mardi 14 février 2017

Salon 2017 du Salon des Artistes Français au Grand Palais

Les coups de marteau résonnent et les pinceaux s'agitent à quelques heures de l'ouverture au public sous la verrière du Grand Palais, du 227ème Salon des Artistes Français dans le cadre d’Art Capital, dans la logique historique du vernissage qui marquait le moment où les artistes appliquaient une couche de vernis sur leurs œuvres.

Géricault acheva Le Radeau de la Méduse, le matin même de l’ouverture au public en 1819, et créa d'ailleurs la controverse. On ne vernit plus aujourd'hui mais la coutume demeure.

Il n’est pas un Salon de galeries. C'est le seul Salon historique à être géré par des artistes, pour des artistes qui y sont directement représentés. La rencontre directe, est favorisée dans un esprit de partage entre visiteurs, professionnels, collectionneurs et amateurs d’art. Le catalogue est donc précieux parce qu'il recense tous les exposants, avec leurs coordonnées pour pouvoir les contacter ensuite et, pourquoi pas leur rendre visite dans leur atelier.

La couverture reprend un détail des Quadriges en bronze de Georges Récipon, abimés par la corrosion, déposés en 2001 pur restauration et remis en place aux angles de la façade principale en 2004. Cette opération a posé des questions délicates. Devait-on par exemple laisser en l'état les impacts des balles ayant marqué les œuvres à la Libération de Paris ? Il fut décidé de les restaurer minutieusement mais de les conserver. On aperçoit en levant le nez, une sorte de hublot sous le ventre de chaque cheval où un humain peut se glisser pour vérifier que l'intérieur de cuivre martelé n'a pas subi de nouveau dégât par l'eau de pluie.

La présidente du Salon, déclaré d’utilité publique depuis 1883, Martine Delaleuf, fait, avec tous les membres du jury, un travail remarquable pour conserver à la manifestation l'ouverture la plus large sur le monde de l'art et ses courants esthétiques.

Il ne faudra pas tirer de conclusions à partir des photos que je publie ici. Elles résultent du regard que j'ai posé dans les allées le matin de ma venue avec le sentiment d'un retour très marqué au figuratif. Elles ne constituent pas une sélection de type palmarès même si je me suis aperçue ensuite que beaucoup d'oeuvres avaient été réalisées par des artistes primés les années précédentes. On pourra me reprocher de n'avoir pas photographié de gravures alors que j'apprécie cet art.

Loin de moi l'idée de me livrer à l'exercice de la critique d'art dont on m'a dit qu'il était né au Salon. Le cadre inspira les plumes d’écrivains aussi célèbres que Denis Diderot (il y écrivit en 1759 ses premières chroniques pour la revue La Correspondance Littéraire de Grimm), Stendhal, Charles Baudelaire, Théophile Gautier, Emile Zola, Guy de Maupassant, Guillaume Apollinaire...

Je ne dirai jamais assez que mon objectif dans ce type d'article est de communiquer mon enthousiasme à propos d'une exposition et de donner envie aux lecteurs de se rendre sur place et de se faire leurs propre opinions ... cette année ou lors de l'édition prochaine.

Le Salon s'organise autour de 5 sections présentant 637 artistes parmi lesquelles la Peinture occupe toujours la surface la plus importante. Et si l'Architecture a connu des heures de gloire, avec notamment Viollet-le-Duc, Garnier (à qui l'on doit l'Opéra) cet art n'est plus autant représenté qu'il y a quelque années mais c'est avec plaisir que j'ai reconnu le travail de Luc Weizmann sur le Barrage de la baie du Mont Saint Michel où je suis allée cet été et qui mérite d'être redécouvert.

Créé par Colbert sous Louis XIV, le Salon des Artistes est le plus ancien des Salons, ce qui lui vaut d'être qualifié de salon historique. Parmi les arts plus récents, se trouve de toute évidence la section Photographie qui a vu le jour au Salon de 1992 avec pour invité d’honneur Francis Giacobetti, qui avait notamment exposé ses photographies du sculpteur César.
La médaillée d’honneur 2015, Afsaneh Afkhami, dévoile pour l’édition 2017, une sélection de ses dernières œuvres réalisées avec la participation des danseuses et danseurs de l’Opéra. Les clichés sont fantastiques et sont placés en regard des créations Couture d’exception de Jean Doucet qui ont été portées par les artistes.
Spécialiste du sur-mesure depuis 30 ans, Jean Doucet séduit par le choix des matières, le glamour et le souci du détail pour donner corps à l’éternel féminin. avec charme et un brin de magie. Le visiteur est invité dans un espace dédié à comparer croquis, vêtement et photographie du modèle porté en situation par un danseur ou une danseuse ...

C'est Afsaneh Afkhami, en sa qualité de Présidente de la section Photographie, qui a choisi les photographes qui exposent au Salon. J'aurais voulu montrer l'ampleur de son éclectisme et sa volonté de témoigner de toutes les tendancesJ'ai beaucoup aimé la poésie des tirages de Photokiff (La petite fille du quai Blériot, Les funambules) tout en regrettant l'apposition de la signature sur leurs clichés (ce que l'on peut me reprocher, mais je n'expose pas dans un Salon et autant que faire se peut je ne logotype pas sur l'oeuvre). Il faut découvrir le travail de Gilles Bordes-Pages, Vladzimir Bazan, Norbert Bardin....
Eric Drigny, dont le métier n'est pas d'être photographe, me touche parce que j'aime les clichés qui jouent avec les reflets (ci-dessus Passage piéton de Eric Drigny, numérique de 70x105 cm).
Je regrette souvent par contre les légendes hermétiques comme celle-ci Mauvais rêve de Eric Drigny, numérique de 105x70 cm et j'aurais aimé savoir s'il ne s'agissait pas du Volcan qui est la scène nationale du Havre.
Ce n'est pas à Jacqueline Guidicelli que je reprocherai le titre, Le bateau ivre, numérique de 70x70 cm, encore plus étonnant vu de près que reproduit.

L'esprit d'artistes comme Auguste Bartholdi, Camille Claudel, Eugène Delacroix, Gustave Doré, André Dunoyer de Segonzac, Jean-Honoré Fragonard, Charles Garnier, Jean-Auguste-Dominique Ingres, Aristide Maillol, Edouard Manet, Auguste Renoir, Auguste Rodin ... continue de hanter les allées du Grand Palais.

De nombreuses œuvres démontrent du très haut niveau des artistes sélectionnés, français ou d'origine étrangère venant du Japon, de Russie, de Corée, d’Allemagne, d’Autriche, de Chine, de Pologne, des Etats-Unis... Le jury décernera, tout au long du Salon, sans tenir compte compte ni de l’âge, ni du sexe ou de la nationalité, uniquement de la qualité de l’œuvre, des médailles d'or, d'argent et de bronze, et d'honneur à des artistes qui recevront, c'est encore une chance, une médaille frappée spécialement dans les ateliers de la Monnaie de Paris.

Je quitte la présidente de la section Photographie pour arpenter les allées en compagnie de son alter ego de la section Gravure (un comble puisque je n'ai pas pris de photos de gravures) qui m'apprend que l'on doit la gravure de la pièce de 1 franc, dite la Semeuse, à Oscar Roty qui a été célébré au Salon.
C'est ensuite avec Nelson Guerra et le Président de la section Sculpture, Jean-Pierre Gendis, que je poursuis, ignorant qu'ils seraient prochainement tous les deux médaillés d'honneur 2017.
Nelson Guerra me confie alors qu'il a retouché son tableau, Six mains, huile de 175x130 cm,  en raison de la lumière tombant sur la tête du professeur de piano.
Labour de printemps de Victor Grusevan, huile de 200x150 cm
On a peut être décrié la manifestation mais elle a rempli tous les musées de France souligne Pascal Niau et son rôle est fondamental. Surtout avec la diminution du nombre des galeristes. Le parcours de cet artiste est exemplaire. Meilleur Ouvrier de France depuis 1979, il reste l’un des monstres sacrés de la pâtisserie, pour avoir créé pendant 35 ans des pièces monumentales pour la maison Dalloyau. Il enseigne aujourd'hui à l’Ecole Ferrandi, fait partie de l’organisation du Concours des MOF en Pâtisserie, siège à l’Académie Culinaire de France, exerce une activité de conseil et surtout ici il expose en qualité d'artiste-peintre.
La pesée - Mondial des arts sucrés de Pascal Niau, huile de 194x146 cm
Je rediscuterai volontiers avec lui à propos des ponts qu'il établit entre pâtisserie et peinture comme je peux le faire moi-même entre culinaire et culturel.
Le peintre en rouge sous les toits de E. Riège, huile de 1362x130 cm
Ma déambulation me conduit vers quelques œuvres, choisies selon mon humeur et sans prétendre avoir un œil averti comme je m'en suis déjà expliqué plus haut  Je vous invite à aller les voir car rien ne vaut l'accès direct, d'autant que la plupart sont de grande taille. Encore une fois le catalogue permet de contacter les artistes.
A droite : Nabila de Louis-Charles Benoit-Latour, huile de 116x89 cm
Imaginaire (détail) de Emmanuel Renay, acrylique de deux fois 170x100 cm
N° 5 de Konstantin Altunin, huile de 130x105 cm
 Périgrination de nuit (détail) de Florence-Keller, acrylique de 116x178 cm
Pensée de Nathalie Camoin-Chanet, résine de 250 cm de hauteur
Il Falciatore de Francesco Polla, mosaïque de 80x50 cm
Gilles Deleuze de Clément Miteran, mosaïque de 42x73 cm
On remarque que le figuratif est partout, y compris en mosaïque. Et dans la sculpture où je me rendrai compte de retour chez moi que j'ai sélectionné trois oeuvres d'un même artiste.
Sueur de sang de Pierre-Jean Chabert, résine de 120x38x75 cm
 
Transparence lynx de Pascal Chesneau, tôle formée soudée peinte de 96x35x103 cm
Transparence ours polaire de Pascal Chesneau, tôle formée soudée peinte de 90x23x135 cm
Tête de l'aigle de Madeleine Van der Knoop, bronze de 50 cm de hauteur
C'est sans surprise que je m'arrête devant cet aigle, reconnaissant sans doute la "patte" de Madeleine Van der Knoop qui depuis plusieurs année fait des créations en pâte de cristal pour la Cristallerie Daum à Nancy, exposées et vendues dans le monde entier.
Macareux Moines de Pascal Chesneau, tôle formée soudée peinte de 90x23x35 cm

Salon des Artistes Français 2017
www.artistes-francais.com
Mercredi 15, Vendredi 17 et Dimanche 19 Février, de 11h à 20h
Jeudi 16 et Samedi 18 Février, de 11h à 22h
Grand Palais - Avenue Winston Churchill, 75008 Paris

Et rendez-vous en février 2018 pour la prochaine édition toujours au Grand Palais, en espérant que ce berceau historique du Salon continue longtemps d'accueillir la manifestation.

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