mercredi 7 juin 2017

Le Zicatela, un restaurant authentiquement mexicain

Je devrais écrire "les" Zicatelas puisqu'un petit frère a rejoint la maison mère, ouverte en 2003 au 8 rue Geoffroy-Marie 75009 Paris, à quelques mètres des Folies Bergère.

Celui-là est pile en face du Grand Rex, au 42 rue Poissonnière, 75002 Paris et n'est ouvert, midi et soir, que depuis trois jours. C'est donc tout frais !

La façade va être bientôt refaite, pour donner directement sur le trottoir mais elle est déjà aux couleurs du Mexique.

Pepe Iglesias ne relâche pas la pression. Ce n'est pas pour autant qu'il abandonne un sourire indéfectible.

Il a débauché son cuisinier Christopher il y a quelques semaines en le faisant venir du Mexique où il avait un restaurant et tous les deux ne chôment pas car les clients ne cessent d'arriver. Tous semblent venir en connaissance de cause et s'adressent en espagnol pour commander, parfois directement au comptoir de la cuisine ouverte.

Christopher est heureux d'être à Paris car si sa mère est mexicaine, son père est français.

Avec l'affluence il faut un peu patienter et un verre de sangria (en toute modération cela va de soi) permet d'attendre.

La décoration est sobre mais elle évoque le Mexique sans aucun doute possible : cactus, drapeau national, récipient en forme de tête de mort ...

jeudi 1 juin 2017

Dégustation de thés de La Compagnie Française de l'Orient et de la Chine

Vous connaissez sans doute le concept store parisien de la Compagnie Française de l'Orient et de la Chine. Celui du Boulevard Haussmann est complété par le restaurant le Yoko alors que l'établissement Rive Gauche, installé depuis un an boulevard Raspail, vient d'ouvrir un bar à thé.

La nouvelle gamme est disponible dans les 2 concept stores mais la dégustation n'est envisageable que rive Gauche. On y propose une sélection de thé d'exception, à commencer par  des "Grands Crus",  sans oublier les "Thés Verts" et les "Oolong",  et puis les "parfumés" qui ont toujours leur public.

J'ai participé à une dégustation menée par Gilles Brochard, qui est un grand spécialiste de cette boisson à propos de laquelle il a publié plusieurs ouvrages. En sa qualité de président-fondateur du Club des buveurs de thé on ne pouvait qu'avoir l'assurance de passer un moment dans la grande tradition du thé.

Il avait amené son plateau spécial, qui s'appelle un bateau, pour préparer la boisson selon la cérémonie du Gong Fu Cha (qui signifie le temps du thé), permettant de jeter les premières eaux et de répartir les suivantes dans les petites coupelles.

mercredi 31 mai 2017

Le 3 ème Benjamin Show (édition 2017)

La soirée porte son nom et ce n'est pas un hasard. Benjamin Zeitoun a de nombreux talents et il entend les cultiver. Ce soir, outre celui d'être présentateur selon lui à l'égal de Michel (Drucker), auquel il a réussi à faire allusion plusieurs fois, il a voulu démontrer une nouvelle facette du brelan de ses dons.

Il a profité de la présence sur scène d'excellents musiciens, frères au demeurant, les Spacenotes, et d'une violoniste formidable (dont le nom n'a pas été donné, c'est dommage, mais retenez-le : elle s'appelle Sophie Durteste) pour faire semblant de n'avoir pas prévu de pousser la chansonnette. Quand assumera-t-il son désir de devenir un showman ? Il entretient une relation ambiguë avec les artistes, dont il est selon le moment, ami, faire-valoir ou programmateur.
On ne sait plus très bien si sa prestation était un bonus ou si celles des têtes d'affiche (qui avaient accepté de se produire bénévolement) étaient le cadre qui lui permettait d'enfin pouvoir jouer la vedette. Il ne chante pas mal et l'hommage adressé à son grand-père était émouvant. L'homme transforme en or tout ce qu'il touche. Mais rien ne dure sans un immense investissement de soi. On devine qu'à peine il a monté une marche, il ne pense qu'à la suivante.

lundi 29 mai 2017

La 29ème cérémonie des Molières, un palmarès resséré

La 29 ème Nuit des Molières s'est déroulée comme l'an dernier aux Folies Bergère, mais de "folies" il y eut beaucoup moins. Les artistes seraient-ils devenus soudainement plus "raisonnables" ?

L'an dernier les Faux British avaient fait sensation avec leurs costumes. Julie Depardieu avait enchanté les photographes en brandissant une poule, une vraie. Et beaucoup de vedettes avaient excité les photographes des magazines.

L'ambiance était digne, les remerciements souvent conventionnels peut-être parce qu'il y eu moins de lauréats que les années précédentes. Il est certain qu'au bout du 5ème Molière on a déjà tout dit.

Et pus les intermittents, pour une fois, ne sont pas montés sur scène pour faire diversion.  Il y eut bien ce soir quelques pas de danse des Sea girls décidées à jouer les Pom Pom Girls de service, mais il est serait excessif de relater qu'Emmanuelle Devos a enflammé le  photo call. Elle aura davantage de succès tout à l'heure en imperméable, portant des sacs (de marque) à bout de bras.

D'ailleurs à en juger par le nombre réduit de robes longues il n'y eut guère qu'Isabelle Huppert pour être la reine de la soirée. Et on peut dire qu'elle aura mis le temps pour obtenir la statuette !

C'est sans doute un travers professionnel que j'ai gardé de l'époque où je travaillais dans les statistiques mais j'aime me livrer à quelques calculs. Figurez-vous que l'actrice a été nominée 7 fois entre 1989 et 2016 et que jamais elle ne fut récompensée. En 1989 pour Un mois à la campagne, 1994 Orlando, 1995 pour la même pièce, 2001 Médée, 2005 Hedda Gabler, 2014 pour Les Fausses confidences, et encore en 2016 pour Phèdre(s) dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski à l'Odéon.
Même lorsqu'elle ne figurait pas dans les moliérisables son nom était cité dès les premières minutes de la soirée ... Je me souviens d'une soirée où Nicolas Bedos qui officiait (déjà) lançait la cérémonie en demandant d'applaudir l'impériale photo d'Isabelle Huppert, lui prédisant le Molière de la meilleure actrice pour son rôle à l'Odéon dans les Fausses confidences, et dans la foulée (je le cite encore) elle gagnera deux Molières d'Honneur, celui de la révélation féminine ET masculine, et Anne Hidalgo rebaptisera les Champs Elysées Boulevard Isabelle Huppert.

samedi 27 mai 2017

Noces d'Albert Camus par Raphaël Enthoven

Beaucoup sont venus pour entendre Raphaël Enthoven, en particulier les élèves de son cours de philosophie. Mais tous repartiront avec l'envie de lire ou relire Albert Camus.

Je songe à ce Concours des P'tits lecteurs dont j'étais juré à Bobigny il y a un mois à peine et je me demande quelle note j'aurais mise à cette prestation. On ne peut faire aucune reproche à Raphaël Enthoven si ce n'est de n'être pas comédien et du coup de donner une version plutôt neutre du texte.

A nous alors de forger notre "interprétation". En tout cas il a le mérite de nous le faire entendre parfaitement. Je ne savais pas Camus si bucolique. Ce recueil de nouvelles est un modèle de célébration de tous les sens, la vue, l'odorat, le goût. Les références florales sont très justes pour qui connaît la flore méditerranéenne.

Noces est un recueil d'essais, à caractère autobiographique d'Albert Camus, comportant quatre textes écrits en 1936 et 1937, sous le titre Noces, suivi de l'Été. Le plus connu des quatre textes est Noces à Tipasa qui exalte la nature sous le soleil et la mer, dont sont souvent extraites les citations de l'auteur, relatives à cette époque.

On glane des phrases qui pourraient à elles seules faire l'objet d'une dissertation : Ce n'est pas si facile de devenir ce qu'on est / Le contraire d'un peuple civilisé c'est un peuple de créateurs / Vivre c'est ne pas se résigner / Le bonheur résulte de l’accord entre un être et l'existence qu'il mène.

On devrait aussi retenir des leçons subliminales. Sans employer ce mot de méditation, aujourd’hui tant à la mode, Camus nous enjoint à apprendre à respirer pour nous rendre davantage présent au monde. Car l'âpre leçon des étés d'Algérie nous enseigne aussi la mort.

Tout de noir vêtu, souvent debout, rarement assis, le philosophe lit, corne une page de temps en temps et parfois nous sert le texte par cœur, avec alors un rythme presque enflammé.

Ne crions pas au génie. Soyons prudents. Camus le disait : toutes mes idoles ont des pieds d'argile.

Après une lecture plutôt sobre, le professeur nous donne sa propre parole et analyse un morceau, jamais le même. Là il devient très bon en nous expliquant comment Noces exprime la réconciliation du bonheur et du plaisir que la tradition philosophique a tendance traditionnellement à opposer.

Ce poème en prose n'est pas que beau, et hors de lui pas de salut. A certaines heures la campagne est noire de soleil écrit Camus à la cinquième ligne. Est-ce le noir de la mélancolie, une allusion physique à une éclipse de l'astre, ou le résultat d'un plissement d'yeux ? L'hypothèse la plus recevable serait homérique. Le soleil est inséparable de l'ombre. Pour preuve les peintres rendent la notion de soleil en ajoutant des ombres.

On lit ce texte preque pieusement et on y découvre toujours quelque chose de plus. Camus a vingt ans et il écrit : marquez l'éternité dans l'instant !

Alors Enthoven se permet d'ironiser. Quand on me demande si on n’est pas trop jeune à l'école pour faire de la philo ... je réponds que c'est très compliqué de faire entendre Camus en Terminale. En maternelle oui, auprès d'adultes autant, mais en Terminale sans doute pas.

On a acquis la force de vivre avant celle de penser. Les cons ! Il n'y a aucune récompense à vivre ainsi. L'orateur est impitoyable et s'échauffe. Consentir, parce qu’on est mortel, à regarder la vérité, c'est-à-dire la mort, en face. La vie ne s'arrête pas à "sa" vie !
Un troisième temps s'écoule dehors dans l'impasse qui borde le théâtre. Les spectateurs forment un demi-cercle spontané autour d'Enthoven, décontracté, le verre à la main, le livre dans l'autre, et qui est toujours le prof philosophe mais il n'est plus en représentation et on pourrait l'écouter, dialoguer, avec lui pendant des heures.

La conversation est de haute volée. Il compare Camus, Sartre et Raymond Aron. Les enseignants présents relancent la conversation. Les étudiants boivent les paroles. Il ponctue la démonstration de petites phrases qui font relativiser tout ce qu'on a entendu : Tout ce que sais, disait Camus, je l'ai appris sur un terrain de football.

Il cherche un stylo pour une dédicace improvisée avant de s'éloigner avec, dans sa poche, son vieil exemplaire des Noces, jauni, annoté, corné.

Noces d'Albert Camus par Raphaël Enthoven
Du 17 mai au 28 juin 2017
Lundi, mardi et mercredi - 18h30
Relâches exceptionnelles les 22 / 23 / 29 mai et 05 / 07 / 12 / 13 / 19 / 20 juin
Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris - 01 45 44 50 21

vendredi 26 mai 2017

Molière Malgré Moi de Francis Perrin

C'est peu dire que le décor est sobre. A cour, un paravent de bois sur lequel sont accrochés une perruque, une veste noire et une somptueuse robe de chambre évoquant celle que porte le Bourgeois gentilhomme. A jardin, un pupitre symbolisant les activités d'écriture de l'auteur.

Le fauteuil trône au centre de la scène, si je puis dire. Cet élément est central car c'est dans son fauteuil que Molière mourra. L'original est conservé à la Comédie française. Francis Perrin accourt et les applaudissements retentissent immédiatement. Le public est sans doute d'abord venu pour lui. Et il a raison. Presque essoufflé, il s'excuse de nous livrer un marathon : je n'ai que 100 minutes pour vous raconter sa vie. Laquelle ? Mais celle de Molière bien sûr !

Parce qu’il a endossé les costumes de Scapin, Alceste, Philinte, Sganarelle, Mascarille, George Dandin, le comédien est bien placé pour nous parler de lui, à propos duquel il a écrit en 2007 l’ouvrage “Molière, chef de troupe” chez Plon. 

Il a longtemps hésité à en faire un spectacle. Le déclic s'est fait quand des universités américaines l'ont sollicité pour le faire découvrir aux étudiants. Il s'est produit outre-Atlantique, en octobre 2014 à Washington et New York avec un spectacle précédé d’une Master Class. Et depuis, il ne cesse de faire vivre le grand auteur.

jeudi 25 mai 2017

Déjeuner au Caffé Artcurial et se croire en Italie ...

Sophia Loren disait avec humour et sérieux qu'elle devait ses rondeurs aux spaghetti. Elle veille (en photo) sur la cuisine du Caffé Artcurial où s'active aujourd'hui Filippo Rossato, un des deux chefs italiens (avec Ilario Paravano) engagés par le maître des lieux Enrico Einaudi, un ancien analyste financier, reconverti dans la restauration.

Il faut oser monter le perron de cet hôtel particulier construit en 1844, appartenant toujours à Marcel Dassault, pour découvrir le restaurant, de 65 couverts, installé juste à coté de la maison de vente Artcurial.

L'accueil est la première clé du succès. Jacky est un maître d'hôtel très attentionné et Luca un sommelier aguerri. Quant aux deux chefs, il ont vite compris que l'endroit se prêtait à une cuisine créative sur des bases traditionnelles.

Faire aussi beau que bon, telle fut la feuille de route qui leur a été assignée. Évidemment en leur fournissant des produits de qualité, majoritairement en provenance d'Italie du Nord, car il connait très bien le Piémont dont il est originaire.

mercredi 24 mai 2017

Un Renaud pour moi tout seul ... par Monsieur Lune

Monsieur Lune m'avait donné rendez-vous au Félicie. Cela m'avait amusée qu'un musicien ait pour QG un café dont le nom est un titre de chanson, certes désuet mais tout de même.

Je connaissais l'endroit parce que j'ai habité longtemps dans ce quartier du XIV° arrondissement mais j'ignorais qu'il s'appelait ainsi.

J'avais beaucoup aimé Il pleut des luges, un CD plutôt romantique. Voilà pourquoi je me suis intéressée à ce musicien, qui sinon m'aurait semblé avoir voulu tenter un coup médiatique. J'étais intriguée à l'idée de rencontrer celui qui faisait un album de reprises des chansons les plus noires de Renaud.

Je suis un mec qui chante, je n’analyse pas trop. N’empêche que la progression des titres n’est pas anodine. Entre Deuxième génération en piste 1 (1983, de l’album Morgane de toi) et Les Charognards, piste 11 (1977) la boucle est bouclée. Il n’y en a pas une épargnée par la violence. Toutes les chansons qu’il a retenues parlent de lutte des classes. Parce que je ressens qu’on est dans une société où les inégalités n’ont jamais été aussi fortes.

Renaud les chantaient il y a tout de même quarante ans. Avec la gouaille qui a été sa marque de fabrique. Alors pas question surtout de verser dans l'imitation avec une voix un peu rauque. Il a fallu beaucoup travailler pour obtenir le résultat souhaité et 90% de l'album a été enregistré en live pour obtenir de la fragilité. Curieusement Monsieur Lune n'aime pas trop sa voix. Mais il aime tant la scène qu'il a fini par s'accepter.

Nicolas (c'est son prénom) a voulu gommer les aspérités, apporter de la douceur, de la fluidité et beaucoup de musicalité. C’est tout à fait l’impression que j’ai éprouvée dès la première écoute. J’aurais voulu soumettre l’album à quelqu’un qui ne comprend pas le français. Je parierai qu’il aurait cru à un enchainement de gentilles balades. Pourtant elles sont terribles. Dans la première, atrocement réaliste, Slimane, 15 ans se vante d'un CAP de délinquance, et prétend n'aimer que la mort dans cette vie de merde. Le slogan nihiliste des Sex Pistols est-il plus vrai que vrai : No future alors ?

Il n’y a pas de place pour la nostalgie de Mistral gagnant, ni pour le romantisme de Ma gonzesse. S’il avait apprécié l’album de reprises en 2014 par la Bande à Renaud, il n’allait pas pour autant faire la même chose. On remarquera trois titres en commun, mais l’interprétation n’a rien à voir.

D’ailleurs ces chansons "noires" ont été peu reprises. Certes il y eut la Médaille par Benoit Dorémus et Jeanne Cherhal, sur scène à Paris, à la Maroquinerie, la Chanson pour Pierrot par Calogero, et puis La teigne il y a dix ans par le groupe Zebda.
La pochette est juste parfaite. Une bouille de gosse attentif, portant le bandana emblématique signifiant l'appartenance au clan. Ce qu'elle a de formidable c'est qu'il n'y a aucun trucage, aucune intention d'attendrir. C'est Nicolas, en 1982, l’année de l’album Un olympia pour moi tout seul. Il n'a que 7 ans, l'âge de raison. Il ne s'appelait pas encore Monsieur Lune.

lundi 22 mai 2017

Allez vite au Musée Dapper avant sa fermeture définitive


Le musée Dapper est une institution privée, créée en 1986, installée dans le XVI° arrondissement de Paris. On en parlera bientôt au passé car le bâtiment du 35 bis rue Paul Valéry va fermer ses portes le 18 juin. Son fonctionnement coûte trop cher à la Fondation Olfert Dapper et le musée accuse une baisse de la fréquentation.

Avec son extraordinaire collection de masques, de statuettes venues de toute l’Afrique, et son remarquable programme d'activités autour de séances de cinéma et de contes pour les plus jeunes, le musée Dapper était devenu une référence sur l’art africain. Depuis son ouverture, plus de 40 expositions ont été présentées.

Sa directrice, Christiane Falgayrette-Leveau, ancienne journaliste et cofondatrice en décembre 1983 avec son mari, Michel Leveau, de la Fondation Dapper, regarde désormais vers le Sénégal et les Caraïbes et continuera "à soutenir les arts de l’Afrique, d’hier et d’aujourd’hui".

Je ne peux que vous inciter à aller voir la dernière exposition, regroupant des Chefs-d’œuvre d’Afrique, des œuvres majeures, uniques pour certaines, telles des sculptures du Gabon (Fang, Kota, Punu…), du Cameroun (Bangwa), du Bénin (Fon), ou encore du Mali (Dogon, Soninké). En voici quelques pièces. A commencer par cette tête en terre cuite, datant du XVIII°, et provenant  du Ghana.

dimanche 21 mai 2017

Dessert aux perles du Japon et Calvados

Après l'inauguration des nouveaux sites de production de Spirit France, j'ai eu envie, de retour à la maison, de combiner un dessert qui associerait pommes, Calvados et des perles du Japon, parce qu'en ce moment c'est un peu mon produit fétiche.

Peut-être pour me mettre en condition de mon prochain voyage au Mexique où on les utilise pour faire un dessert à la façon du riz au lait.

Et puis comme tous les produits à base de manioc elles peuvent être consommées par les personnes souffrant de maladie coeliaque pour remplacer les farines contenant du gluten. C'est aussi un souvenir d'enfance car ma maman les cuisinait régulièrement.


samedi 20 mai 2017

Monsieur Nounou au Rive Gauche

Monsieur Nounou à été écrit au XIX siècle alors que le téléphone entrait à peine dans les maisons bourgeoises. Le public est donc invité à éteindre ses portables dans un souci de reconstitution historique.

Le ton est donné pour cette pièce dont on apprend qu'elle se déroule en pleine campagne ... à Courbevoie. Nous avons certes un effort d'imagination à faire, lequel va être un peu secoué par les ajouts imaginés par les adaptateurs.

Les références musicales contemporaines s'enchainent. Le téléphone pleure, on pouvait s'y attendre. Et puis ça s'en va et ça revient. Le député se déclare ... en marche. Plus tard on se moque d'un Tu vas descendre de ta barricade mon petit Poutou.

Il sera ensuite question de baraque au bas mot. Et on glissera la formule du jeu télévisé devenue culte : C'est mon dernier mot Jean Pierre.

Que de liberté avec le texte d'origine mais on reste dans l'esprit du vaudeville. Et les spectateurs rient de bon coeur.

vendredi 19 mai 2017

Sandwich façon croque

Depuis 2007, Quiveutdufromage.com, le site de référence du fromage, a su évoluer avec le temps. Aujourd’hui, il s’enrichit d’une nouvelle plateforme plus moderne, plus adaptée et plus dynamique.

Avec plus de 400 fromages référencés, il traite des 3 grands thèmes chers aux consommateurs : l’authenticité et la tradition, les nouveaux usages et les questions santé. Au menu : des secrets dévoilés, plus de 2500 recettes et dossiers, rencontres de passionnés, découvertes de savoir-faire et aussi des informations sur les atouts du fromage, pour l’inviter naturellement dans son assiette.

Pour fêter sa nouvelle plateforme, 6 recettes sont proposées. Le sandwich façon croque est inspirée du Croque de Florent Ladeyn et que j'ai adaptée.

jeudi 18 mai 2017

Inauguration d'un nouveau site pour le groupe Siprit France

Né en 2007, Spirit France produit et commercialise des marques emblématiques de spiritueux français issus de terroirs spécifiques dans deux aires d’appellations d’origine contrôlée (AOC), le calvados et l’Armagnac.

Son histoire est le fruit du regroupement de plusieurs maisons autour de quatre marques leaders dans leurs catégories : les calvados Père Magloire, Boulard et Lecompte, ainsi que l’armagnac Grand Armagnac Janneau, dont la distillerie est restée en Gascogne.

Le 12 avril dernier, le groupe a officiellement inauguré de nouveaux à Reux, près de Pont-l’Evêque, en bordure de l’autoroute A13.

Le site de Coquainvilliers où est distillé le Calvados Boulard demeure intact. J'y ai reconnu le parfum de pommes confites  qui m'avait quasiment envoutée quand j'avais visité l'installation en septembre 2013.

mercredi 17 mai 2017

Rencontre avec un patron slash, Benjamin Zeitoun

Benjamin Zeitoun est opticien depuis 2006 et il est Directeur Général de six magasins en ile de France sous l'enseigne Light Optical. Il dirige aussi Cercle Optical mais ses activités professionnelles ne l'empêchent pas de mener à terme ses multiples passions … et il est plus que probable qu'il est loin d'avoir réalisé tous ses rêves.

S'il y a une date qu'il ne risque pas d'oublier, car l'affiche est collée pour rappel sur la porte de son bureau, c'est celle du 31 mai pour animer le Benjamin Show dont les bénéfices sont reversés à la Fédération des aveugles. A défaut de pouvoir les équiper il a en effet décidé de les aider d'une autre manière.

Benjamin Zeitoun a horreur des étiquettes. Être placé dans une case est une restriction de liberté que le jeune patron ne supporte pas. On peut pourtant lui coller la mentions "slash" parce que sa passion culturelle n'est pas un passe-temps mais une véritable activité professionnelle.

La soirée n'est pas qu'une action caritative. C'est aussi un rendez-vous culturel –et humoristique- qui a du sens et qui a déjà été un franc succès deux années consécutives, toutes à Paris.

Après le théâtre de l’Archipel en mars 2015, et le Trévise en 2016, cette troisième édition se déroulera dans un lieu encore plus grand, l'Alhambra, 21 Rue Yves Toudic, 75010 Paris. Elle obéit à la même philosophie, au même concept, avec un plateau très varié regroupant quelques artistes connus et d'autres plus récemment montés sur les planches. Ayant fait du théâtre dans sa proche jeunesse, il est à l'aise pour monter sur scène, ce qui ne signifie pas qu'il ne soit pas préoccupé par cette préparation. C’est ce jeune patron qui assure la programmation, ce qui représente un travail d'au moins 9 mois par an. Avec des changements de salles et de têtes d’affiche d'une année sur l'autre sans que ce soit un impératif. Après Jarry, David Buniak, Blonds&Blonds&Blonds, les Cubartbrother en 2015 ce furent Gil Alma, Jean-Patrick Delgado, Carolina, Julie Villers, Jean Phi, Space Notes … en 2016. Le programme de 2017 est encore secret mais je peux vous annoncer la présence de l'humoriste Maxime.

Benjamin connait bien le monde du spectacle. Car malgré un agenda professionnel chargé, il sort au moins une fois par semaine. Il a son réseau, connaît managers et attachés de presse. Et il rencontre toujours les artistes avant de décider de les programmer. C'est essentiel d'ailleurs pour présenter sur scène leur personnalité et leur actualité, avec autant de sérieux que de convivialité, même si l’interview ne dure que 2 minutes. L'an dernier il les interrogeait sur un canapé rouge. Cette année ce sera un mobilier gris qui sera installé sur la scène pour ce moment d'entretien.

A peine a-t-il confirmé son talent dans l'organisation de spectacles, que Benjamin Zeitoun, sans abandonner cette activité, se lançait déjà dans une nouvelle aventure, celle du cinéma. Il a participé au tournage de l'Outsider de Christophe Barratier qui est sorti le 22 juin 2016 et où il a joué le rôle d’un trader.

Il a écrit et tourné son premier court-métrage réalisé par Jean-Luc Ayach. On retrouve au casting Julie Villers, JP Delgado, Caroline Chirache, Aliénor Fougerat, Mathieu Sempere … Sortie en décembre 2016 le film est sélectionné au festival du film CinéMaPlaine à Pollestres, en avril 2017. Et un long-métrage est déjà en préparation sur la thématique du rôle des réseaux sociaux dans la quête d'amour de nos contemporains.

Benjamin Zeitoun se défend de succomber à ces sirènes. Il n'est pas accro à l'écran noir. A part LinkedIn, pour des raisons professionnelles, il n'a ouvert aucun compte personnel sur les réseaux sociaux.

L'homme aime relever des défis personnels et cela l'amuse de surprendre ... dans tous les domaines, y compris sportif (il a participé au Trophée du Touquet Raid en avril 2015 en binôme avec Pascal Soetens). Très bientôt c'est en littérature qu'on le retrouvera, avec un roman qui lui a été inspiré par la vie sentimentale de son père, dont il est très proche malgré le divorce de ses parents.

Il est certes très différent de ce papa avec lequel il a très peu vécu. Mais leurs conversations sont fréquentes. Ils se pensent très différents, mais reconnaissent que la génétique suscite des convergences. Ayant la chance de s'exprimer ensemble sans tabous, et avec fluidité, chacun peut au final apprendre des erreurs de l'autre. L'appartement, puisque tel est le titre du livre, sortira dans quelques jours aux éditions Netbook en version papier et numérique. J'aurai l'occasion d'en reparler.
L'actualité de Benjamin Zeitoun est riche. Toujours en mouvement, il supervise ses entreprises en suivant les dernières tendances. Son conseil mode en lunetterie va aux formes rondes, un peu intellos, loin des solaires blanches devenues indissociables de Michel Polnareff dont le portrait est accroché dans son bureau.

Il était en train de boucler ses bagages pour Cannes quand je l'ai rencontré. La projection de son film était annoncée dans une villa privée. On se demande comment il parvient à tout concilier. Il se défend d'écourter ses nuits de 7 heures mais il sait optimiser son temps.

Nous le retrouverons le le mercredi 31 mai 2017 à L’Alhambra. Toujours dans l’objectif de promouvoir la culture pour une belle cause avec l'espoir de récolter une somme encore plus élevée que l'année dernière. Le record à battre est de 7000€. La Fédération des Aveugles de France qui fête son centenaire œuvre pour l’amélioration des conditions de vie des personnes déficientes visuelles. On comprend que l'enjeu tienne à coeur. Car bien qu'elle soit reconnue d’utilité publique, cette association ne perçoit aucune subvention de l’Etat et ne vit que grâce à la générosité de ses donateurs et à la solidarité de ses partenaires. Il faut bien entendu souligner aussi la bonne volonté des artistes qui tous ont accepté de se produire sans contrepartie.

C’est une belle soirée en perspective qui s’annonce sur le thème du rire, de l’émotion et du partage.  Il reste peu de places sur les 600 que compte la salle, mais vous pouvez tenter votre chance auprès de catherine@cercleoptique / contact@alhambra-paris.com au tarif de 30€, et sinon la suivre sur Vivre Fm, 93.9 qui en assurera la retransmission.

mardi 16 mai 2017

Cheesecake express Poire thé-matcha

Chez Andrésy on travaille de mères en filles et ce sont plus de 1650 références qui sont sorties des chaudrons de cette entreprise implantée en Ile-de-France, parce qu'originellement il y avait beaucoup de fruits aux alentours. A l'époque de la création, en 1952, les fruits voyageaient mal. On ne pensait pas à les surgeler. Il fut naturel de les transformer en confitures.

C'est en toute logique qu'elle a obtenu le label EPV - Entreprise du Patrimoine Vivant -, pour la qualité des gestes ancestraux, dans des outils traditionnels comme les bassines de cuivre, et avec un sucre de canne, en maintenant un savoir-faire qui garantit une qualité supérieure. 

Ce sont trois générations qui ont travaillé à construire et développer la confiturerie. Et elles ne cessent pas d'innover. En cherchant aussi à développer une gamme bien-être, dont j'aurai l'occasion de vous reparler.

J'avais gouté au dernier festival Omnivore plusieurs nouveautés de leur marque propre, les Petites parisiennes (commercialisée entre autres chez Système U) qui avaient réjoui mon palais et pour lesquelles j'ai eu très vite des envies d'associations. J'aime beaucoup la Poire thé Matcha au petit-déjeuner mais aujourd'hui je vous propose de faire un cheesecake express avec elle.

Il n'y a rien de plus simple, et on peut les monter en portions individuelles.
On tapisse le fond d'une verrine de deux palets bretons émiettés. Puis on couvre d'une généreuse couche de brocciu, ce fromage corse au goût puissant.
Suit alors une épaisseur de confiture poire thé matcha. On pourrait en choisir une autre mais je trouve que celle ci, parce qu'elle comporte des petits dés de fruits, s'y prête particulièrement. Et puis ce sont des fruits bio. de plus le thé matcha est réputé pour sa théine, sa caféine et sa vertu anti-oxydante.
J'ajoute une trainée de graines de pavot, pour intriguer autant que pour mettre de la fantaisie.

Il n'y a plus qu'à garder au frais jusqu'au repas. Bon appétit !

lundi 15 mai 2017

Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu de Mathieu Sapin

Cinq années dans les pattes de Depardieu, le titre aurait pu avoir été soufflé ( il l'a peut-être été d'ailleurs) par l'acteur au bédéiste Mathieu Sapin.

La rencontre entre ces deux fortes personnalités a eu lieu en 2012 à l'occasion du tournage en Azerbaïdjan, pour Arte, d'un documentaire sur les traces d'Alexandre Dumas.

Une relation unique se noue entre les deux artistes. Dès lors, Gérard Depardieu va inviter Mathieu Sapin à partager son univers, ses pensées (philosophiques ou triviales), ses coups de gueule, que ce soit lors de tournages, en Bavière, au Portugal ou aux quatre coins de l'Europe, d'un voyage exceptionnel en Russie ou, tout simplement, d'un repas dans la cuisine de son hôtel particulier parisien.

Je n'ai pas appris grand chose sur notre Géné national, parce que je le connais bien mais j'ai lu cet album avec un très grand plaisir. Mathieu Sapin nous le rend aussi vivant et désespéré qu'il peut l'être dans la vraie vie. Et il est touchant de lire (p. 107) qu'il n'a pas le souvenir d'avoir été follement heureux.

Il croque Gérard au téléphone, sollicité sans cesse, capable de mettre à l'arrêt un plateau de tournage pour donner un conseil culinaire. Cela semble excessif et pourtant je confirme. Je me demandais s'il avait changé depuis toutes ces années (cela fait un moment que je n'ai pas eu l'occasion de le revoir). Non, pas vraiment. C'est le même ... en plus fort encore.

Il a ses propres convictions sur à peu près tous les sujets. Sa conception du vol est particulière. Il accepte de perdre deux millions dans la vente de ses avions mais ne supportera pas qu'on le ponctionne de 2 € rien que pour monter des bouteilles d'eau dans sa chambre d'hôtel.

Gérard fait semblant de ne pas mémoriser les prénoms. Mais je pense que c'est une preuve d'amour. Il les déforme mais en donnant un sobriquet qui apporte une information. Mathieu Sapin est devenu Tintin, ce qui est parfaitement adéquat pour un mec qui fait de la bd.

Le moins qu'on puisse dire est qu'il a le sens des formules. A propos du temps qui passe et des aléas de la vie (il a subi 5 pontages, et s'est relevé de 3 accidents graves de moto), il porte un jugement presque serein : la vieillesse c'est quand tu acceptes que ton genou se bloque.

Si tu parles à Dieu tu es croyant et s'il te répond t'es schizophrène. (p. 50) Est-il philosophe ou désespéré quand il ne parvient pas (plus) à se projeter au-delà de 74-75 ans ? Je me souviens l'avoir entendu je suis fatigué de vivre et je comprends.

C'est un homme sans peurs, mais pas sans surprises, que l'on suit d'une page à l'autre. Toujours excessif, surtout dans ses ripailles, logiquement admiratif de Dumas, pour son tempérament d'ogre, sa curiosité d'enfant et une sensualité qui n'est pas de cul serré (p.26).

Connu -et reconnu- dans le moindre village, on le "selfise" partout, et on le touche comme un gros bouddha vivant, ce qui est quasiment un pléonasme.

Gérard s'exprime sans filtre. Ses yeux vous scannent sans concession et le verdict est sans appel. Il aime ... ou il n'aime pas. Il  l'admet facilement : C'est fatigant de vivre à coté d'un homme comme lui, ... mais pas insupportable précise-t-il.

Un fil invisible (mais repérable) guide ses pensées. Il a un don d'observation qu'il entretient à la manière d'un sportif. C'est de notoriété publique, Gérard n'est pas resté longtemps à l'école. Il y aurait probablement été diagnostiqué surdoué. Il en a toutes les caractéristiques. Et c'est ce qui lui permet d'avoir une culture immense. J'ai pas étudié mais j'ai compris les choses en les jouant, dit-il avec humilité. Mais de fait, de rôle en rôle il a engrangé des connaissances très éclectiques.

Je préfère connaître mes défauts que mes qualités. Comme je ne m'aime pas j'en ai rien à foutre de mes qualités.(p. 105) Gérard Depardieu est modeste. Il se cache souvent derrière un des personnages qu'il a interprété pour donner son avis sur un sujet. Ainsi, de Christophe Colomb qu'il a incarné en 1992 sous la direction de Ridley Scott il a retenu que l'argent ne fait pas de toi un homme riche. Il fait de toi un homme préoccupé.

Mathieu Sapin éclaire l'acteur en le montrant dans son quotidien. Cet album est complémentaire au livre de mémoire que Gérard a publié en octobre 2014, Ça s'est fait comme çà et que je recommande tout autant, jusqu'à l'épilogue illustré d'extraits du carnets de croquis préparatoires et qui relate les réactions à chaud de Gérard sur cette aventure.

Gérard, cinq années dans les pattes de Depardieu de Mathieu Sapin, Dargaud éditeur

dimanche 14 mai 2017

Cuisine de la récup autour de la patate douce et noisette d'agneau Saint-George

Cela fait plusieurs années que je m'intéresse à ce que j'appelle la cuisine "de la récup", qui est un concept encore plus engagé que l'Anti gaspi et de l'art d'accommoder les restes comme Sonia Ezgulan y excelle.

Aujourd'hui ce sont des patates douces, plutôt en mauvais point, que je vais sublimer. Après avoir retiré bien entendu les parties abimées.

Ces légumes sont un peu ramollis, même s'ils sont encore nettement plus durs à éplucher que les pommes de terre de nos régions). J'ai aussi un tout petit bulbe de fenouil, et 3 carottes flétries, même si cela ne se voit pas sur la photo.

On épluche, on coupe les carottes dans le sens de la longueur (pour réduire le temps de cuisson) et zou dans une cocotte avec pas trop d'eau (on la conservera), une gousse d'ail, du sel et du poivre (pas trop vous allez bientôt comprendre pourquoi).

samedi 13 mai 2017

99 homes de Ramin Bahrani ... on espère que cette actualité ne sera pas française

99 homes (prononcer ninety homes) ne sort pas pour Cannes mais le sujet est tellement crucial que j'ai voulu le présenter dans ces colonnes. C'est un film américain réalisé par Ramin Bahrani, sorti en 2014, présenté cette année-là en compétition officielle au festival international du film de Venise. Il a obtenu le grand prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville en 2015.

Il a été tourné peu de temps après l'explosion de la crise américaine dite des subprimes dans les années 2008/2010.

Tous les Etats ne furent pas autant touchés mais ce sont des milliers de personnes qui se sont vues dépouillées de leur maison du jour au lendemain faute de pouvoir continuer à rembourser leur emprunt. Particulièrement en Californie, au Nevada et en Floride. C'est dans cet Etat, qui a tout pour faire le bonheur de ses habitants, que le réalisateur a choisi de tourner son film, en s'appuyant sur des faits réels.

On est à une encablure d'Orlando, la ville d'Epcot Center, le fabuleux Disney World que j'ai visité l'année de son ouverture en 1983. Je mesure donc tout à fait le contraste voulu par le réalisateur. L'immense richesse côtoie une misère qui est cependant masquée, au fond de motels qui deviennent des hébergements d'urgence pour les familles dont on a volé l'habitation.

Tout est dit au cours du premier plan, très long de trois minutes. La caméra balaie sur quelques mètres  un homme ensanglanté (suicidé ou assassiné), la complaisance policière, la détermination glaciale de l'homme d'affaire Rick Carver (Michael Shannon) qui a fait fortune dans la saisie de biens immobiliers, le désappointement des voisins ... impuissants à éviter la saisie de la maison et qui a provoqué le drame.

Ça pourrait être la scène de crime d'un thriller. Le plan suivant est serré sur Dennis Nash (Andrew Garfield), père célibataire vivant avec sa mère et son fils, travaillant d'arrache-pied à la construction d'une maison, devant subitement quitter les lieux parce que le futur propriétaire n'a plus (lui aussi) de quoi régler les mensualités. Non seulement Dennis perd son travail mais en plus il ne touchera pas son salaire. Et de fil en aiguille il sera lui aussi victime de la banque qui lui a pourtant suggéré de suspendre ses mensualités.

Nos deux personnages principaux sont présentés. Leur rencontre est violente puisque le premier vient expulser le second ... Avant de lui proposer un job quasi miraculeux qui devrait lui permettre de récupérer sa maison, à condition d'à son tour expulser des familles entières de chez elles.

Outre l'excellent jeu des acteurs, il faut voir ce film pour comprendre comment une société corrompue peut étrangler des citoyens dont le seul tort est d'avoir cru au rêve américain. Soyez raisonnable monsieur, implore le policier chargé de l'exécution du mandat de justice autorisant l'expulsion.

On voudrait hurler à la justice, et aux banques, d'être précisément "raisonnables". Mais tout échappe à la raison, qui n'est que celle du plus fort. On comprend aussi que ce n'est pas que le résultat d'une crise de l'emploi. Les banques, très astucieusement, enjoignent leur client de suspendre les versements pour ensuite avoir un motif de plainte auprès des instances judiciaires, lesquelles appliquent "la loi" en 60 secondes chrono sans qu'un avocat puisse intervenir. La période d'appel ne suspend pas la décision d'expulsion.

Cela semble sans fin et sans solution. Aucun fusible n'est activable. C'est tout juste si la bonté des policiers accorde la faveur de 2 minutes de répit pour "avoir le temps" de prendre ses affaires les plus précieuses (bijoux, papiers d'identité, quelques vêtements) alors que des voleurs regardent la scène comme des rapaces. Les familles expulsées voient leurs biens étalés sur la pelouse et ils ont 24 heures pour tenter de les récupérer s'ils peuvent se payer un garde-meubles.
Dennis est un gros bosseur, pas un tire-au-flanc. Mais il n'est pas épargné et malheureusement l'engrenage dans lequel il se laisse entraîner est un pacte avec le diable.

C'est la loi, c'est pas moi qui l'ai écrite, se défend Carver. Oui c'est bien le drame. Il a la loi pour lui. Et assez vite on comprendra que il a une revanche à prendre parce que ce salaud à été victime lui aussi du système. Cependant et très astucieusement le réalisateur nous le montre aussi comme un trafiquant : il fait démonter des climatisations pour pouvoir ensuite se plaindre de leur absence et négocier des indemnités. Maitre dans l'escroqueries aux assurances, sa soif de réussite est sans limite et les pratiques mafieuses vont crescendo jusqu'à la falsification de preuves.

On retiendra cette démonstration terrible qui n'a jamais été autant d'actualité depuis les dernières élections américaines. L'Amérique ne sauve pas les perdants. Elle s'est bâtie pour les vainqueurs. Tout le monde ne montera pas sur l'Arche démontre Carver en utilisant la référence biblique : pour 1 qui sera sauvé 99 seront noyés.

On peut penser à la violence avec laquelle les premiers habitants ont dépouillé les indiens de leur terre et se dire que l'histoire se répète. L'instinct de propriété anime les familles, même si tout le monde n'a pas la même intensité de sentiments. Dennis est très attaché à la maison de son enfance (on remarquera qu'on distingue en anglais home-le chez soi de house-la maison) alors que pour Carter ce sont juste des toits.

On note aussi l'inflexibilité de sa mère, peut-être parce qu'elle est une femme, incapable de faire aux autres ce qu'elle refuse qu'on lui fasse. La fin est ouverte mais rien ne laisse supposer une happy end possible.

Et surtout on réalise combien nous sommes protégés en France : pas d'expulsion en hiver, délai d'appel, appel suspensif, droit à la Défense, quitte à bénéficier d'un commis d'office etc... Sans parler du soutien de la commission de surendettement qui bien sûr est une vue de l'esprit aux États-Unis. Et on espère que l'exemple américain n'inspirera personne dans notre pays.

vendredi 12 mai 2017

La Reine du tango de Akli Tadjer

J'ai eu l'occasion d'assister à une rencontre entre Akli Tadjer et Serge Joncour, l'auteur du magnifique Repose-toi sur moi, au cours de laquelle ils avaient confronté en quelque sorte leur mode opératoire d'écriture. C'était en janvier, à l'initiative de l'association Lire c’est libre. Il en est ressorti que Akli Tadjer est traversé par des thèmes qui sont fortement ancrés dans son parcours de vie et dans ses origines. 

Et pourtant, comme il le le soulignait, on ne se rend pas bien compte de ce qui conduit réellement à la décision de commencer un nouveau roman. Il y a 35 ans le tango était très ringard, réservé aux sexagénaires, alors que le public avait été convaincu par les chorégraphies de La fièvre du samedi soir.

Tout en étant d'origine algérienne, et alors qu'il avoue ne pas être un pro de la danse, l'écrivain adorait le tango qui est bien davantage qu'une musique, mais un art, un savoir-vivre, toute une culture en réalité, et qui faisait écho à son histoire. Il était très admiratif de l'agilité de Guy Marchand à pratiquer cette danse.

Un jour, il s'arrête sur le grand parvis de la Villette où une femme donnait des cours de tango, à quelque cent-cent cinquante personnes. Intéressé, il se rend à son cours plusieurs fois. Bien qu'il lise  une grande solitude dans son regard, il est loin de penser qu'elle puisse vivre seule. Au contraire, il lui fait la réflexion que son compagnon est bien chanceux. Il apprend alors avec stupéfaction qu'elle n'a personne pour partager sa vie. La situation est paradoxale. Cette confidence agit comme un déclic.

Il se documente, se passionne pour l'élite, de vrais athlètes qui entretiennent leur allure comme des sculptures. Il découvre un univers très romanesque qui charrie la nostalgie, les amours naissantes, les amours mortes, le déracinement, l’exil… parce qu'il y a quelques dizaines d'années quand on quittait l'Argentine, c'était pour toujours et on ne revoyait plus jamais sa famille. Tout cela est proche de lui de  toute évidence et ce sont des choses qui lui sont chères.

Cette rencontre coïncide avec une lassitude. L’Algérie est le théâtre de plusieurs de ses romans et il avait le sentiment de creuser toujours un peu le même sillon. Il avait envie de changer d'univers, et pourquoi pas de se glisser dans la peau d'un personnage féminin comme il l'avait d'ailleurs déjà fait (avec beaucoup d'intelligence) dans Les Thermes du paradis, un livre que j'avais beaucoup aimé.

Interpréter une femme de 30 ans, c'était se trouver en terre inconnue. Akli Tadjer s'estime bien loti, à vivre entouré de femmes, la sienne, ses filles et des amies qui pouvaient lui donner les codes de cet autre continent.

Il a aussi voulu écrire sur le sentiment amoureux et l'origine des difficultés à aimer. Les blessures viennent de l'enfance. Tout part de là. Ecrire nous renvoie à ce moment là. L'écrivain a toujours eu la perception de sa différence mais enfant, il n'en a pas réellement souffert. Certes à l'heure du catéchisme on lui disait sortir et il se retrouvait tout seul dans la cour malgré le froid. Mais il prenait les choses avec humour et philosophie : Je suis né pour être décalé. On peut pas voir le monde avec les mêmes yeux que les autres.

Auparavant, il avait remarqué, amusé comme peuvent l'être les enfants, l'accent de ses premiers voisins de la rue Etienne Marcel, qui étaient des pieds noirs. Ecoute maman, ils ont un accent. On ne sait même pas d'où ils viennent. Mon chéri, répondit sa mère, ils reviennent dans leur pays ... qui était le tien. Il appris ce jour-là que l'étranger c'était lui et qu'il était ce qu'on appelle un français de greffe. Cette anecdote lui inspira le Porteur de cartable, où un petit algérien promet de briefer le pied noir sur les français qu'il connaît par cœur en échange de la réciprocité pour découvrir l'Algérie.

Ce livre était très humoristique. La reine du Tango se déroule sur un registre totalement différent.

Suzanne a grandi seule avec sa mère, La Reine du tango, une danseuse magnifique qui a connu tous les succès, toutes les gloires. Disparue trop jeune, elle a laissé à sa fille sa passion de la danse, des souvenirs éblouissants et une peur immense de l’abandon. De cette enfance, Suzanne n’a gardé que le tango qu’elle enseigne sans oser le danser, et un vieil ami de sa mère, qui s’éteint à l’hôpital. Pour vivre pleinement et enfin danser comme la Reine du tango, Suzanne doit retrouver les clés de cette enfance, comprendre qui était sa mère, apaiser ses peurs et surtout rencontrer un homme capable d’être son partenaire dans la vie et sur scène. Lorsqu’elle croise Yan, un petit voleur, elle est prête à tout.

La véritable héroïne n'est pas la mère, qui fut la reine du tango. L'histoire de Suzanne est bien plus intéressante parce que c'est un personnage de notre époque. Son tort est de rester dans l'ombre de la mémoire de sa mère dont elle suppose que la mort est entourée d'un secret. Elle a des difficultés qui lui sont propres mais elle a un destin personnel à accomplir.

En tango, comme en amour, pour que ça fonctionne il faut être deux. La jeune femme va éprouver un coup de foudre pour Yan, alias Yanis, qui ne la voyait pas comme ça sa vie mais qui, de souci en souci, a basculé dans la délinquance. Yan n'est pas de son milieu, c'est un voyou, mais un vrai mec aussi qui préfère le rai parce qu'il a des origines gitanes. Curieusement ses a priori sont plus forts que ceux de Suzanne. Tout les sépare, mais il a un coté triste qui touche la jeune femme. Et il se révèlera avoir du potentiel sur une scène.

Il n'est pas nécessaire de connaître les codes du tango pour apprécier le roman. L'auteur nous donne les informations au fur et à mesure. Suzanne est une fille peu ordinaire. Quand on compte les moutons pour s'endormir elle ce sont ses élèves qu'elle visualise un par un, et par ordre alphabétique, pour espérer tomber vite dans les bras de Morphée. Mais avec Diego ce sont les rayons du soleil qu'ils comptent par millions.

Diego est un personnage complexe, qui a écopé de dix huit mois de prison pour avoir tenté d'enlever Suzanne quand elle était fillette. Ils se sont perdus de vue. Mais quand Suzanne entend un clochard chanter Pero mi solo amor/ mi solo réfugiol Te es Argentina, elle reconnaît son vieil ami et va prendre soin de lui. Il peut-être bénéfique, mais il a aussi sa part d'ombre qui inquiète Suzanne. Il sait combien il faut pour réussir un moral d'acier à toute épreuve, de l'abnégation, et beaucoup de talent (p. 214). Et pourtant il est prêt à l'encourager à réaliser ses ambitions et à foncer : à ton âge on croit la vie éternelle, mais quand on arrive à la fin, on se rend compte qu'on n'a vécu que le temps d'une étincelle.

Gilbert est flic et ce n'est pas un poète. S'il cite Paul Eluard, il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous, (p.126) c'est plus pour couper court à la discussion que pour lancer un débat philosophique. Sa demande de cours particulier de tango est un mystère et une source d'inquiétude.

Nina est la meilleure amie de Suzanne. Sa blondeur l'éloigne du cliché de la tanguera, mais elle danse divinement. L'amitié est une vertu pour Suzanne qui ne lâchera jamais son amie même si celle-ci lui préfère Mamadou.

Le rêve de la mère de Suzanne était de la voir danser un jour au Gran Rex et de devenir à son tour  la Reine du tango, rêve qui lui aussi était scellé sous le sceau du secret parce que Diego avait peur que l'histoire se répète. Suzanne réussira-t-elle à briser le secret de famille autour de l'incendie dans lequel sa mère à péri ? Yan prendra-t-il le virus du tango et pourra-t-il continuer sa vie sur une voie de rédemption ?

La Reine du Tango de Akli Tadjer, chez JC Lattès, en librairie mars 2016

jeudi 11 mai 2017

Pure Via ou Stevia

La stevia est une plante qui pousse à l'état sauvage au Paraguay ou au Brésil. C'est une astéracée comme la chicorée, l'artichaut, la laitue ...

Les stéviols glycosides que la plante renferme ont un pouvoir sucrant jusqu'à 300 fois plus intense que le saccharose (sucre de betterave) sans apporter une seule calorie. Elle est consommée par les sud-américains pour adoucir par exemple leur thé. On conviendra que c'est un peu difficile en France de cueillir une feuille et de la laisser tomber dans la théière.

On pouvait obtenir le même effet en utilisant Pure Via qui fut la première marque à obtenir en 2010 une autorisation de mise sur le marché en tant que nouveau produit alimentaire. Cet édulcorant se présente comme une alternative directe à l'aspartame dont la dangerosité pour la santé est avéré.

Totalement révolutionnaire à son apparition, ce faux sucre qui a l'avantage d'être naturel, a néanmoins déçu certains consommateurs en raison de son goût de réglisse.

Personnellement cela ne me dérangeait pas du tout, mais je dois reconnaître que si j'avais voulu sucrer mon café je n'aurais pas apprécié. Pour une utilisation en tisane ou dans un produit laitier, ou encore en remplacement du sucre de betterave cela me convenait tout à fait.

Les équipes de recherche de Pure Via ont réussi à mettre au point un autre mode d'extraction, annoncé comme tout autant naturel, qui présente l'avantage d'être neutre en terme de goût et bien entendu toujours à zéro calorie. Je l'ai testé et j'ai perçu la très nette différence.

Celui-ci est effectivement consommable dans toutes les occasions. Même si je continuerai à ne pas sucrer mes yaourts nature parce que je me suis déshabituée à les manger sucrés, comme le fromage blanc d'ailleurs.

Je signale d'ailleurs qu'il est capital de savoir apprécier des aliments moins sucrés. On sait avec le recul que les sodas zéro calorie sont nocifs aussi parce qu'ils habituent notre cerveau à consommer sucré. Tout est question de mesure.

La neutralité est néanmoins un vrai atout, par exemple pour adoucir cette boisson composée de jus de pomme, de roquette, de citron vert ... et de stévia. Bien sûr cette fois, c'est le goût de roquette qu'il faut apprécier ... mais j'adore. Et tout autant avec ces tartelettes au chèvre frais et noix.

mardi 9 mai 2017

Nous les humains de et par Maryvonne Beaune

Il faut aller à la Comédie des Trois Bornes voir Maryvonne Beaune. Cette mère de famille, chorégraphe, auteure, humoriste, polyglotte (elle parle cinq langues), comédienne ... pourrait cultiver ses talents sans se soucier d'autre chose.

Elle se préoccupe pourtant de l'avenir de la planète et de Nous les humains sans craindre de faire rire avec des sujets qui pourraient être désespérants.

Elle est aussi végétarienne et vegan friendly, ce qui ne l'empêche pas de s'empiffrer de macarons pendant le spectacle, mais qu'on se rassure elle est prête à partager.

Elle assume la folie intérieure qui transpire de son personnage. Et qui lui a bien compliqué la vie quand elle cherchait du travail. Il faut voir son "entretien d'embauche" avant de postuler soi-même pour éviter les gaffes, ou les sublimer. Son CV présente aussi bien ce qu'elle a fait que ce qu'elle pourrait faire et ce qu'elle a envie de faire ... Elle s'empêtre dans les arguments, en faisant trop ou trop peu, reconnaissant être inadaptée.

On rit beaucoup même si on reconnait la fracture qu'elle souligne. Qu'elle soit elle-même ou Marie-Caroline, la bourgeoise effrayée par un trajet en RER, ou encore Ursula, qui cherche désespérément à retrouver un emploi dans la pornographie et qui est une caricature largement en deçà de la réalité.

Retenez son nom. La photo de l'affiche n'est ni représentative ni illustrative du spectacle. S'il est nettement féministe, c'est bien l'espèce humaine toute entière qui est menacée. Comment résoudre la question de la survie ? Par un appel à un ami ? Dieu en l'occurrence ? Faut-il y croire ? Maryvonne et les copines qu'elle invite sur scène ont la foi chevillée au corps, bien décidées à ne pas se laisser arrêter par les problèmes.

Maryvonne n'est pas de celles qui se soumettent. Elle encaisse la vérité, les multiples formes de misogynie. Mais elle proteste haut et fort, souligne, alerte ... espérons qu'on l'écoute vraiment.

J'écrivais ce début de chronique sur mon carnet en plein trajet sur je ne sais plus quelle ligne de transport en commun. Un jeune black me repéra, insista pour me laisser son siège. Ouf, le RER n'est pas l'horreur ce soir et j'ai failli envoyer un SMS pour le dire à Maryvonne.

La salle de la Comédie des Trois Bornes est petite. 45 places maximum. C'est un avantage qui permet de se sentir en proximité avec les artistes. Il y a un public de fidèles qui y a découvert par exemple Nora Hamzawi. Maryvonne mérite autant de bonheur.

D'autant qu'elle est particulièrement attentive au monde qui l'entoure, même si elle le caricature. C'est très sérieusement qu'elle supplie Dieu de faire quelque chose pour sauver la planète, ... enfin les humains qui sont, elle nous l'apprend, en voie d'extinction même si on a du mal à se le représenter puisque nous sommes (aussi) en surpopulation. La mort rôde, celle de l'espèce, de l'homme, ... du veau électrocuté sous nos yeux alors que l'artiste danse sur la musique de Purcell.

Les quatre pièces qu'elle a déjà écrites ont toutes le même point commun de questionner notre impuissance et notre inaction face aux enjeux de notre humanité, en faisant de son mieux, même si ce n'est pas davantage qu'un petit colibri qui n'aurait à donner au public qu'un peu d'amour.

Nous les humains est un titre qui s'est imposé à elle alors qu'elle découvrait le livre de Neale Donald Walsch, publié en 2006, Conversations avec Dieu, dont elle applique le principe fondateur : la question n'est pas à qui on parle mais qui nous écoute.

C'est pour elle l'occasion d'évacuer ses obsessions, tous les dégâts provoqués par des humains qui se croient malins alors qu'ils ne perçoivent pas l'urgence de changer de mode de vie. Maryvonne Beaune n'est pas persuadée d'avoir trouvé tous les mots justes, alors elle évolue. On peut aller la voir plusieurs soirs et noter d'infimes changements. Rien n'est stable sauf son énergie, son talent et son leitmotiv : je ne pleure pas, je meurs.

Après la représentation, on peut engager la conversation au café voisin, dont le nom semble avoir été choisi pour elle : le Complot, dans une ambiance vintage de maison de campagne.

Nous les humains de et par Maryvonne Beaune
Mise en scène de Sabine Graissaguel
Tous les mardis à 19 heures jusqu'au 27 juin 2017
Comédie des trois Bornes
32 Rue des 3 Bornes, 75011 Paris
01 43 57 68 29

lundi 8 mai 2017

Sonia Ezgulian championne de l'Anti-Gaspi

Sonia Ezgulian s'intéresse à la cuisine de ce qu'on appelle les restes depuis très longtemps. Ne rien jeter est un credo qu'elle maîtrise en spécialiste.

Les caillettes de veau aux trognons de pommes (p. 110) est une de ses recettes fétiches. L'initiative de Flammarion de les collationner est une heureuse initiative pour permettre à tout le monde d'organiser des festins sans se ruiner ni gaspiller.

Il suffit de feuilleter le livre pour réaliser combien on n'est pas dans l'anecdotique. Le travail qui a été fait en amont est important et fignolé.

C'est délibérément que le stylisme a été soigné. Quand il est tendance de photographier une création sur des planches de bois brut, en général clair (ouvrez les livres de cuisine vous verrez) ou sur un fond blanc le plus neutre possible ( comme Sylvia Santucci s'y est employée pour le Dessert était presque parfait) le photographe a choisi de beaux objets.

Un photographe qui connait très bien l'auteure puisque Emmanuel Auger partage sa vie. On remarque par exemple des pièces de vaisselle signé Bernardaud, une des plus belles maisons en art de la table. Cette coupelle a été utilisée pour présenter les Sobas du potager (p.60).
C'est d'ailleurs dans la boutique du 11 de la rue Royale, dont le service Galerie Royale est emblématique de son intemporalité, qu'une séance de dédicace avait été organisée.

dimanche 7 mai 2017

Les peintres au charbon

Inspiré de faits réels et écrit par le scénariste du film Billy Elliott, Les Peintres au charbon relate l’histoire d’un groupe de mineurs qui se retrouve en 1934, malgré lui, à suivre des cours d’histoire de l’art. Leur professeur, Robert Lyon, va très vite abandonner sa méthode d’enseignement théorique pour passer à la pratique avec eux.

Développant ainsi leur propre mouvement, ces "Peintres au charbon" vont représenter leur environnement, leur quotidien, leur vie, tout en se construisant en parallèle une culture artistique et un sens critique qui leur permettra d’acquérir un nouveau regard sur leur société.

Marc Delva a fait une brillante adaptation de la traduction signée par Fabrice Melquiot avec un parti-pris de mise en scène qui tient d'un bout à l'autre.
Les spectateurs sont invités à suivre l'ouvreuse dans les dédales du Théâtre 13 et à descendre sur la scène par la coulisse transformée en entrée d'un boyau, comme s'il s'agissait du fond d'une mine. Pour nous mettre en condition et pour jouer aussi le jeu du faux-semblant qui est décliné par le spectacle.

La fumée réduit la visibilité, une lumière rouge clignote à intervalles réguliers en même temps que retentit l'alarme annonciatrice d'un danger, voire d'un accident. Pourtant la mine n'est qu'évoquée et il faut avoir visité un site comme celui de Lewarde, dans le Nord, pour en apprécier l'atmosphère. On remarque des vêtements suspendus à des crochets dans les cintres, ... comme si nous étions dans la salle des Pendus.
Peut-on être mineur et peintre ? Homme et comédien ? La proximité avec les acteurs atténue la distance habituelle qui sépare la scène de la salle. Le spectateur est partie prenante de la métamorphose de ces ouvriers qui s'ouvrent à l'art.

La disposition des gradins en tri-frontal est judicieuse. J'ai beaucoup apprécié aussi que les reproductions des oeuvres picturales soient des tableaux blancs, permettant ainsi au spectateur de se créer ses propres images. Et quand à la fin de la pièce ce sont les "vrais" tableaux qui apparaissent par le jeu de diapositives, on saisit bien davantage la puissance artistique des oeuvres de ces peintres qui sont passés progressivement du statut d'amateur à artiste. Avec tous les choix de vie qui en découlent, notamment lorsque Helen Sutherland, amatrice d’art et mécène, propose à l'un d'entre eux de le payer autant qu’à la mine pour qu’il puisse se consacrer à sa peinture.
La pièce dégage beaucoup d'émotion, de sincérité et de rire aussi. Le public a de quoi être conquis par la justesse de jeu des acteurs. Elle tient un discours sur l’art, et en même temps, elle agit conformément à ce discours. Le sens est dans la relation entre celui qui regarde et le tableau.

Elle met en acte et rend réel, par son accessibilité, par son humour, par le style de l’écriture et par le choix des personnages, cette idée que l’art est, et reste universel. C'est juste et c'est fort. On ne peut qu'être touché par le spectacle qui se clôture sur la chanson de John Lennon Working class hero que tous les acteurs entonnent. Oui ! C'est quelque chose d'être un héros de la classe ouvrière.

Les peintres au charbon
Comédie dramatique de Lee Hall, adaptation Marc Delva
Traduction Fabrice Melquiot (L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté),
Mise en scène de Marc Delva assisté de Florent Hu et Elodie Galmiche
Scénographie Marc Delva, Thomas Brazète et Florent Hu
Avec Hugo Bardin, James Borniche, Thomas Brazete, Solal Forte, Elodie Galmiche, Florent Hu, Marie Petiot (en alternance Anne Duverneuil), Paul Emile Petre et Emmanuel Rehbinder.
Création Lumière Julien Kosellek
Création sonore Luc Delva
Création costume/ Coiffure / Maquillage Hugo Bardin
Création mapping vidéo Arnaud Berthonneau, Romain Da Costa et Olivier Carru (Digital Essence)
Théâtre 13 Seine
Jusqu'au 28 mai
Du mardi au samedi à 20 heures
Dimanche 16 heures
30, rue du Chevaleret – 75013 Paris (métro Bibliothèque François Mitterrand)
Les photos sont de Suzanne Rault-Balet

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