vendredi 18 novembre 2016

L’empereur c’est moi de Hugo Horiot

Si on a lu le roman de science-fiction de Daniel Keyes publié en 1966, Des fleurs pour Algernon, ou que l'on a suivi son interprétation au théâtre par Grégory Gadebois en 2013 ou au cinéma par Julien Boisselier, en 2006 on pense avoir approché le fonctionnement d'une personne touchée par l'autisme.

L'année dernière le Bizarre incident du chien pendant la nuit révélait une autre facette, plus positive,  de ce handicap sur la scène du Théâtre de la Tempête.

Même si ce sont des oeuvres remarquables (que je recommande sans réserve) elles ne révèlent la particularité de la souffrance que du point de vue de l'adulte. L'Empereur c'est moi a ceci de supplémentaire qu'il met en scène un enfant, et celui-là même qui fut (doit-on écrire qui est) atteint de troubles autistiques.

L'émotion s'en trouve décuplée et j'ai refermé mon carnet sans avoir envie d'y écrire mes notes au fur et à mesure de la soirée parce que ce spectacle ne s'analyse pas. Il se vit. Le comédien Hugo Horiot  est émouvant, très, faisant partager les émotions de ses jeunes années avec beaucoup d'intensité.

Car cette pièce est une histoire vraie, annoncée comme l’autoportrait d’un enfant en colère, le récit d’une jeunesse passée dans l’isolement, le combat sans merci d’un jeune garçon avec son double. Mêlant l’imaginaire aux souvenirs, Hugo raconte sa souffrance d’être différent, son refus de parler, son désir d’être un autre jusqu’à vouloir changer son nom.

Il y a plus de vingt ans Françoise Lefèvre décidait de raconter son histoire avec son petit garçon qui ne parle pas mais qui crie très fort. Il s’agissait d’Hugo. Le roman s’intitulait Le Petit Prince Cannibale et remporta le prix Goncourt des lycéens. Des années plus tard, Hugo décidait de répondre à sa mère en offrant un nouvel éclairage à son livre.

Il est accompagné sur le plateau par la comédienne sourde Clémence Colin qui fait bien plus que signer le texte du spectacle en Langue des Signes Française (ou LSF). A propos il est conseillé aux personnes sourdes de se placer de préférence dans les premiers rangs à cour. Mais loin d’être simplement présente en bord de scène pour rendre les paroles intelligibles aux malentendants elle accompagne le comédien avec une subtilité magnifique, interprétant tous les protagonistes auxquels il fait allusion.

Je me suis interrogée sur la façon dont elle se repère pour être à ce point en phase avec ce qui se passe. Elle exprime de plus toutes les émotions avec un merveilleux sourire. Elle est très apaisante, comme quoi les mots ne sont pas toujours utiles pour entrer en communication.

Le décor m'a moins convaincue même si j'ai compris que le désordre est en quelque sorte la métaphore de l'encombrement des affects. En revanche les costumes de Annaig Le Cann sont librement et habilement inspirés de l'univers des contes.

Enfin je vous conseille la lecture des deux livres d'Hugo Horiot publié aux éditions l'Iconoclaste. Le premier, écrit en l'espace de deux semaines,  Le petit Prince est mort. Vive l’Empereur ! (en librairie depuis le 28 mars 2013) restitue sa souffrance d’être différent, son refus de parler, son désir d’être un autre jusqu’à vouloir changer de nom. On a l’impression de voir le monde par ses yeux, d’être dans son cerveau. Ce témoignage exceptionnel nous fait comprendre ce qui se passe dans la tête d’un enfant autiste extrêmement intelligent, ses obsessions, ses angoisses, son regard sur notre monde à nous.

Le second, Carnet d'un imposteur (en librairie depuis le 21 septembre 2016) raconte son passage à l'âge adulte dans une violence retenue, chapitre après chapitre, qui sont autant de flashs foudroyants. Contraint de s’adapter, il joue sur scène et dans la vie faisant de la comédie son métier et une échappatoire. Ses émotions, ses échecs, ses doutes sont exacerbés. Un corps et un esprit en combustion : à cause de l’autisme peut-être, mais chaque lecteur pourra se reconnaître dans ce récit en ce qu’il révèle de la difficulté à être et à s’adapter au monde.
Quand j’étais petit, je ne parlais pas. Mon cerveau était différent. Moins bien organisé. Trop de souvenirs débordaient. Alors soudain, de gros nuages noirs et pâteux sont venus l’envelopper. Cyclones, tempêtes, tornades ont tout détruit. Mes souvenirs se sont dispersés. Il y en avait trop.
L’empereur c’est moi de Hugo Horiot
Spectacle bilingue français - langue des signes LSF
Mise en scène : Vincent Poirier
Avec : Hugo Horiot et Clémence Colin (jeu et LSF)
Du 15 au 20 novembre 2016
Du mardi au samedi à 21 h, le dimanche à 15 h
Au Studio Hébertot, 78 bis Boulevard des Batignolles 75017 Paris
Le crédit photo est @Virginie Meigné.

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