vendredi 4 septembre 2015

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès


(mise à jour le 1er décembre 2015)

Le grand public guette le nouveau Nothomb à chaque rentrée. Je l'ai fait moi aussi, je le concède. Mais, cette année, la découverte du dernier De Vigan m'intéressait bien davantage. Sans que ce soit exclusif parce que j'étais tout autant impatiente d'avoir entre les mains le dernier Bertholon, Tessarech, Giraud, Blondel ... pour ne citer au hasard que quelques-uns de mes auteurs préférés, qu'ils aient ou non publié fin août.

Cela faisait plusieurs années qu'il n'y avait pas eu de nouveau de Vigan à l'horizon. Rien en 2012, ni les suivantes. Je patientais. Sans me douter que l'auteur me donnerait la réponse dans ce roman - car c'en est un - qui est sorti le 26 août dernier.

Le vrai du vrai c'est la conséquence de sa rencontre avec une femme et qui aurait provoqué deux ans d'impuissance à écrire. Ce démon reste masqué derrière une initiale, L. qui s'entend aussi à la troisième personne (elle) tandis qu'une pléiade de prénoms comme François, Olivier, Nathalie ... surgissent au fil des pages de ce roman à (petites) clés pour le cercle littéraire.

Rassurez-vous : point n'est besoin de débusquer les patronymes pour apprécier l'ouvrage. Je ne vais pas vous les donner. A l'exception du nom de famille du compagnon de l'écrivain, puisqu'il est de notoriété publique, François Busnel, qui anime la Grande Librairie sur France 5.

Delphine de Vigan fait référence dans son livre à son passage dans cette émission littéraire quelques semaines après la sortie de Rien ne s'oppose à la nuit. Elle dit combien cette soirée lui a été reprochée, les mauvaises langues estimant qu'elle avait bénéficié de favoritisme. Elle relate la jalousie dont elle a été abusivement la cible puisque que ce roman était déjà un grand succès. Elle raconte surtout combien elle était terrorisée de s'exprimer devant François Busnel ce soir là. C'est tout à fait exact. Il se trouve que j'y étais et je me souviens parfaitement de la façon dont elle se tenait, avec le plus de discrétion possible, comme si elle avait voulu se fondre dans le décor.

Elle m'avait très gentiment dédicacé cet ouvrage après l'émission. Sa manière d'écrire m'avait surprise. Non pas parce qu'elle écrivait de la main gauche mais par sa façon unique de tenir son stylo. Ce qui est drôle c'est que ce geste fait l'objet d'une mention dans le dernier roman. Mais je peux jurer que je ne suis pas L.

Nous avions ce soir là évoqué la question de la vérité. Je n'avais pas pu m'empêcher de l'interroger sur deux ou trois points, en raison des prénoms et des patronymes qu'elle avait employés et qui faisaient terriblement écho à ma propre histoire familiale. Ce n'était que pure coïncidence.

Il faut se garder de raccourcir le titre D'après une histoire vraie en laissant tomber le premier mot. Il est essentiel. Finalement tous les auteurs écrivent "d'après" des éléments plus ou moins réels. Et c'est ce mot là qui situe le texte dans l'univers du roman.

L. demande trois photomatons (p. 203) pour conserver un souvenir de Delphine. Sans doute les trois clichés reproduits sur la couverture ... à ceci près que ce n'est pas le visage de Delphine, même si la ressemblance est troublante.

Delphine de Vigan a effectivement écrit pour le Paris des Femmes. Elle s'est rendue au festival de Chalon sur Saône en avril 2014. Que les faits rapportés soient un peu, beaucoup, ou exacts à la folie, peu m'importe. La lecture de ce dernier roman est tout à fait palpitante, à la manière d'un polar, jusqu'au mot FIN*. Et je vous encourage à entreprendre ce voyage plusieurs fois parce qu'il y a de toute évidence plusieurs niveaux de lecture.

L. porte la même initiale que Lucile, la mère ou Liane, la grand-mère ... de Delphine et déjà dans Rien ne s'oppose à la nuit (p.204), elle s'inquiétait du livre qu’elle écrira après, lorsqu’elle sera délivrée de celui-ci. La question du sujet la hante. Et je ne suis pas loin de penser que L. est son double au simple motif que l'écriture est une grenade (p. 212).

Je n'ai pas recueilli de confidence mais je suis persuadée que l'histoire qui nous est racontée a été inventée de toutes pièces pour ce qui est de l'enchainement des actions. Vue la noirceur de certaines scènes je souhaite sincèrement à Delphine de ne pas les avoir vécues et si par hasard c'était le cas j'ose croire qu'elle interprétera mes doutes comme une preuve de sympathie.

En tant que lectrice j'ai pourtant totalement adhéré au scénario, même si les citations empruntées à l'univers de Stephen King m'ont mise sur la piste de l'hommage. Je suis une fan inconditionnelle de Misery, que j'ai vu plusieurs fois.

La construction du roman en trois actes, séduction, dépression et trahison, démontre une analyse rigoureuse de la relation d'emprise, ce qui n'a rien d'étonnant pour quelqu'un qui connait le sujet du harcèlement au travail, déjà traité dans Les heures souterraines.

Delphine de Vigan raconte aussi la pesanteur des dédicaces et je la comprends. Tous les auteurs le disent. Elle a beaucoup donné dans le registre de l'autobiographie. Je ne veux plus faire çà (écrire sur sa famille), pas sous cette forme confie-t-elle p. 208.

En fait elle punit son personnage. Elle règle des comptes. C'est très habile, très intelligent, même généreux. Elle est elle-même et son double. Un double L.

Ce qui est surtout "vrai" ce sont ses réflexions sur l'écriture. Au lieu de nous livrer un livre sous forme d'essai, à la manière de Barthes, elle nous offre un thriller psychologique. C'est tout de même plus réjouissant. Autrement dit un livre dans le livre.

On pourrait tout de même lui faire un reproche : la source des lettres anonymes n'est pas élucidée, à moins qu'il n'y ait rien à en dire ... ce qui reviendrait à supposer qu'elles furent le fruit d'une imagination débridée.

Emilie Frèche traite à sa manière, et de façon elle aussi très réussie, le même double sujet, l'écriture et l'emprise avec un Homme dangereux.

D'après une histoire vraie de Delphine de Vigan, chez Jean Claude Lattès
Sélectionné pour le Goncourt
Prix Renaudot attribué le 3 novembre 2015
Goncourt des lycéens le 1er décembre 2015

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