau de Francis Bacon qui est qualifié de chef d’œuvre absolu, Study of Nude with Figure in a Mirror (p. 142).

Cette toile représente, en fin de compte, la vision métaphorique du lecteur tentant de décrypter la complexité des personnages, à commencer par Alma Sol, alias Luz Gandolfo dont on se demande ce qu'elle a de commun avec Viktor Lazlo.

Les tremblements essentiels de Viktor Lazlo chez Albin Michel, en librairie le 28 janvier 2015

jeudi 26 février 2015

Mon far quercynois

Autrefois servi en Bretagne pour les grands évènements chaque famille avait sa recette de far. Étant dans le Quercy Blanc, du coté de Castelnau-Montratier et pouvant bénéficier d'une part des excellents pruneaux d'Agen de la famille Cabos et d'autre part d'une farine de blé noir fabriquée à la meule dans le moulin de Brousse j'ai décidé de me lancer dans la recette qu'Eric Jubin donne p. 128 de son livre de recettes, véritable ode au blé noir.

Ce pâtissier chocolatier qui fut l'adjoint de Pierre Hermé chez Fauchon, s'est installé dans son terroir où il a ouvert la Chocolaterie de Pont-Aven, juste en face des caves de La part des anges où je vous ai emmenés il y a quelques semaines.

L'odeur du blé noir torréfié est ancrée dans sa mémoire, et il a eu à cœur de sortir des sentiers battus en remettant à l'honneur le blé noir en cuisine.
J'ai suivi son conseil consistant à délayer d'abord la bonne proportion de farine (100 grammes) avec un sachet de levure chimique et 70 cl de lait tiède puis à laisser refroidir. Cette méthode assurera l'homogénéité de la pâte, sinon la farine de blé noir risque de se déposer au fond du plat de cuisson.
Dans un saladier j'ai mélangé 4 œufs entiers, très jaunes, récoltés sous les poules il y a quelques jours, avec 125 grammes de sucre semoule, et un sachet de sucre vanillé. Plus tard j'ai ajouté le mélange farine-lait et 150 grammes de beurre fondu demi-sel puis deux cuillerées à soupe de rhum.

J'ai versé dans un moule à bord haut beurré, placé une douzaine de très beaux pruneaux dénoyautés et enfourné pour une quarantaine de minutes à 165°.
Ce dessert que je voulais quercynois a failli être calciné. Le blé noir a tendance à donner une couleur foncée à un plat mais cette fois le dessus du gâteau était étonnamment noir. Et pour cause, n'ayant pas l'habitude du four, je l'avais laissé en position grill. Si bien qu'il a "cuit" dans cette position durant les vingt premières minutes.

Le tir a été rectifié in extremis et sans être à Cambrai nous avons peut-être trouvé quelque chose de nouveau car le résultat était tout à fait à notre goût, même s'il tenait presque davantage du gâteau magique que du far.
Si vous n'avez pas de pruneaux, vous pouvez suivre une autre suggestion d'Eric consistant à employer des pommes et à remplacer une partie du lait par du cidre ou du jus de pomme.

Ce livre comporte 60 recettes très variées qui permettraient de composer tut un repas, depuis la soupe (p.70), en passant par des tourtes, jusqu'aux desserts tels que cake, pain d'épices, tartes et galettes fines qui sont de précieuses recettes pour les gourmands et les intolérants au gluten.

Et puis on y trouve les meilleurs accords mets-vins puisque c'est Sophie, sa voisine qui les donne.

Vive le blé noir ! , Les recettes gourmandes au sarrasin d'Eric Jubin, préface de Pierre Hermé, publié chez Trop Mad, octobre 2013

mercredi 25 février 2015

Au plaisir d'aimer de Janine Boissard chez Flammarion

Le dernier roman de Janine Boissard sort aujourd’hui en librairie. L'éditeur promet du rire, de l'humour, de l'insolence, du plaisir de vivre et d'aimer, dans un ton joyeusement libertin.

Mais l'auteur ne fait pas un virage à 180°. il est toujours autant question de famille, de secret et d'entraide au fil de sa plume. L'écriture énumérative met en scène une cohorte de personnages très typés. Son écriture demeure érudite, et c'est ce qui plait à juste titre à son lectorat. On apprend ainsi que le poète Ovide a écrit l'Art d'aimer quarante-trois ans avant Jésus-Christ (p.271).

L'optimisme de Janine transparait et cela fait du bien. Elle croit aux dieux, à la chance, à la bonne étoile et nous fait partager sa joie de vivre.

A l'instar du livre précédent, la peinture demeure au cœur du sujet :
Aymar de Fortjoie, 76 ans, veuf, propriétaire d'un château aux portes de Poitiers, vient de mourir, laissant à ses filles un vrai casse-tête. Pourront-elles exaucer le vœu de leur père en conservant le château et, surtout, en continuant d'y abriter de jeunes peintres désargentés ?
Un compte en banque vide, de lourds droits de succession, un château délabré, l'affaire est mal partie. Et malgré les efforts des filles, la caisse de l'association fondée par Aymar reste désespérément vide.
Jusqu'à l'idée de génie ! Proposer aux belles et riches dames de Poitiers de poser pour les peintres, leur commander, à bon prix, leur portrait. Et ça marche ! Les inscriptions affluent, plus de problèmes de trésorerie.
Mais ce qui devait arriver arrive : dans le secret des ateliers, de brûlantes idylles se nouent. Le scandale éclate. La fermeture du château pour atteinte aux bonnes mœurs est demandée.
Cette fois, est-ce la fin ?
C'est sans compter sur des dames prêtes à tout pour défendre leurs artistes.
Au plaisir d'aimer de Janine Boissard chez Flammarion, en librairie le 25 février 2015

mardi 24 février 2015

Le marché aux truffes de Lalbenque (46)

Il a lieu tous les mardis après-midi à 14 heures 30 pétantes, de décembre à mars. On y vient de très loin et la foule se presse sur la place principale qui est noire de monde dès 14 heures. Les connaisseurs savent qu'ils auront quelques secondes pour remporter le contenu du panier qu'ils auront repéré bien avant. Il ne s'agit pas de louper l'affaire.

Lalbenque est le seul marché où la truffe se négocie. Et la fourchette est large. Aujourd'hui ce sera entre 350 et 700 euros, selon la qualité et le bon vouloir des deux parties. Il y a trois semaines on était presque en surproduction et on pouvait l'acheter à 250 euros. Mais les cours se sont envolés depuis.
 
Même avec une bonne oreille on n'entend rien car tout se décide avant le début des opérations, l'acheteur glissant un petit papier au vendeur sur lequel il a écrit la somme qu'il compte mettre. Ce sera le plus offrant qui emportera le contenu du panier (encore que le vendeur peut céder son panier à qui bon lui semble). Car si on discute le prix on ne marchande pas la quantité. C'est tout ou rien. Les poids dépassent rarement le kilo mais c'est tout de même un marché de gros.

Celui qui ne veut qu'une truffe devra l'acheter sur le marché au détail, devant le bar. Il ne pourra pas négocier le tarif et l’obtiendra à 1000 euros le kilo, disons 100 euros les 100 grammes, ce qui est le poids moyen d'un sachet.

J'étais postée derrière la corde, face aux producteurs, alignés en rang d'oignons avec leurs jolis paniers, mettant en valeur leur récolte sur des torchons blancs et rouges.

L'article est long, avec beaucoup de photos. Vous pourrez regarder l'ensemble des clichés en les faisant défiler en diaporama après avoir ouvert la première photographie.
Les vendeurs sont alignés par ordre d'arrivée, leur panier posé devant eux. L'ambiance est joyeuse, le sourire facile mais on sent que tout le monde est aux aguets. Mon voisin s'inquiète du poids ... et s'entend répondre qu'avec le soleil ça a pu perdre 50 grammes. Au prix où c'est vendu la différence est de taille !
Même si les acheteurs sont maintenus à distance par une corde tendue, ils ont le loisir de discuter avec les vendeurs et même de tendre le bras pour humer les champignons ou vérifier leur état.
L'air embaume la truffe, mais pas que ... il y a des personnages hauts en couleur qui fument d’énormes cigares. Et les alignements de voitures de grosses cylindrées à l'entrée de Lalbenque attestent du pouvoir d'achat de certains.
On m'a rapporté qu'il y a quelques années le sol d'une petite salle où s’effectuaient les transactions à l'abri des regards, et au chaud, étaient jonchés de bracelets à la fin du marché ... ces bandelettes qui entourent les liasses de billets par dizaine.
Les restaurants affichent tous complets pour le déjeuner, que ce soit ici comme dans les alentours. Lou Bourdié, dont j'ai rendu compte sur le blog (et qui figure régulièrement parmi les articles les plus plus) l'est tout autant alors qu'il se trouve à une dizaine de kilomètres. Il faut dire que meilleur rapport qualité/prix n'existe pas. On voit la patronne, Monique Valette, dans les bras de Cyril Lignac en photo à l'Office du Tourisme.
 
Si vous ne trouvez pas une table vous pourrez toujours vous "rabattre" sur une tartine beurrée à la truffe qui vous sera proposée à coté du marché au détail.
Une des particularités du marché de Lalbenque consiste à authentifier les truffes ... enfin leur provenance. Reste à vous de faire attention, si vous achetez en gros, à regarder ce qui est dans le dessous du panier. Si les truffes sont terreuses ou gorgées d'eau elles pèseront plus lourd.
Chacun peut demander à voir et à sentir, comme je le fais sur les clichés suivants.
C'est que, malgré tout, on a un vaste choix.
La corde est tombée. Les transactions battent leur plein.
Les calculettes chauffent. Les billets passent de main en main. Il faut dire que tous les règlements se font en liquides, devant la porte du Trésor Public qui reste fermée puisque ce marché est une "exception". Ni TVA, ni facture !
 
Par contre on va en général vérifier le poids réel, en face, sur la balance officielle, ce qui permet du même coup de secouer la terre qui a pu s'accrocher par mégarde. On plaisante mais on surveille : attends, que je pèse pas la carte d'authentification dit celui-ci.
Ce n'est pas très glamour mais les champignons sont ensuite transférés dans un vulgaire sac en plastique. Si c'est le panier en osier et le torchon qui vous intéresse vous repasserez ...
A vue de nez il y en bien un kilo au bout du bras ... et attention la truffe ne se garde pas au-delà d'une quinzaine de jours sans être mise en conserve.
 
Il existe des vendeurs trop gourmands qui pourraient bien repartir avec leur panier.
 
Alexis Pélissou a cédé son restaurant, le Gindreau de Saint-Médard-Catus, à un jeune chef lotois, Pascal Bardet, mais il demeure un habitué des lieux, toujours reconnaissable à ses belles moustaches. C'est un des chefs qui ont le mieux célébré la truffe dans tous ses états, y compris en desserts.
Comme je l'écrivais plus haut l'amateur peut acquérir une seule truffe, mais à un prix plus élevé au kilo. Et cette fois pas question de négocier. Chacun de ces sacs bénéficie d'une certification. Le champignon est garanti, brossé à la main.
Le marché est terminé, quinze minutes maximum auront suffi pour que tout le monde y trouve son compte, même si certains peuvent repartir dépités avec leur récolte.
La foule demeure agglutinée le temps d'échanger quelques nouvelles, et de se plaindre que les sols se sont épuisés, que ce n'est plus comme avant ...

La truffe demeure un sujet tabou. Personne n'en a jamais. il n'a pas assez plu ... et même si l'été a résonné des claquements des orages l'été dernier on jure que non il n'y aura rien ...

Les touristes côtoient les professionnels. L'Office du tourisme a mis sur pieds la Journée truffe chaque mardi de décembre à mars avec, de part et d'autre du marché, la projection d'une vidéo sur la trufficulture à 10 heures, et une démonstration de cavage à 15 heures. Les récoltants préfèrent travailler avec un chien parce que le cochon, trop gourmand peut dévorer ce qu'il trouve en un clin d’œil, mais c'est avec Kiki le cochon que l'Office du tourisme fait la démonstration de ce savoir-faire ancestral. Adressez-vous à Christelle pour vous inscrire (05 65 31 50 08) qui saura aussi vous conseiller un restaurant ...
Et prenez le temps d'aller visiter la ville ... petite, mais jolie.
Lalbenque a elle aussi son pigeonnier comme toutes les villes et villages de la région.

lundi 23 février 2015

Retrouver le petit frère de Gisèle Bienne à l'Ecole des loisirs

Gisèle Bienne publie des romans pour adultes et des livres qui s'adressent à un public plus jeune. Elle s'en explique en ces termes : "Il s’agit de la même écriture, même si, lorsque j’écris pour les adolescents, je fais moins de commentaires et je laisse parler les situations. Je pense que les jeunes peuvent tout lire."

C'est le cas de Retrouver le petit frère, recommandé pour les adolescents de 12 à 16 ans, même s'il m'a procuré un vrai plaisir de lecture, en me rappelant l'Année brouillard de Michelle Richmond que j'avais tant aimé, et qui concerne le même sujet.

La disparition d'un enfant est une des pires choses qui puisse arriver à des parents.
Comme elles en ont l’habitude, Emma et sa sœur Sophie vont promener leur petit frère le long de la route, vers l’étang et la forêt. « On va voir les canards, lui disent-elles, on revient dans cinq minutes. » Mais à leur retour, elles ne trouvent qu’une poussette vide. Et une seule chaussure de leur frère. Où est-il passé ? Que s’est-il passé ? Les questions se bousculent dans la tête d’Emma. Mais les recherches, les appels à témoins, les invocations ne donnent rien. Les certitudes d’Emma se fissurent et le doute s’insinue en chacun : ses amies, ses parents, sa sœur. Comment se construire alors et traverser les jours, les mois, les années, au-delà de cette disparition ? Contre l’oubli, contre le silence et contre les soupçons, Emma fait tout pour préserver le dialogue avec celui qui n’est plus là, animée par l’espoir, fou peut-être, de le retrouver.
Toute la famille a été secouée par la disparition d'Odilon, Emma plus que les autres. Parce que c'est l'ainée. Parce qu'elle assume la responsabilité de ce qui s'apparente à un abandon, et qui n'aurait été qu'une étourderie si l'enfant avait été retrouvé sain et sauf.

Sa sœur, Sophie sait "qu'on n'a rien fait de mal mais on n'aurait pas dû ..." (p. 33). En qualité de "seuls témoins" les deux gamines, qui sont avant tout deux enfants, vont être harcelées de questions par leurs parents (c'est compréhensif), par les policiers, et mêmes leurs camarades d'école qui vont bientôt cesser d'être leurs amies. Elles attisent la curiosité.

Chacun pense (espère ?) à un kidnapping. Alors Odilon serait vivant. Mais le mystère reste entier et la chaussure rouge ne livre pas son secret. La situation nous est racontée du point de vue d'Emma : les mots sont comme des obstacles qui surgissent au milieu de ma route, ils pourraient me faire tomber. (p. 42)

Les mois, les années passent. Sophie semble avoir surmonté. Emma traverse plusieurs phases, la colère, le repli sur soi. Elle oublie beaucoup de choses (p. 83) mais ne se résout pas à faire son deuil, comme on dit.

Elle réussit malgré tout à expulser ses émotions au travers des paroles de chansons qu'elle écrit en s'adressant à son frère par la pensée. Le temps passe. Emma devient bachelière. Elle va passer les vacances à Menton chez l'oncle Fabian qui lui a trouvé un job de vacances.

Rêver à l'impossible rendra-t-il l'impossible possible ?

Gisèle Bienne est née en 1946 à Chavanges dans l'Aube. Elle vit à Reims, où elle anime des ateliers d’écriture après avoir été professeur de lettres et peintre. Elle a déjà publié des romans et essais pour les adultes notamment Paysages de l’insomnie, Marie-Salope, La Ferme de Navarin, Katherine Mansfield dans la lumière du Sud, L’Étrange Solitude de Manfred Richter et de nombreux romans pour la jeunesse comme La vie cachée des poupées que j'avais chroniqué sur le blog.

Retrouver le petit frère de Gisèle Bienne à l’École des loisirs, 2015

dimanche 22 février 2015

Déjeuner à la Ferme-Auberge du Coutié

Je suis allée déjeuner ce midi dans une ferme-auberge, au Coutié, dans la région du Quercy Blanc tout près de Molières (82).  La tradition de la ferme-auberge remonte au moins au IXème siècle et elle est probablement née dans les Vosges. Elle est liée à la nécessité de monter les troupeaux depuis les vallées jusqu'aux fermes d’estives posées sur les hautes chaumes des crêtes pour y trouver des pâtures aux herbes parfumées… et surtout pour libérer les prés de fauche situés en plaine.

C'est "sur les hauts", selon l'expression consacrée, que les marcaires (celui qui trait les vaches en pâtois alsacien) faisaient les fromages. Par extension, la marcairie devint l’endroit où l’on fabriquait les fromages. Ces endroits étaient difficilement accessibles par d’étroits chemins muletiers. Alors les marcaires prirent l’habitude de servir à leurs clients des boissons et autres produits de la ferme (fromage, lard, etc.).

Le développement du tourisme rural et de la randonnée a remis au goût du jour la tradition hospitalière des montagnes. Et si la formule de la ferme-auberge était au départ une façon de rompre l’isolement, elle est devenue au fil du temps un moyen de rapprochement entre le monde urbain et le monde rural tout en constituant un complément de revenus. Elle s'est progressivement étendue à toute la France rurale tout au long du XX° siècle.

La famille Lafargue a commencé en 1989. Il a fallu agrandir la maison en lui adjoignant cette salle, après avoir sacrifié un tilleul et le jardin potager (qui sera déplacé plus loin). Depuis, l'endroit résonne régulièrement des coups de fourchette des hôtes qui viennent individuellement, en bandes et même en cars.

Cinq menus sont proposés, du plus simple (compter 21 euros) autour d'un flan, d'un poulet-cocotte et d'un dessert maison, jusqu'au plus gastronomique avec foie gras, poule en galantine, confit d'oie ou de canard et croustade du Quercy (compter 36 euros).

Quel que soit votre appétit, vous aurez aussi la soupe, les fromages, le vin et le café.

Et bien entendu, l'apéritif maison qui est servi sans discussion. Bien malin celui qui réussira à soutirer la recette à Josette Lafargue. Elle consentira à la rigueur à vous dire que oui il y a de la cerise dans ce vin un peu liquoreux, que oui il y a du cassis, que non il n'y a pas de prune, ni de pêche ...
La soupe du jour n'est jamais la même. Aujourd’hui c'est potiron carottes et on en reprendra plusieurs louches.
Le soleil est de la partie. La baie vitrée donne sur les collines voisines. Un couple de tourterelles roucoule dans le néflier. Le battement de l'horloge rythme les secondes. Nous attendons patiemment la suite du programme. Elle revient avec un beau morceau de foie gras de canard, maison comme il se doit, servi sur une belle tranche de pain croustillante, avant de retourner en cuisine.
La voici, triomphante, avec sa grande spécialité, la tourte au confit de canard, accompagnée d'une salade verte. Il est probable que chaque famille a sa façon de procéder, avec plus ou moins de pommes de terre, plus ou moins de crème et d’œufs.
On atteint là un sommet en terme de mélange de saveurs. Le canard effiloché a donné un goût savoureux aux pommes de terre. On devine qu'une herbe a parfumé l'ensemble. La croute feuilletée craque sous la dent.
On ne se force pas pour terminer le plat même si on a conscience que c'est péché. La lecture du Livre d'or de la maison nous dispensera de faire pénitence. Les témoignages de curés et religieuses ayant succombé aux agapes sont multiples. Tous célèbrent Josette, jusqu'à l'Evêque. Sans compter les Guides du Routard ou du Petit Futé.
On vient de toute la région au Coutié. Depuis vingt-sept ans que la famille Lafargue a nourri des cohortes de visiteurs, ceux-ci ont pris le pli. ils reviennent avec leurs enfants, leurs petits-enfants ... Il faut bien initier la jeunesse au bon manger.
Le croquant de la batavia nous dédouane de notre gourmandise à nettoyer nos assiettes et assure une petite place pour le plateau des fromages. Il est servi généreusement autour du Rocamadour local, d'une tomme fermière, d'un fromage de vache et bien sûr d'un Roquefort.
Le dessert maison change tous les jours obéissant à l'humeur de la patronne. Difficile de ne pas lui demander la croustade aux pommes qu'elle  propose avec une crème anglaise. Dans d'autres régions on dira Pastis ou Tourtière, mais ce sera toujours un gâteau rond et feuilleté imbibé d’alcool (eau-de-vie, rhum ou Armagnac), savant empilage de fines portions de pâte étirée, beurrée et sucrée, avec entre les couches, des tranches de pomme elles aussi aromatisées. Les fruits ont été récoltés localement.

Cette pâtisserie, qui remonte au XVII° siècle, serait d'origine mauresque, en raison de la ressemblance de la pâte avec les feuilles de brick. au XVIIème siècle. Sa réalisation n'est pas à la portée de la première cuisinière venue. Elle a fait l'objet d'une épreuve du concours du Meilleur Pâtissier, sur la chaine de télévision M6.

On arrive de très loin aussi pour se régaler ici. Du Danemark, de Russie, d'Australie, des USA et d'Allemagne. Toutes les professions s'accordent à vanter les louanges de la maison. Les ecclésiastiques comme je l'ai mentionné plus haut, mais aussi un escadron entier de Gendarmerie ont signé le Livre d'or. Les voisins sont aussi bien accueillis que les touristes venant des terres lointaines. C'est authentique et c'est l'essentiel.

Ferme-Auberge de Coutié
Espanel, 82220 Molières, 05 63 67 73 51

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