mercredi 30 avril 2014

Son carnet rouge, de Tatiana de Rosnay, aux éditions Héloïse d'Ormesson

Je vous annonçais il y a quelques jours le prochain lancement d'une nouvelle collection chez Héloïse d'Ormesson autour du suspense féminin. Je ne sais pas encore s'il faut y mettre des guillemets, ni ce qui , à la longue, caractérisera le féminin du masculin que l'on connait déjà.

En tout cas le premier livre, signé Dominique Dyens, sera en librairie le 7 mai et j'ai beaucoup apprécié la Femme éclaboussée que je ne peux pas m'empêcher de lier cet ouvrage parce qu'elle est adultérine.

Cet éditeur ne chôme pas. Le mois de mai y sera très actif. Aujourd'hui c'est l'auteur fétiche de la maison, Tatiana de Rosnay, qui sort un recueil de nouvelles écrites avec une plume facétieuse, justifiant d'y voir onze nuances d'adultère.

Je me souviens de sa voix au Salon du livre 2013. Elle avait suscité une forte envie de la lire. Pourtant, mes journées n'étant pas extensibles à l'infini je n'avais pas encore ouvert un de ses ouvrages. Aussi étonnant que cela puisse être je ne fais pas partie des deux millions de lecteurs de Elle s'appelait Sarah, un livre qui remporta un succès phénoménal.

Difficile de croire que ce livre avait été refusé par d’autres maisons d’édition. Il correspondait tout à fait au type de littérature "romanesque de qualité" qu'Héloïse d'Ormesson voulait développer. Tatiana lui est restée fidèle et Son carnet rouge ne déroge pas à la règle.

Elle revisite les amours illégitimes à travers onze histoires brûlantes et interdites en interrogeant nos fantasmes : Le fruit est-il plus savoureux lorsqu’il est défendu ? L’interdit est-il synonyme de plaisir ? Y a-t-il une échelle dans la tromperie ? Et inversement peut-on l'envisager avec humour ?

Elle construit des scénarios brefs (ce sont des nouvelles) tantôt tragiques, tantôt absurdes, avec des retournements de situation et un final toujours surprenant. Et c'est la première qui donne son titre au recueil.

Comme nous sommes en 2014 les nouvelles technologies ont un rôle capital. On comprend que les téléphones portables, réseaux sociaux, SMS, clés USB et autres joujoux ruinent les velléités  romantiques. La question essentielle reste finalement celle du pardon, parfois possible, parfois inenvisageable. Et ... parfois même celle de la vengeance...

Chaque histoire se déguste avec un petit frisson.

Tatiana de Rosnay a placé une citation en exergue pour pimenter chaque histoire courte. Celle de Louise de Vilmorin (qui fut experte en la matière) est assez savoureuse : je ne veux aimer personne car je n'ai en ma fidélité aucune confiance.

Son carnet rouge, de Tatiana de Rosnay, Editions Héloïse d'Ormesson, en librairie le 30 avril 2014

lundi 28 avril 2014

Soirée Sol à la Candelaria

Ce soir je découvrais la Candelaria, un de ces bars secrets dont les adresses circulent à si grande vitesse que tout le monde les connait. Parait que celui-ci arrive au 8 ème rang mondial de je ne sais quel classement que je ne vais pas mettre en doute.

Plus sérieusement, le secret est de savoir qu'il y a une porte dérobée, qu'il faut pousser au bout du comptoir de cette minuscule taqueria.

J'ai donc frôlé les amateurs de street food mexicaine qui dégustaient des tacos et des tostadas avec abondance de guacamole. Quand je dis frôler, c'est le mot juste tant l'espace est étroit.

Il suffisait ensuite d'oser traverser la cloison pour déboucher dans un espace plus vaste où "tout se passe". Une pièce aux murs de pierres apparentes, éclairés à la bougie, dans un décor où je n'ai pas été surprise de voir s'agiter quelques squelettes. La décoration est soignée sans être ostentatoire ni anecdotique. une chose est sûre : on ne sent immédiatement ailleurs.

Qui dit bar mexicain dit bière mexicaine, en l'occurrence Sol. Je peux bien vous le dire, la soirée était dédié à ce breuvage. Mais les amateurs savent que cette marque est présente tous les jours dans ce bar qui a pour spécialité le "carbonero", un shot de tequila et de sangria maison avec une bouteille de Sol. Les sirops des cocktails sont fait maison et des DJ extérieurs sont régulièrement invités pour "ambiancer" les lieux,. Ajoutez que les prix ne sont pas trop relevés et vous aurez compris pourquoi l'endroit connait un tel succès.
Pour simplifier le service, la carte affichait aujourd'hui trois propositions de cocktail, tous conçus par Carina Soto-Velasquez, une colombienne d'origine, bartender du spot. Et les barmen officiaient de manière spectaculaire en shakant à deux mains.
On pouvait hésiter entre une version pimentée, avec le Michelada, une version douce avec El Curado ou mieux, de mon point de vue, un Cielo Colorado rafraichissant puisque l'emploi est plutôt caliente. L'avantage de réaliser un cocktail avec une bière c'est de proposer une boisson avec un degré d'alcool inférieur à celui des recettes classiques tout en assurant une pétillance sans avoir besoin de noyer la préparation avec un soda.
J'ai suivi la manoeuvre et tout noté, ce qui est une petite prouesse parce que j'ai cru avoir en face de moi un maître dans l'art du bonneteau, sauf que personne n'allait se plaindre. On gagnait à tous les coups.

Donc, pour El Cielo, que vous avez découvert en photo en haut de cet article, vous doserez 3 cl de jus de citron vert avec autant de sirop de gingembre et vous secouerez avec des glaçons et 5 feuilles de basilic. Vous verserez dans le verre de service et complèterez avec de la bière Sol. Vous poserez une jolie feuille de basilic sur le dessus avant de servir. Et si vous avez un turban de zeste d'orange cela ne nuira pas à l'esthétique.

Je vous rappelle que la bière ne se met jamais dans le shaker et que dans l'idéal on la verse en deux fois. Vous saurez tout sur la manière de la servir dans ce billet consacré à un concours de biérologie.

On pouvait aussi déguster la Sol nature et je ne résiste pas à vous donner la note du gentleman biérologue, Hervé Marziou, même s'il n'était pas ce soir en service commandé. J'adore sa façon de décrire une bière, comme on le fait classiquement d'un vin.

Il m'a d'abord fait remarquer sa transparence typique des bières mexicaines, sa très jolie couleur, comparable à une aurore, blond doré qui justifie pleinement son nom. Au nez, elle dégage une subtilité évoquant le malt, l'odeur très légère des céréales qui se courbent sous la brise chaude précédent les moissons. L'amertume y est à peine perceptible. Le houblon se devine au travers d'un bouquet floral de feuilles vertes qui n'est pas comparable avec le parfum herbacé que l'on connait.

On retrouve une finesse comparable dans sa texture, harmonique, sans acidité. Elle n'est pas très longue en bouche. On reste dans la désaltération. Et sa mousse est d'une belle couleur blanc cassé.

En cocktail, l'association avec un alcool fort lui donnera du corps et plus de parfum.

Pour les amateurs éclairés on ajoutera que la Sol est une bière de type "pils", blonde et limpide, de fermentation basse apparenté au type lager. Elle titre environ 4,5 à 5 degrés d'alcool. Elle se boit plus fraîche qu'une bière de fermentation haute, mais non glacée, généralement entre 10 et 12 degrés, afin d'en faire ressortir les arômes.

J'ajouterai pour les amateurs de story telling qu'on raconte qu'un matin de 1899, dans une petite brasserie des faubourgs de Mexico, un maître brasseur, héritier des migrants allemands arrivés dans les années 1830, a terminé l'élaboration d'une nouvelle bière.

Il maîtrisait tout le process : maltage, saccharification, houblonnage, fermentation et embouteillage. Ne restait qu'à trouver un nom au breuvage. C'est là qu'intervient la légende selon laquelle un rayon de soleil aurait filtré du toit et illuminé la bière tout juste brassée, lui donnant une couleur dorée. Ce qui justifie le nom de El Sol qui signifie le soleil en espagnol.

Cette bière légère fut rapidement adoptée par les ouvriers pour qui elle fut synonyme de détente, en comparaison à des bières européennes plus fortes. Aujourd'hui encore elle répond aux attentes des consommateurs à la recherche d’une bière de qualité, légère et rafraîchissante.

Depuis 1924, Sol a été principalement commercialisée sur le marché mexicain et son expansion internationale a commencé à partir de 1993. Elle a été racheté par Heineken en 2011 et fut relancée sur le marché français l'année dernière avec pour objectif de réaliser très vite la moitié des ventes de bières mexicaines en France. Vous remarquerez que la bouteille porte toujours une mention gravée dans le verre, Cerveceria Moctezuma, en référence à la brasserie d'origine ainsi que la date de création de 1899.
Il va sans dire que nous avons dégusté avec modération. Et que nous avons aussi grignoté. Des assiettes chargées d'excellentes petites tostadas circulaient elles aussi avec célérité.

Ce sont des sortes de tortillas, ces galettes de farine de maïs emblématiques du Mexique. Dans cette recette, elles sont garnies d'une préparation chaudement épicée à base de haricots, de poivrons rouges, de poulet, de tomates et de piment, surmontée de crudités très fraîches.

Le guacamole était également proposé entouré de totopos. C'est comme cela qu'on appelle la tortilla quand elle est frite et triangulaire. C'est toujours à base de maïs. On pouvait croquer des épis entiers de maïs doux, arrosés de beurre et accompagnés de fromage de brebis, de poudre de piment sec, de sel et de citron. Vous pouvez voir une assiette d'Elotes, ce qui signifie littéralement épis de maïs, sur la première photo.

Quant à la recette de guacamole, Carina préconise d'éplucher et de couper en petits morceaux des avocats, des tomates, un oignon rouge avant d'ajouter coriandre, sel et citron vert.
Cette recette et quelques autres ont été rassemblées dans un carnet d'idées, créé autour du concept d'Aperitivo Libre, en hommage à l'esprit d'indépendance des brasseurs mexicains. Sol a décidé de demander à la toute jeune marque de maroquinerie De Rigueur de concevoir une besace pour contenir les ingrédients d'un apéritif libre et improvisé.
J'ai rencontré Adrien Deslous Paoli qui m'a expliqué comment il avait procédé pour réussir le challenge de livrer 150 besaces en l'espace de 5 semaines, en satisfaisant trois préoccupations : transporter ses affaires de façon pratique et élégante, sans rien oublier, tout en étant libre de ses mouvements, et en puisant dans la légitimité et l'authenticité de nos artisans nationaux.

C'est l'Atelier 25 (situé 25, rue Thiers, 59230 Saint-Amand-les-Eaux) qui a assuré la réalisation.

L'objet est fait à la main, sans aucune poche, brute. Son cuir de buffle, de pleine fleur, dit "de collet", très résistant, au grain naturel, est graissé pour un look vintage. Ses dimensions, 35 x 30 x 8 cm permettent de contenir tout pour un apéritif improvisé et chaleureux : une couverture ethnique, pour s'installer, une boite en métal pour y glisser des tapas, un guide complet fait avec Carina. Elle y révèle ses meilleurs spots parisiens, ses recettes de cocktail et de street food mexicaine (je vous en ai donné quelques-unes) et ses secrets pour recréer une ambiance authentique.

Le principe est de placer ses bouteilles Sol dans la besace au dernier moment en espérant que le soleil soit de la partie. Cet objet a été réalisé comme vous vous en doutez en édition limitée. Seulement 150 exemplaires, qui ne sont commercialisés qu'à la Candelaria au prix de 185 €.

De Rigueur a d'autres projets. Adrien et son associé, tous deux étudiants de l'EDHEC, ont bien analysé les comportements masculins. Les hommes ne savent pas où mettre leurs "petites affaires". Entre leurs poches prêtes à craquer ou le sac à main de leurs femmes, s'ils ne sont pas seuls... En retrouvant dans le grenier familial le baisenville de son grand-père le jeune homme a eu l'idée de remettre au jour du jour cet article tombé en désuétude.
Le design a été épuré. Le choix du cuir est soigné. Les nouvelles technologies seront intégrées, permettant par exemple de recharger son téléphone portale. Il m'a montré le prototype qui sera lancé en fabrication dès que la jeune entreprise aura réuni les fonds nécessaires.
Candelaria
52 rue de Saintonge, Paris 3e
Tél : 01 42 74 41 28
La taqueria est ouverte non-stop tous les jours, et sans réservation, du dimanche au mercredi de 12h30-23h et du jeudi au samedi de 12h30-00h.
Brunch tous les samedis et dimanches entre 12h30-16h00
Le bar est ouvert tous les jours de 18h00-2h00 et il est possible de réserver une table pour 5 personnes maximum à partir de 18 heures et jusqu'à 22 heures. Mon conseil est soit d'arriver tôt en soirée parce que les places sont prises d'assaut soit de réserver.

dimanche 27 avril 2014

Julia et Une promesse, un livre et un film magnifiques

J'ai eu envie de mettre en parallèle un roman et un film pas seulement en raison du cadre historique, une guerre mondiale, mais surtout parce que ce sont deux "love stories" qui semblent impossibles et qui pourtant sont de belles histoires, surtout la seconde.

Il ne faut pas penser qu'un contexte défavorable explique un échec. La structure psychologique des personnages est déterminante. Comme dans le film Sur la route de Madison où le "devoir" est un alibi à ne pas changer de vie.

La grande différence entre Julia et Une rencontre c'est la manière dont les personnages subissent ou luttent contre le poids de l'interdit.

Commençons par le livre. J'ai surtout aimé la façon que l'auteur, Otto de Kat (pseudonyme de Jan Geurt Gaarlandt, éditeur chez Uitgeverij Balans à Amsterdam) a eu d'écrire un roman en le transformant en intrigue policière.

Je ne peux pas vous révéler son procédé mais il m'a semblé que son activité de critique littéraire a du l'influencer. Il est connu dans son pays et ses romans ont tous été favorablement accueillis et nominés pour plusieurs prix littéraires.

Il a écrit Julia en 2008. La traduction française est sortie en mars 2014.
Un dimanche après-midi, Christiaan Dudok, soixante-douze ans, est retrouvé mort par son homme à tout faire. Qu’est-ce qui a pu pousser cet homme à la vie apparemment sereine et rangée à en finir ?
En 1938, le jeune Dudok arrive de sa Hollande natale à Lübeck, en Allemagne du Nord. Il a obtenu de son père une année de répit avant de prendre la succession de l’usine familiale. Il fait la rencontre de Julia Bender, esprit libre et femme intrépide, dont il tombe éperdument amoureux. Mais les nazis sèment la terreur et Julia est pourchassée : elle disparaît après avoir conjuré Christiaan de ne pas chercher à la retrouver. Trop docile, celui-ci rentre aux Pays-Bas où, toute sa vie, il sera hanté par le souvenir persistant des occasions manquées et d’une liberté à peine entrevue.
Un roman d’amour bousculé par la guerre, où les personnages sont déchirés entre anticonformisme et soumission, entre héroïsme et lâcheté ordinaire.
C'est par toutes petites touches que l'auteur nous amène à percevoir les sentiments qui unissent les deux jeunes gens : Allait-il oser, maintenant, lui prendre la main ? (...) Il ne l'avait pas touchée, mais peut-être tout de même atteinte. (p. 27)

Le récit des événements ne suit pas l'ordre chronologique. Le procédé participe à faire monter la tension. A tenter de situer le moment où les destins ont pris une trajectoire opposée. A se prendre au jeu de la recherche du grain de sable qui, peut-être sera chassé in extremis. On connait la fin dès les premières lignes. Pourtant on a très envie de comprendre ce qui s'est réellement passé.

Ce sont les ressorts psychologiques qui retiennent le plus mon attention. Mais Otto de Kat a une manière tellement suggestive de faire vibrer les paysages en sollicitant notre odorat et notre oreille que les descriptions procurent aussi un vrai plaisir de lecture.

Julia est une femme libre mais sa volonté ne suffit pas. Elle somme Christian de quitter l'Allemagne pour rentrer en Hollande : Tu dois me promettre de prendre tout de suite le train, aujourd'hui même. Ne cherche pas à me retrouver, pars tout de suite, sinon tu vas me mettre en danger. (p. 54)

C'est le premier domino qui tombe ... La suite, je vous la laisse découvrir.

La promesse est toute autre dans le film de Patrice Leconte. Une jeune femme réalise qu'elle est éperdument amoureuse du collaborateur de son mari quand il est envoyé en mission au Mexique. Elle lui assure alors qu'à son retour elle sera à lui.

Le séjour est prévu pour deux ans. Il durera bien davantage. et comme pour Julia la question essentielle sera de savoir si le désir amoureux peut résister au temps.

Une promesse n'est pas un film de plus sur le triangle amoureux où un jeune homme abandonnerait sa gentille amoureuse pour ravir le coeur d'une femme mariée, où la femme se noierait dans un romantisme stérile et où le mari aurait le mauvais rôle.

Patrice Leconte a eu un coup de coeur pour une nouvelle écrite par Stefan Zweig en 1929. Le voyage dans le passé est une histoire d'amour contrariée sur fond de Première guerre mondiale. Elle se termine mal, en théorie. Le réalisateur a préféré aménager la fin et je lui donne raison d'avoir osé une adaptation personnelle.

Monsieur Hire, le Mari de la coiffeuse, la Veuve de Saint-Pierre, Tandem, Ridicule, les Bronzés ... le moins qu'on puisse dire est qu'il est impossible d'associer Patrice Leconte à un genre en particulier.

Il nous avait surpris en 2012 avec l'adaptation du Magasin des Suicides en film d'animation. Certains avaient adoré. J'avoue que j'avais largement préféré le livre de Jean Teulé.

Une promesse est à mon avis le film le plus abouti. Parce que les silences y sont aussi importants que les dialogues. Rien n'est dit. Tout est vécu. C'est frappant comme il a l'art de capter une émotion à travers un infime mouvement du corps ou du visage. Le non dit s'exprime par un geste, un regard, un sourire avec une douceur qui n'est jamais ennuyeuse.

Ne parlant pas un mot d'allemand, Patrice Leconte a tourné (pour la première fois) en anglais puisqu'il travaillait avec des acteurs britanniques : Alain Rickamn (Herr Hoffmeister le mari, Reagan dans le Majordome, le professeur Severus Roguedans la série des Harry Potter), Rebecca Hall (Lotte), Richard Madden (Friederich Zeitz, le secrétaire particulier, Game of Thrones), Maggie Steed (Frau Hermann, la secrétaire).

Certes les comédiens sont exceptionnels. Mais en assurant aussi le cadre (et ce n'est pas commun chez tous les réalisateurs) il place le spectateur au plus intime de la relation amoureuse au sein du trio. La lenteur devient lourde de sens et c'est très agréable d'être en symbiose avec chacun des protagonistes comme si on partageait alternativement leurs pensées.

Même quand il y a conversation c'est avec une économie parfaite et pourtant lourde de sens. Cela peut être faire la confidence du nom de son parfum, Heure bleue de Guerlain. Cette litote : Te dire quoi que tu ne savais déjà ?  Ou encore la promesse dite à l'enfant, avec l'intention que la mère l'entende : Je promets que je reviendrai.

Et des années plus tard :
- je t'ai pas fait trop attendre ? 
- je te préviens, ta chambre est restée la même, rien n'a changé.
- toi non plus (...) c'est comme avant (...) sauf nous.

Je ne vous dirai pas les deux dernières répliques qui à elles seules valent que vous alliez voir le film.

Julia de Otto de Kat, Libella-Maren Sell, littérature étrangère, mars 2014
Une promesse de Patrice Leconte, avec Alan Rickman, Richard Madden, Rebecca Hall

samedi 26 avril 2014

Adam et Thomas, premier roman pour la jeunesse d'Aharon Appelfeld


(mise à jour 29 novembre 2014)

Aharon Appelfeld a l'âme d'un enfant, l'expérience d'un homme et la sagesse d'un philosophe. Alors, forcément, quand il se décide (enfin !) à écrire pour la jeunesse il nous tend un livre qui a la valeur universelle des contes et la limpidité d'un récit initiatique, au-delà de la folie guerrière et de l'antisémitisme.

Il est probable que la traduction de Valérie Zénatti qui le connait très bien (et qui est elle aussi auteur aussi bien pour la jeunesse que pour les adultes) n'est pas fortuite dans la facilité de lecture. Quant aux illustrations de Philippe Dumas, elles sont d'une justesse bouleversante.

Adam et Thomas est bien davantage qu'un livre de littérature jeunesse. C'est un passeport pour un large public à partir de 8 ans, peut-être même un peu en deçà, pourvu qu'un adulte soit médiateur. Et bien entendu largement au-delà des 12 ans préconisés par l'éditeur.

Ce n'est pas un hasard si ce livre a été élu meilleur livre jeunesse de l’année par le magazine LIRE.

Une rencontre est organisée par l'Ecole des loisirs le lundi 26 mai 2014 à 19 h30 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme qui affiche déjà complet (lire le compte-rendu ici). L'annonce d'une conversation entre l’auteur et la traductrice avec des lectures par Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie-Française, a immédiatement suscité l'enthousiasme. J'ignore si c'est pour l'auteur ou pour le comédien (qui lui aussi est romancier) et je me demande si les inscrits auront lu le livre mais ce succès est mérité.

Aharon Appelfeld s'est inspiré de sa propre histoire. Lorsqu'il s'est enfui à l'âge de 8 ans d'un camp de concentration, il a survécu plusieurs mois en se cachant dans les bois. Mais c'est surtout pour la portée universelle de la narration que le livre m'a touchée.
Quand la mère d’Adam le conduit dans la forêt, elle promet de venir le chercher le soir même. " Aie confiance, tu connais la forêt et tout ce qu’elle contient ", lui dit-elle. Mais comment avoir confiance alors que la guerre se déchaîne, que les rafles se succèdent dans le ghetto et que les enfants juifs sont pourchassés ?

La journée passe. Adam retrouve Thomas, un garçon de sa classe que sa mère est également venue cacher là. Les deux gamins sont différents et complémentaires : Adam sait grimper aux arbres et se repère dans la forêt comme s’il y était né. Thomas est réfléchi et craintif. À la nuit tombée, les mères ne sont pas revenues. Les enfants s’organisent et construisent un nid dans un arbre. Ils ignorent encore qu’ils passeront de longs mois ainsi, affrontant la faim, la pluie, la neige et le vent, sans oublier les questions essentielles : qu’est-ce que le courage ? Comment parlent les animaux ?

D’où vient la haine ? À quoi sert l’amour ?
La vérité historique n'est pas l'objectif principal. On apprend que les faits se déroulent juste après la victoire de Stalingrad. L'armée allemande bat en retraite (p. 101). Cela permet d'espérer la fin de la guerre bien que la barbarie continue de régner.  Le lecteur reste cependant tenu en haleine, surtout nous, adultes, qui avons gardé en mémoire le Journal d'Anne Frank : on sait bien que beaucoup décédèrent encore juste avant la Libération.

J'ai pensé aussi au tout petit (en nombre de pages) livre d'Elzbieta sur la bêtise des hommes dressant une haie d'épines entre deux enfants qui s'aiment dans l'album Flonflon et Musette. Quand on sait que ce livre a été vilipendé à sa sortie pour son pessimisme parce que Elzbieta y écrit en substance que la guerre ne meurt jamais tout à fait, et qu'il faut rester vigilant pour que la violence ne reprenne pas le dessus ! L'album a reçu plusieurs prix et a fort heureusement été intégré dans la sélection au programme de l'Education nationale.

Pour revenir à Adam et Thomas, je regrette qu'Aharon Appelfeld n'ait pas intitulé Adam, Thomas et Mina car la petite fille y joue un rôle déterminant. A travers ce personnage, l'auteur démontre que les actes sont plus importants que les paroles. La petite fille ne parle pas mais elle agit. Sans son courage les deux garçons seraient morts de faim. Inversement elle leur devra la vie et c'est seulement lorsqu'elle est sauvée qu'elle ouvre la bouche.

Tout en étant un cadre réel, la forêt apparait très vite comme le substitut du ventre maternel. La manière dont les deux enfants s'y prennent pour rester en vie n'est pas le plus important. C'est leur simplicité à formuler des interrogations philosophiques auxquelles les adultes ont (trop souvent) renoncé qui donne toute sa force au récit et une dimension mythologique.

Par exemple, à travers des questions formulées par Thomas comme celle-ci : un homme croyant est-il différent d'un homme ordinaire ? (p. 37) Adam lui répond qu'il ne le croit pas. Son grand-père lui a dit que tous les hommes ont été créés à l'image de Dieu. (...) Et s'il est interdit de voir Dieu, il faut faire ce qui est bon à ses yeux.

Thomas est un petit garçon qui souffre que les sentiments pèsent parfois. Il a toujours une formule pour expliquer la complexité. Ainsi il définit l'égoïsme comme étant l'amour de soi-même. Un amour trop grand (p. 38)
Adam a une relation très forte avec sa mère. Il reste persuadé que les mamans font tout ce qu'elles peuvent. Il est toujours confiant, estimant que dans la forêt il y a tout ce qu'il faut (...) Hier nous avons fait le premier pas, le plus important, nous nous sommes construit un nid.

Les enfants ne souffriront pas de la soif. Ils découvrent vite de l'eau (et comment se procurer du lait). Par contre la faim leur donne le vertige, leur faisant perdre la raison. Les nuits deviennent trop froides mais allumer un feu leur ferait courir un danger encore plus grand.

Malgré tout chaque découverte est source de bonheur. Les heureuses surprises se succèdent, même toutes simples comme avec des grenouilles. Ils observent que les écureuils ont des gestes qui ressemblent à ceux des humains. (p. 57)

Les enfants vivent dans la clandestinité et sont presque sans protection mais ils n'oublient jamais les valeurs qu'ils tiennent de leurs familles et sont toujours prêts à aider un homme en détresse. Les difficultés ne sont pas occultées. Cependant Aharon Appelfeld a tenu à terminer sur une fin heureuse.
Rares sont les pages présentant uniquement du texte. Illustrations et mots se répondent avec délicatesse. Les images de Philippe Dumas apportent un souffle de légèreté et de tendresse. On retrouve sa manière très personnelle de dessiner des fruits rouges. Il avait illustré la chanson du Temps des cerises il y a presque 25 ans.
Le nid où se réfugie les enfants apparait à coté d'une très jolie mésange charbonnière (p. 33). Et la cuisine du début du livre est très évocatrice du bonheur familial. Il n'hésite pas à faire aussi des dessins angoissants pour exprimer des sentiments très forts, surtout en ce qui concerne Mina.

Voilà donc un livre que je recommande, à tous les âges, à l'instar, pour les adolescents et les adultes, d'un autre livre, écrit par Valérie Zenatti, Une bouteille dans la mer de Gaza.

Adam et Thomas d’Aharon Appelfeld, traduit de l’hébreu par Valérie Zenatti, illustré par Philippe Dumas, l'Ecole des loisirs, mars 2014

Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, 71, rue du Temple – 75003 Paris

jeudi 24 avril 2014

Tierra de Amor à Bobino

Tierra de Amor est annoncé comme un cocktail de danses latines, sensuelles et rythmées, ce qui est l'exacte vérité.

Je suis allée ce soir voir ce spectacle à Bobino, la célèbre salle de music-hall de Montparnasse, au 20, rue de la Gaîté, dans le 14e arrondissement de Paris. Il y eut là une guinguette, un café-concert, avant que la salle devienne un music-hall au lendemain de la Première Guerre mondiale et soit détruite en 1985, puis reconstruite.

Joséphine Baker, Léo Férré et Barbara y connurent d'énormes succès. C'était la salle de prédilection de Georges Brassens. Il y venait en voisin, alors qu'il logeait chez Jeanne, au 9 impasse Florimont. Sa statue, conçue par Olivier Delobel, y fait halte et nous accueille en bas des marches. 

Isis Figaro y présente jusqu'au 8 juin un spectacle qui a conçu est l'aboutissement de quatre années de travail et la première avait été présentée à Saint Mandé en décembre 2012. Il a fallu ce temps pour mûrir le projet. Tout s'est accéléré dans les dernières semaines et le casting définitif intègre de nouveaux venus dans la troupe pour pallier les indisponibilités de quelques-uns.

C'est un enchainement de séquences autour de presque toutes les danses latines et tropicales pour raconter une histoire qui n'est qu'un prétexte dramatique. Ce qui est important c'est de partager la passion de cette chorégraphe qui me confiait après le spectacle et avec sincérité : la danse c'est toute ma vie !

Cela commence par un ballet dans une dominante de rose où Isis est ondoyante et ondulante. Le sourire qui éclaire les visages de tous les danseurs est absolument éclatant.

Le spectacle se poursuit avec trois musiciens et leur tambour, un ka qui est l'instrument de musique traditionnelle guadeloupéenne. Il est fait d'un tonneau en bois recouvert d'une peau de chèvre sur un coté et il est utilisé pour jouer le GWo Ka. C'est une danse (on prononce groka) née dans les Caraïbes durant la période de l'esclavage dans les plantations pour exprimer la résistance, l'évasion et bien entendu la vie.

Le public, conquis d'emblée par les musiciens, frappe dans ses mains. On dirait du Xenakis me souffle-t-on ... j'hésite entre Psappha et le premier mouvement de Persephassa. Je pense plutôt aux tambours du Bronx que Jean-Paul Goude avait faits venir pour accompagner la locomotive de la Bête humaine du défilé du Bicentenaire de la révolution française. Chacun ses références.

En tout cas les percussions des trois musiciens sont parfaitement synchrone, alternant des frappés puissants avec des frappés doux qui transportent le public. Les danseurs habillés de madras ont les pieds nus. Le groka est une danse très physique, tonique, sensuelle et joyeuse.

Le piano succède à la musique traditionnelle pour nous dire qu'être un exilé c'est faire un pacte avec le monde. Danseurs et danseuses sont ensuite simplement assis dans le noir et seules leurs jambes bougent, comme des doigts qui survoleraient un clavier ou pinceraient les cordes d'une guitare. Les visages resteront invisibles même au salut.

Le sourire disparait du visage avec le tango suivant et l'on regrette que l'homme danse solitaire.

La troupe revient dans des costumes aux couleurs de bonbons acidulés qui évoquent les teenagers dansant la lambada dans les années 90 en souplesse au pas cadencé. C'est très technique, ultra disco mais finalement moins sensuel. Il n'y a aucune critique à faire au travail effectué sur les costumes par Antoine Saffray et le Studio Acapulco Paradiso. Pour chaque tableau les couleurs éclatent en harmonie avec les musiques. Plus tard, la robe blanche d'Isis qui se métamorphosera en nymphe est un vrai bijou.
Leurs succèdent Isis en robe turquoise et Julio en veste blanche dans une évocation digne d'une compétition internationale de patinage artistique avec des croisements de jambes audacieux. La scène s'achève une rose entre les dents.
L'amour est un oiseau rebelle que nul ne peut apprivoiser ... Le duo suivant rappelle sans conteste Carmen de Bizet et les plumes de boa rose ont voleté. Julio Garrido est le premier assistant chorégraphe. Il dansera plusieurs tangos en duo avec Isis. Stéphane Michaut est son second partenaire, et non moins méritant.

Un faux combat entre deux danseurs d'origine asiatique mimera ensuite une sorte de kung-fu très sautillant. Et on enchaine avec les costumes parme, dorés et noirs, ou rouge. C'est encore très rapide, joyeux, rythmé. Le tango fait penser à  Carlos Gardel, référence inoubliable. Jusqu'au retour d'Isis en lamé nude dans une chorégraphie qui révèle une tigresse avec une montée dramatique progressive qui enthousiasme le public.

Le duo ne craint pas l'acrobatie avant le retour de la troupe qui chante en créole sur un air de Gwo Ka. On appréciera aussi deux danseurs faisant se heurter leurs boules tac-tac comme des claquettes.

Jolie émotion d'Isis chantant en créole je l'aime à mourir dans une robe blanche puis en dentelles sur Europa qui fut le plus grand succès de Santana avant d'enchainer sur un air de Niagara en rose et turquoise.
La salsa portoricaine annonce le final. Les meilleurs spectacles ont une fin. La seule frustration que l'on ressent dans la salle c'est d'être rivé à son fauteuil. Plus on avance dans la soirée et plus il est difficile de rester sage. Ce soir, pour la première fois, Isis a eu l'idée de faire signe au public de rejoindre la troupe au rappel. Une simple invite de la main qui fut immédiatement comprise. Quelques minutes plus tard il y avait presque autant de monde sur scène qu'au parterre.
L'ambiance était à la fête. Les danseurs étaient les premiers surpris de la capacité des spectateurs à s'exprimer à leur coté et ils l'ont ressenti comme un cadeau. Isis m'expliqua plus tard que c'est parce qu'elle a été surprise de voir le public applaudir debout qu'elle a eu cette envie soudaine de l'inciter à danser puis à la rejoindre. Ce fut spontané. On a même vu quelqu'un se déhancher joliment sans lâcher un sac en papier qui devait rassembler les courses de la journée. Le plaisir fut tel qu'il y a fort à parier que cela va se reproduire. Je vous aurai prévenus. Tenez vous prêts !

Si vous souhaitez vous préparer, entrainez-vous à la salsa portoricaine ou au merengue.

Le public est reparti joyeux, libéré des tensions. Beaucoup disaient n'avoir pas vu une telle énergie depuis longtemps.

Isis Figaro est une française d'origine guadeloupéenne. Elle s'est formée au USA et elle a créé en 1998 une école qui a remporté très vite un succès phénoménal au 40 rue de Cîteaux, 75012 Paris. Elle travaille à ce spectacle depuis des années et le résultat se tient de bout en bout. Comme un bouquet, respectant l'éclectisme parmi l'ensemble des rythmes latinos, africains et contemporains : salsa, samba, tango, boléro, cha-cha-cha, merengue, gwoka, reggaeton…

Tierra de amor, les vendredis et samedis à 21 heures, les dimanches à 16 h 30
A Bobino, 20, rue de la Gaîté, 75014 Paris
Jusqu'au 8 juin.

Des photos du spectacle seront ajoutées lorsque je les aurai reçues.

mercredi 23 avril 2014

Autres coups de coeur entendus à la radio

J'avais mis en ligne au début du mois l'émission du 26 mars.  La transformation des extraits audio en fichier video pour les inclure sur le blog a continué depuis de se faire progressivement.

La chaine A bride abattue se complète sur You tube.

Voici la dernière disponible

Pour information, vous pourrez ensuite lire la critique de Histoire naturelle de Nina Léger sur le blog. Elle a été publiée le jeudi 3 avril. Et le livre de Laure Naimski, En kit le  le jeudi 13 mars
J'avais vu l'exposition Nuit au Museum d'Histoire naturelle à son ouverture en février. Elle se poursuit jusqu'au 3 novembre 2014.
Je racontais ma visite du Parc zoologique de Paris dans un billet paru le 5 avril.
Quant au spectacle Fabrice Luchini et moi d'Olivier Sauton, je suis allée ensuite le voir le 16 avril.

J'espère que l'émission vous aura apporté un complément d'information et je vous remercie de me laisser vos avis, critiques et suggestions en commentaires ou à l'adresse mail abrideabattue@orange.fr

Grand merci à Thomas pour avoir transformé le fichier audio en vidéo et à Yves Chevalier qui m'ouvre le micro de "Théâtre sans Frontières", l'émission réalisée par Daniel Graisset. Le rendez-vous est bimensuel et il est programmé de 11 heures à midi, sur les ondes de Radio Fréquence Paris Plurielle sur 106, 3 FM.

mardi 22 avril 2014

La femme éclaboussée de Dominique Dyens aux éditions Héloïse d'Ormesson

Pour le lancement de sa collection, Suspense, Héloïse d’Ormesson a eu la très bonne idée de rééditer le livre de Dominique Dyens, La Femme éclaboussée qui se trouve être aussi son premier roman, et qui est un petit bijou en matière de thriller. Et cela en toute légitimité puisque à l’époque l'éditrice de l'auteur chez Denoël se trouvait être … Héloïse d’Ormesson elle-même.

Le début en résumé :
La vie de Catherine Salernes semble bien morne et monotone dans son élégant appartement du 17e arrondissement de Paris. Le contact avec ses deux enfants est difficile. Son mari ne la regarde plus. Son odieuse belle-mère lui rappelle sans cesse qu’elle est née pauvre. Lorsqu’elle prend un jeune amant, bien que folle amoureuse, elle n’a qu’une crainte : que quelqu’un apprenne sa liaison avec Olivier, qu’elle soit contrainte de divorcer et de retrouver son ancien statut social. Un matin, elle reçoit la lettre anonyme d’un maître-chanteur, et tout bascule…
C'est un bijou parce que Dominique Dyens a pétri ce livre dans le pot de la bourgeoisie où se complaisent des personnages à la psychologie empesée à qui l'on souhaite de perdre leur superbe. Parce qu'il est épicé d'autres personnages qui parviennent (avec plus ou moins de bonheur) à se libérer de cet univers comme Catherine Salernes dont le premier acte de rébellion sera d'ouvrir une boutique de cadeaux dans le 7ème arrondissement de Paris avant de parvenir complètement à "oser être ce qu'elle est".

S'il fallait le résumer à travers une question j'interrogerai : qu'est-ce qu'une salope ? En fait je devrais le formuler au masculin : qu'est-ce qu'un salaud ?

La vie étriquée de Xavier Bizot, le banquier de la jolie dame, nous est décrite (p. 62-63) en des termes qui ne susciteront aucune empathie chez le lecteur en apprenant que le fil qui tenait leur amour commun a cassé. Et si cette petite phrase provoque une appréhension c'est parce qu'on a compris que l'homme fera payer une innocente pour toutes les autres (guère plus coupables d'ailleurs). On découvrira plus tard l'horrible chose vécue par la fille de Catherine. Il y avait de quoi en faire une dépression ou sombrer dans une folie capable d'emporter tout sur son passage, enfin presque.

Ne vous étonnez pas d'y trouver des francs, c'était encore la monnaie officielle en 2000. J'ignore comment le roman fut accueilli lors de sa première parution cette année-là. J'imagine que la crudité de certaines scènes a dû faire sensation. Le roman a une dimension érotique qui est bien dans le ton de l'album, Erotisme, Cantique 25.7, de Daniel Chenevez qui faisait l'objet du billet publié hier.
Je défie quiconque de trouver un gramme de vulgarité sous la plume de Dominique Dyens. C'est d'ailleurs sa force : on ne peut rien lui reprocher. On a même du mal à croire qu'elle nous a livré un roman et pas le script de Faites entrer l'accusé ou d'une autre histoire du genre tant tout semble vraisemblable. Avec un art de la scénographie qui évoque Simenon, mais en moins sombre, ou Claude Chabrol mais en moins angoissant.

Il y a certes une victime principale mais elle n'est pas la seule à souffrir et personne ne sortira réellement gagnant dans l'histoire. Je peux bien vous le dire, il y aura un meurtre ... et plusieurs crimes, au sens juridique du terme. Le lecteur les constatera au fur et à mesure, imbriqués l'un dans l'autre comme des matriochkas. Rien d'étonnant pour une histoire qui s'enracine dans un contexte familial.

On entend des voix. Dominique Dyens nous livre le récit des faits tantôt par de son point de vue, tantôt de celui d'Henriette, la fidèle gouvernante, qui "laisse trainer ses oreilles partout mais garde les yeux dans la poche de son tablier" (p. 93).

Il y a des personnages qui ne disent rien, comme celui de Monsieur, l'époux, en toute logique puisqu'il "fait celui qui n'est jamais au courant de rien".

Les indices sont difficilement décodables et cela participe au plaisir de lecture. La psychologie de l'inspecteur de police m'a laissé entrevoir un autre dénouement. Du coup l'épilogue apporta une ultime surprise.

Catherine et Olivier seront-ils des amants maudits ? Je gage que la Femme éclaboussée donnera envie de découvrir d'autres livres du même auteur comme Lundi noir, avec lequel on peut trouver des points communs et que j'avais chroniqué en octobre dernier.

Dominique Dyens vit à Paris. Elle est l'auteur de six romans dont le décapant Éloge de la cellulite et autres disgrâces. Elle écrit également pour le cinéma et la jeunesse. Son site est très complet.

La Femme éclaboussée de Dominique Dyens, éditions Héloïse d’Ormesson, ressort en librairie le 7 mai 2014

lundi 21 avril 2014

Érotisme, Cantique 25.7, le nouvel EP de Daniel Chenevez, ex Niagara

Qui ne ne souvient pas de Niagara ? L'amour à la plage et ses rythmes afro-cubains, Quand la ville dort, Je dois m'en aller, et surtout le magnifique Pendant que les champs brûlent qui est une très belle séquence du très sensible film Gabrielle que je vous recommande sans aucune réserve.

Les chansons de Niagara ont inondé les dance-floors pendant cinq ans, de 1985 à 1990 et leurs clips ont marqué les esprits. C'était Daniel Chenevez qui les réalisait. Mais c'était Muriel Moreno qui chantait, en y jouant un personnage sexy évoquant l'héroïne de bande dessinée Barbarella.

Le duo s'est séparé. Un autre couple mythique, les Rita Mitsouko, a continué à tracer la route jusqu'à la mort de Fred. Daniel, de son coté, participa à divers projets, sortit deux albums pop ou electro, "Excentrique" puis "Hypnose".

Il n'a cessé d'écrire des chansons que ce perfectionniste remodèle à l'infini. Il approfondit ses arrangements pendant des lustres, notamment son écriture de cordes dans la perspective d'un nouvel album.

Après quelques jours de travail au studio ICP de Bruxelles le mixage est réalisé avec Dominique Blanc-Francard auquel il maintient une fidélité de longue mémoire. Le résultat est arrivé sur les plateformes de téléchargement il y a quelques jours, le 17 avril pour être précise, avec un nouvel EP intitulé "Érotisme, Cantique 25.7".

Ce mini-album contient six pistes dont le single "Sans raison aucune", et "Alors la nuit", en streaming sur YouTube.

C'est Daniel Chenevez qui naturellement a réalisé le clip de "Sans Raison Aucune". Il l'a voulu en noir et blanc pour stimuler l'imagination du public potentiel et a tourné des séquences pour assurer une promotion pensée comme susceptible d'être torride. A chacun de juger.

Pour ma part j'ai préféré l'écouter et j'ai noté pour vous quelques brefs extraits :

Alors la nuit (track 1) j'ai trouvé des baisers tombés du camion que j'ai déposés sans façon entre les points de suspension (...) tu me joues la fontaine d'Anita Ekberg

Sans raison aucune (track 2) j'invoquerai l'air que tu consumes (...) le long des plaines

Quand Rien ne résiste (track 3), la messe est dite mon amour (...) on cherche l'accord en gammes vénéneuses, aux arpèges soyeux, d'étreintes scandaleuses.

Sur tes lèvres (track 4) (...) je me rêve avant que le soleil ne se lève (...) j'attendrai la rivière au milieu du désert.

Demain ne le sera jamais (track 5) (...) c'est à vous que je voue (...) 

Daniel Chenevez affirme son goût pour toutes les formes de musique en invitant les 32 cordes de l’Orchestre de la Radio Macédonienne pour les deux tiers de l'EP. Il fait malgré tout une place conséquente à l'électronique, tout en osant le surgissement humoristique de quelques accords joués aux grands orgues.

Les paroles sont élégamment érotiques, fidèles à la promesse du titre de l'album. Les références culturelles sont multiples, depuis la scène culte de la Dolce Vita, la piste de danse filmée par Sydney Pollack dans On achève bien les chevaux, jusqu'à la personnalité de James Bond en passant par des allusions probablement inconscientes aux textes des chansons culte duo patrimonial Niagara.

Un peu inégal en terme de puissance vocale, les notes peuvent parfois monter dans les aigus comme adopter une cadence chaloupé comme sur Le marié du parvis des églises (track 6). On a envie de prédire un succès au très beau Sur tes lèvres qui donne vraiment envie de danser. Et comme les textes sont très recherchés on prend vite plaisir à l'écouter en boucle et à laisser la voix opérer la séduction.

dimanche 20 avril 2014

Poêlée de cerfeuil tubéreux

Connaissez-vous le cerfeuil tubéreux ? Il a un petit goût sucré évoquant à la fois la pomme de terre et la châtaigne. On ne consomme que son tubercule. Encore rare, on commence à le retrouver sur les marchés bio. C’est un de ces légumes anciens raffinés qui refait surface.

Le cerfeuil tubéreux peut se consommer cru ou cuit. Je crois que je le préfère cru mais il est raffiné en purée ou en accompagnement d'une belle tranche de gigot par exemple, puisque c'est une viande "de saison".

Il n'est pas compliqué à préparer. Une poêlée de cerfeuil tubéreux à l’ail et au persil c'est rapide (10 minutes chrono en comptant le temps d'épluchage), simple et délicieux, alors on s’y met ?

Il vous faudra pour deux personnes environ 15 bulbes de cerfeuils tubéreux
quelques brins de persil frisé ou plat, c'est question de goût
2 gousses d’ail
une bonne huile d’olive
sel, poivre à votre convenance

On brosse, lave et épluche les cerfeuils tubéreux. On les coupe en rondelles. On les fait cuire environ 10 minutes en mélangeant de temps en temps dans une poêle de type wok avec un filet d'huile d'olive.  dans l'idéal, si la poêle le permet on ne mettra l'huile qu'après, sur les légumes braisés.

On peut préférer d'ailleurs une huile de colza vierge, au parfum herbacé qui permettra de se passer de persil.

On ajoute l’ail et le persil hachés en fin de cuisson, et on mélange.

On assaisonne du sel et du poivre de son choix. Un poivre de Penja, au parfum boisé, ou un poivre sauvage Voatsiperifery fera toute la différence. Il faut en tout cas bannir le poivre moulu d'avance qui n'est qu'une poudre insipide. Et rien ne vaut le mélange que l'on se compose soi-même.

Il y a de très bons produits chez Terre exotique, Saravane ou pour les parisiens chez Bruno, 30 rue Tiquetonne dans le 2ème arrondissement. Vous pouvez même y aller de ma part.

samedi 19 avril 2014

Encore deux semaines pour visiter Astralis à l'Espace culturel Vuitton

J'avais annoncé l'exposition de l'Espace Culturel Vuitton dès son vernissage mais je n'avais pas encore légendé les photos de l'article que je reprends aujourd'hui. Il n'est pas trop tard pour visiter Astralis qui est consacrée à une particularité du fait artistique rarement abordée et peu connue : les visions associées au domaine de l'Astral.

Autre nom de l'Invisible, l'Astral convoque les motifs du céleste, du subtil et des outre-mondes, écrit Pascal Pique, le commissaire de cette exposition très belle et très troublante.

Dans le hall Basano, David Altmejd présente la Galerie du masque, une sculpture monumentale et macabre de six figures ailées en plâtre qui forment une ronde.

Ceux qui ne connaissent pas encore l'Espace culturel (dont je rappelle que l'accès est gratuit et que l'accueil y est toujours extrêmement chaleureux) découvriront l'endroit en y accédant par une première oeuvre d'art, l'ascenseur imaginé par Olafur Eliasson, et conçu par Jean-Philippe Thomé, entièrement capitonné de molleton noir.

Vous y serez plongé dans une totale obscurité totale le temps du trajet jusqu’au 7ème étage. Nommé très justement La Perte des Sens, ce voyage libère des notions de temps et d'espace et constitue une sorte de mise en condition idéale à la visite de cette exposition en particulier. Que les claustrophobes se rassurent, ils pourront monter veilleuse allumée mais ils auront perdu l'essentiel de l'expérience.

Quel éblouissement que ces Arches de Solaris à l'ouverture de la porte de l'ascenseur ! Børre Saethre est un artiste norvégien qui construit des environnements pouvant être décrits comme des décors de cinéma. Ici, en répondant à la commande qui lui a été faite, il a voulu suggérer le tunnel de lumière que décrivent ceux qui ont fait l'expérience de la mort imminente, voyage astral par excellence ...
Le thème de la vanité, traité par l'américaine Chloe Piene en 2010, conjugue le paradoxe entre sensualité et brutalité. La structure osseuse, sans doute le crâne d'une jeune adolescente, tient par une morsure dans un bloc d'argile peint, soudé sur un socle en acier. L'ensemble parait  en suspens dans un jeu d'ombre et de lumière. La seule explication qu'elle a consenti à donner est : là où tout commence, tout finit.

Dans la pièce suivante, le Cerf-transfigué de Jean-Luc Favero impressionne par son volume. L'artiste a trouvé le crâne de l'animal à moitié immergé dans l'eau. Il a voulu, selon ses propres termes, l'augmenter d'autres ossements, des crânes de coyotte et de corbeau et d'une plume pour le renforcer face à un drame comme celui de Fukushima. Sa silhouette contient un esprit et une âme. Elle est modelée dans une dentelle de grillage qui autorise une perception du dedans comme du dehors, rendant l'invisible quasi palpable.
Jean-Luc Favero poursuit son travail en dessinant à la craie sur les murs tout au long de l'exposition.

Pour réaliser le Dôme des vanités, Charley Case s'est inspiré des huttes de sudation amérindienne où la chaleur provoque une transe qui permet de communiquer avec les esprits. Le travail du sculpteur canadien s'inscrit dans la tradition du memento mori rappelant que nos vies sont éphémères et que nos morts sont les fondateurs de cette même vie. C'est pourquoi le visiteur ne peut pas faire autrement que de traverser le dôme de plexiglass, pour poursuivre la visite.
Remarquez un léger écho qui se répercute au centre et l'évocation possible des grottes préhistoriques comme celle de Lascaux.

L'univers de Vidya Gastaldon tranche avec les précédents. Elle explique que ses oeuvres lui apparaissent alors qu'elle ne s'y attend pas. Elle les réalise à la manière des surréalistes en jouant avec les matériaux et les évocations qui souvent font penser au mouvement hippie.

La sculpture Dans l'espoir de l'envol lui est en quelque sorte apparue alors qu'elle jardinait. le berceau représente une sorte d ebouche où les oeufs sont des dents, une bouche trop étriquée pour laisser venir le troisième oeil qui se trouve au-dessus.

Elle montre aussi ici des tableaux de la série des Healing Paintings, autrement dit Peintures de guérison qu'elle exécute avec un certain sens de la dérision. Elle récupère des cadres abandonnés qu'elle re-peint en suivant ses vibrations. L'idée est que la peinture se réincarne et s'émancipe.

Basserode reprend exactement certaines constellations pour cartographier une Via Lactea qui correspond aux chants fossiles qui sont des infra-sons que l'on trouve dans l'espace intersidéral.

Certains astrophysiciens y ont trouvé une gamme proche du chant des baleines qui, parait-il, est perceptible depuis le dessus de la stratosphère. Le squelette présenté au-dessus est comme noyé dans une fumée blanche de nuages cosmiques.

L'invitation à entrer dans l'invisible est très belle, quasi magique.

Mais il est possible que le visiteur n'ait pas cette émotion en journée, quand les diffuseurs de vapeur sèche ne sont pas actionnés.
Siobhán Hapaska a utilisé la sélénite pour ces Quatre Anges qui est une des rares oeuvres que l'on a le droit de toucher. Ce minéral s'est formé lors de l'évaporation des  océans primitifs. Sa structure cristalline linéaire ressemble à des filaments de fibre optique.
  
D'après les sciences ésotériques alternatives, la sélénite facilite la communication avec le royaume céleste. Les quatre blocs sont des conducteurs de lumière, suggérant l'idée d'un transfert de données entre la Terre et l'univers.
Damien Deroubaix, artiste lillois de 42 ans qui a fait ses études à Saint Etienne et qui a vécu une dizaine d'années à Berlin a conçu la pièce suivante comme un cabinet de curiosités. L'oeuvre centrale est une chimère à tête de serpent (en résine) posée sur une table recouverte d'un tissu brodé spécialement par les canuts lyonnais en jouant sur les mots monkey/money.
  
Chaque mur expose une toile de peinture à l'huile, intitulée la mort, la vie, le temps et le sud du paradis (autrement dit l'enfer) .... comme autant de points cardinaux s'orientant autour d'un zénith, au plafond, tendu d'une aquarelle réalisée sur un papier intentionnellement de mauvaise qualité représentant une peinture en trompe l'oeil intitulée Astralis et d'un nadir qui est la chimère.
La prégnance du bleu indigo se justifie parce que c'est la couleur de la mort et qu'elle installe un climat d'angoisse renforcé par les images comme celle d'un enfant pendu ou de l'hélicoptère navigant au-dessus des montagnes afghanes.
Cet artiste est très influencé par les conflits géopolitiques et peindre équivaut pour lui à lever le voile sur le monde dans lequel nous vivons en pointant des contradictions, tel le serpent qui se mort la queue.

Myriam Mechita propose un univers en noir et or se rattachant au sacré et au sacrifice. Ce peut être un petit oiseau en plomb posé sur une pyrite pour symboliser la fragilité. Les animaux sont souvent décapités, greffés de perles comme le mouton qui est aux prises avec les Tremblements de l'enfer (dans la vitrine de la rue de Bassano).
Tout suggère l'aveuglement et rappelle que la vie n'a de sens que dans sa finitude et son rapport à la mort. Cette artiste travaille à partir de visions qui font perdre la tête aux personnages qui peuplent son oeuvre. La folie les libère tout en les enchainant.
Une de ses visions lui a dicté de placer des dents, dont sa dent de sagesse (sous globe) autour de cette oeuvre sur le feu (ci-dessous).
Son travail s'apparente un peu à l'écriture automatique. Elle apprécie d'avoir l'opportunité de rencontrer ici d'autres artistes qui eux aussi sont traversés par des flashs.
Son auto-portrait la montre elle aussi dans une apparence décapitée, yeux fermés, avec un sourire de certitude, mais lacéré, qui dépasse toute expression. La lumière de l'auréole a été obtenue selon le principe de "réserve".
 
Les tambours de Marion Laval-Jeantet (Art Oriente Objet) occupent la coursive. Elle les a brodés initialement dans un but thérapeutique.
On peut y voir des ex-voto, des objects de mémoire, de conjuration et une allusion à la folie humaine. Ce sont des images qui me sont venues ... dit-elle
Les motifs apotropaïques (qui par définition conjurent le mauvais sort comme des talismans) sont une critique lisible de l’influence de l’argent sur l’environnement et correspondent à des problématiques liées à des situations désespérées. Ainsi l'ours est une allusion à une oeuvre visible jusqu'au 1er mars au Musée de la Chasse, un ours polaire tricoté grandeur nature, sur un fond de banquise. Et le poisson évoque un specimen taxidermisé dans un musée et lié à l'Angola.
La broderie, elle connait puisqu'elle a travaillé étudiante pour Thierry Mugler. Ces cinquante tambours ont été faits en deux mois. Tout n'est pas fait à la main, la machine n'est pas proscrite.
Chacun est percé d'une lumière votive pour remplacer la prière. Et la présence de billets est obligatoire. Certains sont déjà retenus.
Marion a eu aussi la vision de ce lit et d'une souffrance qu'elle a cherché à retranscrire en volume et avec ce cri Pas encore.
L'inscription au néon blanc ponctue chaque marche et signifie que l'individu n'est pas encore prêt pour l'autre monde malgré l'incitation à atteindre le sommet avec ce marche-pied.
 
Les mains sont éclairées par une lumière ultra violette qui les rend translucides. Elles grouillent, appelant au secours. Pourtant l'inaccessible serait lui aussi une mise en danger.

Rina Banerjee est née à Calcutta et démontre un amour incroyable des matières. Son univers, foisonnant et disparate ne laisse pas indifférent. On voit le vol d'Hanuman, Dieu hindou à tête de singe représente l'ascension de l'évolution 2012.
Avec une femme folle, c'est l'Eve éternelle, un singe trompé a sauté d'un membre à l'autre en plein air, a enfermé dans une mélancolie malveillante et bulbeuse dans la queue qui a navigué et avec une toux simple, une goutte soudaine, un rideau de bulles, des larmes renversées pour envoyer de la terre et des liquides, de l'engrais, toutes les migrations de liquide se répandant à l'étranger et à travers le monde.
Si une grande partie de l'exposition se trouve dans une pénombre plus ou moins dense les volumes  de cette artiste éclosent en pleine lumière et leurs ombres semblent conçues comme leur prolongement.
Pour quitter l'Espace, vous reprendrez le fameux ascenseur. Je vous recommande de descendre en demandant un arrêt au niveau de l'Atrium dont la vue du plafond est époustouflante (merci à Olivier pour le cadrage). On peut ensuite poursuivre en traversant les étages de la boutique Vuitton.
Je tiens aussi à signaler une autre exposition qui me semble en contrepoint sur le thème de la Nuit dans la Grande galerie de l'Evolution du Museum d'Histoire naturelle depuis le 12 février.

Je l'ai vue en avant-première et j'ai été frappée par les points communs entre les deux scénographies.

J'ai également été séduite par l'immersion du visiteur dans le monde poétique et mystérieux de la nuit, incluant ses monstres plus ou moins inoffensifs. Un article spécifique lui a été  consacré sur le blog le 8 février.

Astralis jusqu'au 11 mai 2014
Espace culturel Louis Vuitton, 60 rue de Bassano, 75008 Paris, 01 53 57 52 03
du lundi au samedi de 12 à 19 heures, dimanche et jours fériés de 11 à 19 heures, entrée libre

Nuit, jusqu'au lundi 3 novembre 2014
Museum d'Histoire Naturelle, 57 rue Cuvier, 75005 Paris  tel 01 40 79 30 00
Ouverte tous les jours de 10 h à 18 h, sauf le mardi et le 1er mai.
Billet couplé avec la Grande Galerie de l'Exposition, gratuit pour les moins de 4 ans

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