jeudi 28 septembre 2017

Lorenzaccio, mis en scène par Catherine Marnas


Un bouquet de roses accroché à une épée compose l’affiche de Lorenzaccio. Cette pièce est réputée injouable parce qu’elle comprend 80 personnages et 36 décors. Catherine Marnas a relevé le défi en octobre 2015 dans le TnBA/CDN de Bordeaux qu’elle dirige et la pièce est présentée en ce moment au Théâtre de l’Aquarium dans le cadre romantique de la Cartoucherie de Vincennes que j'aime beaucoup.

Sa mise en scène propose à la fois un théâtre esthétique, politique et militant, épuré en quelque sorte de son romantisme originel. C’est une version courte (de seulement deux heures), recentrée sur le propos d’Alfred de Musset.

La version a été resserrée aussi en terme de personnages. Huit comédiens, tous excellents, parviennent à jouer une vingtaine de rôles, sans compter les voix de quelques figurants.

La question du décor a été astucieusement réglée en coupant en deux la scène dans le sens de la profondeur par une estrade bordée d’un immense rideau en lames de plastiques transparentes. Les scènes se jouent devant ce rideau, ou se laissent deviner derrière, avec des voix étouffées, ce qui donne au spectateur l’impression de pénétrer dans les coulisses du pouvoir.
Ça démarre par une fête, on peut même dire une orgie, avec déguisements, perruques, attitudes trashs et lancers de pétales de roses, pour le seul "bon plaisir" du tyran Alexandre de Médicis. Nous sommes à Florence, en 1537, au cœur des turpitudes du pouvoir. Le monde politique est corrompu, vulgaire, cynique et amoral et les républicains incapables de faire face à leur devoir. Lorenzaccio se positionne alors comme un cœur juste, décidé à assassiner lui-même le despote pour rétablir la République, en jouant l’avenir à pile ou face.
Avant d’en arriver là il devra se fondre dans le décor, prendre le masque de l’ami et s’enfoncer avec lui dans l’abject, quitte à perdre en chemin toutes ses illusions... parce que Lorenzaccio est (lui aussi) un dépravé même s'il veut pourfendre le tyran. On le voit jouisseur mais sa révolte force l’indulgence. Il y a de l’ambiguïté dans son acte parce qu’au final le meurtre du Duc se révèle certes courageux, mais désespéré et… parfaitement inutile puisque rien ne change. C’est là peut-être que le romantisme reprend ses droits. L’indignation ne suffit pas à faire bouger le monde.

Il y avait beaucoup de lycéens, très attentifs le soir où je suis venue voir la pièce. Ils ont débattu avec fougue avec les comédiens et notamment de la réplique fameuse : Je jette la nature humaine à pile ou face sur la tombe d’Alexandre... (Alfred Musset, Lorenzaccio, Acte III scène 3)

Cette pièce (écrite en 1834) fait étonnamment écho à notre propre désenchantement : lutter sert-il encore à quelque chose quand les politiques semblent cyniquement ne travailler qu’à leur propre reconduction ? A chacun de juger.

Lorenzaccio d'Alfred de Musset
Mise en scène : Catherine Marnas
Avec Clémentine Couic, Julien Duval, Zoé Gauchet,
 Francis Leplay, Franck Manzoni, Jules Sagot, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon
Du 26 septembre au 15 octobre 2017
Du mardi au samedi à 20h et le dimanche à 16h.
Théâtre de l’Aquarium – Cartoucherie de Vincennes
La Cartoucherie
Route du champ de manœuvre
75012 Paris / 01 43 74 72 74
Photos Patrick Berger

On peut en ce moment voir aussi à la Cartoucherie, mais cette fois au Théâtre de la Tempête, La mort de Tintagiles, et la Vie est un songe, qui est une autre pièce éminemment politique. A signaler qu’une navette, gratuite, permet de relier le métro Château de Vincennes (Sortie n°6 du métro) et la Cartoucherie pendant 1h avant et après le spectacle.

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