vendredi 27 mai 2016

Des fleurs et des épines de Valérie Gans

Un bon livre est un bon livre, quel que soit son format.

Certains commencent leur vie en numérique, d'autres naissent par la "grande" porte avant que les droits ne soient rachetés par une édition dite de Poche, ce qui est la preuve d'un fort succès. Né en février 1953, sur une idée ingénieuse et visionnaire d'Henri Filipacchi, le Livre de Poche a beaucoup oeuvré pour la démocratisation de la lecture. Il permet encore aujourd'hui à des romans de toucher un public plus large.

C'est ainsi que Des fleurs et des épines sont arrivées jusqu'à moi. Je ne connaissais pas Valérie Gans qui avait pourtant déjà publié Du bruit des silences (JC Lattès, 2013) avec les mêmes personnages principaux et qui, depuis, a écrit le troisième tome, le Chant des lendemains.
Après un an passé en Afrique pour échapper à un compagnon violent, Julie rentre à Paris et retrouve avec bonheur sa sœur Lorraine, fleuriste, ses neveux et nièces, et ses parents qui vivent en Dordogne. Devenue une sage-femme expérimentée, elle trouve très vite sa place dans la clinique du docteur Victor Le Crétois, qui la prend sous sa protection. Sa rencontre avec Sophie, une amie de son neveu Bastien, mère porteuse pour financer ses études, va troubler son fragile équilibre. L'amour de Victor, de vingt-cinq ans son aîné, suffira-t-il à lui redonner confiance ? Pourra-t-elle aider Sophie dans le dilemme de la gestation pour autrui ?
Ce livre est inclassable, entre saga familiale et roman sociologique. Très inscrit dans l'air du temps et dans les nouveaux modes de vie. On y fait connaissance (je n'avais pas lu le premier tome de la série) avec des hommes et des femmes qui pratiquent un certain art de vivre, un peu dans l'esprit du film le Coeur des Hommes, en plus tendre, et plus féminin, voire féministe.

On se met à cultiver bio. On réfléchit à une forme de décroissance. Cuisine, bons vins et bons petits plats y sont très présents (j'aurais bien vu un carnet de recettes en annexe, peut-être par déformation bloggistique puisque A bride abattue est alternativement culturel et culinaire).
Les fleurs sont partout, pas seulement dans le titre. Elles composent une sorte de métaphore aux diverses facettes du bonheur. Les épines étant le revers de la médaille en quelque sorte.

Le livre traite le sujet des violences faites aux femmes et de leur place dans le monde du travail. Il aborde avec beaucoup de finesse la question de la Gestation pour autrui. On joue un peu à l'apprenti sorcier en faisant des enfants qui auront deux papas ou deux mamans. Après avoir pointé cette pratique en usant d'arguments très pertinents, Valérie Gans réussit à imaginer un dénouement inattendu (p. 348) et probablement heureux.

D'une manière générale Valérie Gans (qui a dit en interview avoir subi elle-même un pervers narcissique) a une vision positive de la vie et c'est ce qui fait du bien. Elle ne minimise pas les problèmes mais elle laisse entrevoir qu'une solution n'est pas illusoire. On peut penser d'ailleurs à Agnès Ledig, notamment avec Pars avec lui.
Ce qui est très réussi dans son roman c'est la place qu'elle accorde aux hommes. Loin d'être tous pervers ou faibles il y a des êtres qui sont valeureux et à côté desquels il ne faudrait pas passer sans les voir. Le message est beau et on a envie de connaitre la suite du déroulement du parcours de vie de ses personnages.

Des fleurs et des épines, de Valérie Gans, publié JC Lattès en février 2015, puis en Livre de Poche depuis le 4 mai 2016

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