dimanche 30 avril 2017

Le Salon de Montrouge plus que jamais un laboratoire artistique

Le Salon de Montrouge est un tremplin pour les artistes qui n'ont pas encore acquis une forte notoriété et dont le jury de sélection estime que le talent mérite d'être exposé. Aucun des noms qui suivront ne vous "parlera" donc. Mais si j'avais écrit cet article il y a quelques années vous auriez lu par exemple celui de Hervé Di Rosa ou de Felice Varini ou de Jean-Michel Alberola, président d'honneur de la 60 ème édition.

Le Salon a changé un peu sur le plan de la forme (en terme de processus de sélection et de scénographie de présentation) avec l'arrivée l'an dernier d'Ami Barak au commissariat artistique mais l'esprit demeure. 53 artistes ont émergé sur les 3000 dossiers reçus.

Je recommande à ceux qui veulent approfondir leur connaissance de l’art contemporain de faire une visite avec les médiateurs culturels (le premier samedi et tous les dimanches de l’exposition). La sélection d'oeuvres qui suit n'est que le reflet de ce qui attira mon oeil le matin de ma venue ... avant la proclamation des récompenses. Et j'ai respecté la catégorisation retenue cette année autour de quatre thématiques :

Elevage de poussière
Autour d'œuvres troublantes et mystérieuses, réalisées cependant à partir de matériaux souvent considérés comme ordinaires. En envisageant des dispositifs qui décomposent les perceptions, ou en s’appuyant sur des processus évolutifs, les artistes questionnent la réalité de la matière tout en veillant à transmettre une sensibilité originelle.

Manoela Medeiros est née en 1991 à Rio de Janeiro. Elle vit et travaille entre la France et le Brésil. Elle m'a expliqué que pour réaliser la série Ruines, dont la première oeuvre est présentée ici, elle a peint plusieurs couches monochromes, qu'elle a ensuite grattées, en laissant les débris au sol, intentionnellement, à l'instar de Jean-Baptiste Caron qui expose actuellement au cnaei de Chatou.

Son travail est intimement lié à l'architecture, et à l'archéologie de l'espace. Des moisissures peuvent apparaitre. Des insectes parcourir les tableaux. Ces aléas sont en quelque sorte intégrés dans la démarche.
Vous la voyez à coté de Hiatus, une pièce plâtrée qui est un tasseau de bois peint correspondant aux dimensions d'un espace de la cloison auparavant raclé, créant une interrogation mettant en tension le vide et le plein.

samedi 29 avril 2017

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie de Virginie Grimaldi

Virginie Grimaldi est devenue une auteure qui compte. Le bonheur est son terrain de prédilection. Elle explorait comment y croire dans Tu comprendras quand tu seras grande. Elle cherche à le reconquérir dans Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie.

Ce nouveau livre, écrit à la première personne, fait vivre au lecteur toutes les étapes du travail de deuil, qu'on ne traverse pas à la même vitesse) mais qui suit le même processus, qu'il s'agisse de la perte d'illusions, d'un travail, d'un proche.

Et cela peut prendre beaucoup de temps avant que l'on comprenne qu'accepter de laisser partir quelqu'un ne signifie pas arrêter de l'aimer (p. 411) et surtout (p. 437) combien le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie.

Je ne t’aime plus. Il aura suffi de cinq mots pour que l’univers de Pauline bascule. Installée avec son fils de quatre ans chez ses parents, elle laisse les jours s’écouler en attendant que la douleur s’estompe. Jusqu’au moment où elle décide de reprendre sa vie en main. Cette jeune femme fait preuve de beaucoup d'expérience. Les grandes théories ne valent que pour ceux qui ne connaissent pas la pratique (p. 37) et sa difficulté à tourner la page après la séparation demandée par son mari est très astucieusement détournée en écrivant, à Ben, lettre après lettre, les meilleurs souvenirs qu'ils peuvent encore partager.

Après avoir publié deux best-sellers, Virginie Grimaldi reste très attentive aux relations d'amour au sens large (famille, amis). Elle accepte naturellement que ses personnages l'entrainent au-delà du destin qu'elle leur avait initialement dévolu. Est-ce pour cela que l'ex-mari se met lui aussi à écrire ? En tout cas cette astuce littéraire nous fait partager le point de vue de l'un et de l'autre et le résultat est heureux, littérairement parlant.

Elle aborde aussi le combat contre l'alcoolisme, la jalousie familiale, le burn-out et moult situations communes mais douloureuses à surmonter comme la rencontre avec un prédateur sentimental. On observe dans tous les cas qu'elle pointe la difficulté à accepter de se faire aider, au-delà de la prescription d'anti-dépresseurs.

Deux couples sur trois se séparent après un grave incident (je ne peux pas révéler celui qui fait l'objet du livre). Mais la puissance de l'écriture pour panser les blessures agira sur le mari comme sur la femme.  Personne ne gagne ni ne perd. Mais peux-t-on considérer pour autant qu'il s'agit d'une happy end ?

Lire Virginie Grimaldi est agréable, quel que soit le sujet parce qu'elle sait instiller de l'humour entre les lignes, et surtout de l'optimisme. Pauline est amusante à se relaxer en pratiquant ce qui est, pour tant de femmes, synonyme de corvée : elle repasse (p. 213). Cela me donne envie de poser une nouvelle question pour savoir si l'auteure a glissé là un détail autobiographique. Il est vrai que les rituels sont rassurants.

Virginie use de formules imagées. Par exemple (p. 285) il a réussi à combattre ce monstre (l'alcoolisme). Il l'a mis à terre et coupé la tête. Pourvu que ce ne soit pas comme la queue des lézards ( on comprend bien la métaphore de la crainte de la récidive). Elle a recours quand c'est à propos à de grands auteurs comme Victor Hugo (p. 278) qui écrivait après la mort de sa femme, tu n'es plus là où tu étais mais tu es partout où je suis.

Nous passons l'été à Arcachon, qui est un des endroits que j'affectionne. Sans abuser des descriptions touristiques, elle ne pouvait pas manquer l'allusion à l'ile aux oiseaux, aux cabanes tchanquėes (p. 246), à la lumière du Bec d'Arguin et à la dune du Pilat, justifiant in extremis une couverture qui est dans le même ton que la précédente.

Un livre à lire sans attendre l'été mais qui pourra tout autant s'apprécier hors saison.

Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie de Virginie Grimaldi, chez Fayard, En librairie le 3 mai 2017
Tu comprendras quand tu seras plus grande, sorti en librairie chez Fayard le 4 mai 2016, a été publié en Livre de Poche en mai 2017 et Le premier jour du reste de ma viePrix E-crire Aufeminin 2014,  City 2015, a été publié lui aussi en Livre de Poche, en mai 2016.

vendredi 28 avril 2017

La programmation artistique et culturelle du Grand Paris Express

Je me demande si le parisien moyen, à supposer qu'il existe, sait ce que c'est que le Grand Paris Express. Sans doute pas vraiment. Sauf s'il habite en banlieue, parce là, l'immensité des travaux est bien visible, avec toutes les difficultés de circulation que cela entraine pour le moment.

Avec 68 gares le Grand Paris Express sera (je devrais dire "est") le plus grand projet urbain d’Europe a été défini par la loi du 3 juin 2010. Les 200 km de nouvelles lignes de métro automatique seront connectés avec les réseaux de métro, RER, Transilien et les pôles bus, à construire d’ici 2030 avec les meilleurs architectes contemporains.

Rendez-vous compte : 153 municipalités rentrent dans les nouvelles portes de Paris. Cette transformation urbaine sans précédent provoquera forcément l’émergence d’une nouvelle identité métropolitaine. Celle-ci sera fortement infléchie par une programmation artistique et culturelle de grande envergure.

Les 68 gares, imaginées par 37 architectes, seront les premières oeuvres à visée artistique, comme le furent à leur époque (et elles le sont toujours) la Tour Eiffel ou le quartier de la Défense. Ajoutons 30 oeuvres monumentales, et l'action de plus d'une centaine d'artistes ... et vous avez une idée de l'ampleur des objectifs, qui ont été présentés dans les grandes lignes, cette fois artistiques, pour 2017-2022 au cours d'un petit déjeuner auquel j'ai participé.
Je ne vais pas tout relater ... le programme est trop vaste. Mais j'ai eu envie de pointer quelques particularités qui feront du Grand Paris la première ville culturelle au monde.

José-Manuel Gonçalvès, directeur artistique et culturel du Grand Paris Express, a souligné la volonté d'associer des jeunes. Par exemple par le biais de parrainage de classes par les futurs tunneliers, ce qui représentera 1  du budget.

Il peut sembler naturel d'avoir placé la culture et les arts au coeur du projet dès le début et c'est pourtant du "jamais vu" pas plus d'ailleurs que l'ampleur de la diversité. L'ensemble de cette philosophie a été publiée dans un Manifeste de la création dont on peut extraire la phrase de Gustav Mahler, La tradition, c'est nourrir les flammes, pas vénérer les cendres.

Philippe Yvinprésident du directoire de la Société du Grand Paris, a résumé l'essentiel des 4 axes de cette politique artistique qui amplifiera le geste architectural. Par le biais d'oeuvres nomades, de chantiers partagés, de tandems entre artistes et architectes, et bien sur de rendez-vous festifs sur les chantiers comme ce qui a déjà eu lieu à Clamart. On ne verra bientôt plus la banlieue comme "une somme de problèmes à résoudre" mais un lieu qui pourra acquérir une nouvelle vocation artistique et touristique car on peut imagniner un parcours d'une oeuvre à l'autre en empruntant les nouvelles interconnexions.
Bien entendu il faudra intégrer, par respect des artistes et du public, les coûts de maintenance des oeuvres qui seront en extérieur, à l'instar de ce que la ville de Nice a mis en place avec un poste de conservateur des oeuvres extérieures de maintenance et de sauvegarde.

Laurent Grasso sera le premier artiste à intervenir sur le plafond de la gare de Chatillon-Montrouge pour suggérer le mouvement et l'histoire très forte de ce territoire. Vous le connaissez forcément puisque c'est lui qui a réalisé les éclairages des silos de béton Solar Wind dont la beauté me ravit toujours quand je roule sur le périphérique à hauteur de Vitry-sur-Seine.

On fera aussi l'expérience de la couleur avec Ann Veronica Janssens à la gare de Saint-Maur-Créteil.

Une oeuvre de Michelangelo Pistoletto sera associée à la gare de Champigny Centre en lien avec son musée de la Résistance, plutôt méconnu. On pourra voir une sorte de galerie démultipliant le mot respect à l'infini.

Tous ces travaux vont commencer dans les prochaines semaines. A suivre donc ... d'ici 2022.

De nouvelles architectures singulières et des oeuvres pérennes et nomades d’arts visuels ou vivants émailleront alors le territoire du Grand Paris et contribueront à bâtir un nouveau patrimoine des formes artistiques du XXIe siècle.

jeudi 27 avril 2017

Traquées ! de Sandrine Beau

Je referme Traquées ! avec le sentiment d'être tombée sur une pépite.

Voilà un "vrai" roman policier accessible aux jeunes lecteurs sans être bêtifiant comme certains autres qui me passent entre les mains.

Alors Sandrine Beau mérite les félicitations. Tout se tient, intrigue et personnages. Peut être un peu angoissant au démarrage mais ensuite il y a toujours une heureuse rencontre pour pallier la progression du méchant.

Le fait d'intercaler les dépositions de témoins entre les chapitres (en italiques pour que les jeunes lecteurs se rendent bien compte qu'on a changé de point de vue) permet de prendre du recul.

La vie a brutalement basculé pour la jeune héroïne, Annabelle, 14 ans, obligée de fuir avec sa petite sœur Marjolaine de 5 ans. A pieds, avec quasiment pas d'argent et en devant abandonner son téléphone portable pour ne pas risquer d'être "tracée".

La petiote a bien du mal à ne pas adresser la parole à tout le monde et, c'est légitime, elle se fatigue vite. Le lecteur suit le parcours en éprouvant les mêmes émotions que les enfants. Si je devais faire un (petit) reproche il manque une carte géographique pour suivre la progression des gamines vers leur destination finale.

Le roman est recommandé à partir de 10 ans. Je l'ai donné à lire à des écolières de cet âge (pas encore collégiennes) et elles l'ont adoré. Je l'ai proposé aussi à des grands-parents. Et ils ont aimé tout autant. Les parents s'en sont saisi aussi. Carton plein dira-t-on pour l'auteure dont j'ai envie de suivre les publications.

Sandrine Beau est née en Poitou-Charentes en 1968. Après ses études, elle est devenue réalisatrice de films vidéos (documentaires et institutionnels) et a écrit ses premiers scénarios. En parallèle, elle a été clown dans une troupe, dont les spectacles ont sillonné la France.

Puis elle exerça un autre métier, celui d'animatrice radio. Tout d'abord à Poitiers, puis à Besançon sur France Bleu, où cette fois, elle a écrit et enregistré des feuilletons radiophoniques et des billets d'humeur quotidiens.

A la même époque, elle a fait un petit tour sur les plateaux de télévision, pour devenir une des Miss Météo de France 3 Bourgogne Franche-Comté.

Après la naissance de ses enfants, l'envie de raconter des histoires pour les petits a pointé le bout de son nez. Et aujourd'hui... elle ne la quitte plus! Ouf ...

Traquées ! de Sandrine Beau chez Alice Jeunesse, Deuzio - en librairie depuis Février 2017

mercredi 26 avril 2017

Votre maman de Jean-Claude Grumberg

Jean-Claude Grumberg connaît l'âme humaine et apparement la problématique des relations entre les familles et l'institution dans le cadre d'un placement pour démence.

Dans une maison de retraite, la maman reçoit les visites de son fils. Tantôt elle le reconnaît, tantôt elle le confond avec le directeur. Ces visites sont souvent agitées, pressées, semées de problèmes, de malentendus qui font naître d’étranges cocasseries et loufoqueries

Si je fais exception de la scénographie (j'y reviendrai plus tard) ce que j'ai entendu hier soir est si proche de mes propres souvenirs que je pourrais penser que ma mère a servi de modèle à l'auteur.

A commencer par cette manière de la désigner d'un "votre maman" générique sans plus employer le nom de famille, comme s'il était question d'un objet. Les "pensionnaires" adoptent une manière de s'exprimer, qui devient un tic de langage, consistant à répéter en écholalie les phases qu'on se prend de plein fouet et qui échappent à notre propre raison.
Car tout est surréaliste quand on pénètre dans l'univers quasi carcéral d'un EPAHD. L'établissement  est bouclé soit disant pour le bien des résidents, entendez par là qu'un digicode et un double sas garantissent théoriquement au personnel leurs (nombreuses) tentatives d'évasion ou même de simple sortie.

La scénographie ne reprend pas cet élément essentiel et ne cherche pas davantage à reproduire une chambre type ou ce qu'on appelle un "espace de vie". Le mur de fond évoque une forêt ouverte, ce qui crédibilise la fuite de l'aïeule et permet astucieusement de justifier la fin.
Il m'a semblé que la première partie manquait de souffle. Le directeur sillonne les couloirs autant impuissant que le fils qui multiplie les va et vient, aller retour métaphoriques d'une situation sans issue rationnelle. La mère l'a bien compris. C'est en solitaire qu'elle entreprendra sa balade de Narayama. Elle a une fixation secrète, profonde, intime, qui est de retrouver sa propre mère qu’elle a du abandonner sur les routes pendant l'exode.

A la fin de sa vie les souvenirs, et les culpabilités enfouies resurgissent. Ma mère faisait des cauchemars de trains, de rationnement en tous genres. Le traumatisme de la Seconde guerre mondiale n'était pas digéré. Ce doit être une question de génération.

La mère a aussi beaucoup de caractère ... il n'y a guère que cela que l'on peut conserver intact. Alors elle compense l'absurdité de son quotidien par toutes les petites rebellions qui sont à sa portée : s'attribuer le fauteuil roulant d'un voisin, donner un coup de pébroc à qui veut entrer dans sa chambre sans y être invité.
On pouvait s'attendre à un duel entre la mère (Catherine Hiegel) et le fils (Bruno Pudzulu) mais il est inconditionnellement aimant, patient, emphatique avec elle, conciliant puis lui aussi rebelle vis à vis d'une institution impuissante mais exigeante envers les autres. Les soucis de personnel ne peuvent pas tout excuser. Le combat s'engagera entre le garçon et le directeur de la maison de retraite (Philippe Fretun).

Catherine Hiégel est furieusement drôle malgré l'issue tragique. Les facéties de la vieille dame font rire les spectateurs et puis cela bascule. Chacun se retrouve avec sa mémoire et son histoire personnelle. Catherine Hiegel est superbe de naturel, sans jamais surjouer, comme l'aurait sans doute été tentée de le faire une Jacqueline Maillan. Elle aurait pu avoir pour ce rôle le Prix du brigadier, mais elle l'a déjà reçu. Un Molière peut-être ... ?

Votre maman de Jean-Claude Grumberg
Avec : Catherine Hiegel, Bruno Putzulu, Philippe Fretun et Paul Rias
Mise en scène : Charles Tordjman
Scénographie : Vincent Tordjman
Lumières : Christian Pinaud
Images : Thomas Lanza
Costumes : Cidalia Da Costa
Musique : VICNET
Collaboration artistique : Pauline Masson
Au Théâtre de l'Atelier, 1 place Charles Dullin, 75018 Paris
01 46 06 49 24
Jusqu’à fin juin
Du mardi au samedi à 19h, matinée dimanche à 16h
Le vendredi 16 et samedi 17 juin 2017, la représentation aura lieu à 18H30
Relâches dimanche 23 et samedi 29 avril, dimanche 7 mai, mardi 13, mercredi 14, jeudi 15 et mercredi 21 juin 2017

mardi 25 avril 2017

Là où tu iras j'irai de Marie Vareille

J'ai connu Marie Vareille par une nouvelle à l'intérieur du recueil Let it snow qui, comme son titre le laisse deviner, explore le thème des fêtes de fin d'année.

J'ai reconnu son style, pétillant, très moderne (tous ses personnages sont dépendants des réseaux sociaux) combinant l'humour et les émotions, très abordable de ce fait par un lectorat à qui on donne plutôt des romans dit de littérature jeunesse.

Ne vous y trompez pas, c'est un compliment. Commencez Là où tu iras et vous constaterez combien la lecture est addictive.

Isabelle a 32 ans, un chihuahua nain prénommé Woody-Allen et une carrière d’actrice comparable à celle du Titanic : prometteuse en théorie, catastrophique en pratique.
Le jour où elle refuse la demande en mariage de l’homme qu’elle aime, sous prétexte qu’elle ne veut pas d’enfant, elle se retrouve à la rue, avec pour toute fortune vingt-quatre € sur son compte en banque. Elle est alors forcée d’accepter le seul travail qu’on lui propose : utiliser ses talents de comédienne pour séduire Jan Kozlowski, un jeune veuf sur le point de se remarier. La voilà donc partie en Italie, dans la maison de vacances de la richissime et déjantée famille Kozlowski. Seule ombre aux deux semaines de dolce vita qui se profilent : pour exécuter en toute discrétion sa mission "séduction", Isabelle devra jouer le rôle de l’irréprochable nanny anglaise de Nicolas, 8 ans, un vrai challenge pour quelqu'un qui déteste les enfants.

Le roman démarre sur les chapeaux de roue, avec fantaisie. Les personnages sont hauts en couleur, à peine outrés. Mais très vite on sent poindre les fêlures et les rebondissements et retournements de situation seront multiples. La rencontre avec Nicolas qui n’a pas prononcé un seul mot depuis la mort de sa mère cinq ans plus tôt sera déterminante. A l'instar d'Isabelle beaucoup de lecteurs auront une autre vision de la vie en refermant le livre.

Marie Vareille a reçu le prix Confidentielles pour Je peux très bien me passer de toi (Charleston, 2015) et le Prix du meilleur roman jeunesse du Parisien pour un roman fantastique, Élia, la Passeuse d’âmes (PKJ, 2016).

Là où tu iras j’irai est son quatrième roman. Cela pourrait être un livre à glisser dans la valise cet été ... ou avant. Les week-ends de mai sont longs et propices aux bonnes lectures.

Là où tu iras j'irai, de Marie Vareille, éditions Mazarine, en librairie le 30 mars 2017

lundi 24 avril 2017

La Renverse, un éditeur poétique et normand

La Renverse est née à Caen de la passion littéraire de trois copains qui ont osé créer, malgré les difficultés du secteur de l'édition, une nouvelle "maison" en publiant à compte d’éditeur. J'ai rencontré un des co-fondateurs sur le Salon Livre Paris 2017.

Franck Achard a eu le courage de remettre en question sa vie professionnelle plusieurs fois, quasiment tous les six ans, sans que ce soit prémédité.

Il a d'abord été musicien, plutôt rock, puis a intégré l'Education nationale où il a fait fonction de CPE auprès d'un public d'adolescents. Il est entré à l'OCCE (qui est un organisme national regroupant les coopératives scolaires) à la faveur d'un détachement. Passionné de poésie, il a lancé Ecole en poésie, le Printemps des poètes, ce qui lui a mis le pied dans la porte de l’édition.

De là à écrire lui même il n'y avait qu'un petit bond à entreprendre. L'envie d'éditer (néanmoins pas ses propres textes) est vite arrivée, et avant tout de la poésie. Un nouveau bond consista donc à poser en janvier 2015 les bases d'une maison d'édition, avec l'appui de deux copains ayant des expériences complémentaires dans le domaine du livre : Yann Voracek, graphiste. Et Pierre Lenganey, alors directeur d’usine, lui aussi passionné de poésie, et qui avait tenté l’expérience de créer une maison d’édition à Caen dans les années 1990.

Il s'était alors associé avec Stéphane Amiot. La maison s'appelait Amyot-Lenganey, avait un beau catalogue de  poésie contemporaine et a publié une quarantaine de livres en quatre ans. Les revenus étant insuffisants Pierre a cumulé avec un emploi de directeur financier et chef d'établissement d'un site de 700 personnes. La création de la Renverse l'a ramené en quelque sorte vers les livres. Il a d'ailleurs quitté l'industrie il y a six mois pour reprendre Le Passage qui la plus grosse librairie d'Alençon qui emploie 15 personnes.

Franck Achard partage avec ses deux acolytes la volonté de provoquer le désir de poésie contemporaine chez des personnes qui la connaissent peu ou pas. Ils ont conscience de l'ampleur du chemin mais ils sont persuadés qu'en alliant des textes forts et accessibles à une ligne graphique résolument moderne et attirante, il est possible de séduire des lecteurs de tous âges et de tous horizons.

Plutôt que d'accoler leurs trois patronymes, les trois compères normands ont pensé à la mer, toute proche, et ont choisi la Renverse qui est le mouvement qui désigne son changement de direction. Leur emblème est un petit bonhomme en déséquilibre, ou en recherche d'équilibre, qui a été choisi avec l'idée sous-jacente de suivre le chemin des étoiles, selon la formule de Prévert, deux choses lune.

Avec un nom pareil et en raison de leur attachement à la région Basse-Normandie depuis de nombreuses années, il était légitime de baser la Renverse à Caen. Et bien leur en a pris car les institutions locales ont soutenu le projet.

Cela fait maintenant deux ans et demi que Franck Achard a démissionné de l'Education nationale. Mais il a prudemment poursuivi une double activité professionnelle pendant plusieurs mois en étant aussi comédien, ce qui ne détournait pas son regard critique sur les textes, loin de là. Il se consacre désormais à plein temps à la maison d'édition depuis quelques semaines.

Toutes les décisions sont prises ensemble mais la maison repose essentiellement sur ses épaules, même si évidemment Yann Voracek assure le graphisme. 
L'or avait été retenu pour la poésie parce que c'est un bijou précieux, que Franck voulait montrer comme dans un écrin, sans qu'il soit nécessaire d'écrire poésie sur la couverture, ce qui permet de ne pas éloigner celui qui serait réticent au genre.

Ils sont imprimés sur du papier recyclé, avec une couverture sur un beau papier du fabricant allemand Gmünd Value 310 grammes sur les presses de l’Imprimerie Moderne de Bayeux, donc chez un imprimeur français et normand qui emploie 3 personnes.

Il y a eu un ajustement à faire pour régler le problème de contraste, ce qui a été résolu dès le quatrième opus en intensifiant les motifs pour que l'image gagne en netteté. Mais on a gardé ce coté image magique dans lequel l'œil se perd ... Pour mieux rêver. Envoyer une bonne décharge, souligne Franck.

Ces beaux objets, originaux aussi par leur découpe biseautée au pied (qui penchent… à la renverse) sont prudemment imprimés à 500 exemplaires.

Aujourd'hui le catalogue est riche de 13 titres en poésie, à couverture dorée, un roman, couverture argentée, et un roman noir, couverture noir brillant. Car deux nouvelles collections, roman et roman noir, ont vu le jour en février 2017, ce qui a nécessité de trouver deux papiers de couverture différents.
Pour le moment chacune comprend un titre qui sont deux grands coups de cœur  le roman Des noces rêvées ne meurent pas de Jean-Pierre Cannet et le roman noir American Requiem, que Jean-Christophe Buchot a mis deux ans à terminer.

Le premier est un périple sur la vie et l’amour, un peu fou, à l'écriture extrêmement poétique qui caractérise la ligne éditoriale de La Renverse. Chacun sa définition de la poésie ... pour Franck ce serait la création à l'intérieur du langage qui n'est pas nécessairement un poème et qui peut fort bien irriguer un roman. Ce texte qui avait déjà été publié en 1993, dans la collection Pages blanches chez Gallimard, n'avait pas trouvé son lectorat. Des jeunes de 14-16 ans ne rentrent pas dedans facilement. Il faut davantage de maturité pour en apprécier le coté libertaire.

Jean-Pierre Cannet qu'il a rencontré sur un atelier d'écriture a accepté de le reprendre et Franck Achard a réalisé un vrai travail éditorial avec l'auteur. Celui-ci a eu envie de poursuivre dans la voie romanesque et un second titre sortira peut-être l'an prochain.

Avec American requiem on est loin des codes du genre du roman noir bien que l'on soit dans l'univers de la mort. Illustré par Yann Voracek et Hélène Balcer, c'est une sorte de monologue d’outre-tombe de John Kennedy dont on fête le centenaire de la naissance cette année.

Franck Achard n'est plus comédien mais il entreprend beaucoup de lectures d'extraits des livres qu'il publie. Il le fait souvent accompagné par des amis musiciens, de divers style, y compris la musique électronique. Les livres ont besoin d'être défendus. Il faut du temps avant qu'un auteur s'impose. Tanguy Viel, Marguerite Duras, Michel Houellebecq n'ont pas immédiatement connu le succès.

A titre personnel Franck aime Aragon, René Char, et Rimbaud, cela coule de source.

Editions La Renverse, 19 rue du Pot d’Etain, 14000 Caen
contact@editions-la-renverse.com

dimanche 23 avril 2017

Le riz au lait, dessert préféré des chefs français

Le riz au lait serait "le" dessert préférés des français. Cela peut être sublime comme ragoutant. Alors quand Christian Etchebest donne sa version tout en douceur je n'ai qu'une envie, c'est l'essayer.

Il est sans doute à la carte du 46 rue Bayern, dans la Cantine Péreire qui est la dernière ouverte.

J'ai procédé à quelques ajustements et je vous la livre telle que je l'ai réalisée. Le chef incorpore une crème fouettée dans celle qu'il sert dans ses restaurants.

J'avoue avoir zappé cette étape pour ne pas ajouter des calories supplémentaires. C'est vous qui voyez : je n'ai pas supprimé cette partie de la recette qui, attention, doit être préparée à l'avance.

Personnellement je recommande de cuire le riz la veille et de faire le caramel au moment de servir pour que les papilles aient un petit choc entre froid et chaud.

samedi 22 avril 2017

L'Ensemble des circonstances de Jean-Baptiste Caron au cnaei

L'Ensemble des circonstances de Jean-Baptiste Caron, est une exposition qui est visible au second étage du cneai du 1er avril au 23 juillet 2017, en même temps que 1977-2017 : L’encyclopédie des images de Pascal Doury qui a été conçue par Tiphanie Blanc et Sylvie Boulanger dans le cadre du 40e anniversaire du Centre Pompidou, et parallèlement à 1977 sous le commissariat de Yann Chateigné, au Micro Onde, Centre d’art de l’Onde.

J'avais, le 1er avril présenté ces deux expositions en annonçant celle de Jean-Baptiste Caron.

Cet artiste expose des phénomènes qui témoigneraient d’un temps parallèle de la perception. Il nous donne à voir les traces des mouvements aussi furtifs soient-ils de nos expériences visuelles comme une plongée archéologique dans la perception.

Nous découvrons à première vue des oeuvres qui répondent merveilleusement aux critères académiques de l'art contemporain. Les matériaux, les formes, les couleurs relèvent des fondamentaux de l'art. Mais tout se joue dans l'élargissement des possibles, après quelques minutes d'observation.

Conscient que cette exposition clôture 20 années du Cneai à Chatou, Jean-Baptiste Caron s'amuse de cette circonstance et, pour la première salle, invente une règle du jeu spécifiquement pour cette exposition : expérimenter les gestes de la gravure. La première pièce, celle qui donne son nom à l'exposition est une plaque de zinc recouverte d'un vernis prêt à être gravé. Cette œuvre est disposée à l'entrée de l'exposition à la manière d’un tapis de sol et sera donc foulée, à leur insu, par les pas des visiteurs. Ainsi gravée de manière aléatoire, elle sera imprimée dans un second temps ; objet témoin de la fréquentation de l’exposition.
Jean-Baptiste Caron réalise des tests de manipulation des matériaux dédiés à la gravure : l’acide, le zinc. En soumettant les plaques de zinc à l'aléatoire de la morsure d’acide, il observe. Ce qui est d’habitude jeté, devient œuvre.

vendredi 21 avril 2017

Les Algues gourmandes de Régine Queva et Catherine Le Joncour chez Flammarion

C'est à quelques jours d'intervalle que me passent entre les mains deux livres qui font l'apologie de la cuisine des algues. Ayant eu la chance de goûter des plats réalisés avec ces ingrédients peu ordinaires  j'ai pu résoudre mes freins et même devenir enthousiaste.

Je vous livre mes expériences auprès de Régine Quéva et Catherine Le Joncour, qui sont deux grandes spécialistes du sujet.

Promouvoir les algues, rouges ou vertes, plutôt longues, que l’on trouve au fond de la mer est vraiment la nouvelle tendance et on comprend pourquoi dès qu'on les a dégustées en version nature, salée et même sucrée. Le Salon Livre Paris en a fait la démonstration avec plusieurs plats cuisinés en direct.

L'alliance algues-coques était à la fois élégante et gourmande.
Et les haricots de mer confits au chocolat étaient savoureux, quoique surprenants.
Les deux recettes sont issues du très complet Savez-vous gouter les algues ? publié aux Presses de l'Ehesp, auquel Régine et Catherine ont collaboré.
Installée depuis vingt ans à Plestin-les-Grèves, c'est une rencontre avec Régine Quéva autour d'un tartare d'algues vertes il y a six ans qui a convaincu Catherine de cuisiner ce type d'aliments, aujourd'hui en plein boom comme elles le soulignent. Elles viennent de sortir leur propre ouvrage, Les Algues gourmandes chez Flammarion.
Elles avaient préparé pléthore de surprises gustatives, aussi bien salées que sucrées pour un apéritif dinatoire très réussi au restaurant La Marée Jeanne (3 rue Mandar 75002 Paris).
Ce furent des Bouchées de la mer (p. 86) employant des haricots de mer, du Fromage de la mer (p. 66) en garniture de galettes tranchées façon maki et plusieurs verrines avec un Tartare d'algues comme un pesto (p. 118) avec des algues en paillettes (un mélange des trois classiques dit "mélange du pécheur" : laitue de mer, dulce et nori) dont les recettes figurent dans leur livre.
Nous avons poursuivi par des notes sucrées avec des Moelleux algues et amandes (p. 104), une variante des Millefeuilles aux fraises (p. 148) et à l'ao-nori, riche en fer, magnésium et protéines, et qui donne toujours à la préparation une couleur caractéristique bleu-vert, et de fabuleuses Roses des sables sans gluten (p. 130) combinant sésame grillé, graines de courge et de tournesol, amandes concassées, chocolat, feuillantine (crêpe dentelle) et de la nori grilléee.
Catherine prépare aussi une Confiture de Wakamé (p. 124) qu'elle a proposé avec une Chantilly marine avec de la poudre d'algues, et pour terminer des Macarons dits de Maïwen parce que c'est le prénom de la fille de Catherine qui a imaginé cette variante avec du koumbu royal et de la dulce fraiche (p. 150).
Tout est bon. Les auteures recommandent de commencer (prudemment ?) en saupoudrant. La seconde étape sera d'ajouter, puis de cuisiner et enfin de sublimer. Leurs recettes sont d'ailleurs réparties entre ces quatre chapitres. Personnellement je les préfère entières.
Catherine achète les algues qu'elle cuisine dans son restaurant, question de traçabilité, mais si on n'a pas cette contrainte on peut les récolter naturellement, pour peu qu'on écoute de bons conseils. Elle constate quotidiennement que ce sont les femmes qui sont les mieux disposées à modifier leurs habitudes alimentaires.  Elles sont, dit-elle, joyeuses, impliquées, motivées.

Elle conserve un menu composé de plats plus classiques pour satisfaire les palais masculins ... avant qu'ils ne se décident à franchir le pas. Elle sait pour cela qu'elle n'a droit qu'à un seul essai. il faut convaincre au premier coup de fourchette.
Les français ne consomment que 3 grammes d'algues par an alors que les japonais grignotent allègrement les 9 kilos. La bonne idée est de programmer une sortie cueillette d'algues cet été en bord de mer avec Régine dans le cadre d'Esprit Littor'algues.

jeudi 20 avril 2017

Vertiges à la Galerie Nast

C'est Thierry Delaballe qui a eu l'idée de cette exposition unissant les photographies d'Afsaneh Afkhami et de Pierre Barbrel aux siennes. Leurs travaux, présentés au Salon des Artistes Français, au Grand Palais, quoique très différentes des siennes, laissaient percevoir disait-il, le soir du vernissage, une possibilité d'harmonie.

Ils se rejoignent tous les trois à la Galerie Nast pour présenter Vertiges, au pluriel parce que les mouvements sont multiples. L'intitulé de l'exposition exprime quelque chose de l'ordre de ce qu'on ressent au moment où l'on perd pied, quand tout bouge autour de nous et qu'on est frappé par la peur du vide.

Francis Réveillaud Nast avait fait un premier séjour au Congo Kinshasa entre 1967 et 1969 où il  a travaillé pour la jeune télévision congolaise. Passionné par ce pays et ses habitants il y revient en 1973 et créé à Kinshasa une entreprise de fabrication de mobilier contemporain dans les bois précieux du Congo, qu’il dirigera pendant vingt ans. Sur place, il constitue une importante collection d’objets, récoltés pour la plupart sur le terrain auprès des populations autochtones. De retour en Europe, imprégné par ces cultures vouées à l’invisible, il ouvre sa galerie en 2001 et la consacre -sauf exception- aux arts anciens d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale. Il y expose en permanence un ensemble de sculptures rigoureusement choisies, témoins de ces cultures anciennes.

Pour le galeriste qui leur a ouvert ses portes, l'opération était difficile. Et pourtant le résultat est remarquable. On jurerait que certaines œuvres de Thierry Delaballe sont accrochées ici depuis toujours, en particulier celles qui font écho aux statuettes africaines de la salle du fond.
Le détail qu'il a saisi de la Sculpture d'ancêtre Hemba-Niembo en provenance du Congo, Kinshasa, révèle autre chose de cette oeuvre et le galeriste est enchanté de redécouvrir en quelque sorte ces objets qu'il affectionne particulièrement.
On pourrait aussi jurer que le portrait du mannequin posté derrière la fenêtre (intitulé l'attente) est présent depuis longtemps sur ce mur. Les photographies de Afsaneh Afkhami subliment les modèles.
Quand son objectif saisit les danseurs, ils sont suspendus hors du temps, soit loin en arrière, évoquant les années 30 lorsqu'elle privilégie le noir et blanc, soit dans un futur plus ou moins proche dès que la couleur apparait.
On a conscience que ce n'est pas un artiste unique qui a pris tous les clichés présentés dans la première salle. Et pourtant les œuvres se répondent. A tel point que j'ai eu la tentation d'attribuer à l'un un cliché de l'autre.
Les points communs existent. Afsaneh Afkhami est dans le registre de l'humain, photographiant exclusivement des corps en mouvement (ou le suggérant) et des visages. Elle conjugue la photo et la peinture parfois, créant l'illusion que l'image sort du cadre, ce qui est rare en photographie.

La sélection de ses dernières œuvres réalisées avec la participation des danseuses et danseurs de l’Opéra est réduite mais significative de son talent. Comme à son habitude elle a placé un cliché (non photographié pour cet article) en regard de la création Couture de Jean Doucet portée par la danseuse.
L'objectif de Pierre Barbrel est davantage concentré sur un visage, celui de son frère, qu'il représente parfois en double pour constituer un seul tableau, dans une atmosphère christique.
Mais ce(s) visage(s) ne sont pas des portraits, au sens classique du terme. Ils évoquent un mouvement, physique, qui est aussi la trace d'un trajet intérieur, celui de l'arrachement à l'enfance précise l'artiste. Quant à Thierry Delaballe il focalise sur l'infiniment petit, végétal ou minéral qui, loin d'être naturaliste, devient abstrait par la magie de son regard, comme en témoigne cette Feuille à la sève riante.
Les expositions de photographies sont de plus en plus fréquentes. Cet art conquiert une belle place dans les arts. Il faut aller voir ces Vertiges, les éprouver ... 
Vertiges
Photographies d'Afsaneh Afkhami, Pierre Barbrel et Thierry Delaballe
Du 20 au 28 Avril à la Galerie Nast,
10 rue d'Alger 75001, Paris
Ouverte du Mardi au Samedi de 14h à 19h, et le cas échéant sur rendez-vous

Les photos qui ne sont pas logotypées A bride abattue sont de Afsaneh Afkhami ou de Pierre Barbrel.

mercredi 19 avril 2017

Quand cidres et fromages s'allient

Il y a encore des gens qui défendent le vin rouge pour le boire avec des fromages alors que les spécialistes s'accordent à estimer le blanc favorable. Alors quand les Nouveaux fromagers annoncent des accords avec des cidres, en l'occurrence ceux d'Appie, on demande à goûter avant d'approuver.

C'est ce que j'ai pu faire dans le cadre rustique du Café A - Maison de l'Architecture (et qui dispose d'un jardin en arrière-cour poru les beaux jours), au 148 Rue du Faubourg Saint-Martin - 75010 Paris, tout près de la Gare de l'Est et ce fut étonnamment concluant. Il faut dire  que le patron de l'entreprise fromagère connaît très bien l'équipe fondatrice d'Appie, puisque les deux stars-up étaient voisines de bureaux dans la pépinière qui leur permis de concevoir leur projet.

C'est d'ailleurs à force de prendre des pots ensemble en partageant leurs produits respectifs que cette bonne idée a tracé son chemin.

Appie, je les avais découverts à Omnivore. Un nom qui évoque à la fois la pomme (apple en anglais) et le bonheur (happy) cela ne s'oublie pas. Alors j'étais favorable à tester le mariage, que je plébiscite pleinement.
Le plus réussi est peut être, mais d'une courte fourchette, celui qui associe un chèvre (dont c'est la pleine saison) et le Brut au miel, grâce à la douceur du miel (si souvent employé avec ce type de fromage), des notes épicées de cannelle et une fraicheur surprenante évoquant la mandarine.

Le chèvre choisi a bon caractère avec sa pâte molle. Fabriqué dans le Loir-et-Cher, c'est un Selles-sur-Cher aux saveurs noisettées.

Pour répondre à la structure tannique de l'Extra Brutet à sa légère amertume, quoi de mieux qu'une pâte molle à croute lavée, typée sans être trop fort, comme le Pont l'Evêque, fait au lait de vache de Basse-Normandie ?

D'autant que ce cidre, issu de l’assemblage de variétés de pommes à cidre biologiques, est doté d’une petite note caramélisée et d’un nez léger de Calvados.

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