samedi 31 décembre 2016

Le manège de Tilly d'Evreux (27)

Evreux est décidément une ville étonnante, où les armées ont laissé plusieurs traces. Bien avant l'installation d'une base aérienne de l'OTAN (dont l'activité apparait en filigrane de l'exposition temporaire du musée Evreux année zéro), la ville disposait d'un manège, dit de Tilly, qui est une ancienne caserne militaire du XIXème siècle, en plein centre ville, rue du 7ème chasseur.

Connue alors sous le nom de caserne Saint-Sauveur, elle abritait la cavalerie des 21ème et 6ème régiments de Dragons. Son nom de Tilly lui fut donné en mémoire du comte de Tilly, général d’Empire. Longtemps laissée à l’abandon, réhabilitée en 2015 dans un univers baroque, elle est devenue un lieu autant culturel qu’animé, avec notamment un dîner-spectacle équestre qui plonge les spectateurs au milieu des uniformes, des chevaux... et de la cantine du régiment ! C'est donc en toute logique la cantinière, Angélique, qui vous accueillera à l'ouverture des portes à 19h30.

Chacun des 350 convives sera conduit individuellement à sa table par un jeune cavalier brandissant le drapeau bleu blanc rouge. A moins que vous ne soyez un peu en avance sur vos amis. Vous êtes de toute façon libre de circuler, de vous faire prendre en photo sur une carriole ... ou d'attendre d'autres convives sur un sofa ...

La musique donne le ton. Doucement nostalgique. Charles Trenet chante le Jardin extraordinaire avant que Guy Béart ne poursuive avec l'Eau vive.  Les éclairages projettent des rayons de soleil et participent à installer une ambiance joyeuse.

Nous sommes prêts à effectuer un autre bond en arrière. Jean a enfilé les lanières de son accordéon. Imaginons que nous sommes le 12 juillet 1890. Nous trinquerons souvent ce soir à la gloire de Saint Georges. Vive la cavalerie !

vendredi 30 décembre 2016

Modèle Vivant mise en scène de Xavier Lemaire

Le Studio Hébertot programme un cycle Xavier Lemaire, avec trois pièces qui sont données à des horaires et des jours différents.  Outre la reprise de l'excellent spectacle, Qui es-tu Fritz Haber ?, que j'avais vu il y a trois ans au Poche Montparnasse au moment de sa création, on peut voir le témoignage d'un modèle qui pose dans un atelier.

Ceux qui ont eu la chance de voir l'exposition Mannequin d'artiste à la réouverture du musée Bourdelle apprécieront particulièrement ce spectacle même s'il n'est pas nécessaire de connaitre le sujet auparavant. Qu’est-ce qu’un modèle vivant ? Que se passe-t-il dans la tête et le corps de la personne qui prend la pose ?

Isabelle est allée voir Modèle vivant pour le blog. A écouter les conversations dans la file d'attente elle a constaté que plusieurs personnes venues voir le spectacle sont eux-mêmes des modèles. Sa chronique s'en trouve encore plus vraie.

J’aborde l’une d’elles qui me confie qu’elle a 68 ans et qu’elle est modèle depuis l’âge de 20 ans. Ce travail continue de lui plaire. Elle m’explique que le fait qu’il y ait une contrainte physique l’oblige à rentrer dans son intériorité. Elle en ressort pleine d’énergie pour aller vers les autres. Parfois, l’effort physique lui coûte : certaines postures sont difficiles, voire mal pensées et il arrive qu’on doive les maintenir pendant plusieurs semaines.

Je rentre, grâce à elle, dans un univers inconnu que la comédienne Stéphanie Mathieu va continuer d’évoquer durant le spectacle. Mis en scène par le très talentueux Xavier Lemaire, le texte, largement autobiographique, a été entièrement rédigé par Stéphanie Mathieu. D’abord danseuse de revue, Stéphanie bifurque ensuite vers le théâtre au hasard des rencontres de la vie. En parallèle, elle pose depuis 8 ans, une activité essentielle pour elle.

Sur scène : un podium, un projecteur qu’elle promène au gré des poses, un paravent pour se changer. Seule en scène, elle partage avec franchise et drôlerie sa routine déroutante, ses impressions, ses réflexions.

On pose d’abord pour gagner de l’argent. "Etre à découvert donc découverte peut me rapporter de l’argent !" se dit-elle après avoir été conviée à poser nue dans une banque.

Dans l’atelier, elle attend que chacun s’installe, jeunes élèves des beaux-arts ou retraités. A-t-elle le trac ? Plus vraiment. Froid ? Souvent. La comédienne se déshabille, prend une pose élégante. On sent sa formation de danseuse classique dans la beauté de ses postures. Son corps est sculptural, la lumière l’épouse à merveille. "Une fois que tout est en place, accord parfait avec le silence."
Poser peut être considéré avant tout comme un acte technique. La sensualité et l’érotisme qui se dégagent sont le fruit d’un effort. Le souvenir d’une pose est d’abord charnel, chaque muscle auquel elle envoie de l’oxygène sait ce que 2 minutes, ... 5 minutes d'immobilité veulent dire.
L’art consiste à donner l'illusion qu'on est statique tout en effectuant de micro-mouvements invisibles, car le corps vit, et doit respirer. Et si on faisait poser les corps morts ? nous demande Stéphanie Mathieu non sans humour. Eux au moins ne souffriraient pas et garderaient une pose éternelle, et puis en même temps, cela leur redonnerait vie !

Comment fait-on pour changer de pose ? Sortir de ce labyrinthe du corps ? Parfois, nous avoue la comédienne, je suis dans la boue. Autrement dit, elle est empêtrée dans son corps. Un corps plus ou moins en forme selon les jours. Nous rions à la mimique de son ventre "qui gonfle, qui gonfle" sous l’effet d’un bon repas accompagné d’une eau minérale gazeuse !

Par son corps, le modèle entre en relation avec l’autre. Des yeux la regardent mais la jeune femme aussi les regarde : "Pour moi le spectacle commence et je les regarde me dessiner", alors qu'on entend le grattement de coups de crayons sur un Canson.

Cette création en devenir peut parfois entrainer des frustrations de part et d’autre. Les étudiants la dessinent à leur image et souffrent de ne pas arriver à la représenter à la perfection. De son côté, il y a des déceptions : Je lui en voulais de dessiner seulement les contours. Je ne voulais laisser aucune place à la médiocrité.

Le rapport change quand elle quitte la pose pour prendre une pause : la transition n’est pas simple. J’étais nue. Ils sont pudiques. J’aime qu’ils ne me voient pas comme je me vois.

Dans cette relation, il y a aussi le besoin d’exister par le regard des autres. Cet effet miroir que Xavier Lemaire rend réel à un moment sur le podium en face d’elle en utilisant une glace comme accessoire.
Poser, c'est aussi la promesse d'être le centre du monde : Quand je pose dans un atelier, pendant deux ou trois heures, il n’y a que moi qui compte (...) lire l’admiration dans le regard de l’autre, c’est mieux qu’une crème de beauté."

Au-delà de la relation à l’autre, c’est la relation à soi-même qui est cultivée par le modèle lors de ses longues séances de pose. Coexistent comme dans la danse, la difficulté à tenir la pose et en même temps la possibilité de rêver, d’accéder à une liberté mentale et artistique dont on ressort plus fort. S’engager nue dans la société c’est résister nous dit Stéphanie, et résister c’est créer.

Etre nue, c’est être vulnérable mais paradoxalement, cette nudité protège. Nue, je suis fragile et on n’ose pas me marcher dessus.
Tout au long du spectacle, Stéphanie présente ses courbes dans une esthétique stylisée ou drapée d’une étoffe noire nouée avec élégance. Elle nous dévoile son corps et son âme, imite avec talent aussi bien le rappeur que la bourgeoise.

Poser est un art qui mène à l’acceptation de soi. Se mettre à nu, c’est se découvrir dans les deux sens du terme et accéder comme le dit Stéphanie Mathieu à une forme de maturité et d’abandon. On peut se demander d'ailleurs si une comédienne qui n'aurait pas son expérience parviendrait à nous faire ressentir la situation à un même niveau.

Modèle vivant est une très belle performance qui nous entraîne à mieux comprendre un métier qu’ont exercé parfois des muses célèbres comme Kiki de Montparnasse, (qui fut le sujet d'un spectacle au Lucernaire et à la Huchette), Lee Miller et tant d’autres dont la renommée repose sur le talent de celui qui les a fait renaître par la matière.

Modèle Vivant
De et avec Stéphanie Mathieu
Mise en scène Xavier Lemaire
Décors : Caroline Mexme
Lumières : Didier Brun, Musique : Fred Jaillard
Au Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles, 75017 Paris 01 42 93 13 04
Mardi, mercredi, jeudi à 21h
Relâche exceptionnelle 12,19, 26 janvier et 02 février.
Photos Lot.

jeudi 29 décembre 2016

La Vie Rêvée des Andes

On patiente dans le hall de la Folie Théâtre, un théâtre de deux salles, installé dans un ancien atelier, et on se sent comme dans le confortable lounge d'un hôtel.

C'est à un voyage que nous sommes conviés comme le précise la carte d'embarquement qui nous est remise à la caisse et c'est Aurélien Saget lui-même qui accueille les passagers. Nous allons fermer la cabine, nous prévient-il. Prêts pour le décollage ? s'inquiète-t-il

Qui dit voyage dit rêve, et qui dit rêve dit bien ce qu'il veut dire. La Vie Rêvée des Andes ne se situe pas sur le terrain de la réalité mais dans le cerveau (très) fertile du comédien, que n'a pas dompté Alexandre Foulon, signataire d'une mise en scène qui relève sans doute plus de la mise en place que d'une véritable intention artistique.

Les deux compères se connaissent depuis leurs études au conservatoire du XV° arrondissement de Paris. Un avantage car ils s'entendent à la perfection. Mais ils se regardent sans doute avec moins de vigilance ... Il faut reconnaître que Aurélien Saget donne beaucoup à voir. Sa phénoménale aptitude à camper une douzaine de personnages sans changer de costume est plutôt exceptionnelle. Le spectateur n'a pas forcément en revanche la même capacité à le suivre. D'autant que ce n'est pas le fil ténu du synopsis qui le raccrochera bien que la pièce soit autobiographique, tirée avec beaucoup d'humour de son voyage en Amérique du Sud.
Sur les traces d’une légende chilienne, Aurélien s’embarque pour le bout du monde. Selon la légende, un jeune français est devenu roi de Patagonie il y a 150 ans. Entre Santiago et Talca, coutumes locales et gastronomie, entre fêtes nationales et rencontres amoureuses, il est loin d’imaginer les péripéties qui l’attendent. Il y aura des surprises !
Et pourtant je vais vous recommander le déplacement pour moult raisons.

mercredi 28 décembre 2016

Anne-Lise, mon coursier de quartier à Evreux (27)

Anne-Lise exerce un métier pour le moins original. Elle est "coursier de quartier". Contrairement à ce que j'avais présupposé, l'engin piloté par la jeune femme est très rarement utilisé par des touristes pour visiter la ville, même si c'est tout à fait envisageable et que la ville, somme toute, se visite facilement à pieds. Nous ne sommes pas à Paris et j'ai du être influencée par l'affluences des pousse-pousse, surtout aux abords du Quai Branly, pour avoir une telle conception.

La clientèle la plus fidèle est celle de "mamies" souhaitant continuer à faire leurs courses mais n'ayant plus l'agilité suffisante pour effectuer les trajets aller-retour et surtout porter les commissions. Elles pourraient se faire livrer mais, pour une somme modique (4 euros la course) elles peuvent faire des achats d'impulsion, choisir elles-mêmes leurs légumes au marché ... prendre l'air et rencontrer du monde, bref ne pas se confiner dans l'isolement.

Le concept d'Anne-Lise permet de tisser du lien social. Elle assure les rendez-vous chez le coiffeur, le pédicure ou le dentiste. Elle peut charger jusqu'à deux personnes, ce qui offre de multiples possibilités. Son engin dispose d'un coffre assez conséquent sous le siège passager. L'essayer c'est l'adopter et les usagers ont vite compris leur intérêt.

mardi 27 décembre 2016

Terabak de Kyiv

On annonce Terabak de Kyiv comme un spectacle de cabaret. Mais c'est bien davantage. Pour moi qui vais souvent voir le cirque dit contemporain, j'ai ressenti des émotions d'une intensité comparable à des représentations de très haut niveau.

Ce serait plutôt le déroulement de la soirée qui s'inscrirait dans une ambiance de cabaret. Qui plus est accessible aux enfants, ce qui, là encore, est inhabituel. Et puis, bien sûr, même si je n'en ai pas eu le temps, on peut aussi dîner sur place, des plats mijotés en lien avec le thème, un bortsch par exemple. Nous sommes sous chapiteau mais nous bénéficions d'une chaleur confortable, il faut le savoir aussi.

L'orchestre se devine en ombres chinoises derrière le rideau. Bienvenue à la Baraque nous promet une chanteuse de sa voix gouailleuse. Les Dakh Daughters lancent la soirée, avec une musique rock teintée de folklore ukrainien dans une atmosphère brechtienne, peut-être parce qu'elle parlent aussi en allemand, avec un joli accent, et même quasiment toutes les langues, c'est l'impression qu'elles donnent. Et croyez moi, elles déménagent derrière leur maquillage très blanc et très noir. Et puis c'est si rare un orchestre cent pour cent féminin.

Chanteuses et musiciennes, Nina Harenetska, Ruslana Khazipova, Tanya Havrylyuk, Solomia Melnyk, Anna Nikitina, Natalia Halanevych et Zo ont été élèves de Vlad Troitsky au Conservatoire de Kiev puis elles ont rejoint le Théâtre Dakh. Elles ont été révélées sur la scène française grâce au Monfort Théâtre en 2013, avant de jouer dans de nombreux festivals qui témoignent d'un parcours international très fécond.

La présence de l’orchestre sur le plateau apporte une dimension supplémentaire. D'abord pour le plaisir parce que les sept filles sont multi-instrumentistes, depuis la boite à musique jusqu'au clavecin, sans oublier la batterie et la guitare. On entendra au cours de la soirée des airs rythmés de rock et aussi plusieurs épisodes franchement baroques. Leur rôle dépasse l'accompagnement. On remarquera qu'elles peuvent se placer de manière à sécuriser une acrobatie.

Un bonimenteur annonce le premier numéro après nous avoir fait la leçon de morale habituelle sur le fonctionnement des portables. Le bonhomme n'est pas tout à fait classique. A ce stade on ne sait pas encore si on doit l'entendre au second degré : essayez d'être autonomes au niveau émotionnel ! nous lance-t-il.
Julieta Martin empoigne le mât chinois et entreprend une évolution langoureuse au son d'une boîte à musique cristalline. Née en 1992 en Argentine, cette artiste a découvert le cirque très jeune et elle entretient une relation quasi passionnelle avec cet agrès si particulier.

Le parquet grince. La jeune femme glisse avec une allure animale, jouant avec ses cheveux comme s'il s'agissait d'antennes. Elle dégage un côté Lily Marlène, danse autour de la lune, à gauche, à droite et en spirale, s'arrêtant net stoppe à la fin du numéro sous une pluie de paillettes dorées.

lundi 26 décembre 2016

30 ans, 10 ans de thérapie de Nora Hamzawi

Boulimique de travail, Nora Hamzawi fait des chroniques délirantes sur France Inter et partage ses humeurs chaque semaine dans Grazia. Dans ce journal d’une trentenaire névrosée, elle reprend le meilleur de ses textes qu’elle enrichit de nombreux inédits, illustrés par Anna Wanda Gogusey.

L'âge n'est pas un critère. On peut apprécier ce livre si on est plus jeune et même si on compte le double d'années. Parce que, hormis certaines tournures de phrase évidemment caractéristiques de l'époque, les problématiques sont universelles.

Ce n'est pas Michel Drucker, le plus célèbre des hypocondriaques (et qui appartient clairement à une autre génération) qui dira le contraire. Je suis sure qu'il se reconnaitra parfaitement dans le déroulé de la consultation avec SOS médecin (p. 73).

Doctissimo pourrait mettre son site à jour et recommander le livre aux déprimés. Parce qu'il fait rire et que rire fait (beaucoup) de bien.

Outre la certitude qu'elle couve quelque chose de grave (ou qui pourrait le devenir si elle ne fait rien contre) Nora Hamzawi est obsessionnelle, et paranoïaque. C'est une fille "normale" qui éprouve des petites angoisses ordinaires, comme vous et moi, qui est agacée par plein de choses, comme vous et moi, (je n'aime pas non plus qu'on me tutoie dans les magasins bio) mais la différence c'est qu'elle les raconte avec humour et autodérision en faisant régulièrement un pied de nez à son psy. On se demande d'ailleurs pourquoi elle continue à aller le voir alors que la scène devrait la rassurer amplement. Car elle se produit également sur la scène du République, où son show, "Nora Hamzawi", fait salle comble depuis deux ans.

On passe plus de temps à se plaindre qu'à dire ce qui va bien. Ce travers n'est pas propre à Nora. C'est assez général, toutes générations confondues, peut-être parce qu'on se croit drôle à raconter nos mésaventures et que l'on pense que se vanter de nos succès suscitera une jalousie néfaste.

Sous titré Journal d'une éternelle insatisfaite, (alors que dans la vie elle a toujours le sourire radieux) son livre est un joker pour faire plaisir autour de vous. Pour ceux qui auraient "oublié" un cadeau il y a 48 heures. Surtout si vous l'offrez en vous justifiant d'un "j'avais très envie de t'offrir ce livre mais j'ai eu du mal à le trouver. Le libraire était en rupture", argument que Nora aurait pu dire elle-même.

A ceux que vous aimez énormément (ou aux grands malades) vous ajouterez un billet pour son show. Le remède sera encore plus puissant. Avec un petit bémol ... recommandez leur tout de même de lire les textes avant. Par écrit le rythme est soutenu. A l'oral certains ont du mal à suivre le débit. Vous voilà prévenus !

30 ans, 10 ans de thérapie de Nora Hamzawi, éditions Mazarine, en librairie depuis le 29 novembre 2016

dimanche 25 décembre 2016

Couronne de Noël à la banane

J'ai voulu terminer l'expérience avec un moule américain qui avaient été commencée dans cet article pour avoir le coeur net sur la manière d'utiliser ce matériau. Du coup j'ai pensé qu'une recette typique s'imposait. J'ai donc repris le Banana Bread que j'avais parfaitement réussi dans un moule "normal" il y a quatre ans.

Sauf que, évidemment je ne refais jamais deux fois la même chose, dans un esprit d'amélioration. L'aventure a failli mal tourner, mais au final je crois avoir inventé une nouvelle recette. Cela mérite donc un billet spécial.

Je rappelle la recette de base : 2 oeufs dans un premier saladier avec 250 grammes de beurre fondu, 2 cuillères à soupe de lait entier, 3 bananes bien mûres et écrasées à la fourchette.

Dans un autre saladier 280 grammes de farine d'épeautre, 1 cuillère à café de bicarbonate de soude, 90 grammes de sucre type vergeoise, 100 grammes de noix de pecan, 90 grammes de graines de pavot, et un zeste de citron.

Ensuite on mélange les deux préparations. On verse dans un moule à cake beurré et on met à four chaud, th 6, pour 30 minutes.

samedi 24 décembre 2016

Alperel, des glaces même en hiver

J'adore les glaces. Depuis toujours. A 5 ans l'ablation des amygdales exigeant de ne manger que cet ingrédient m'avait consolée de la douleur de l'intervention. J'ai gagné tous les paris sur la quantité que je me sentais capable d'ingérer (l'astuce c'est qu'il ne faut surtout pas manger vite).

C'est un univers que je connais bien et j'ai de multiples références. Sans snobisme aucun. Je ne fais pas une queue de trente minutes à Saint Louis en l'île devant B.... Et j'apprécie beaucoup le travail du glacier du bout de ma rue. C'est un des rares desserts que je ne fais pas moi même. Sans turbine on ne sort rien de fameux. Voilà le secret.

Tant que les produits industriels étaient les seuls à être référencés par les grandes surfaces il fallait bien que je m'en contente, avec de rares exceptions quand j'entendais parler de tel ou tel artisan à l'occasion le plus souvent d'un déplacement en région. Le consommateur commence à disposer de choix. La clientèle de Système U a cette chance de pouvoir goûter (et succomber) aux glaces Alperel. Depuis que j'ai découvert la démarche U de nos régions j'ai voulu voir de près comment ces glaces étaient fabriquées.

Pierre Menini m'a ouvert les portes de son laboratoire juste avant de fermer quelques jours, pas spécialement parce que les fêtes s'annoncent mais parce qu'il entreprend des travaux d'aménagement d'un espace pâtisserie et l'installation d'une troisième turbine.

vendredi 23 décembre 2016

Découvrir le restaurant O'Saveurs à Evreux (27)

L'équipe qui est aux commandes du restaurant O'Saveurs a changé il y a quatre mois et il est probable que vous ne connaissez pas encore la cuisine de la Chef, dont la grande spécialité est le gigot de sept heures et que le maitre d'hôtel, son mari, vous présentera comme "une tuerie".

Ces deux là sont des maniaques du travail bien fait. Calmes d'apparence, ils sont animés par le stress de satisfaire la clientèle mais se rassurent mutuellement d'un t'inquiète pas qui signifie tout le contraire. Car on n'imagine pas qu'avant que la pièce de viande ne soit posée sur l'assiette il y a eu énormément de travail et de contraintes à supporter en amont.

La réglementation devient de plus en plus difficile à respecter. Récemment Yannick a eu des soucis avec des indications de millésime (cela semble évident mais le passage du 31 décembre au 1er janvier entraine la refonte des cartes). Savez-vous également que mentionner l'origine de la viande est une obligation pour tous les plats cuisinés avec du bœuf et du veau ? Je ne le vois pas sur toutes les cartes des restaurants où je vais.

Tout est maison, sauf le menu enfant parce qu'il est peu demandé. Enfin quand on dit tout, c'est presque tout. Ainsi on me précise à propos de la Mousse d'avocat et saumon fumé que le saumon n'est pas fumé au restaurant, ce que je n'imaginais pas un instant d'ailleurs.

La chef aime les gourmands. Pour faire plaisir elle peut composer une assiette dégustation qui donnera un aperçu de son savoir-faire autour de trois petites portions, accompagnées d'un verre de  viognier. Très parfumé, ce vin est extraordinairement gras et souple. On pense au chèvrefeuille, au citron vert, à la fleur d'amandier ou de tilleul.

jeudi 22 décembre 2016

Le Géant de Michel Lebrun, réédité par French Pulp

Avec plus de 475 pages (en petits caractères de surcroit), et son format 11x18 cm, Le Géant de Michel Lebrun, est un vrai pavé.

Il se lit pourtant facilement et j'ai été amusée de le découvrir alors que j'avais écrit plusieurs chroniques à propos des dernières orientations prises dans la grande distribution. Car le Géant est un hypermarché. Mais contrairement à Système U qui semble, comme Leclerc, plutôt respectueux des consommateurs, l'établissement imaginé par l'auteur est un lieu qui rend fou.

Y-a-t-il une vie possible au sein de la grande distribution ? Dans ce polar sociologique, Michel Lebrun dissèque la misère sentimentale et existentielle des petites villes que l'arrivée d'une grande surface transforme en poudrière. Une chronique cinglante des frustrations contemporaines. Montescourt est le directeur du Géant, un hypermarché titanesque implanté au coeur d'une commune de la banlieue parisienne. Il n'a pas de vie de famille, peu de plaisirs, et une unique obsession : le Géant. Mais le jour où il tombe sous le charme d'une voleuse à l'étalage, il se rend compte que la population de la commune, frustrée par ce déballage de marchandises mirobolantes, est sur le point d'entrer en ébullition... et qu'il se pourrait bien qu'il la rejoigne !

Pour ceux qui l'ignoreraient, un hyper est (p. 40) une surface de vente de 2500 à 20 000 m², ce qui présente une large fourchette. Le parking est obligatoirement proportionnel avec une superficie cinq fois supérieure. La fiche signalétique du magasin imaginé par l'écrivain figure page 59 et bien entendu il est le plus grand possible. Un véritable mammouth. L'îlot de survie parfait (p. 98) avec ses 50 000 références.

Il faut aussi le situer dans l'époque où le livre a été écrit, à la fin des années 70, quand nous commencions à prendre l'habitude d'y faire nos courses. L'auteur l'écrit en toutes lettres (p. 172) l'hypermarché est devenu le symbole de la société de consommationce qui en fait un sujet très passionnant.

Aujourd'hui ce serait peut-être davantage un site de ventes en ligne ... alors que un siècle plus tôt c'était Au bonheur des dames, choisi comme cadre par Emile Zola, et dont en toute logique Michel Lebrun nous donne un extrait (p. 192).

De fait, le roman a donc aussi un intérêt sociologique même si les faits rapportés sont imaginaires.  On se doute que l'auteur s'est inspiré de la réalité. Jusqu'au registre de réclamations (p. 221). Il décrit des techniques de vente qui nous parlent encore. Et se focalise sur plusieurs techniques de vol en fonction d'une typologie de voleurs (p. 172) qui semble n'avoir pas beaucoup évolué depuis. L'astuce dite du baril, (p. 73) amusante vue de loin, par contre ne doit plus être envisageable. Ce qui reste vrai c'est que la démarque inconnue, selon l'expression consacrée, reste une plaie pour un directeur de magasin et qu'elle ne soit pas du goût de tout le monde.

C'est que Michel Lebrun n'a pas été sans raison qualifié de "Pape du polar"Sa vie a été liée à celle de la littérature policière française dont il aura été l’ardent défenseur, critique et théoricien, jusqu'à sa mort en 1996.

De son vrai nom Michel Cade, il est étroitement lié à ce qu'on appelle le polar à la française. Les dizaines de romans qu'il a publiés ont reçu de multiples prix. Il est d'ailleurs associé à un prix à son nom, je devrais dire "ses" noms car il changea plusieurs fois de patronyme.

J'en rappelle l'historique pour les amateurs de romans policiers, qui sont très nombreux. J'ai appris le soir de la remise du Prix polar SNCF qu'un livre vendu sur deux est un polar. Le Prix du roman policier francophone de la ville du Mans a été créé en 1985 par François Plet, Christian Poslaniec et Pierre Lebedel. Il a couronné des écrivains de qualité. Le premier lauréat fut Jean-Michel Guenassia avec Pour 100 millions (Liana Levi). Il y eut aussi Daniel Pennac pour La Fée carabine (Gallimard), Tonino Benacquista pour Trois carrés rouges sur fond noir (Série noire) ou encore Fred Vargas avec Debout les morts (Viviane Hamy) en 1995.

Antonin Varenne, que j'ai eu la chance de chroniquer dans le cadre du Grand Prix des lectrices de ELLE, l'a obtenu pour Fakirs (Viviane Hamy) alors qu'il était devenu le Prix Michel-Lebrun de la Ville du Mans. En 2010 il devient Prix Polar Michel Lebrun. En 2016, c'est Colin Niel qui est récompensé pour Obia (Rouergue Noir), que j'ai chroniqué dans le cadre du Prix des lecteurs d'Antony (92) dont il a été également gagnant, en catégorie Polar.

Michel Lebrun est un scénariste hors pair, ayant imaginé une galerie de personnages hauts en couleurs, depuis le Picasso des parkings qui apparait dès le début. Ils gravitent tous autour de Montescourt, "pauvre" directeur de magasin qui ne vit que pour son travail. Des caricatures de notre société sont placées en orbitre autour de lui, combinant plusieurs intrigues, et donc plusieurs enquêtes.

Il fait converser tout ce beau monde avec un humour sous-jacent permanent, ce qui est rare dans le domaine du polar. On en oublie que c'en est un.

- Comment vont les affaires ?
- Ça marchotte doucement.
Dialogues de gens qui n'ont rien à se dire, ne se connaissant pas suffisamment pour casser du sucre sur le dos d'amis communs.

Ce n'est pas moi qui l'écrit mais lui (p. 107).

Il est question de vol, beaucoup, mais aussi de dégradations de toutes sortes, de contamination alimentaire, d'une accumulation de drames, grands et petits, et de crimes aussi. Le personnage principal ne parle pas mais avec son nom, le Géant, imprimé en italiques, portant la majuscule, devient un lieu qui provoque le doute (p. 340) et qui pourrait bien être le lieu de tous les dangers. Un monstre, vivant, puisqu'il respire (p. 316).

French pulp, comme son nom ne l'indique pas vraiment, s'explique dans des pages additionnelles sur le choix d'une expression anglaise pour promouvoir la littérature bien française de jeunes auteurs, ... comme la réédition d'auteurs cultes. Avec l'ambition qu'on lira tout cel partout, y compris (et surtout ?) dans le métro, même debout. c'est tout de même plus passionnant que pianoter un jeu de cartes sur un écran tactile, non ?

Le Géant de Michel Lebrun, réédité par French Pulp  le 22 novembre 2016
Première édition chez Lattès en octobre 1979, réédité chez Payot-Rivages en 1996

mercredi 21 décembre 2016

Conte de Noël en son et lumière sur la façade de l'hôtel de ville d'Evreux (27)

Forte de son succès de l’année précédente, avec le son et lumière "La fée étincelle", la mairie d’Évreux a fait appel à la même société pour un nouveau spectacle.

Intitulé "La manette magique", ce conte de Noël,  imaginé par Bernard Maciel, créateur de la société Eclipsonic, et destiné en premier lieu aux enfants, était projeté à 18h, 18h30 et 19h sous forme de projection monumentale sonorisée sur la façade de l’Hôtel de ville, tous les soirs, du vendredi 16 au vendredi 23 décembre 2016.

Ce conte, dont le titre est un jeu de mot, raconte l’histoire de Clément, un petit garçon qui trouve un mystérieux colis qui contient une manette magique (version moderne de la baguette des contes de fées) qui lui permet de modifier la décoration de la façade de l’Hôtel de ville. Mais rien ne se passe comme prévu... cette manette va s’avérer incontrôlable et Clément devra se faire aider par le Père Noël… qui apparait sur le mur au moment du final.
La façade du bâtiment est soulignée de traits lumineux avant d'être embelli de sapins et autres décorations de saison. Toutes les couleurs passent sur les murs dans des enchainements très harmonieux qui enchantent les spectateurs.
Mais le plus spectaculaire est l'embrasement par le feu suivi d'une inondation majeure. Les effets 3D sont quasi magiques. Certains ont demandé beaucoup de travail. Le record est détenu par le ‘‘cristal transparent’’ qui ne dure qu’une minute mais qui a réclamé trois jours d'attention.

mardi 20 décembre 2016

Quintessence par le Cirque Alexis Gruss

Quintessence est un spectacle équestre et aérien qui enchante le public parisien depuis le 22 octobre. Très franchement il ne faut pas bouder ce type de sortie qui ne fait aucune concession à la qualité et qui reste tout à fait accessible à tous les âges.

Le chapiteau est facile à trouver dans le Bois de Boulogne et un grand parking gratuit permet de se garer à proximité. Si vous optez pour les transports en commun sachez qu'une navette gratuite est organisée depuis la Porte de Passy.

J'ai été surprise par la taille tout à fait "humaine" des lieux et par le confort. Il ne fait aucun doute que nous sommes dans le registre du haut de gamme, néanmoins abordable. Pendant l'attente, le ciel du chapiteau est orné d'arabesques de lumières qui mettent en condition le spectateur. Le spectacle sera féerique.

La musique est bien entendu exécutée en direct par un orchestre positionne au dessus de la piste. Quintessence est conçu comme une quête au cours de laquelle un petit garçon, Joseph, qui se trouve être le petit fils d'Alexis Gruss, le patriarche de la tribu Gruss, âgé de 72 ans, et qui interprète le rôle de Bellérophon , devra trouver un fragment de l'essence de chaque élément des quatre éléments, air, feu, terre et eau afin de sauver Pégase, le mythique cheval ailé qui est alors couché au centre de la piste.

Cette création, qui est la 43ème de la famille Alexis Gruss est en quelque sorte la suite de Pégase & Icare, déjà équestre et aérien qui fut un grand succès dans ce même chapiteau. La nouveauté est qu'elle a été conçue cette fois avec la collaboration de la compagnie Les Farfadais, qui comptent parmi les meilleurs acrobates aériens au monde.

Le dispositif s'organise sur trois espaces scéniques différents, la piste de cirque, une scène amovible,  et dans les airs puisque le dispositif qui recouvre complètement la piste au sol peut monter jusqu'à la coupole du chapiteau pour les numéros aériens.

Les chevaux sont magnifiques. Poil luisant, crinière parfaitement brossée, œil brillant, sabot puissant. La sciure vole. Entrées et sorties se font au grand galop. On devine le marquage au fer rouge des espagnols sur la fesse, ce qui ne plait pas aux Gruss, mais c'est la coutume dans ce pays. Ce qui ne empêche pas les pas de danse, très élégant, et les dressés sur les pattes arrière.

lundi 19 décembre 2016

Sacré Paul ! exposition temporaire au Musée d'Evreux (27) jusqu'au 8 janvier 2017

Sacré Paul ! est la seconde exposition temporaire présentée en ce moment au musée d'Evreux mais je vous en parle sans délai parce qu'elle va bientôt se terminer.

Le titre est assez surprenant. C'est un jeu de mots célébrant l'originalité de Paul Bigo (1930-2015),  prêtre, président de la Commission diocésaine d’Art sacré et collectionneur principalement d'oeuvres d'artistes contemporains dont il fut l'ami.

Il avait souhaité que quelques-unes de ces pièces rejoignent les collections du musée d’Évreux. La visite de cette exposition, qu'il faut mener en parallèle de celle du fonds contemporain dont il fut un partenaire dans la création et l’animation de son  dans les années 1980, témoigne de la personnalité audacieuse de ce sacré bonhomme.

Paul Bigo était ce qu'on appelle un humaniste, un bon vivant, généreux et fidèle en amitié. Il avait déployé sa collection au sein de la maison jouxtant l’église Saint-Taurin (où je me suis rendue aussi), qui lui avait été affectée dans l’exercice de son dernier ministère.

En face de son lit, au-dessus de la cheminée, il avait accroché un format carré de Janos Ber (huile sur toile, Sans titre, 1993) dont le dialogue entre réseaux de lignes, aplats sombres et lumineux au travers duquel transparait le blanc de la toile, lui évoquait aussi le vitrail et le projet qu'ils avaient tous les deux d'en réaliser un ensemble. Le peintre, exilé à Paris en 1957, refusait la distinction entre figuration et abstraction pour se concentrer sur le mouvement émotionnel physique et mental.

Sous l’armoire, de l’autre côté de la pièce, un carton à dessin renfermait des études de vitraux signées Lauté, Rezvani et Pierre Lafoucrière ... à qui l'on doit ce portrait du collectionneur, aquarelle, fusain et sanguine sur papier, exécuté vers 2012.

Certaines pièces ne sont pas très "classiques" comme ce carnet de recettes, extrait d'un ensemble de quatre, illustré par des oeuvres d'art ancien et contemporain. On découvre par exemple au fil des pages Adam et Eve de Lucas Cranach l'Ancien (1472-1553) voisinant avec une peinture de Hans Hartung (1904-1989) ou bien encore la Vénus d'Urbino du Titien (vers 1488-1576) dialoguant avec une oeuvre de Vasarely (1906-1997).

S'il témoigne de la grande ouverture d'esprit de Paul Bigo en matière d'art, de son humanisme et de sa culture, ce carnet nous rappelle qu'il fut aussi un bon vivant et que la bonne chère qu'il aimait et dont il régalait ses amis était aussi au rang des nourritures spirituelles ... ce dont je ne peux pas douter puisque c'est intentionnellement que le blog est alternativement culturel et culinaire.

dimanche 18 décembre 2016

Les marchés d'Evreux, classique ou de Noël (27)

Le marché d'Evreux est en plein air, comme autrefois, et à la grande satisfaction des commerçants comme des usagers qui ne se plaignent pas de ne pas pouvoir s'abriter sous une halle qui, m'a-t-on dit, pourrait être un nid à courant d'air.

Hier, parce qu'on est proche de la fin de l'année, une animation culinaire était en place à l'initiative des commerçants consistant à mettre en valeur les produits vendus sur place.

J'ai gouté un canard poché, trois minutes, dans un bouillon de légumes de saison, puis servi en verrine avec des olives vertes émincées, de l'échalote et du persil plat. Le mode de cuisson est rapide (le canard est plongé haché dans le bouillon) ce qui permet de conserver un certain moelleux à la viande. Si j'étais restée plus longtemps j'aurais pu déguster un velouté d'endive. mais j'avais un programme (très) chargé comme vous le constaterez au fil des articles.
Ce marché a lieu les mercredi et samedi de 8 à 13 heures. Il est très couru parce qu'on y trouve de très beaux produits.

samedi 17 décembre 2016

Une autre saison comme le printemps de Pierre Pelot

Pierre Pelot est sorti de sa tanière pour nous livrer un nouveau roman Une autre saison comme le printemps.

Devenu un auteur à succès aux États-Unis, où il vit désormais, François Dorall revient en France pour participer à un festival de polar, à Metz. Une nuit, lorsque Elisa, une amie d’enfance, le supplie de retrouver son fils de 9 ans qui a été kidnappé, il a soudain l’étrange impression d’être plongé dans l’un de ses livres. N’est-il pas spécialiste des disparitions mystérieuses ? Dorall hésite, mais ne lui doit-il pas cela ? Le romancier se mue en enquêteur. Et pendant ce temps-là, un petit garçon se dirige vers le Sud en compagnie d’un homme qu’il appelle papa.

C'est un roman particulier, qui en quelque sorte vous prend par le coeur plus que par la raison. Une sorte d'enquête, pas vraiment policière, que mène le lecteur autant que le personnage principal.

Une de ces histoires d'où le héros s'échappe comme s'il devenait soudain plus réel que ne l'aurait souhaité celui qui tenait le clavier.

Pierre Pelot est un auteur qui écrit avec autant de poésie que de puissance, et avec une acuité rare animée par une sorte de sentiment d'urgence : Les histoires, cela signifie des êtres humains traversant l’existence tant bien que mal. Voilà qui m’intéresse. Je suis allé les chercher dans leurs terriers, les histoires, à la braconne et sans permis, à ma manière, personne ne m’a appris. Seule se pratique la manière qui vous convient, c’est ainsi qu’on apprend à les attraper

Une autre saison comme le printemps peut se lire comme une sorte de rébus laissant entrevoir ce que peuvent entreprendre les sentiments quand ils ne tarissent pas. Laissant s'infiltrer ce que certains appellent hasard quand d'autres n'y voient que purs lapsus.

Avant, les près descendaient en pente douce jusqu'à la rivière ... Ce sont les premiers mots et on pense à une autre saison, l'été, lui aussi en pente douce que l'on aimerait pouvoir lire ou relire en parallèle, à moins que, par fainéantise bien inspirée on se satisfasse de le revoir sur (petit) écran dans l'adaptation que Gérard Krawczyk a réalisée en 1987.

Ce roman démontre que s'il y a un avant il peut aussi exister un après. Il y a derrière tout ça quelque chose d'incompréhensible, mais ça ne se situe certainement pas au même niveau pour tout le monde (p.83).

Il faut accepter le fantastique et croire au surnaturel pour apprécier, ce dont tous les lecteurs ne sont pas capables. Comme voir quel coup de dés ce road-movie réserve à ses protagonistes lorsqu'ils ne peuvent se résoudre ni à la mort de ceux qu'ils aiment, ni à aucune forme de disparition.

Pierre Pelot nous fait voyager dans le temps et dans l'espace, de l'Est au Sud, avant de revenir s'échouer en escale aux US, mais c'est surtout un périple intérieur dans lequel sa lecture nous entraîne, dans un monde sous-marin, de l'autre côté de la rivière. Peut-on jamais revenir sur ses pas ?

Une autre saison comme le printemps de Pierre Pelot, aux éditions Héloïse d'Ormesson, en librairie depuis le 6 octobre 2016

L'écrivain est toujours, quoique irrégulièrement, actif sur son site de la Tanière avec un humour pulvérisant les (gros) tracas de la vie.

vendredi 16 décembre 2016

Puzzle par le Jeune ballet Européen

Je suis allée voir le Jeune Ballet Européen, directement issue du C.F.A. Danse, Chant, Comédie dont l'objectif est de permettre à de jeunes artistes de prendre conscience de la scène et de la vie active, encadrés de chorégraphes, maîtres de ballet et techniciens professionnels.

Ils présentent au Théâtre du Gymnase (seulement les mercredis, c'est bien dommage parce que le spectacle est excellent) la reprise de Puzzle composé d'une douzaine de tableaux très différents, interprétés par des jeunes danseurs qui sont en contrat d'apprentissage. 

C'est rapide, vivant, virevoltant alors que ça commence, je dirais classiquement, à la fois chorégraphiquement et musicalement avec des jeunes filles en tenue blanche sur le Printemps de Vivaldi.

Mais très vite le rythme s'accélère  avec le groupe Nuttin' But Stringz et le morceau Thunder interprété par des garçons tout en noir.

Sur le morceau Skodde, de Pjusk on aborde un thème plus contemporain qui évoque naturellement la manière de danser de Christine and the Queens.

On démontre que la lenteur peut constituer un effet artistique même si l'exécution est certes plus difficile et suggère un monde épuisé.
On est heureux d'entendre (et de voir) des surprises sur des choix audacieux et qui sortent des sentiers battus avec Au suivant, de Jacques Brel.

Les numéros se succèdent, différent, offrant un pas de deux sur l'Andante du Concerto pour piano n°4 de Mozart. Autre morceau "classique" sur la Marche de Radetzky de Johann Strauss.

Puis un peu d'humour avec Bahamut de Hazmat Modine avec un ballet très urbain où les trombones sont ponctué de cris de joie, dansé pieds nus, et s'achevant sur une revisite des pas de Madison.

Win Mertens interprète Darpa (Album "Stratégie De La Rupture-1991") de sa voix de contreténor dans des aigus très poétiques.

Encore Vivaldi, avec l'Hiver, recomposé par Max Richter, pour ambiancer une chorégraphie en noir et blanc.

Les filles arrivent alors en rose dragée sur la voix grave de Goldfrapp interprétant Human. le tableau est sensuel, avec des déplacements mécaniques jouant soudain sur la séduction.
C'est sans surprise qu'on entend a capella Happy de Pharell Williams. Les enchainements sont vifs. les visages souriant, ce qui n'est pas si fréquent en danse contemporaine et on peut le souligner. ce spectacle fait du bien à voir.

Place ensuite au hip hop avec Jdilla Beat de DJ Veusty qui sera très applaudi par la salle suivi d'un morceau de chanson française, Ces petits riens de Serge Gainsbourg mais interprété par Stacey Kent. Le jeu de la séduction est admirablement mis en scène. On se situe presque dans le théâtre. Comment en pas penser à Pina Bausch ?
C'est déjà le final avec l'alto Derek Lee Ragin et on est surpris de les voir tous saluer à la fin, ne les imaginant pas si nombreux.

Puzzle a été réalisé avec la participation de quinze chorégraphes de renom, comme Claude Brumachon et Benjamin Lamarche, Thierry Malandain, Stéphane Loras, Christian Bakalov, Floriane Blitz, Ingrid Florin, François Lamargot, Valérie Masset, Bea Buffin, Sébastien Lefrançois, Physs, Gator, Sharxx...

Il ne faut pas manquer d'aller voir et encourager ces jeunes artistes déjà professionnels à qui l'on souhaite d'intégrer chacun une compagnie au sein de laquelle ils pourront poursuivre leur carrière.
Avez-vous besoin de quelques extraits avant de vous décider ? C'est le mercredi à 19 heures au Théâtre du Gymnase jusqu'au mercredi 4 janvier 2017

jeudi 15 décembre 2016

Faust de Goethe mise en scène de Ronan Rivière

Le mythe est connu (et souvent à l'affiche) mais il est toujours puissant. Qui ne serait pas prêt à tout pour un peu de bonheur ? La question mérite toujours qu'on y réfléchisse.

Faust est actuellement à l'affiche au théâtre du Ranelagh qui, à lui seul, mérite qu'on s'y perde un peu. C'est un de ces lieux magiques où on aime aller.

Dans son cabinet de travail, au clair de lune, Faust s’emporte contre lui-même et s’apprête à mettre fin à ses jours. Le destin lui offre alors une chance, sous forme de pari proposé par Méphistophélès, de retrouver goût à la vie, mais, on le sait, en échange de son âme.
Ranimé par une nouvelle jeunesse, Faust tombe fou amoureux de Marguerite, et s’engage dans un tourbillon romantique et fantastique où il s’abîme et se retrouve.

Demandez-vous quel est le poids d'une âme ? interroge Méphistophélès, magnifiquement interprété par Ronan Rivière qui signe aussi la mise en scène ainsi que l'adaptation.

Il a voulu, dit-il, proposer une version resserrée du drame qui se joue ici en moins d'une heure trente quand il n'est pas rare qu'on frôle les 4 heures et avec seulement six comédiens. Le dispositif scénique d'Antoine Millian, une fois l'effet de surprise passé, se révèle très efficace pour composer des lieux différents tout en suggérant l'enfermement progressif du héros.

Cet escalier troué de lumières participe à installer une atmosphère fantastique -entre terre, ciel et enfer- ainsi que les costumes dans des couleurs très fortes.

Il y a moins de personnages aussi, ce qui rend la pièce presque épurée. La musique, composée par Léon Bailly, est présente sans jamais devenir envahissante. Ronan Rivière lui-même intervient parfois, plongeant les mains dans le piano, prouvant que le diable tire toutes les ficelles et use de tous les moyens pour arriver à ses fins.
Faust sera dupe, on le sait. Marguerite (très juste Laura Chetrit) sera épargnée, mais il faut dire qu'elle n'a fait aucune promesse.

La mise en scène concilie le fantastique avec une vision romantique. Les acteurs, tous excellents, expriment une large palette de sentiments où la colère et l'angoisse alternent avec la passion pure. C'est une très bonne idée d'avoir maintenu deux comédiens pour jouer Faust, âgé puis jeune.

Cette version a le grand mérite d'être fidèle tout en rendant le chef d'oeuvre accessible à un public de  tous âges qui a très envie, en sortant, de se replonger dans le texte.

Faust de Johan Wolfgang Goethe
Mise en scène : Ronan Rivière
Dans la traduction de Gérard de Nerval, adapté par Ronan Rivière
Avec : Aymeline Alix, Laura Chetrit, Romain Dutheil ou Anthony Audoux, Ronan Rivière, Jérôme Rodriguez ou Olivier Lugo, Jean-Benoît Terral
Au piano, en direct : Léon Bailly ou Olivier Mazal
Lumière : Fantôme
Décors et accessoires : Antoine Milian
Théâtre le Ranelagh - 5 rue des vignes 75016 Paris - 01 42 88 64 44
du mercredi au samedi à 19h et le dimanche à 15h
Jusqu'au 26 mars 2017

photos de Benjamin Dumas

mercredi 14 décembre 2016

Un Fil à la patte

Le nombre de versions du Fil à la patte n'est pas calculable. S’il fallait remonter jusqu’en 1894, date de sa première représentation à Paris au Théâtre du Palais Royal, Feydeau lui-même n’en reviendrait pas d’un tel succès.

Pourtant, ce vaudeville n’a pas pris une ride car les travers humains qui y sont décrits sont intemporels. Amplifiés jusqu’à la caricature, nos défauts et autres bassesses déclenchent des imbroglios qui nous font toujours autant rire.

Aller voir une pièce que l’on connait déjà bien, c’est prendre le risque d’être surpris ... agréablement, ou pas et Isabelle a volontiers accepté cette aventure. Même si l’esprit de la pièce est respecté, elle en est revenue secouée par une mise en scène résolument fantaisiste et moderne tout en estimant, c'est sa conclusion, que le changement fait du bien. Voilà ce qu'elle en dit :

Résumons rapidement l’histoire : Monsieur de Bois d’Enghien doit rompre avec la chanteuse de café-concert Lucette Gauthier dont il est l’amant pour épouser le soir même une riche héritière. Prisonnier de sa lâcheté, il repousse toujours le moment d’annoncer la rupture à Lucette. Ses mensonges l’entrainent dans une suite de quiproquos et de bagarres dans lesquels interviennent plusieurs personnages tous plus cocasses les uns que les autres.
La mise en scène est minimaliste. Les seuls meubles que l'on voit sur scène sont des chaises d’écoliers, deux luminaires et, en guise de fond, un voile aux couleurs changeantes, derrière lequel parfois quelques-uns des comédiens se figent dans des postures ridicules et comiques tandis que d’autres continuent de faire avancer l’action au premier plan.

Pas davantage de coulisses. Les comédiens attendent à cour et à jardin leur tour d’entrer sur scène. On fait abstraction de leur présence lorsqu’eux-mêmes deviennent pour un temps spectateur comme nous.

Le parti pris du metteur en scène de s’éloigner de certains codes du théâtre surprend au début. Dans un Vaudeville, on a généralement des armoires dans lesquelles les amants se cachent, des portes qui se ferment pour qu’un mensonge ou une trahison se fasse dans le dos de l’intéressé. Ici, pas de porte, pas d’armoire, pas de rideaux. Mais qu’on se rassure, les portes claquent quand même, les sonnettes ne cessent de retentir et l’amant se cache bel et bien dans une armoire. Mais aucun de ces éléments n’existe concrètement sur scène. C’est par le jeu des comédiens, qui lui n’a rien de minimaliste, que l’on imagine ces parties du décor. A chaque fois qu’une porte se ferme, qu’une sonnerie retentit, l’ensemble des comédiens interrompt sa tirade pour imiter par des gestes et des sons "un vlam, un dring".

Autre originalité de la mise en scène, les intermèdes musicaux et chorégraphiques qui scandent chaque fin d’acte. Les personnages, en particulier Bois d’Enghien (Stéphane Brel en alternance avec Lionel Pascal), semblent pris de convulsions qui s’expriment dans une danse désarticulée très réussie.

Marie le Cam joue une Lucette Gauthier follement amoureuse, sensuelle, possessive mais aussi touchante dans son déni à voir la vérité. Sa sœur (Eugénie Ravon) jouera 3 personnages différents durant la pièce. Si son rôle de vieille fille lui va comme un gant, elle est parfaite aussi dans celui de chambrière à perruque rousse (remplaçant le valet de Feydeau) et de policier. Seul petit reproche, elle semble forcer sans doute un peu trop sur sa voix.

La baronne et future belle-mère (Solveig Maupu) nous réjouit de ses mines outrées, de son jeu de regard et de sourcils.
Mikaël Taïeb en Bouzin nous offre des mimiques de bouche et des grimaces grotesques qui n’ont rien à envier à celles de Louis de Funès !

Le général Irrigua, amoureux de Lucette, se présente en kilt ! Quel travail de diction il a dû falloir à Anthony Magnier qui l’incarne pour arriver à s’exprimer dans ce jargon pseudo latino-américain qui suscite l’hilarité. Viviane (Agathe Boudrières), la riche héritière et Fontanet qui empeste (Xavier Martel en alternance avec Gaspard Fasulo) sont des personnages plus mineurs de la pièce. Leur jeu est néanmoins en cohésion totale avec celui des autres comédiens et leur présence est indispensable à l’intrigue.

Le but est de faire rire certes mais il est clair qu’Anthony Magnier ne souhaite pas tomber dans le burlesque pur et dur : "Nos comédiens savent que tel mot, telle réaction va faire rire: il ne faut jamais travailler dans le but de faire rire de manière frontale. Il faut garder une rigueur émotionnelle…" Sa mise en scène parvient à nous fait découvrir Feydeau avec un regard différent, ce qui n'était pas gagné d'avance pour une pièce si souvent montée.

Présentée au Festival d'Avignon en 2014, l'interprétation de la Compagnie Viva créée par Anthony Magnier a remporté le grand prix du Jury Festival d’Anjou 2015 et le prix du Jury Jeunes. A vous de vous laisser surprendre, et ce jusqu’au 31 décembre.

Un Fil à la patte de Georges Feydeau
Mise en scène et scénographie : Anthony Magnier
Au Théâtre 14
20 rue Marcel Sangnier 75014 Paris
Jusqu'au 31 décembre 2016
Les mardis, vendredis et samedis à 20h30, les mercredis et jeudis à 19h, matinée samedi 16 h
Relâche : dimanche et lundi.
 Relâche exceptionnelle : samedi 24 décembre
Avec : Stéphane Brel ou Lionel Pascal : Bois d’Enghien, Marie Le Cam : Lucette Gautier, Agathe Boucrières : Viviane / Firmine, Xavier Clion : Chenneviette / Miss Betting, Gaspard Fasulo ou Xavier Martel : Fontanet, Anthony Magnier ou Julien Jacob : Le Général Irrigua, Solveig Maupu : La Baronne, Eugénie Ravon: Marceline, et Mikaël Taïeb : Bouzin
Lumières : Marc Augustin-Viguier

Costumes : Mélisande De Serres

Photos Lot

mardi 13 décembre 2016

Le vin et moi de Jacques Dupont

A force de chroniquer des livres, d'en recevoir beaucoup, d'aller en chercher aussi à la manière des amateurs de champignons qui ne peuvent freiner leur désir de récolte dans le moindre sous-bois, j'avoue que mon appétit était rassasié. C'est sans doute à mon sixième sens, semble t-il hyper développé, que je dois d'avoir sollicité le Vin et moi d'un certain Jacques Dupont dont le nom ne me disait pourtant rien.

Ce n'est pas la couverture qui m'avait motivée et qui, l'auteur le reconnaîtra, n'est pas plus alléchante qu'une de ces étiquettes dont il fait le procès dans son livre. Le flair sans doute. Quelle riche idée ! Je lui dois d'intenses fous rires. Sa manière de raconter les voyages de presse relève du chef d'œuvre. Le livre entier se boit comme du petit lait. Je me demande si je vivrais semblable plaisir au cours d'un moment de dégustation en sa compagnie ... A-t-il à la vie un  humour aussi dense et aussi virevoltant ?

L'auteur décrypte les abus stylistiques qui égarent le consommateur lambda à qui on veut faire avaler qu'une piquette serait "minérale" (p. 35), ou qu'un breuvage par trop astringent vibre d'une tension dans les tanins. Mon père, qui avait développé son propre lexique, qualifiait ce genre de vin d'un jugement sans appel : c'est de la Watermann ! allusion à la couleur (et à l'acreté) de l'encre que son vieil instituteur versait dans les godets des pupitres d'écolier.

Pour éviter de vexer un ami persuadé d'avoir dégoté la meilleure bouteille de derrière ses fagots, alors que l'impétrant avait attendu bien trop longtemps pour ouvrir ladite bouteille, il s'extasiait sur la madérisation du breuvage. En clair, il avait perdu ses arômes. Tous les vins n'ont pas le talent de bien vieillir. J'ai appris avec lui à reconnaître un vin bouchonné. On le gardait alors pour le jour suivant confire un canard et on s'empressait d'ouvrir une autre bouteille.

Avoir du vocabulaire est une aide précieuse. J'ai si souvent fureté en forêt en compagnie de mon grand-père, que je distingue la différence entre une effluve de girolle et un parfum de cèpe. Un tapis de feuilles de chêne n'a pas de rapport avec une couche d'aiguilles de pin. Mais pour un citadin l'expression "feuille humide" ne doit pas évoquer le moindre souvenir heureux. Astringent est alors plus parlant que fougère, néanmoins plus poétique. Quand à la famille des empyreumatiques, pour désigner le pain grillé, l'amande torréfiée, le feu de camp, on se doute que "brûlé" serait moins glamour.

Je peux prétendre m'y connaître en poivre. Un chef étoilé avait envisagé de se moquer (gentiment) de moi en me mettant au défi de nommer un Timut. Quand on a humé une seule fois son arôme de pamplemousse on s'en souvient sa vie durant. Alors quand Jacques Dupont évoque le minéral poivré du Morgon, forcément cela me parle. Tout autant que les liens qu'il trace entre silex et Chenin ou craie et Champagne. J'ignore tout cependant du goût de souris (p.51), non pas que cet animal me soit étranger mais sans doute que ai-je été épargnée de rencontrer un vin exhalant cette caractéristique, qui vous l'aurez deviné, est un défaut majeur.

J'ai (déjà) eu le bonheur de goûter le meilleur vin de toute ma vie. Un Chardonnay 2014, Sous l'arbre penché de Sylvain Ravier, que j'ai bu à Annecy l'été dernier et qui s'est inscrit pour longtemps dans ma mémoire olfactive.
Cet arbre penché ... est perché sur un rocher où pousse une vigne de Chardonnay. Il est élevé en demi-muid de 600 litres. Il a une robe d'or aux reflets verts, un nez complexe de fruits exotiques et de badiane qui évoque puissamment un caramel au lait vanillé. Sa bouche est ronde, longue et puissante. Mon père aurait dit : le bon Dieu en culotte de velours.

L'ouvrage est truffé de références. Certaines inattendues (comme Montesquieu ou Seneque, Cicéron ou George Sand). La plupart érudites mais beaucoup humoristiques. Après l'allusion au bon Dieu, je ne résiste pas à cette citation de Pierre Desproges : Jésus changeait l'eau en vin et tu t'étonnes que douze mecs le suivaient partout. (p. 83).

D'autres sont évidentes avec en premier lieu Marcel Proust (p. 47), maître absolu en matière de mémoire olfactive, dont l'apprentissage est hélas absent des programmes de l'Education nationale. Aucune surprise également à l'apparition de noms d'illustres amateurs de vin, pour ne pas dire alcooliques notoires, en majorité des écrivains. L'auteur avance avec sagesse (c'est une manière de dire qu'il vaut mieux consommer avec modération) que l'alcool ne rendra pas talentueux.

L'homme raille beaucoup, depuis l'étiquette (et la contre aussi, vous savez, cette seconde étiquette, souvent bavarde, rarement explicite), en passant par les confusions les plus fréquentes (un cru est un terroir, un millésime est une année) mais il est toujours sérieux et il pointe avec justesse les multiples compétences que requiert désormais le métier de vigneron (p. 18), viticulteur depuis le XIX° siècle. Son livre nous apprend beaucoup de choses. J'ignorais le sens de la caudalie (p. 56), et je place abusivement une majuscule aux crus alors que seuls les noms de lieu la méritent. J'ai du mal à ecrire que je bois un saint-émilion, alors que le correcteur orthographique l'admet volontiers.

Jacques Dupont ne fait pas l'impasse sur l'ivresse, un mal auquel il consacre un chapitre entier. On y croise, c'était inévitable, Bukowski dont j'ai chroniqué récemment le carnet taché de vin. Mais Il conseille pourtant comme lieu de cure Bourgueil, Irancy ou Julienas.

Il rappelle le sens de Carpe diem (p.84) formule d'Horace, tant empruntée, qui traite le vin comme instrument de sociabilité, capable de soigner et de rendre heureux. A condition d'en faire un usage raisonné, intelligent. Sa formule Carpe diem ne signifie pas autre chose qu'une préconisation à apprécier le moment présent et non une injonction à la débauche qui s'accompagnerait d'une formule du type après moi le déluge !

Il a la bonne idée de consacrer un chapitre à ces héros anonymes de la vigne qui effectuent un parcours exemplaire de reconversion dans l'univers du vin. Ils contribuent à moderniser ce que Jacques Dupont appelle la légende des ceps dans un chapitre plutôt émouvant.

L'auteur ratisse la polysémie du terme "naturellement" (chapitre VI) en nous rappelant que le Porto n'aurait jamais eu le goût qu'il a si le vin était resté "dans son jus" (p. 148) puisqu'il est le résultat d'un ajout d'alcool au vin pendant la fermentation. Et ce sont les Hollandais qui ont découvert, bien avant Pasteur, qu'en brûlant un bâtonnet de soufre à l'intérieur d'un tonneau celui ci s'en trouvait assaini.

C'est sans surprise que  l'on voit arriver le nom de Jules Chauvet, l'initiateur des vins naturels et son fils spirituel Marcel Lapierre.

Son propos semble honnête et sagement à l'écart d'une mode dogmatique. Son credo est simple et imparable : goûter à l'aveugle. Si le vin est bon, en parler. Avec pour règle d'or que le plaisir doit dépasser les défauts.

Il termine en toute logique en fustigeant les travers marketing du sourcing et autres diktats anglo-saxons en se moquant tout autant que précédemment à propos des voyages de presse, des mails (pardon, courriels) dont l'objet est un Save the date péremptoire. Je parie que nous avons reçu tous les deux la même invitation à ce Cheese Day qui n'aura plus lieu en 2017 au Pavillon Ledoyen (mais le 20 février à L'intercontinental), pris d'assaut par une horde d'affamés pique-assiettes sous l'oeil furieux d'un Yannick Alléno jurant qu'on ne l'y reprendrait plus. Je comprends que Jacques Dupont ne souhaite pas s'y précipiter. Dommage pour moi.

Le vin et moi de Jacques Dupont, chez Stock, en librairie depuis le 2 novembre 2016

lundi 12 décembre 2016

Petit focus sur le Bio de Marque Repère et recette de cookies

Qui ne fait pas du bio ? Chaque enseigne revendique une antériorité, comme si cela pouvait être un gage de santé ...

L'important n'est pas de savoir depuis combien d'années elle référence des produits bio mais d'avoir la certitude que ceux qui sont en rayon aujourd'hui méritent de l'être.

Après la démarche U de nos régions, Leclerc (autre enseigne indépendante) affirme son positionnement à travers la gamme Bio Village qui démontre depuis l'an 2000 que manger bio (et utiliser des produits de beauté bio) à des prix raisonnables doit être une réalité.

Les produits bio contiennent au minimum 95% de produits issus de l’agriculture biologique, c’est-à-dire sans OGM, sans engrais chimique, sans pesticide et une série d'actions sont pensées dans une démarche environnementale pour provoquer des réductions de déchets et des améliorations de toutes sortes. Ainsi le pays de fabrication est désormais indiqué en toutes lettres ainsi que l'origine des principales matières premières, et toujours dans une gamme de prix en moyenne 30% moins chers que ceux des marques nationales.

Après le succès de son premier Repérage Malin autour de l’univers de la beauté et de l’enfance, Marque Repère a organisé une seconde édition dédiée au bio tout au long du samedi 5 novembre dernier, au Quartier Général (Paris 75011), ouverte au grand public, sur inscription.

Les clients, actuels ou à venir, étaient invités en famille ou entre amis pour (re)découvrir Bio Village, dont le logo a été modernisé et dont les visuels ont été retravaillés dans un axe plus gourmand. A travers différents ateliers et animations, ils ont pu goûter et cuisiner les produits (à leur retour), mais aussi poser des questions et donner leur avis. Car il n'est pas simple de s'y retrouver, comme vous pourrez le constater ... rien ne ressemble plus à un jus de pomme 100% pur jus qu'un autre portant le même nom... Qu'importe le flacon, le jus était bon !
Et quand il est la base d'un cocktail sans alcool cela devient du délice, comme avec ce jus vitaminé aux couleurs de l'automne : jus de carotte, jus d'orange, sirop de citron, miel, romarin. A moins de préférer la version minimaliste, fraiche et détoxifiante avec de l'eau, du concombre, du sirop de cassis, et quelques feuilles de menthe.

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