mercredi 12 avril 2017

De l’art de dire des conneries (on bullshit)

Pourquoi ai-je l'air de la Corrida de Francis Cabrel qui me trotte dans la tête ? Un lien à faire avec bullshit, littéralement merde de taureau ? C'est arrivé au moment où j'ai lu le nom de Derrida (p.12), lapsus phonétique peut-être. Est-ce que ce monde est sérieux ?

La voix chaude et grave du chanteur perturbe (si j'écrivais en anglais j'emploierai distrub) ma lecture. Oui, je suis grave distraite et pourtant l'artiste a raison. Est-ce que ce monde est sérieux ?

Le livre est mince. Je pourrais lentement le savourer au lieu d'en faire une lecture flottante. Ça ne loupe pas : je prends tout au second degré.

Que l'auteur justifie l'inintérêt d'entreprendre une bibliographie sent l'enfumage à plein nez et je en suis pas dupe. Cela étant je n'ai pas besoin de liste de références en guise de caution de sérieux alors je l'absous.

Le baratineur et le menteur donnent tous deux une représentation déformée d'eux-mêmes et voudraient nous faire croire qu'ils s'efforcent de nous communiquer la vérité. (p. 64) Harry Frankfurt poursuit : leur succès dépend de notre crédulité.

J'ai envie de m'exclamer merde alors, ce qui justifie le sous-tirre de on bullshit.

Il n'est pas question de la bêtise, mais bien de l'intention de tromper, et le livre tourne essentiellement  autour du mensonge et les huit catégories établies par saint Augustin (p. 66) sont utiles à connaitre, pour les repérer.

Car pour qu'on me mente il faut que j'y croit ... Je suis, a priori comme vous, à la recherche de la sincérité et le mot de la fin (du livre) tombe à cet égard comme un couperet.

Le livre est court, intense.

Harry Gordon Frankfurt (né en 1929), professeur émérite à Princeton, est l'un des plus grands philosophes américains. Il avait un écrit cet essai en 1984/1985, et l'avait prononcé lors d’un groupe de travail à Yale.

De l'art de dire des conneries de Harry Frankfurt, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Didier Sénécal, publié chez Mazarine, en librairie depuis le 1er mars 2017

mardi 11 avril 2017

Intra Muros d'Alexis Michalik

Colette Nucci l'avait annoncé le 21 février dernier à l'inauguration du Théâtre 13 Jardin. Alexis Michalak était un des metteurs en scène les plus légitimes pour y créer le premier spectacle sur la scène rénovée du théâtre.

Quand un de ses court-métrages reçut un prix, décerné par les détenus d'une centrale, il est allé à la rencontre de personnes incarcérées qui se sont révélées être de fervents cinéphiles (ils regardent les films sur leur ordinateur).

Ce moment a profondément marqué le metteur en scène qui s'est surpris à commencer à imaginer ce qui aurait pu se passer à l'intérieur de ces murs - intra muros - et très vite la fiction est venue supplanter la réalité.
La scène est en prison, donc. Richard, un metteur en scène va donner leur premier cours de théâtre à deux détenus, Kevin, un jeune chien fou, et Ange, la cinquantaine mutique. Il est secondé par une de ses anciennes actrices - accessoirement son ex-femme - et par une assistante sociale inexpérimentée, qui se révélera bien plus compétente qu'elle ne le dit…

De ce cours découlera une introspection sur les raisons de leur détention, sur leur rapport au temps, et sur l'espace qui les sépare de ceux du dehors. De cette introspection naîtra une histoire romanesque et pleine de rebondissement, sur le plateau nu de cette prison.
Juliette Azzopardi a imaginé une scénographie qui signifie à la fois que nous sommes dans un univers carcéral et dans un espace de répétition : quelques chaises, deux portants, un tapis, lequel rappelle l'élément constitutif de toutes les mises en scène de Peter Brook, avec aussi des musiciens jouant en direct. On se souvient qu'Alexis Michalak a débuté au théâtre sous la direction d’Irina Brook.

lundi 10 avril 2017

Le Boeuf sur le toit revoit sa carte des desserts avec Philippe Uracca



On connait tous son nom. Le Boeuf sur le toit reste une brasserie dont l'enfilade de salles fait forte impression, pour son volume et sa décoration Art déco à la fois simple et imposante.

Ce fut longtemps un lieu mythique du jazz, certains emploieraient le terme de temple. Nous sommes à quelques pas des Champs-Elysées et pourtant le calme règne dans ce lieu hors du temps mais jamais dispensé de modernité. L'endroit entretient ses réputations. Coté musique, le jazz a la place d'honneur tous les jeudis.

Coté cuisine les chefs successifs (Geoffrey Servant depuis début 2017) ont su allier modernité et élégance tout en osant les dernières tendances d’une cuisine originale et élaborée.

Olivier Streiff, le restaurateur expérimenté et demi-finaliste au look atypique de Top Chef 2015, avait proposé, du 15 février au 5 mai 2016, un menu éphémère à son image et empreint d’inventivité en collaboration avec le chef du restaurant.


C'est maintenant Philippe Urraca, Meilleur Ouvrier de France, qui collabore à la carte pour quelques semaines avec deux desserts extrêmement raffinés.

Ceux qui suivent l'actualité pâtissière le savent : il affectionne les profiteroles. Il a même ouvert une boutique, Profiterole chérie, où il la décline de toutes les manières possibles. Et il est incalable sur le sujet. Ainsi il nous a appris que la profiterole, qui signifie petit profit, était au XVI° siècle un petit cadeau qu'on offrait aux domestiques qui avaient bien travaillé.

La profiterole est un des desserts préférés des français, trop souvent dégradée dans les restaurants, surtout quand les choux y sont congelés alors qu'ils doivent être cuits "à la minute".

dimanche 9 avril 2017

Les couleurs de la vie de Lorraine Fouchet

J'ai le plaisir de "suivre" plusieurs auteurs et de constater chez certains (car ce n'est pas systématique), l'affirmation d'un style d'ouvrage en ouvrage. Quelques-uns développent, à l'instar des crus, une puissance aromatique singulière.

Lorraine Fouchet est de cette trempe. Alors son éditeur pourrait bien oublier de faire imprimer le titre, je le lirais quand même.

N'empêche que nous avions eu Lorraine et moi il y a quelques mois une discussion quasi acharnée à propos de ce titre Les couleurs de la vie que je trouvais sans surprise et peu accrocheur. J'aurais opté pour Une vie haute en couleurs ... ou alors (après lecture) pour Le carnet indigo si on voulait rester à tout prix sur ce registre. Il faut dire que la couverture donne envie de l'ouvrir et c'est l'essentiel.

Avoir entre les mains un livre fraîchement sorti est une joie, un trac aussi. Quels mots trouverai-je cette fois-ci pour exprimer mes éventuels doutes à l'auteur qui a écrit une si touchante dédicace à mon attention ? Une fois passées les cinquante premières pages, alors que je suis rassurée, je peux me caler dans mon fauteuil avec délice. Et pourtant le sujet n'est pas facile.

La nouvelle qui tombe un "joli jour" de mai a de quoi plomber l'atmosphère, et Kim va avoir une raison légitime de chercher à lever les voiles. Quand d'autres jeunes femmes sombreraient dans une dépression stérile, l'héroïne de Lorraine transcende sa souffrance en se mettant au service des autres, dans le but de comprendre ce que sa grand-mère a eu le courage de refuser, ou ce qu'elle n'a pas eu le cran de vivre. Et ça me touche au-delà de ce que vous pouvez imaginer !!!

J'adore cet état d'esprit. Avoir la trempe de mettre de coté ses émotions pour aller au devant de celles des autres.
Fraîchement débarquée de son île bretonne à Antibes pour devenir la dame de compagnie de Gilonne, Kim sera frappée par la complicité qui unit cette ancienne actrice à son fils unique. Aussi, quelle ne sera pas sa surprise lorsqu’elle apprendra que celui-ci aurait disparu des années plus tôt… Guidée par son désir de protéger celle qui pourrait être sa grand-mère, la jeune fille tentera de percer le secret de cette mystérieuse famille.
On voyage en musique d'un bord de mer à un autre, entre Groix et Antibes, en passant par Epernay. Lorraine alterne le je et le il, les lieux, les situations et les points de vue. Il y a quelque chose de l'ordre du policier dans ce roman (comme il y en avait à mon avis dans Le vertige des falaises, récemment chroniqué). Pour résoudre une énigme principale, et une autre, en filigrane : la vie vaut-elle son pesant de cacahuètes ?

Sur le plan de la forme on ne s'étonne pas de démarrer à Groix, où vit Lorraine Fouchet la moitié de son temps, ni de retrouver les petits dessins qui ponctuaient les débuts de chapitre du précédent, Entre ciel et Lou. L'héroine de ce roman avait un prénom inhabituel (comme l'est celui de l'auteur). Il est sans doute logique qu'elle en choisisse de peu ordinaires pour ses personnages : Gilonne, Kim, Côme...

Pas plus que d'entendre, tout le long du récit, des morceaux de musique ou de chansons qui sont -cela devient là aussi une habitude et il faut la saluer- répertoriés en play-list à la fin (p. 393). Je sais que ce n'est pas possible, mais j'adorerais qu'un CD compilant les oeuvres choisies par un auteur soit inséré dans le roman pour accompagner notre lecture, ou la prolonger.

Si je devais composer un pitch pour présenter à la radio Les couleurs de la vie (et quand bien même Ton héritage, de Benjamin Biolay serait peut-être la chanson la plus évocatrice du contenu du livre) je commencerais avec Cat Stevens qui chantait en 1972 (certes, il faut se replacer dans le contexte post soixante-huitard :
If you want to be free, be free
Cause there's a million things to be
You know that there are

Je maintiens donc malgré tout que dans cet opus là il n'est pas tant question de couleurs que de musique ... J'ai envie d'ailleurs de vous recommander d'écouter Green Onions (1962) qui est une composition de Booker T. & the M.G.'s basée sur une musique populaire afro-américaine ayant émergé à la fin des années 1950 aux États-Unis, dérivée, entre autres, du gospel et du rhythm and blues.

Le cinéma a aussi la part belle et les films cités auraient pu faire l'objet d'une autre liste. Parmi eux, Love letters, bien sur qui a été adapté à deux reprises sur le grand écran et qui est interprété en ce moment au théâtre à la Comédie des Champs-Elysées.

On pourrait aussi trouver en annexe un florilège des citations. Elle cite (p. 20) André Malraux qui écrivait dans les Conquérants, Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie. Je lui attribue régulièrement que la vieillesse est un naufrage mais Lorraine Fouchet m'apprend que c'est Chateaubriand qui l'écrivit dans ses Mémoires d'outre-tombe. Je note.

J'ignorais aussi que l'injonction que j'ai tant entendue dans mon enfance, En route mauvaise troupe,  (p. 72) était le début d'un poème de Verlaine, qui poursuit dans son Prologue Partez, mes enfants perdus !

Tout cela n'est guère hygge tout de même, alors que Lorraine Fouchet célèbre dans son livre ce mouvement qui fait tellement fureur (j'avais repéré un ouvrage sur le sujet au dernier Salon Livre Paris).
Ce mot d'origine danoise et norvégienne fait référence à un sentiment de bien-être, créant un état d'esprit positif ... Par contre le champagne, les bergamotes, les irish-coffees, les animaux le sont ... c'est écrit dans la liste (encore une p. 391) que l'auteur nous donne pour convaincre que la vie vaut la peine d'être vécue à tous les âges.

Un auteur exerce une influence insoupçonnée. Effet papillon se défendront certains, ... peut-être, mais si c'était vrai ce livre devrait alors être largement prescrit pour démarrer une cure d'optimisme.

Les couleurs de la vie de Lorraine Fouchet, en librairie depuis le 30 mars 2017

samedi 8 avril 2017

Détour d'Adrien Cachot

On vous dira que la salle vaut le détour et on aura bien raison. Il suffit de s'écarter de quelques mètres de la rue Blanche à hauteur de l'église de la Trinité pour la découvrir.

Adrien Cachot vient de s'y installer avec sa compagne Emie. Sans grands moyens mais avec un puissant parrainage puisque les chefs avec qui il a travaillé il y a quelques années l'ont plus qu'encouragé, en particulier Christian Etchebest dont on connait l'exigence.

Retenez son nom. Vous allez entendre parler de lui. Forcément. Parce que derrière sa douceur et la timidité qui lui sert d'armure, il affute de terribles accords. Sans blabla, ni chichis, mais avec un dressage audacieux comme vous le constaterez sur les photos.

Les intitulés de la carte ne perdent pas le client dans des formules alambiquées. Ses carottes sont annoncées Carottes râpées, tout simplement. Il ne veut pas en dire plus. A vous d'analyser si la fourchette vous chante. Le puriste fera son rapport : purée de carottes, mimolette râpée, huile d’olive à l’orange. Une seule couleur mais de multiples saveurs.
Le menu est resserré autour de deux entrées, deux plats et deux desserts. 22 € pour deux assiettes, 28 pour trois. On ne se prendra pas la tête pour choisir sur une carte longue comme un jour sans pain. A propos de pain celui qui est posé sur la table est bien choisi, en provenance de Thierry Breton.

vendredi 7 avril 2017

Petit Éloge de la nuit avec Pierre Richard

Astrid Astier à démarré en écriture de manière exemplaire en recevant très vite plusieurs prix. Son Petit éloge de la nuit, publié en Folio Gallimard en 2014, est né de notes vagabondes, de nuits inspirées, de lectures et de dialogues croisés dont Gérald Garutti s'est emparé en les enrichissant de textes empruntés à Edgar Poe, Baudelaire, Guy de Maupassant, Desnos, Henry Miller, Neruda, Henri Michaux et Milan Kundera ... et quelques autres.

Un spectateur érudit les reconnaîtra mais leur connaissance n'est pas un préalable pour apprécier la soirée que Pierre Richard nous invite à passer en sa compagnie au Théâtre du Rond-Point.

La vraie question serait plutôt de se demander si le spectacle pourrait exister sans lui. D'évidence non. A tel point que les films projetés sur la toile de fond et dont il est l'unique personnage ne permettraient pas facilement qu'un autre acteur s'empare du texte.

L'acteur existe derrière les indications du metteur en scène. Avec ses longues enjambées, sa diction à peine hachée, la musicalité de ses intonations (il est juste dommage que l'ingénieur du son ait sonorisé sa voix qui aurait été plus agréable sans micro), tout ce qu'il a su conserver de sa maladresse de Pierrot lunaire.

La soirée est le résultat de cette alchimie particulière entre ces caractéristiques et une grande sophistication. Le risque était élevé de faire un coup, de plaquer des morceaux. Pourtant non, la célébrité de l'acteur n'a rien à voir avec le plaisir qu'on ressent. Pas davantage que la surprise de le découvrir dans un registre qui le sort des rôles de fantassin comique dans lesquels d'ailleurs il excellait.
L'homme est présent derrière l'acteur mais le comédien nous mène sur les chemins où il entreprend de nous perdre. C'est la longue route de la chorégraphe Marie-Agnès Gillot. C'est la montée des eaux d'un retour de marée au soleil couchant. C'est le souvenir (pour beaucoup d'entre nous un rappel de l'enfance) d'une Chanson douce, également connue sous le titre du Loup, la biche, le chevalier, interprétée par Henri Salvador depuis 1950. C'est la tension des paroles de La nuit je mens que Bashung chantait en 1998 et que Pierre Richard écoute, une coupe de champagne à la main, en fumant un cigare.

La mise en scène est résolument contemporaine, s'affranchissant d'un décor, mais ni de lumières, ni d'images qui sont projetées sur un écran en fonds de plateau. La caméra permet à l'acteur de se dédoubler en plan rapproché. Sur le carré en estrade, l'acteur tourne, vire, danse sur un air de Fats Waler, lève les bras au ciel, s'allonge, se redresse, scrute les spectateurs dans les yeux, les contraint à écouter aussi les silences.

On se souviendra de l'envahissement de l'espace, du sol au plafond, par des bulles noires et blanches de diverses tailles. C'est magique. De Cyrano aussi quand il se fit la nuit la plus noire du monde.
Si le rêve est l'aquarium de la nuit, le discours n'est pas pour autant philosophique, pas plus que didactique ou démonstratif. Les nuits sont juste multiples. Parfois intérieures. Toujours poétiques. Incarnées.

Nuits inspirées / Petit Éloge de la nuit de Ingrid Astier
Adaptation et mise en scène Gérald Garutti
Avec Pierre Richard
Danse filmée : Marie-Agnès Gillot
Création musicale et sonore : Laurent Petitgand
Scénographie et lumières : Éric Soyer
Vidéo : Renaud Rubiano
Réalisation des films : Pierre-Henri Gibert, Pauline Maillet, Gérald Garutti
Dramaturgie et assistanat à la réalisation : Zelda Bourquin
Théâtre du Rond-Point
Du 15 mars au 15 avril 2017
Photos Pauline Maillet

jeudi 6 avril 2017

Histoire d'une femme de Pierre Notte

Muriel Gaudin accueille elle-même le public qui est tout de suite mis dans le bain ... de la misogynie sociale en particulier. Des fiches dans la main gauche, une corbeille de pastilles Vichy dans l'autre, elle interroge et on se prend au jeu de tenter de trouver une bonne réponse pour gagner un bonbon.

Ce quiz est une excellente idée. Les questions semblent faciles et pourtant suscitent une vraie surprise. On apprend plein de choses. 

C'est sans surprise qu'on apprend que les femmes soient chefs de 84% des familles monoparentales. On sait qu'elles sont par contre sous-représentées dans tous les postes à responsabilité, mais quand il s'agit de donner une proportion hommes-femmes nos chiffres sont quasiment toujours en deçà de la réalité. 

Le nombre de femmes metteur en scène, chorégraphe, chef d'orchestre ou dirigeant une entreprise du CAC 40 est absolument stupéfiant. On n'imagine pas qu'elles soient si absentes ... ou écartées des fonctions de direction ... Qui sait que le salaire moyen d'une femme est inférieur de 24% à celui d'un homme ? Une femme ne vaudrait donc que trois quarts d'un homme ? Au fil des questions, et surtout des réponses, le public est de plus en plus prêt à écouter un texte qui soit une ode aux femmes.

C'est ma petite musique dit Muriel qui aime ce moment de complicité avec le public. On partage sans arrière-pensée un moment très joyeux et soudain, paf, ça capote alors que s'égrènent quelques notes de musique à la Satie mais composée par Emily Loizeau. La comédienne est entrée dans la peau de son personnage ... il faudrait employer le pluriel car elle se dédouble à vitesse grand V.

Sa voix peut descendre dans les graves et elle joue les mecs sans problème. Pierre Notte, qui a écrit les textes et assuré la mise en scène, a été heureux de constater qu'elle pouvait endosser tous les rôles. Mais tout de même il a réduit leur nombre. Jusque là on disait la pièce inmontable mais le désir de Muriel a été tel qu'il a spontanément voulu reprendre l'adaptation, spécialement pour elle, en se laissant porter m'a-t-elle confié par les situations entre les personnages.

Pierre Notte assume le féminisme de ses textes. Histoire d'une femme témoigne que la misogynie ordinaire est partout. Cette femme n'en meurt pas mais elle est tirée vers la folie quand même. Excessive, elle ira jusqu'à mette le feu à son appartement. L'écriture est intense, comme l'auteur nous y a habitué et son style très particulier fait mouche.
J’ai vu un homme à vélo, se rapprocher d’une passante, elle traversait la rue, il roulait, je l’ai vu ralentir, lui mettre une main aux fesses, et repartir en riant. La femme s’est effondrée, au milieu de la route qu’elle traversait. Je me suis approché, je voulais lui demander pardon au nom de toute l’humanité des hommes, elle m’a rejeté, parce qu’elle a vu en moi une autre menace, un autre danger masculin. Je suis parti, j’ai pleuré, j’ai voulu écrire l’histoire d’une femme qui n’en peut plus d’avoir à supporter une société d’hommes.
La mise en scène est une nouveauté pour Pierre Notte qui jusque là était surtout un auteur. Muriel Gaudin dit éprouver un grand bonheur à travailler sous sa direction parce qu'il est très précis, quoique très exigeant. Il lui a laissé malgré tout une part de créativité et de proposition importante. La performance est formidable, surtout quand on sait qu'il n'y a eu que deux semaines de répétition de quatre heures par jour.

Arrêtez de vous excuser de tout ce qui vous arrive ! Ça s'enchaîne à un rythme serré entre quelques noirs, de brèves pauses dont elle profite pour s'hydrater. La puissance et l'énergie avec laquelle lutte cette femme se voit visuellement.
Et ça marche ! Le public rit mais il réfléchit aussi. L'engagement de la femme se ressent : elle nous harangue avec sa bouteille (d'eau) comme un clochard apostrophe le chaland avec son litron (de vin). La tension ne nous lâche pas. On s'enivre de ses paroles.

Les lumières sont parfaitement dosées, osant parfois un rouge intense avec beaucoup d'à propos. Le spectacle évoque l'univers des contes avec les chaussures de Cendrillon, les escarpins rouges comme ceux que Dorothy portait dans "le Magicien d'Oz" en 1939, la syncope de la Belle au Bois Dormant, la figure de l'ogre, Barbe bleue. On pense à Joël Pommerat, avec moins d'effets spéciaux, et ce n'est pas plus mal.

La voix d'Emily Loizeau annonce la fin avec un extrait des Eaux sombres de l'album "Mona". L'amour nous emportera un jour, peut être ce soir.

Le ton est mélancolique. On sort sonné de la salle en se demandant ce qu'il va advenir d'elle.

Après le Poche Montparnasse ce formidable spectacle sera en tournée au Théâtre de Belleville en mai, puis en juin (sous réserve). On le verra au Théâtre des Trois soleils, en juillet, dans le cadre du festival d’Avignon off,.

Histoire d'une femme de et mis en scène par Pierre Notte
Avec Muriel Gaudin
Lumières Antonio de Carvalho
Du vendredi 17 mars au dimanche 7 mai 2017
Jeudi, vendredi et samedi à 19h
Dimanche à 17h30
Théâtre de Poche-Montparnasse
75, bd du Montparnasse - 75006 Paris - 01 45 44 50 21
Le texte de L’Histoire d’une femme est publié en mars 2017 aux éditions Quatre-vents/Avant-scène.

L'actualité de Pierre Notte est intense avec trois mises en scène :
- C’est Noël tant pis, à la Comédie-des-Champs-Elysées, jusqu’au 29 juillet
- Ma folle otarie, avec l'excellent Brice Hillairet, au Lucernaire, du 10 mai au 24 juin 2017
- la reprise au Théâtre du Rond-Point le 12 juin prochain de Night in white Satie, textes et musiques d'Erik Satie.

mercredi 5 avril 2017

Le vertige des falaises de Gilles Paris

Gilles Paris emmenait le lecteur promener au bord de la mer dans son précédent livre, L'été des lucioles. Nous étions dans le sud de la France, sur le chemin des douaniers. Ses héros avaient grandi, par rapport à ceux qui se débattent dans Autobiographie d'une courgette mais nous restions dans un univers accessible à la jeunesse.

On passe un cap avec Le vertige des falaises qui, pour moi, se situe franchement dans l'univers des adultes même si une partie du récit nous est raconté à travers les yeux d'une jeune héroïne.

Marnie est en effet au coeur de l'intrigue mais les personnages dits secondaires ont toute leur place. A tel point qu'on peut parler de roman choral car le narrateur conduit le récit en se plaçant du point de vue de chacun, si bien qu'on progresse dans la résolution de l'intrigue à mesure qu'on les accompagne.

Le challenge était d'importance pour Gilles qui a commencé ce livre alors que Courgette entrait en production. Ce conte de fées incroyable (c'est lui qui le dit) a dopé son énergie créatrice et le résultat est là, très abouti.

L'action se passe dans un lieu qui n'est jamais nommé, dans une Ile dont le nom est indéfini derrière la majuscule, autour d'une maison de verre qui surplombe les falaises. A chacun de projeter le décor selon ses propres souvenirs; pour moi ce fut Belle-Ile, en particulier pour les portions découpées des aiguilles de Port Coton ou la Grotte de l'apothicaire. Le paysage que décrit l'auteur nous retient nous aussi comme des otages volontaires (p. 41). Olivia, la grand-mère Olivia la ressent comme une ancre (p. 11). J'y disparaîtrai avec nos vilains secrets.

L'emploi de "nos" signifie que les secrets sont nombreux et partagés sur ce territoire. L'indice est mince mais il compte. Car nous sommes dans un registre plutôt policier. Le roman se poursuit dans la même atmosphère, un peu hitchcockienne, et Gilles Paris s'en expliquera -ce qui est une excellente idée- à la toute fin (p. 247) mais il n'est pas essentiel de le savoir pour entreprendre la lecture.

On ne sait pas davantage à quelle période l'action se déroule mais on déduira (p.135) que nous sommes après les années soixante alors qu'on voyait jusque là tous les protagonistes vivre au XIX° siècle. Notre imagination est fertile. La description de Prudence évoque pour moi la détermination de Babette  ramenant les provisions du futur festin sur son île battue par les vents.

Et quand, plus loin, je ressens une similitude avec l'écriture de Karen Blixen je ne m'étonne pas puisque c'est elle qui a inspiré le réalisateur du film le Festin de Babette. Il y a chez Gilles Paris quelque chose de la nostalgie qui émane des livres de cette auteure danoise. D'autres trouveront une parenté avec Agatha Christie et nous avons sans doute tous raison.

Marnie exprime très vite un mauvais pressentiment alors que on sait déjà sa mère malade (p. 40). On s'inquiète de penser que le pire n'est jamais sur. La jeune Marnie est une drôle de fille, une chipie pourrait-on dire, mais le personnage va révéler une maturité rare pour son âge.

L'héroïne est orpheline. On reconnait bien là un des thèmes récurrents dans l'oeuvre de Gilles Paris.  L'auteur place (comme toujours) à ses cotés un tuteur, qui ici est sa grand mère, Olivia, ressentie par l'enfant comme l'arbre centenaire sur qui tous les orages se sont abattus sans arracher la moindre écorce. (p. 96)

Aucune famille n'est "normale" sur cette Ile. Marnie se vit comme une bâtarde qui sait tout (comme tous les enfants) et le non-dit dans lequel on l'élève nourrit sa révolte. D'autant plus dans une famille où l'on ne montre pas son chagrin (p. 62) et où le mensonge devient une vertu.

Gilles Paris dénonce une nouvelle fois les ravages de l'alcoolisme, et les violences familiales. Il s'exprime par la voix d'Olivia : j'espère que la plupart des femmes battues finissent par s'inventer un monde qui, s'il n'atténue pas la douleur des coups, offre tout de même un abri sous lequel elles peuvent s'échapper un moment. (p. 79)

Et, plus loin (p. 141) la violence est une maladie de l'âme, que elle soit sous l'emprise de l'alcool ou de la colère.

Une forme de romantisme émerge souvent. On retrouve aussi des occasions de résilience, sous une plume acérée, mais fondamentalement optimiste. Ainsi la fleuriste Agatha rapporte (p. 53) les paroles de Rose : les accrocs de la vie rendent les instants de bonheur plus intenses.

Tous les ingrédients sont réunis pour qu'on dévore le roman comme un policier. Nous arpentons le décor, très minéral et pourtant fleuri à la recherche nous aussi de cette sorte de vertige comme une fleur qui cherche l'eau mais pas un vase. ( p. 75)
L'auteur a le sens des formules, parfois graves, parfois légères, avec un humour qui ne se cache pas. Les phrases ont du rythme. Les chapitres sont courts. Chacun serait presque une photographie légendée. On éprouve la sensation à la fin d'avoir feuilleté un album de famille qui aurait raconté l'histoire d'une vie.

Le vertige des falaises de Gilles Paris, Plon, en librairie depuis le 5 avril 2017

mardi 4 avril 2017

Jacques Faussat propose un menu Tequila avec la Casa Dragones

La Braisière est devenue le restaurant éponyme de Jacques Faussat qui en a refait l'intérieur dans un style qui est un mariage très réussi de rusticité et de sophistication que l'on ne soupçonne peut-être pas de l'extérieur, repeint anthracite.

La salle est une surprise, Les murs sont épurés. L'œil se pose sur les larges lattes de parquet en bois clair et brut, les murs talochés ayant préservé quelques briques et cette décoration harmonieuse évoquant la pierre.
Les tons clairs et sobres dominent dans un camaïeu de gris, taupe, marron glacé. Quelques oiseaux de cuivre, petits vanneaux, et plusieurs baleines d'argent sont posés sur les nappes. Le piano crépite en cuisine.

lundi 3 avril 2017

Noces de sang par la Compagnie La Grue Blanche

Je vais voir des spectacles où parfois le décor est si prégnant qu'on en oublie d'écouter le texte. Ici aucun risque puisque le décor est absent.

Noces de sang est d'une sobriété exemplaire parce qu'elle fonctionne. Du coup la suggestion des lieux et des espaces repose uniquement sur les épaules des comédiens. Ils sont prodigieux dans tous les registres, à commencer par le jeu, mais aussi la danse, le mime et la musique.

C'est une véritable chorégraphie qui est déployée. On s'attendrait à de classiques pas de flamenco, mais non c'est plus élaboré et le coaching de Patrice Meissirel (double champion de France tango scène et salon) est remarquable de justesse. Avec aussi des percussions corporelles qui font surgir des chevaux, le recours à des masques (imaginés et conçus par Erwan Zamor avec l’aide de la plasticienne Jenta Szejnok) pour symboliser la lune et la mort, faire en sorte que 4 comédiens seulement puissent interpréter les 16 personnages de la pièce.
Les costumes sont suspendus au-dessus de la scène pour permettre aux comédiens des changements de personnages à vue sans ralentir l'action.

Noces de sang s'inspire d'un fait divers survenu en 1928, dans un petit village andalou. Le jour de ses noces, au beau milieu de la fête, la tout juste jeune mariée s'enfuit à cheval avec son amant, poussés par un désir aussi violent que l'acharnement qu'ils ont mis à vouloir l'étouffer. Le jeune marié se lance à la poursuite des amants, guidé, sous l'écriture de Lorca, par la Lune et la Mort. Les deux hommes s'entretuent, laissant la jeune mariée seule, tâchée du sang des deux hommes.
La fin de la pièce glisse dans le fantastique avec la fuite des amants en un 
étrange ballet avec la mort, la lune et
 ceux qui les poursuivent. 
Federico Garcia Lorca était un artiste complet, virtuose au piano mais aussi bon guitariste. Il peint, dessine, déclame, chante. Et bien sûr, il est poète. En 1931, il crée une forme de théâtre ambulant, La Barraca pour faire découvrir les pièces classiques au peuple, dans les villages les plus reculés des campagnes. Noces de sang, tragédie en 3 actes, a été pour lui dès 1933 un tournant dans son œuvre dramatique et triomphe à Buenos Aires, où l'auteur séjourne plusieurs mois. Il ne la verra jamais jouée en Espagne puisqu'il sera fusillé par des Franquistes, au début de la guerre civile.

La Compagnie La Grue Blanche a adapté et créé Noces de sang au Théâtre de Nesle en Avril 2016, avant de le jouer pour 30 nouvelles dates à la Folie Théâtre, du 9 Février au 16 Avril. La réussite tient à la conjugaison d'un théâtre musical, d'un théâtre d'objets, et d'un spectacle chorégraphique.

Noces de Sang d'après Federico Garcia Lorca
par la Compagnie La Grue Blanche
Créatrice du projet : Maiko Vuillod
Mise en scène, adaptation du texte : Natalie Schaevers
Direction d’acteurs : Sandrine Briard
Avec Hélène Hardouin (La mère/ la femme de Leonardo / la lune/ chant, Romain Sandere (Leonardo/ le père/ la voisine), Erwan Zamor
 (le fiancé/ clarinette) et Maiko Vuillod
(La fiancée / violon)

A la Folie Théâtre
6 rue de la Folie Méricourt, 75011 Paris
Jeudi 19h30- samedi 18h- dimanche 16h30
Du 09 février au 16 avril 2017

dimanche 2 avril 2017

Le Cas Sneijder

Il ne faut pas être phobique des ascenseurs pour apprécier ce spectacle... Le cas Sneijder raconte ce qu'est devenu un homme après un terrible accident et l'objet est au centre des préoccupations.

Mais si Didier Long, le directeur de l'Atelier, prend la parole pour rassurer le public c'est à propos des fumées qui déborderont sur la salle et qui sont inoffensives pour la santé.

Paul Sneijder est l'unique survivant d'une chute incroyable qui a couté la vie à sa fille. Il a émergé du coma mais rien dans sa vie ne peut reprendre un cours "normal" et le brouillard n'est pas là par hasard. Il représente la confusion dans laquelle il tente de survivre.

Je devrais être mort depuis le mardi 4 janvier 2011. Et pourtant je suis là, chez moi, dans cette maison qui m’est de plus en plus étrangère, (...) repensant à une infinité de détails, réfléchissant à toutes ces petites choses méticuleusement assemblées par le hasard et qui, ce jour-là, ont concouru à ma survie.

L'homme couvre les murs de son appartement de formules mathématiques et de croquis qui font penser aux illusions anamorphiques de type trompe-l'œil ... Plus tard il s'acoquinera avec un éleveur de chiens de concours obsédés par les nombres palindromes (qui se lisent pareillement de gauche à droite comme de droite à gauche).

Les ascenseurs décident de nos vies. Leurs câbles tirent les ficelles. On le voit boiter. On sent combien il souffre psychiquement de sa position de rescapé. Ses priorités ont évolué. Sa position lui offre l'occasion d’une retraite spirituelle pendant laquelle il va remettre toute son existence en question. Il faut dire qu'il y a de quoi, entre un travail qui ne peut plus lui apporter de satisfaction, une épouse qui le trompe et des fils jumeaux qui n'ont aucune empathie à son égard.

Tout lui devient peu à peu indifférent. L'homme au bord de la folie parle à voix haute (de dos et en voix off) pour évacuer toutes les pensées négatives, parfois très drôles. Pressentant néanmoins le danger supplémentaire de l'inactivité il cherche un (petit) boulot et devient promeneur de chien. On se demandera ultérieurement qui promène qui, de l'homme ou du chien...

Didier Bezace, que l'on a connu dirigeant le théâtre de la Commune d’Aubervilliers, a mis la pièce en scène. Il y donne la réplique à Pierre Arditi, qu'il dirige pour la quatrième fois. Je me souviens en particulier des Fausses confidences de Marivaux

Didier Bezace interprète l'avocat chargé de convaincre son client de demander réparation. Paul acceptera-t-il de se battre sur ce registre ou préférera-t-il un autre terrain ?
Pierre Arditi est formidable dans ce registre d'homme blessé, mais encore capable d'humour, autant à l'égard de sa femme (qui rapporte systématiquement un poulet rôti après avoir rendu visite à son amant) que de ses garçons, que de son nouvel employeur. On ne l'avait encore jamais vu dans ce registre de drôlerie, à la limite du tragique. On comprend qu'il soit nominé pour le Molière du Comédien dans un spectacle de Théâtre privé (il a déjà reçu le Premier prix Jacques Toja pour le théâtre).
Le décor est bien pensé, signé par un de nos grands décorateurs, Jean Haas, comme ces boites que les magiciens ouvrent et referment sans cesse, faisant à chaque fois apparaitre un objet qu'on croyait perdu.

Le Cas Sneijder
D'après le roman de Jean-Paul Dubois
Editions de l'Olivier /  Editions Points
Adaptation et mise en scène de Didier Bezace
Avec Pierre Arditi, Didier Bezace, Sylvie Debrun, Morgane Fourcault et Thierry Gibault
Jusqu'au 22 avril 2017
Du mardi au samedi à 21h
Matinées le samedi à 18h et le dimanche à 15h.
(Pas de matinée samedi 22 avril)

Le cas Sneijder est un livre de Jean-Paul Dubois, paru à l'Olivier en octobre 2011
Photos Nathalie Hervieux.

samedi 1 avril 2017

Deux expositions pour le 40e anniversaire du Centre Pompidou

Alors qu'une grève titille le grand établissement public, le Centre Pompidou fête son 40 ème anniversaire au travers de 40 expositions à travers toute la France.

Deux d'entre elles sont vernies aujourd'hui dans les Hauts-de-Seine. Le Micro Onde, Centre d’art de l’Onde, et le cneai se sont associés pour proposer une double exposition, placée sous la responsabilité de Yann Chateigné et Tiphanie Blanc, tous deux nés, je crois, en 1977 (autrement dit la même année que Beaubourg).

Prenant donc comme point de départ cette année 1977, le projet rayonne en amont et en aval du temps jusqu’à nos jours, et met en relation des histoires parallèles, celle du Centre Pompidou et celle de figures actives dans l’ombre de sa création, destinées divergentes interprétées avec la collaboration d’artistes d’aujourd’hui.

La première, à Vélizy-Villacoublay s'intitule 1977. La seconde à Chatou 1977-2017 : L’encyclopédie des images de Pascal Doury. Deux façons radicales différentes de célébrer la création.

L'ensemble se proclame constellation d'un ensemble de traces éparses, de questions laissées (volontairement) ouvertes et que donc je ne chercherai pas à résoudre, me "contentant" de publier ci après quelques photos qu'exceptionnellement je ne légenderai pas en détail car l'intérêt est que vous alliez sur place vous forger votre propre opinion.

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