mardi 15 novembre 2016

La parisienne d'Alexandrie par et avec Isabelle de Botton

Touchante. Si je devais caractériser d'un seul mot la Parisienne d'Alexandrie, ce serait celui-là. La sincérité d'Isabelle De Botton est une évidence. Elle ne peut être mise en doute.

L'humoriste qui a tant l'habitude de faire rire (avec ses grandes amies et complices Mimie Mathy et Michèle Bernier qui d'ailleurs signe la mise en scène) tombe le masque sans renoncer à son statut de clown. Elle confie des pans entiers de son enfance et de ses relations avec sa famille si atypique de notre point de vue.

Rien d'étonnant à ce qu'elle soit chaleureusement applaudie.

Elle porte ce spectacle depuis des années. Il a été présenté sous une forme un peu différente (le titre était alors Moïse, Dalida et moi). 

Le décor très simple symbolise à la fois trois espaces géographiques et trois temps. La cuisine où elle vit aujourd'hui, à paris, un fauteuil (Alexandrie) et un pupitre qui prend des allures de proue de navire (le moment de l'exil) sauf que son existence n'est pas une croisière.

Elle a le don de faire surgir une galerie de personnages hauts en couleurs qui n'épuisent pas le feu des questions de la petite fille. Isabelle revient à la charge pour obtenir les réponses qu'elle ne désespère jamais d'entendre.
Elle a trouvé un exutoire pour calmer sa colère et apprivoiser les souvenirs : elle se réfugie dans sa cuisine où elle pétrit son exaspération en malaxant la pâte de petits gâteaux (des Noaraiebs dont je n'ai trouvé nulle part la recette ...) qu'elle fera circuler dans les premiers rangs après les saluts.

Elle entreprend la réalisation de ces gâteaux pour se souvenir et être dans la douceur. La cuisine semble avoir été son refuge depuis toujours. Elle s'est nourrie de beaucoup de douceurs, collectionnant les parfums et les saveurs. C'est là aussi qu'elle a assimilé la philosophie du cuisinier soudanais qui régalait la famille avec un fatalisme qu'on peut qualifier d'oriental. 

La comédienne est née au Caire, dans une grande famille juive, aussi cosmopolite que l'était la capitale de l'Egypte dans les années 50. Une ville alors tiraillée entre l'Orient et l'Occident, entre son passé et un futur où il n'y a pas de place pour "ces étrangers" qui vivent là en bonne intelligence avec tout le monde depuis des générations : Allah c'était le bon dieu pour tous en Egypte (quelle que soit la religion).

Du haut de ses 4 ans, la petite fille ne saisit pas pourquoi, un soir, son papa n'est pas rentré à la maison. En 1956, l'Egypte vient de se libérer du protectorat des anglais et le président Nasser a nationalisé le Canal de Suez, à la grande colère des Britanniques et des Français. C'est dans tous les livres d'histoire. Ce que l'on ignore, c'est que Nasser a fait arrêter et enfermer des hommes anglais, français et juifs. C'est ce qui est arrivé à son père dans la nuit du 2 novembre comme 700 autres personnes.

Si à 4 ans, on a des visions assez naïves et jolies de la vie on a la capacité une fois adulte de les transcender et ... de créer un spectacle qui interroge le monde d'aujourd'hui sur ce qui a eu lieu hier.

Isabelle transmet un message de paix, jamais inutile en ces jours anniversaire du drame qui s'est déroulé à quelques rues du théâtre : On voudrait que je sois de nulle part et moi je me sens bien partout.

Et surtout elle intègre les souffrances familiales aux odeurs de jasmin et de fleur d’oranger et a conservé des images de ciel bleu azur, parce que La vie c'est un jour miel, un jour oignon.

La parisienne d'Alexandrie
de et avec Isabelle De Botton
Mise en scène par Michèle Bernier
Seul en scène
Du 20/09/16 AU 27/12/16
Comédie Bastille
5 rue Nicolas Appert, 75011 Paris

Aucun commentaire:

Articles les plus consultés (au cours des 7 derniers jours)