mardi 20 septembre 2016

3000 nuits reçoit le Prix de la jeunesse et le Prix des femmes au festival Paysages de cinéastes

Le film de Mai Masri, 3000 nuits, avec Maisa Abd Elhadi, Nadera Omran, Abeer Haddad & Zais Qoda, a beaucoup remué les festivaliers.

L'injustice de la condamnation d'une femme à 8 ans de prison au motif qu'elle est venue en aide à un palestinien blessé est révoltante.

Layal est une jeune palestinienne et on assiste dans les premières minutes à son arrestation musclée à Naplouse en 1980. Elle est incarcérée dans une prison israélienne hautement sécurisée où elle donnera naissance à un bébé garçon.

Luttant pour survivre et élever son nouveau-né derrière les barreaux, elle est tiraillée entre son instinct de mère et les décisions difficiles qu’elle doit prendre. De nombreux plans montre les dessins qu'elle grave sur le mur avec l'enfant et à la fin on remarquera le mur décoré alors que son fils est parti depuis longtemps. Elle trouve dans sa relation avec les autres prisonnières, palestiniennes et israéliennes, l'espace et le temps nécessaires pour réfléchir, s'assumer et devenir une jeune femme.

Le film est essentiellement interprété par des femmes. C'est la première oeuvre de fiction de la réalisatrice qui jusque là avait fait des documentaires. C'est un hommage aux 700 000 détenus depuis 1948 dans des prisons israéliennes.

D'autres films étaient en compétition, tous d'un niveau élevé. Tanna, qui a fait l'unanimité pour recevoir le Grand Prix.

Et puis aussi Harmonium, film japonais de Koji Fukada qui oscille entre les genres fantastique et policier.

Wolf and Sheep, un premier film d'une jeune réalisatrice afghane, Shahrbanoo Sadat, assez comparable à Tanna, par trois aspects : la force des paysages, la puissance du surnaturel et le poids des coutumes, notamment en matière de mariage. Le seul reproche que je lui ferais se résume à la question de savoir quels sont les loups dont elle parle. On s'interroge à propos du message.

Swagger, d'Olivier Babinet est un film de fiction documentaire dressant le portrait d'une dizaine de collégiens d'Aulnay-sous-Bois. La Tour Eiffel se profile au loin et des lapins s'ébattent sur les pelouses mais les dialogues (écrits) font froid dans le dos parfois :

- Les français d'origine française n'aiment pas vivre ici.
- On peut se faire tirer dessus car tout le monde a des armes.
- Je connais pas un seul français de souche, et c'est quoi de souche ?
- Ça me fait bizarre de voir des Blancs quand je vais à Paris.
- Les Blancs, on n'est pas de la même culture.
- J'arriverais pas à imaginer que ma copine soit française. On ne peut pas vivre ensemble.
- Le renvoi au bled c'est la honte parce que là-bas la vie est très stricte. On ne discute pas.

Plusieurs plans évoquent l'univers de Tati ou de Charlie Chaplin (les Temps modernes). Le principe de présenter des portraits de jeunes issus des divers univers dits "de la diversité" est intéressant mais il est caricatural et on espère que le trait est forcé.

Peu d'entre eux sont touchants. Emerge un jeune né à Pondichéry pour qui avoir des papiers c'est quelque chose de grand et qui se sent devenir le modèle de la famille. Cet autre jeune homme se voyant styliste est également émouvant.

Diamond Island de Davy Chou, coloré et acidulé, témoigne de la volonté de créer un endroit artificiel mais paradisiaque pour des Cambodgiens ultra riches.

Le festival aura permis de faire des découvertes inattendues, fidèle à son esprit.

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